| RésistanceS 14-02-2008 |
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Opération de réhabilitation du nazisme ? Un Vlaams Belang biographe relativiste d'Adolf Hitler Il y a 75 ans, les nazis arrivent au pouvoir en Allemagne. L'histoire du « national-socialisme » suscite encore de nos jours un intérêt certain. Son étude reste au programme de divers centres de recherches historiques, pour mieux en comprendre les mécanismes. Pendant ce temps, certains livres tentent de relativiser, réviser, banaliser et réhabiliter cette idéologie criminogène. C'est le cas d'Adolphe Hitler – Sa véritable histoire (1), un ouvrage de 479 pages récemment écrit par un responsable bruxellois du Vlaams Belang. Par Manuel Abramowicz
Seuls quelques néonazis de par le monde ont fêté, en catimini, cet anniversaire. Il n'est en effet pas bon, en 2008, de s'afficher comme nostalgique du régime hitlérien. Y compris au sein des partis politiques de ladite « droite nationale », comme le Front national (FN) ou le Vlaams Belang (VB), pourtant constitués d’un important « pilier historique » issu en droite ligne du nazisme. Pour rappel, plusieurs fondateurs du FN français ou du VB flamand ont agi durant la Deuxième Guerre mondiale dans les rangs de mouvements collaborateurs pro-nazis. A la création du FN à Paris et du VB (en 1972 et en 1978), des organisations ouvertement néonazies se trouvaient en très bonne place parmi les cofondateurs. Désormais, l'époque – marquée par l'esprit du politiquement correct - est à une extrême droite polie, BCBG et s'affirmant « démocrate ». De la poudre aux yeux, bien entendu : la façade est une façade de carton. Derrière le décorum mis en place pour berner l'opinion publique, la sympathie pour les modèles dictatoriaux d'antan reste de mise chez pas mal de militants, cadres et dirigeants du Front national (de Féret, de Delacroix et de Le Pen), du Vlaams Belang, ainsi que des groupuscules qui gravitent dans leur orbite : Mouvement national républicain, Bloc identitaire, Parti nationaliste français, Oeuvre française, Alsace d'Abord... en France ; mouvement Nation, Belgique & Chrétienté, Jongeren aktief, NSV, Nieuw-solidaristisch alternatief... en Belgique. Le nazisme n'est donc pas rangé dans les oubliettes de l'histoire. De leur histoire. En coulisses, cette idéologie criminogène reste une référence positive. Comme en témoigne le livre Adolphe Hitler – Sa véritable histoire. L'auteur ? Un cadre du Vlaams
Belang ! L'auteur de cette nouvelle biographie d'Hitler est Roland Pirard. Mais nulle part, dans son livre, ne sont mentionnées ses qualités ou ses titres pour justifier la sortie d'une biographie favorable à Hitler. Roland Pirard est-il historien ou politologue ? Professeur d'université ou chercheur dans un centre d'études de renommée internationale ? A-t-il déjà écrit d'autres livres ? Aucune référence à ce sujet ne figure – ni en quatrième de couverture ni en pages intérieures (une habitude pourtant dans le monde de l'édition) - dans le livre en question. Seule indication personnelle sur ce Pirard, la dédicace qu'il écrit en début de livre : « A Anne-Marie, sans laquelle ce livre n'aurait peut-être pas paru » (page 11). Quelle est donc l'approche que l'auteur souhaite apporter à son travail ? « Adolf Hitler est un des personnages historiques dont on parle le plus et dont, finalement, on sait peu de chose. Certes, on évoque régulièrement les déportations de Juifs, les camps d'extermination et le racisme, mais le phénomène hitlérien est plus complexe », est-il mentionné dans l'introduction (p. 13). Roland Pirard précise alors : « L'objectif que j'ai poursuivi en écrivant ce livre, c'est d'essayer de comprendre Hitler et le national-socialisme sous tous leurs aspects ». Cependant, vu l'importance de l'histoire liée à son sujet d'étude, il ne pourra pas tout aborder et devra faire un choix : « Par manque de place, je n'ai pas détaillé les camps de concentrations, la Gestapo et la SS. Ces sujets étant évoqués dans de nombreux ouvrages sur cette période, je me suis plutôt penché sur les thèmes moins souvent expliqués que sont la politique sociale et la politique économique et monétaire » (p. 13). Puisqu'il propose de présenter dans son livre la « véritable histoire » d'Adolf Hitler, Roland Pirard, dans son introduction annonce encore tout de go : « Je me suis efforcé, dans la mesure du possible, d'être ''objectif'' en ce qui concerne ce sujet très passionnel. Je crois qu'au XXIe siècle, il faut que le phénomène national-socialiste retrouve sa place dans l'Histoire, avec tous ses éléments constitutifs. C'est le but de ce livre ». Trouvant peu d'autres informations sur
ce livre, l'Observatoire belge de l'extrême droite s'est penché
plus en détail sur ce dernier. Tout d'abord au sujet de son
auteur. Celui-ci est référé à plusieurs
reprises dans des articles publiés par RésistanceS,
la publication de l'Observatoire. On y apprend que Roland Pirard n'est
ni historien ni politologue. Il n'est pas connu du milieu scientifique
pour des quelconques études sérieuses en histoire politique.
L'auteur d'Adolphe Hitler – Sa véritable histoire
est par contre, à l'heure actuelle conseiller à l'aide
sociale (une instance communale) de Berchem-Sainte-Agathe (commune
de la Région bruxelloise) pour le compte du Vlaams Belang (VB),
le parti d'extrême droite indépendantiste flamand. Militant
de l'ultradroite francophone dans les années 1980-1990 (il
fut le dirigeant du cercle de réflexion « Copernic »
et secrétaire général du Front national de Daniel
Féret Occultant ses objectifs de dissolution de l'Etat belge, ils partagent avec lui un programme radical à l'égard des immigrés, de l'identité européenne et du modèle politique favorisé pour la gestion de la nation (quelle soit belge, flamande, wallonne...). Depuis, au VB, Pirard est devenu un cadre local. Il figure dans le who's who officiel du parti. Son épouse, Anne-Marie, est pour sa part l'une de ses conseillères communales à Berchem-Sainte-Agathe. Il arrive que celle-ci s'exprime sur son engagement politique dans Vérités bruxelloises. Ce « journal des amis de Johan Demol » (le président bruxellois du Vlaams Belang) est édité en français par le VB de la capitale en direction des membres francophones du parti. Pirard et son épouse sont par ailleurs proches - et soutenus - par la « mouvance identitaire » francophone (voir ci-dessous notre document extrait du site de Nation).
A sa lecture, le néophyte en matière d'hitlérisme pourra conclure qu'il s'agit d'un texte neutre. Bien écrit, démontrant même un certain don, Pirard (né en 1957) exploite pourtant la stratégie de l'écriture entre les lignes. Si son livre se réfère à des événements connus et déjà traités à maintes reprises, il jongle avec la réalité du contexte de l'époque et apporte même des explications partisanes afin de dédiaboliser - en le relativisant - le régime dictatorial nazi. Il agit également par omission et en utilisant la méthode de l'analogie pour justifier la « véritable histoire », selon lui, d'Adolf Hitler. Rien que le titre de son ouvrage démontre son objectif inavoué. S'il nous propose la « véritable histoire » d'Hitler, cela veut dire que pour lui les autres récits sur le Führer nazi étaient approximatifs, erronés ou carrément mensongers. Quels sont donc la « véritable histoire » d'Hitler et son véritable « portrait » pour Roland Pirard, représentant communal du Vlaams Belang ? Tout d'abord, le portrait d'un homme intelligent, fin stratège et ému par les injustices sociales qui règnent dans son pays au début du XXe siècle. « Il est frappé par l'énorme différence entre la bourgeoisie aisée et la noblesse qui vivent dans le luxe et mènent une vie de plaisirs en dansant les valses de Strauss et la profonde misère des milieux ouvriers », écrit Pirard (p. 29). Hitler « est frappé », constate-t-il seulement. L'auteur, pour justifier l'histoire hitlérienne selon sa vision, cite alors abondamment Mein Kampf, le livre-manifeste d'Adolf Hitler qui deviendra la « bible » des nazis. Concernant l'incendie criminel du Reichstag, en février 1933, Roland Pirard reprend la thèse nazie qui affirme avoir mis au jour un complot communiste contre les instances parlementaires. Pour rappel, l'incendie du parlement allemand à Berlin avait permis la transformation du système démocratique en un système dictatorial. Pour Pirard : « On a souvent accusé les nationaux-socialistes d'être les auteurs de l'incendie, mais aucune preuve n'est venue étayer cette accusation » (p. 133). Plus loin, il poursuit : « Les nationaux-socialistes ont bien joué : qu'ils soient ou non à l'origine de l'incendie du Reichstag, ils s'en sont servi pour discréditer leurs principaux adversaires : les communistes et les sociaux-démocrates » (toujours à la page 133).
Ces derniers devaient dès lors y répondre. Suite « à de nombreuses actions isolées de SA (note de RésistanceS : la milice paramilitaire du NSDAP) ou de membres du Parti contre des Juifs » et « quelques assassinats », Pirard rapporte qu'« aux Etats-Unis, l'''American Jewish Congress'', une des organisations juives américaines, appelle au boycott des marchandises allemandes. Les journaux étrangers contrôlés par des Juifs dénoncent les violences dont sont victimes leurs co-religionnaires » (p. 139). Plus loin, il précise : « L'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes provoqua une tension entre le gouvernement de Berlin et les Juifs étrangers (principalement américains). (...) Les banquiers juifs new-yorkais n'appréciaient pas du tout l'arrivée au pouvoir d'Hitler » (p. 197). Cette « agression étrangère » sera alors suivie d'une vague d'actions visant les Allemands juifs. Actions décrites comme une contre-offensive... Noir sur blanc et sans référence à aucune étude sociologique, Roland Pirard affirme qu'il y avait en Allemagne dans les années 1930 une « surreprésentation des Juifs dans la presse, dans les milieux bancaires et les professions libérales » (p. 196). Mais également parmi les « dirigeants bolchéviques ». « De nombreux écrivains ou artistes étaient Juifs et ceux-ci diffusaient des idées favorables au marxisme et à l'internationalisme » écrit-il toujours dans la chapitre VIII (« Hitler et les Juifs », p. 195 à 210). Pour lui, Hitler avait « adhéré à la théorie du complot juif mondial concrétisé selon lui à la fois par le capitalisme du même nom et le bolchévisme internationaliste » (p. 196). Cette théorie antisémite de base est restée vivace jusqu'à nos jours au sein de l'extrême droite, fréquentée aussi par Roland Pirard (3). Pour Pirard, le IIIe Reich n'a pas été le responsable de la propagande anti-juive qui allait préparer l'acceptation et la réalisation de l'organisation d'un génocide hyper organisé, planifié et pensé selon un plan économique devant fournir un capital financier à ses gestionnaires. Pour Pirard, l'antisémitisme aurait été le « produit » de la réaction hostile des « Juifs étrangers » à l'Allemagne hitlérienne. Cette thèse est très exactement celle défendue par les nazis hier et les néonazis aujourd'hui... Roland Pirard va ensuite aborder l'extermination des Juifs d'Europe. Cet épisode essentiel de l'histoire du national-socialisme est « détaillé » dans un paragraphe de seulement quatorze lignes, sur un livre, pour rappel, comptant 479 pages. Dans ce passage, l'auteur évoque au conditionnel qu'« Officiellement, il y aurait eu près de 6 millions de Juifs exterminés par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale » (p. 208). A la page suivante, il va aussi – et surtout - informer son lecteur de l'existence qu'« Une thèse, ''révisionniste'' ou ''négationniste'', soutient qu'il n'y avait pas de chambres à gaz homicides et que les Juifs étaient simplement déportés dans des camps de concentration ou des ghettos, que les décès étaient provoqués soit par les mauvais traitements soit par la famines et des épidémies, notamment le typhus, qui sévissaient à la fin de la guerre. Cette thèse conteste aussi le chiffre de 6 millions de morts et prétend que le nombre des décès aurait été nettement inférieur (500 000 au maximum). Le soutien de cette thèse, dont le français Robert Faurisson est le principal héraut, relève de la loi pénale et est punissable dans plusieurs pays » (p. 209). Tout en prenant les précautions nécessaires, l'élu du VB donne plus de place à la « thèse révisionniste » - idéologique et falsificatrice - qu'à l'histoire reconnue et prouvée du génocide commis par les nazis. « Haute finance »
et « capitalisme international » L'auteur de ce livre favorable à Hitler va aussi réviser le modèle économique choisi par les autorités berlinoises nazies. Pour lui, les nazis ont « (refusé) le mondialisme » et proposé un système d'« autarcie économique » : « Les dirigeants nationaux-socialistes étaient partisans de l'autarcie économique. L'objectif était de créer un espace économique aux dimensions européennes, dominé par l'Allemagne, auto-centré économiquement et excluant le capitalisme international et particulièrement la haute finance nord-américaine » (p. 219). Par son positionnement et son « nouveau modèle » économique, « L'Allemagne troublait le système capitaliste international », note-il (p. 215). C'est pour cette raison selon Pirard que « les grands banquiers internationaux considérèrent alors que l'Allemagne représentait une menace et qu'il fallait l'abattre... » (p. 215). Une fois de plus, l'auteur démontre ses capacités de réécriture positive de l'histoire du nazisme. Effectivement, il oublie ici sciemment de citer les textes et discours liant la référence de cette « haute finance » et du « capitalisme international » directement aux Juifs (voir notre encadré ci-dessous). Dans la présentation qu'il fait du choix économique de l'Allemagne nazie, Roland Pirard n'évoque pas – volontairement ou par incompétence en matière de recherche historique - les liens économiques entre l'industrie allemande et certains groupes financiers nord-américains, dont celui de la famille de l'actuel président des Etats-Unis (4). La réalité d'une Allemagne ayant fait le choix du maintien du système capitaliste inégalitaire et en relations économiques avec des investisseurs étrangers contredits la thèse de Pirard qui présente une Allemagne résistante au système capitaliste international. Thèse d'ailleurs déjà évoquée par plusieurs auteurs relativistes ou révisionnistes de l'histoire du nazisme.
Vers la réhabilitation
du nazisme ? Certes, Adolphe Hitler – Sa véritable histoire n'est pas un ouvrage qui peut être qualifié de néonazi et de négationniste. Cependant, en omettant de rappeler les preuves des gènes criminogènes du nazisme, de son rôle dans l'exploitation massive de l'antisémitisme d'antan et son entière responsabilité dans le judéocide, les différents autres crimes contre l'humanité commis entre 1940 et 1945, le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale (plus de 55 millions de morts)... Roland Pirard propose une « oeuvre » qui permet de relativiser et de banaliser le IIIe Reich. Au risque que le nazisme serve de modèle politique pour des futures générations militantes de l'extrême droite. Si ceci devait être le cas, Roland Pirard, cadre bruxellois du Vlaams Belang, aura alors une part de responsabilité dans la réhabilitation du nazisme. Comme bien d'autres activistes de l'ex-Vlaams Blok d'ailleurs...
(1) Sur la couverture, le prénom
de Hitler est écrit à la française (Adolphe).
Ce qui n'est pas le cas dans les pages intérieures du livre
qui utilise le prénom écrit sous sa forme allemande
(Adolf). Il s'agit donc ici d'une erreur, sans doute commise par le
graphiste de la couverture.
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Sur le national-socialisme et son dictateur • Peut-on
écrire des livres sur Hitler ? Sur Roland Pirard • Roland
Pirard, un pur et dur au service du Vlaams Blok/Belang
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