RésistanceS 08-04-2009

Avant les élections du 7 juin 2009


Etat des lieux de l'extrême droite francophone


En Wallonie, en 2004, le FN représentait près de 9 % de l'électorat. A Bruxelles, 5 %. En diminution dans les sondages, le vote en faveur du «label FN» reste cependant visible. Mais, les frontistes sont encore plus divisés que jamais. FN Sessler-Delacroix, FN Féret-Cocriamont, mouvement Nation, Wallonie d'abord, FDB et FDW veulent tous être présents le jour des prochaines élections, au scrutin régional et/ou européen. Pour leur part, les projets de cartels électoraux «FN (rénové)-Vivant» et «FN (Féret)-FDB» ont été mis aux oubliettes de l'histoire du fascisme à la Belge. Etat des lieux.


L'extrême droite en Wallonie et à Bruxelles : un vrai marché concurrentiel © Doc.-Montage : RésistanceS.be


Front national rénové : une alliance avec Vivant ?
Dirigé par un trio (Patrick Sessler, Jean-Marie Borbouse et Daniel Huygens, avec l'appui réel, en coulisses, de leur ex-premier président, le sénateur Michel Delacroix), ce FN est le parti d'extrême droite francophone le plus abouti... Il est structuré par un véritable manager de la politique, Patrick Sessler. Celui-ci fit ses classes au très néonazi Parti des forces nouvelles, mais aussi un «stage» durant plus de dix au Vlaams Belang. Son coach était alors Filip Dewinter, un as de l'organisation politique. Ce Front national réunit - depuis septembre 2007 - les dits «réformateurs du FN» d'origine. Parmi eux, se trouve la majorité des parlementaires régionaux frontistes et son unique sénateur, Michel Delacroix. Bien structuré, il aurait réussi, selon des informations recueillies par RésistanceS.be, à réunir plus de 5.800 signatures pour pouvoir déposer sa liste aux élections européennes. Pour y arriver, l'ensemble de ses salariés (constitués par les assistants parlementaires de ses élus) auraient été mobilisés à 100 %. Cette récolte de signatures s'est transformée en un test encourageant pour ce FN : il aurait, à Molenbeek-Saint-Jean, réuni plus de 158 signatures de citoyens favorables à sa présence aux élections européennes, 282 signatures à Schaerbeek et plus 2.800 à Charleroi ! Constat immédiat : son potentiel de séduction sur le terrain est toujours intact.

Sa tête de liste aux européennes sera Jean-Pierre Borbouse, l’un de ses députés régionaux wallons et bras-droit fidèle de Sessler. Ce dernier sera d'ailleurs son premier suppléant.... Par ailleurs, une liste européenne frontiste pourrait aussi voir le jour en Communauté germanophone, grâce au transfuge du leader local du parti Vivant, qui y viendra avec une poignée de ses supporters. Le FN avait proposé à Vivant une liste de cartel. Cette proposition fut néanmoins rejetée par la direction nationale de ce petit parti populiste poujadiste. Pour rappel, en Flandre, Vivant est quasi fondu dans l'Open VLD. Le refus d'une alliance locale avec les frontistes aurait provoqué cette scission qui permettra peut-être au FN d'être présent chez les Belges germanophones.

Pour les élections régionales, la direction du FN rénové déclare que des listes (complètes en termes de nombre de candidats) seront déposées dans tous les circonscriptions électorales, à l'exception de la Province du Luxembourg, où il ne bénéficie que de quelques contacts. A Liège, sa liste sera conduite par Quentin de Launois, une de ses jeunes nouvelles recrues déjà promu au poste de secrétaire politique. Dans la capitale, c'est Patrick Sessler en personne (qui cumule les titres : député régional, secrétaire général et depuis peu vice-président de «son» front) qui conduira les 35 à 40 candidats frontistes. La deuxième place sera réservée à Florence Matagne, qui y représentera le Front nouveau de Belgique (FNB), dissidence du FN Féret apparue en 1995 et depuis lors fusionnée dans le FN de Patrick Sessler. L'enjeu majeur : l'élection au Parlement bruxellois de Sessler. Il y était déjà député, mais en remplacement d'un élu frontiste décédé en cours de législature.

Seul bémol : ce parti continue à devoir subir les va-et-vient de certains de ses cofondateurs. Récemment, ses députés régionaux wallons Charles Petitjean (Charleroi) et Charles Pire (Liège) sont retournés vers le FN d'origine. La raison ? Une question de place sur la liste, paraît-il... Quant à François-Xavier Robert, le secrétaire-général du FNB, après son intégration dans le «FN sessleriste», il a annoncé lors d'une fête identitaire, il y a quelques semaines, qu'il quittait ce parti.

 


UNE PHOTO INEDITE
Ancien membre de la direction wallonne du parti libéral (PRL), Charles Petitjean (à droite dans l'extrait encadré de la photo) est passé avant les élections régionales de 2004 au Front national de Daniel Féret. Elu député régional pour le compte des frontistes, il a ensuite fait partie des putschistes anti-Féret en 2007. Il serait aujourd'hui de retour au FN d'origine, après avoir cofondé le FN rénové. Dénonçant - à la matière du «frontisme» - les «magouilles politiciennes», Petitjean propose cependant, sur son site Internet toujours en ligne, une photo inédite, datant d'il y a quelques années, de lui avec un certain... Claude Despiegeleer (à gauche dans l'extrait encadré de la photo). Cet ancien échevin PS de Charleroi a été condamné, au début du mois de mars de cette année, à un an de prison avec sursis et à 5.000 euros d'amende, dans le procès dit de «la chaudière de Carcassonne» - Document : RésistanceS.be – Pour AGRANDIR ce document cliquez sur celui-ci.


Front national d'origine : de moins en moins de plumes
Depuis le clash du mois de septembre 2007, le Front national d'origine est au plus mal : la plupart de ses élus l'ont quitté, ses moyens financiers sont paralysés, son président-fondateur Daniel Féret a littéralement disparu de la circulation et a été remplacé par son député fédéral Patrick Cocriamont, connu sous le surnom de «Mister Bean» à l'époque de ses années militantes néonazies au Parti des forces nouvelles... tellement il était gaffeur. Féret le surnomme quant à lui tout simplement «Gaston Lagaffe». Trait de caractère qui déteint sur le travail parlementaire de Cocriamont et ridiculise l'image de ce FN.

Affirmant être l'unique représentant du «FN réel», ce parti n'est plus que l'ombre de lui-même. Et sera sans doute dans l'incapacité de déposer une liste aux élections européennes. En effet, en partenariat dans un premier temps avec le Front démocratique bruxellois (FDB : voir plus bas), ce sont les militants de ce front qui se sont chargés de récolter des signatures pour le dépôt de sa liste pour le Parlement européen. Mais un hic est apparu depuis lors : le FDB, à la dernière minute, renonce à son alliance électorale avec le FN féretiste. Donc : il mettra au bac les signatures récoltées pour son compte ! Pour les élections régionales, en Région de Bruxelles-capitale, ce FN pourra compter sur la signature de sa dernière députée locale afin de déposer sa liste. En Région wallonne, il arrivera sans doute à déposer des listes grâce au retour au bercail des députés wallons Charles Pire et Charles Petitjean. Il faudrait aussi pour cela que les autorités compétentes en matière électorale donnent leur aval à ce FN pour qu'il puisse se présenter sous son nom, au détriment de l'autre Front national. Affaire à suivre donc.

Deux affiches – pour les élections législatives de 2007 – de deux des derniers «cadres» du Front national d'origine. Seront-ils bientôt sans travail ? © Doc.-Montage : RésistanceS.be



« Wallonie d'abord » : intoxication politique comme programme
Ce mouvement est le nouveau nom de Force nationale, une des nombreuses dissidences du FN Féret. Conduit par un ancien sénateur et un ex-député régional frontiste, Wallonie d'abord ambitionne de récolter les voix des nationalistes wallons, de droite comme de gauche. Auparavant, une autre expérience d'extrême droite wallonne – sous le nom de Bloc wallon (formé par des anciens du FN et du front wallon AGIR) avait tenté l'aventure... sans succès. Un des points du programme de ce parti national-régionaliste wallon : «que la Wallonie prenne ses distances avec une politique de connivence envers les immigrés qui a montré ses limites». Pour l'heure, les deux-trois activistes de Wallonie d'abord affirment à qui veut l'entendre avoir réuni 12.000 signatures pour le dépôt de sa liste européenne. Ils ne sont pas à leur coup d'essai dans le domaine de l'intoxication politique.

Mouvement Nation : retour à la casse départ
Mis en orbite en 1999, par des scissionnistes du Front nouveau de Belgique (FNB), rejoint ensuite par des ex-militants du FN de Féret, le mouvement Nation proclame incarner «la seule opposition, l'unique alternative». Pour l'instant, et malgré bientôt dix années de combat politique acharné, le bilan du mouvement Nation reste globalement négatif. Comme le démontre l'insuccès de sa dernière «Fête de l'Identité» : son taux de participation était inférieur de moitié par rapport à la précédente édition. Pour leur part, les tentatives électorales de Nation, aux législatives de 2003 et aux communales de 2006 (en «cartel identitaire» avec le FNB), ont été des échecs cuisants. Pour le 7 juin prochain, Nation ambitionne d'être à nouveau présent et de donner la possibilité aux électeurs de voter pour lui. Projetant une liste européenne, Nation n'a pas été capable de rassembler les 5.000 signatures nécessaires pour pouvoir être en lice au scrutin européen. Ses équipes militantes totaliseraient seulement quelques 2.000 signatures ! La présence de Nation devrait donc se résumer au dépôt de deux listes régionales, l’une à Bruxelles et l'autre dans la circonscription de Charleroi. Pourtant, il aurait tant voulu pouvoir tester son potentiel électoral sur l'ensemble de la Communauté française. Un nouvel échec pour ce mouvement «identitaire» et le maintien du sigle FN dans le paysage électoral devront pousser les derniers croyants en Nation d'arrêter de faire avec lui les frais de l'expérience politique. A moins que le tourn over continue de fonctionner, en voyant arriver de nouveaux militants, après le départ des derniers déçus. Et ainsi va la vie politique de Nation...

 


Le mouvement Nation, à l'ombre de la croix celtique, fait tourner en rond ses militants, sans jamais réellement les faire avancer – Photo PG.


Front démocratique bruxellois : un FN light ?
Après ses multiples promesses de se développer comme il le devrait, le Front démocratique bruxellois (FDB) se déclare désormais réellement capable de devenir une force qui comptera à Bruxelles après le 7 juin de cette année. Avec le soutien d'une personnalité bruxelloise comme feu l'avocat et homme politique Jean-Paul Dumont (originaire de l'ancien Parti social-chrétien), ce front a été fondé par Paul Arku, son actuel président et député régional (élu en 2004 sur la liste du FN de Daniel Féret, après un passage au Vlaams Blok/Belang). Le FDB déposera une liste aux élections régionales.

Avec son parti, Arku a été capable de regrouper autour de lui une majorité de candidats et de militants ne provenant pas des rangs de l'extrême droite. A l'exception de sa nouvelle recrue : Christiane Van Nieuwenhoven, députée régionale du FN Féret qui vient de rejoindre le FDB. Sur la liste bruxelloise de ce front figureront même deux candidats au nom à consonance nord-africaine. Il y aura aussi plusieurs anciens adhérents du Parti socialiste et du Mouvement réformateur, ainsi que des ouvriers communaux et des patrons d'établissement de l'Horeca.

Au niveau de la nature idéologique de son parti, Paul Arku – qui reconnait ouvertement son passé au VB et au Front national – dit que son FDB n'est pas une formation d'extrême droite à proprement parler. Sur son site Internet, qui vient de s'ouvrir, le Front démocratique bruxellois se présente tout de même comme étant un «Parti moderne, de droite, nationaliste et populiste».

Après les élections, il sortira de presse son journal. Son titre : «L'Echo nationaliste». La confusion va donc s'entretenir avec le profil nationaliste du Front national. Pour l'heure, le FDB annonce la mise en route d'une succursale wallonne sous le nom de Front démocratique wallon (FDW). A Anvers, le Nieuw Partij-Nationaal front, un temps section flamande du Front national féretiste, pourrait se dissoudre pour devenir l'homologue néerlandophone du FDB. Des contacts existent déjà dans ce sens.

Ce FDB aurait dû être également présent aux élections européennes dans le cadre d'un cartel avec le Front national de Daniel Féret. Prenant excuse du rejet d'un tel rapprochement par ses militants et sympathisants, Paul Arku vient de rompre ses relations avec ses anciens «camarades» du FN. Empêchant ainsi les restes du parti lepéniste belge d'avoir une chance de se présenter aux élections européennes. Homme armé d'un véritable charisme populaire et bien implanté dans certains quartiers de la capitale, Paul Arku sera-t-il cependant capable un jour de devenir une alternative crédible à l'ultra droite nationaliste et populiste ?

 


Affiche électorale du Front démocratique bruxellois pour les législatives de 2007 © Photo Maz/RésistanceS.be


Forces démocrates wallonnes : une dissidence comme les autres....
«Le chômage, la misère, le manque cruel de logements, la violence, le pouvoir d'achat menacé, les sans abris et l'immigration...Voilà ce à quoi sont confrontées chaque jour des milliers de personnes, ici, chez nous !!! », scande Alex Quevy, le président et créateur des Forces démocrates wallonnes (FDW). Mais attention, ce dernier menace de procès tous ceux qui osent affirmer que les FDW sont d'extrême droite. Originaire du Front national féretiste, Alex Quevy fut élu conseiller communal pour ce parti néofasciste, lors des élections de 2006, dans la Ville de Saint-Ghislain. En 2007, il figurait en troisième position sur la liste frontiste déposée dans la circonscription du Hainaut pour les élections législatives. Alex Quevy rejoindra ensuite le clan des «réformateurs» du FN conduit par Patrick Sessler, avant de fonder sa propre structure politique. Depuis lors, ses FDW affirment bénéficier de contacts un peu partout en Wallonie. Ce qui devrait leur permettre de déposer des listes aux régionales. En réalité, le développement des FDW est exclusivement local. Ce qui ne l'empêche pas de proclamer : «Le FDW-Forces Démocrates Wallonnes compte bien jouer un rôle novateur lors des élections du 7 juin 2009». Avant lui, d'autres dissidences frontistes amateurs tenaient le même type de discours... On sait désormais comment elles ont fini.

Manuel Abramowicz

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 8 avril 2009.


14 avril 2009

Rectificatif de François-Xavier Robert

L'ancien secrétaire-général du Front nouveau de Belgique (FNB), François-Xavier Robert, nous demande, dans un e-mail envoyé le 14 avril dernier, de mentionner, contrairement à ce qu'il a été écrit dans l'article «Etat des lieux de l'extrême droite» publié par RésistanceS.be le 8 avril dernier, qu'il n'a jamais «annoncé lors d'une ''fête identitaire'', ou à une autre occasion, qu'il quittait le Front national rénové».

Il précise : «j'affirme en effet catégoriquement n'avoir jamais été membre du Front national, ni avant la création du FNB, ni lorsque le FNB a décidé de rejoindre le FN rénové». François-Xavier Robert dit s'être juste «contenté d'exécuter loyalement la décision de la majorité des membres du FNB de rejoindre les rangs frontistes, tout en gardant son indépendance».

Il n'empêche, François-Xavier Robert a favorisé l'adhésion du FNB au FN rénové et à collaboré ainsi au développement du second, certes seulement pendant quelques mois. Par ailleurs, il continue à militer en faveur de l'extrême droite. Effectivement, il vient de publier un article dans «Renaissance européenne», la publication de la bannière wallonne de Terre & Peuple, un mouvement racialiste national-européen, co-organisateur de «fêtes identitaires». Au sein de sa bannière wallonne, se retrouvent des militants du mouvement Nation, mais aussi le député fédéral Patrick Cocriamont et son bras-droit Daniel Leskens, les deux dirigeants du Front national de Daniel Féret...

Dont acte.

 

Nota bene - Ce dossier a été ouvert le 8 avril 2009 par RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite. Il sera régulièrement réactualisé.

Déjà au sommaire de ce dossier :

Le Front national organise sa survie politique

L'extrême droite électorale en décroissance généralisée


Extrême droite: qui sera présent le 7 juin prochain?

«Wallonie d'abord !» , l'extrême droite régionaliste aux élections de 2009

Les enjeux des élections 2009

Etat des lieux de l'extrême droite francophone pré-élections

Le FN anti-Féret, désormais le seul Front national

 


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Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008