RésistanceS 22-05-2009

Elections européennes et régionales 2009


Extrême droite : qui sera présent le 7 juin prochain ?


L'extrême droite de Belgique est divisée. En Flandre, le Vlaams Belang a le monopole. A Bruxelles et en Wallonie, le 7 juin prochain, l'électorat séduit par les discours extrémistes, xénophobes, nationalistes et populistes aura le choix entre différentes «chapelles». Voici un tour d'horizon proposé par RésistanceS.be de toutes les listes d'extrême droite qui seront en lice aux prochaines élections.


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Elections européennes : collège néerlandophone
A l'extrême droite, du côté flamand, seul le Vlaams Belang sera en lice pour l'élection du Parlement européen. Il devra néanmoins faire face à deux listes électorales qui semblent de plus en plus séduire son électorat «traditionnel». Il s'agit de la liste de la N-VA et de celle de la Lijst Dedecker (LDD), conduite par le fondateur de ce nouveau parti, Jean-Marie Dedecker (ex-VLD, le parti libéral flamand). Cependant, la N-VA et la LDD seraient en baisse – selon un récent sondage réalisé pour le quotidien «De Standaard» – par rapport à d'autres sondages qui les désignaient comme les grands champions des prochaines élections.

A l'instar des élections régionales, les européennes relèvent d'une importance capitale pour le VB. Depuis les dernières élections, communales et provinciales, d'octobre 2006, ce parti nationaliste flamand à vu la progression de ses scores stopper, voire même diminuer. Un phénomène nouveau puisque le VB, depuis les élections communales de 1988, n'a pas cessé de gagner, de façon phénoménale, des milliers de nouveaux électeurs. Au point de totalement déstabiliser le paysage politique flamand. La raison : sa capacité, grâce à ses succès populaires successifs, d'influence nocive sur les autres partis politiques. La confirmation de son reflux électoral pourrait donner lieu à sa marginalisation.


Discours simpliste pour les affiches électorales du Vlaams Belang © Photo Tractothèque.


Vlaams Belang (VB)
C'est l'ex-président du VB, le député européen sortant Frank Vanhecke, qui est la tête de liste des VBistes pour les élections européennes. Il est suivi de la fille du fondateur du parti, Marijke Dillen. En troisième position se trouve un des «jeunes loups» de cette formation ultranationaliste flamande, Philip Claeys. Comme Vanhecke, il est déjà eurodéputé depuis les précédentes élections européennes. A la 5e place, il y a Francis Van den Eynde, un des piliers historiques du VB et par ailleurs leader du Voorpost, un groupe radical nostalgique de l'Ordre nouveau qui régnait en Flandre durant l'occupation nazie ! Après lui, c'est le Bruxellois Johan Demol qui figure. Suivi d'Alexandra Colen, la représentante du courant national-catholique et ultra-libéral du VB. Parmi les autres candidats, signalons encore la présence de Bruno Valkeniers, le nouveau président du parti (en 10e place), des «pin up» Anke Van Dermeersch (11e place) et Marie-Rose Morel (dernière place) et Filip Dewinter (12e position), le chef des purs et durs. Chez les candidats suppléants, figurent Koen Dillen, le fils du président-fondateur du Vlaams Blok (le premier nom du VB) qui avait fait la Une de l'actualité lors de la diffusion de photos de lui en compagnie de Léon Degrelle, l'ex-chef des nazis francophones lors de la Deuxième Guerre mondiale. Gerolf Annemans, un des dirigeants depuis toujours du VB, est 7e sur la liste des candidats suppléants qui se clôt avec la présence d'Hugo Coveliers. Ex-parlementaire de la Volksunie (le parti nationaliste pluraliste historique du mouvement flamand), Coveliers avait rejoint le Vlaams Belang, via une formation pré-fabriquée du nom de Vlott, à l'occasion des élections communales de 2006.



Elections européennes : collège francophone
Pour les élections européennes, les électeurs d'extrême droite en Communauté française auront le choix entre deux listes : celle du Front national rénové (présidé par le député régional Daniel Huygens et dirigé par Patrick Sessler, député régional bruxellois sortant) et celle de «Wallonie d'abord !». Le «FN» de Daniel Féret - en alliance électorale de circonstance avec le clan des «frontistes nationaux-libéraux populistes» de Charles Pire et Charles Petitjean - n'a pas réussi à réunir les conditions pour pouvoir se présenter au scrutin européen. Ce qui a aussi été le cas du mouvement Nation.


Front national (FN rénové)
La liste frontiste, désormais officielle, est composée de huit candidats effectifs. Sa tête de liste est Jean-Pierre Borbouse. Elu aux élections de 2004 au Parlement wallon et en 2006 au Conseil communal de Charleroi, il provient du Pays noir, où il dirige également la section FN locale. Politiquement, il fut auparavant membre du Parti national-communautaire européen (PCN), d'obédience «national-bolchévique», et passa même, pour une courte période, par les rangs du Parti du Travail de Belgique (PTB, gauche radicale anticapitaliste), avant de se rallier définitivement à l'extrême droite. En avril 2007, avec d'autres dirigeants frontistes, il participa à la création du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen. Borbouse est un des bras-droits de Patrick Sessler, le véritable chef du FN rénové. La liste européenne de ce dernier est poussée par la Bruxelloise Florence Matagne, qui y représente le Front nouveau de Belgique (FNB), une dissidence du FN de Daniel Féret qui a aujourd'hui fusionné dans le FN de Sessler.


Colleurs d'affiches du Front national, dans la région de Charleroi, lors des élections régionales de 1999 © Télésambre.



«Wallonie d'abord !»
La seconde liste d'extrême droite francophone qui se présente aux Européennes est celle de «Wallonie d'abord !» Il s'agit du nouveau nom du parti Force nationale, une dissidence du FN active de 2004 à 2008. La majorité de ses candidats (7 sur 8) viennent de Force nationale ou/et du Front national féretiste. Leur «pédigrée» politique a été récemment proposé sur RésistanceS.be (). Pour ce «nouveau» mouvement, ces élections - qui se déroulent sur l'ensemble de la Communauté française - représente un test qui permettra de mesurer son impact possible auprès d'un électorat pouvant être séduit par un discours nationaliste wallon, à l'époque où l'idée d'une Belgique fédérale est de moins en moins populaire. Cependant, toutes les précédentes initiatives (Parti social-démocrate, Bloc nationaliste francophone, Bloc national et Force nationale) de l'éminence grise de «Wallonie d'abord !», le conseiller provincial Juan Lemmens (qui fut aussi député régional FN de 1995 à 1999) ont connu des échecs cuisants.

La liste européenne de «Wallonie d'abord !» est conduite par Christian Haudegand, un ancien candidat régulier du Front national. Celui-ci est encore connu comme prêtre ouvrier d'un mouvement catholique opposé au Vatican.



Elections régionales


L'extrême droite flamande aux élections régionales
Le Vlaams Belang aura le monopole de la représentativité néerlandophone de l'expression extrémiste - avec un discours anti-partis traditionnels, ultrasécuritaire et islamophobe - en Flandre et à Bruxelles. Il n'aura pas de concurrent d'extrême droite. Néanmoins, il devra faire face à la présence généralisée de la droite nationaliste populiste, incarnée dorénavant avec succès par la N-VA et la LDD.

Dans la circonscription électorale d'Anvers, la liste du Vlaams Belang (avec trente-trois candidats, le maximum autorisé) est conduite, comme d'habitude depuis de nombreuses années, par Filip Dewinter. Elle est poussée par le président du parti (le troisième depuis la création du VB en 1978) Bruno Valkeniers, un homme d'affaires engagé dans le «mouvement nationaliste flamand» lors de ses années étudiantes. Depuis le milieu des années 1990, le VB a fait le ménage en excluant de ses listes les militants au passé trop radical (ceux provenant de groupes néonazis, comme le VMO par exemple). Néanmoins, ont retrouve en 5e place sur la liste anversoise Hilde De Lobel, une parlementaire régionale chargée des relations internationales du VB. Elle est notamment souvent en France, lors de meetings organisés par des mouvements nationalistes et identitaires qui ne cachent pas leur option pour des régimes autoritaristes. Ces mouvements, comme le Vlaams Belang, revendiquent la création de Nations basées sur une «Communauté homogène», c'est-à-dire en langage décodé, sur une race pure...

Dans le Limbourg, le VB ne présente aucune tête réellement connue. Cette province est la plus pauvre de la Région flamande. Le parti nationaliste néofasciste, malgré de bons scores (aux Régionales de 1999, il y avait obtenu 12 % des voix et passa à 22 % à en 2004) n'a jamais vraiment réussi à s'implanter sur le terrain et y recruter des cadres pour sa structure.

L'ancien président du VB, Frank Vanhecke (qui cumule : il est, comme nous l'avons déjà vu, également la tête de liste pour le Parlement européen), tire quant à lui la liste déposée dans la circonscription de Flandre occidentale. Dans la circonscription de Flandre orientale, il y a en avant dernière place, Frans Van den Eynde, l'un des leaders de l'aile radicale du VB et du groupe d'action nationaliste Voorpost. Celui qui conduit la liste est Karim Van Overmeire. Ancien collaborateur de Filip Dewinter, comme lui il a été politiquement formé au sein du NSV, une association d'étudiants nationalistes ultra-radicaux dont l'un des sigles est la croix celtique, le symbole des néofascistes.

Un absent est à signaler sur cette liste VB flamande orientale : Roeland Raes. Dirigeant et ex-parlementaire gantois du VB, il fut aussi son vice-président national de 1978 à 2001. Ses propos pro-négationnistes sont connus. Il y a quelques mois, Raes a justement été condamné par la justice pour négationnisme, en première instance (il a interjeté appel de ce jugement ). Il était trop marqué pour être remis sous les feux de l'actualité.

Dans le Brabant flamand, la liste du Belang est conduite par un de ses fidèles dirigeants : Joris Van Hauthem. Elle se conclue avec Filip De Man. Issu d'une famille de gauche flamande, ce dernier est un radical indéfectible. Obsédé par l'«invasion musulmane», il est l'auteur de plusieurs livres idéologiques préconisant des solutions musclées pour mettre fin au «régime actuel». De Man est bien plus nationaliste européen que nationaliste flamand. C'est un pur produit de l'extrême droite. Il est notamment l'artisan de l'ouverture, à Bruxelles, du Vlaams Belang à des militants francophones. Il a été ainsi le «parrain» de Johan Demol, l'actuel leader bruxellois du VB, un Flamand d'origine, mais d'expression française, et ancien chef de la police de la commune de Schaerbeek, exclu suite aux révélations sur son passé de militant au Front de la jeunesse, une organisation néofasciste francophone des années septante.

Dans la circonscription électorale de la Région de Bruxelles-capitale, les nationalistes identitaires flamands sont conduits par le précité Johan Demol. Arrivé au Vlaams Blok (le nom à l'époque du Vlaams Belang) en 1996, il devait devenir le «Le Pen bruxellois flamand à Bruxelles». Pour cela, le VB a dépensé des millions d'euros...

L'investissement sera pour finir contre-productif : le VB n'est jamais arrivé à son objectif de devenir, grâce à Demol, le premier parti flamand dans la capitale belge. Ce qui lui aurait permis de bloquer la région d'abord, le pays ensuite : cette première place aurait fait rentrer, de façon automatique, le VB au sein du gouvernement bruxellois (sur la base de la protection à l'égard de la minorité néerlandophone)... Cette intégration aurait alors brisé le «cordon sanitaire» isolant le VB sur l'échiquier politique. Ce qui aurait donné lieu à une crise politique majeure. Le 7 juin prochain, la liste bruxelloise du Belang devrait connaître un nouvel échec, comme lors des élections communales de 2006. Ce qui signifierait la fin politique de Johan Demol, et sans doute aussi du succès du Vlaams Belang à Bruxelles...


Les affiches du Vlaams Belang sont aussi surcollées. Ici, par un autocollant du leader de la gauche marxiste du SP.A, le parti socialiste flamand © Photo AFF-Antwerpen.

 

L'extrême droite francophone aux élections régionales
A la différence de la Flandre, chez les francophones, l'extrême droite est totalement divisée. Les listes différentes, concurrentes ou dissidentes se multiplient. Les «frontistes» y seront représentés par trois clans : celui du Front national, dit «rénové», aux mains de Patrick Sessler, de Michel Delacroix et de leurs fidèles seconds (Daniel Huygens et Jean-Pierre Borbouse) ; et celui des fidèles de Daniel Féret, le président-fondateur du FN, qui se présenteront en alliance électorale de circonstance avec la tendance wallonne national-libérale frontiste conduite par les députés régionaux sortants Charles Petitjean et Charles Pire, qui représentent l'un de ces trois «clan frontiste». Ces derniers ont déposé des listes dans la plupart des circonscriptions électorales en Wallonie sur le nom de «Fraternité Nationale pour Plus de Liberté, d'Union et de Solidarité» (FN PLUS). Les listes FN et FN PLUS devront enfin faire face aux concurrents de «Wallonie d'abord», présents quasi dans toutes les circonscriptions wallonnes. Dans celle de Mons, la liste FDW - proposée par un conseiller communal élu sur la liste FN en 2006 - se présentera aux électeurs pour la première fois.

Dans la région bruxelloise, outre la liste du Front national «rénové», il y aura aussi une liste «FNB» (pour «Forces Nouvelles Belges») proposée par le clan frontiste toujours fidèle à Daniel Féret, celui du mouvement Nation et celle du Front démocratique bruxellois.

Passons maintenant à un tour d'horizon plus détaillé de ces listes d'extrême droite francophones qui seront présentes aux élections régionales du 7 juin, en Wallonie et dans la Région de Bruxelles-capitale.


Front national (FN rénové)
Dans la région bruxelloise, la liste de ce FN est conduite par son député régional sortant, Patrick Sessler, par ailleurs secrétaire général, vice-président et réel dirigeant - avec le sénateur Michel Delacroix – de ce Front. La deuxième de liste, Florence Matagne, provient du Front nouveau de Belgique qui s'est officiellement dissout, en 2008, dans le FN rénové. C'est Michel Delacroix qui en est le dernier candidat (à la 19e place). Il est aussi le premier des candidats suppléants. Michel Delacroix ? Rappelez-vous : premier président du FN anti-Féret, il dut démissionner de son poste après la diffusion d'une vidéo privée, filmée en vacances, où il fredonnait une immonde chanson antisémite. Démission de son mandat de président, pas de membre du parti. Depuis, il est toujours un de ses dirigeants.

Avec plus de cinquante-et-un candidats effectifs, le FN rénové se présente en Wallonie dans dix circonscriptions électorales sur treize. Il n'a pas réussi à déposer de listes dans les circonscriptions de Thuin, d'Arlon-Marche-en-Famenne-Bastogne et Neufchâteau-Virton. En Wallonie, ce FN présente un peu moins de candidats que l'«autre FN», en lice aux élections du 7 juin sous le nom de «Fraternité Nationale pour Plus de Liberté, d'Union et de Solidarité».


Fraternité Nationale pour Plus de Liberté, d'Union et de Solidarité (FN PLUS)
Avec cinquante-quatre candidats effectifs au total en Wallonie (trois de plus que le FN rénové), cette «Fraternité Nationale» est le fruit d'une alliance électorale de circonstance entre les derniers «frontistes féretistes» (Patrick Cocriamont, Salvator Nicotra...) et les députés régionaux sortants Charles Petitjean et Charles Pire, partisans d'un Front national excluant ses éléments néonazis et défendant une ligne politique nationaliste, populiste et libérale. Le Front démocratique bruxellois (FDB, voir plus bas) devait également faire partie de cette alliance temporelle. Le FDB, grâce à la signature de ses deux députés régionaux, aurait permis également une présence aux élections européennes. Pour l'heure, cette alliance «inter-frontistes» ne devrait tenir que le temps de la campagne électorale actuelle. Après le 7 juin prochain, elle devrait s'auto-dissoudre.

L'objectif de la «Fraternité Nationale» est en effet uniquement de permettre à ces frontistes d'être présents aux élections régionales avec des initiales proches de celles du Front national. Pensant pouvoir récupérer un électorat FN et de nouveaux électeurs, ses véritables initiateurs sont Charles Petitjean et Charles Pire, qui participèrent en septembre 2007 à la prise de contrôle par les dits «réformateurs» du FN, alors toujours présidé par Daniel Féret. Depuis le scandale suscité par la chanson nazie fredonnée par son président ff de l'époque, Michel Delacroix, les deux Charles se sont distancés du FN rénové, qu'ils avaient cofondé. Après avoir claqué la porte de ce FN, leur alliance momentanée avec les derniers féretistes ne signifie en aucun cas leur retour au «FN-canal historique» (le surnom du FN de Daniel Féret). Il s'agit seulement d'une alliance opportuniste, le temps des élections 2009.

D'ailleurs, la majorité des listes du FN PLUS sont constituées et conduites par des proches de Charles Pire et de Charles Petitjean. Comme ce dernier, plusieurs d'entre eux proviennent des rangs du Parti réformateur libéral (PRL). Certains de ces ex-PRL sont désormais tête de liste pour le compte du FN PLUS. On trouve encore sur les listes de ce FN des transfuges du Front nouveau de Belgique (FNB) qui avaient refusé la fusion en 2008 de leur parti dans le FN rénové. La tête de liste de la «Fraternité Nationale» dans la circonscription de Dinant-Philippeville, Georges Mairlot, est par exemple l'ancien responsable local du FNB. Seules les listes FN PLUS déposées dans la circonscription de Soignies et de Liège rassemblent de véritables féretistes, liés au député fédéral FN Patrick Cocriamont.

Pour démontrer que ce FN PLUS est artificiel, il faut encore signaler qu'une tentative de Patrick Cocriamont et du conseiller communal Salvator Nicotra pour doubler Charles Petitjean à Charleroi, en déposant une autre liste, eut lieu le jour du dépôt des listes électorales. Cette tentative avorta cependant. Cette liste aurait été conduite par Nicotra en personne et aurait aussi accueilli Olivier Delcourt, un conseiller communal FN qui prêta serment, en 2006, en faisant le salut nazi. Suite à une plainte déposée par le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, il fut poursuivi devant les tribunaux pour racisme. Le jugement de son dossier sera rendu le 15 juin prochain. Sa présence sur la liste FN aurait suscité un mini-scandale... le but précisément recherché par Nicotra pour que l'on parle de sa liste dans les médias.

La non présence de Patrick Cocriamont et de Salvator Nicotra sur les listes du FN PLUS est le résultat de leur tentative de putsch au sein de l'alliance électorale établie avec Charles Petitjean. Qui semble désormais contrôler ce nouveau «FN made in Wallonie»...


Une partie de la direction du Front national en décembre 2005, à l'époque de son unité. Aujourd'hui ce parti est divisé en trois clans : celui des «féretistes» (Daniel Féret, au centre sur cette photo), celui du FN rénové conduit par le député régional bruxellois Patrick Sessler et le sénateur Michel Delacroix (à gauche) et celui des députés régionaux wallons Charles Petitjean et Charles Pire (à droite sur cette photo).



Forces Nouvelles Belges (FNB)
Dans la circonscription électorale de Bruxelles-capitale, les «frontistes féretistes» se présentent sous les initiales «FNB», pour «Forces Nouvelles Belges». Ce nom fait directement penser au parti politique d'où provient Patrick Cocriamont, le président ff et député fédéral du «FN féretiste», et son bras-droit, Daniel Leskens. Dans les années 1980, Forces Nouvelles était la formation politique la plus importante de l'extrême droite belge francophone. Sous le nom de Parti des forces nouvelles (PFN), elle fusionna en 1991 avec le Front national de Daniel Féret.
La tête de liste de Forces Nouvelles Belges est Maryvonne Vermonden. Transfuge du Front nouveau de Belgique, lors des élections communales en 2000, elle conduisait la liste de cette dissidence FN dans la commune d'Anderlecht. Aux communales de 2006, Maryvonne Vermonden rejoignit le Front national de Daniel Féret et fut élue conseillère communale. En 2007, lors des élections législatives, elle figurait en tête de la liste FN dans la circonscription de Bruxelles-Hal-Vilvoorde. Georges Duterme, candidat depuis plusieurs élections du «FN-canal historique» et l’un des derniers rédacteurs réguliers du «National», son mensuel officiel, figure en 2e place sur la liste FNB. La seule députée régionale bruxelloise sauvegardée du FN féretiste, Audrey Rorive (la compagne de Daniel Féret), se positionne à la 3e place sur cette liste qui ne compte que 11 candidats, contre 19 pour celle du Front national rénové de Patrick Sessler et 66 candidats pour celle du Front démocratique bruxellois, mené aux élections de juin par deux députés régionaux frontistes dissidents (voir plus bas). Le FN PLUS, initié par Charles Petitjean et Charles Pire, ne soutient pas cette liste bruxelloise FNB pro-Daniel Féret.



«Wallonie d'abord !»
Aux élections régionales, ce mouvement a réussi à déposer des listes dans onze circonscriptions. Ce n’est que dans celles d'Arlon, Neufchâteau et de la Région bruxelloise que «Wallonie d'abord !» ne sera pas présent. L'ensemble de ses listes réuni quarante-huit candidats effectifs. Ce mouvement est issu en droite ligne d'une dissidence du Front national féretiste. Sa tête de liste à Charleroi est Alain Sadaune, ex-député régional et dirigeant local du FN dans les années nonante. Comme pour le scrutin européen, les régionales vont représenter un test important pour «Wallonie d'abord !». Il pourrait séduire un électoral de plus en plus proche des thèses identitaires wallonnes.


Alain Sadaune (au centre), la tête de liste de «Wallonie d'abord !» à Charleroi, ici en 1999 lors d'un meeting du Front national féretiste. A l'époque, Sadaune était le responsable du FN carolo et l'un de ses députés régionaux. En 2004, il fit dissidence avec un nouveau parti, Force Nationale. Désormais, il est un des cadres de «Wallonie d'abord !», avec Jacqueline Merveille (à droite sur cette même photo).


Nation
La liste «Nation» sera présente, avec sept candidats, uniquement dans la Région de Bruxelles-capitale. Pourtant, le mouvement Nation avait également l'ambition de déposer une liste dans la circonscription de Charleroi, là où l'extrême droite fait ses meilleurs scores. Depuis 2008, Nation récoltait aussi des signatures pour présenter une liste pour le Parlement européen, et de manière préventive pour de possibles élections législatives anticipées. Les ambitions de Nation semblent avoir été trop grandes... La récolte de signatures par ses «équipes militantes» se conclut par un échec cuisant. Par ailleurs, Nation a eut beaucoup de mal à trouver des militants acceptant de figurer sur ses listes. La «peur de la répression» serait l'explication officielle apportée désormais par la direction du mouvement. C'est pour cette raison qu'il a même dû aller chercher un ancien militant néonazi des années quatre-vingt (voir photo ci-dessous).

En 2003, Nation avait déjà tenté l'option électorale aux législatives. Présent dans la circonscription du Hainaut et de Bruxelles-Hal-Vilvoorde, ce mouvement ne put y séduire que 0,4 % et 0,08 % de l'électorat. Un nouvel échec (ce qui est des plus probables) le 7 juin prochain signifierait une remise en cause de l'avenir même de Nation.


Sur cette photo prise en septembre 1987 à Anvers, lors d'une manifestation de rue, figure feu Emile Robe (4e à partir de gauche), le dirigeant de Rex National, un groupuscule fanatique du nazi Belge Léon Degrelle, actif de 1974 à 2000. A ses côtés se trouvent des militants du VMO reconstitué et du groupe néonazi l'Assaut, dont Robe fut aussi le porte-parole. L'«animateur» du groupe l'Assaut de l'époque est l'actuel dirigeant-fondateur du mouvement Nation. Michel Godtbil, en 5e place sur la liste de ce mouvement pour les élections régionales bruxelloises de ce 7 juin, était un des militants néonazis de l'Assaut (il venait auparavant du Parti des forces nouvelles, également néonazi). Sur cette photo, Michel Godtbil se trouve à gauche d'Emile Robe © Photo : Archives Ridaf / CelsiuS.


Front démocratique bruxellois (FDB)
Il présente une liste constituée de soixante-six candidats effectifs. C'est la «liste nationaliste» la plus fournie. Cela confirme son ancrage au sein d'une mouvance militante active. Ce FDB refuse l'étiquette «extrême droite». Il se revendique comme de «droite», une «droite populaire et nationaliste». Sa tête de liste (Paul Arku) et sa deuxième de liste (Christiane Van Nieuwenhoven) sont tous deux députés régionaux bruxellois sortants. Ils avaient été élus en 2004 sur la liste du Front national, alors unitaire. Paul Arku fut aussi l'un des leaders des francophones du Vlaams Blok, l'actuel Vlaams Belang.

Le FDB a été impliqué dans le projet d'alliance électorale proposé par les députés wallons frontistes Charles Pire et Charles Petitjean (revoir la notice sur le FN PLUS). A la dernière minute, il s'est retiré du projet. Résultat : le FN-canal historique et le clan national-libéral populiste frontiste conduit par Pire-Petitjean n'ont pu se présenter aux élections européennes. Laissant ainsi le champ libre au FN rénové et à «Wallonie d'abord!».


Forces démocrates wallonnes (FDW)
Il refuse d'être qualifié d'extrême droite. Le dirigeant de ces «Forces démocratiques wallonnes», Alex Quévy, a pourtant été élu conseiller communal en 2006 sur une liste électorale du Front national dans la Ville de Saint-Ghislain. En septembre 2007, il rejoignit le FN rénové. Pouvant être considérées comme une dissidence frontiste, les FDW de Quévy ne seront présentes que dans la circonscription de Mons. Sans espoir, bien entendu, d'y décrocher un député régional...


Tract de l'ABCD. A Bruxelles, une fois de plus le Vlaams Belang reçoit le soutien - pour sa campagne électorale - de l'Association bruxelloise contre le déclin (ABCD), un groupuscule rassemblant des Bruxellois francophones favorables au parti nationaliste séparatiste flamand. Le dirigeant de l'ABCD est un ancien du Parti des forces nouvelles, une formation francophone ouvertement néonazie. Plus d'informations sur l'ABCD ?


TABLEAU 1 : Nombreux de candidats effectifs de listes d'extrême droite en Région wallonne

Liste >
Circonscriptions

FN rénové

FN Plus

Wal. d'abord !

TOTAL

Nivelles

7

-

4

11

Mons

6

6

4

16

Charleroi

9

9

7

25

Soignies 

4

4

4

12

Thuin

-

3

3

6

Tournai-Ath-Mouscron

4

6

4

14

Liège

5

8

4

17

Verviers

4

5

4

13

Huy-Waremme

4

-

4

8

Arlon-Marche-en-Famenne-Bastogne

-

3

-

3

Neufchâteau-Virton

-

-

-

0

Namur

4

6

6

16

Dinant-Philippeville

4

4

4

12

TOTAL

51

54

48

153

© Tableau RésistanceS.be

 

Comme on peut le constater dans ce tableau, c'est le FN PLUS qui présente le plus grand nombre de candidats, suivi du FN rénové et de «Wallonie d'abord!». Cela démontre que le FN rénové n'a plus le monopole sur les frontistes, contrairement à ce que sa propagande laisse supposer. Dirigé par les députés régionaux sortants Charles Pire et Charles Petitjean, le FN PLUS pourrait se développer après les élections du 7 juin prochain. C'est dans la circonscription de Charleroi, que le nombre de candidats d'extrême droite est le plus important. Charleroi a toujours été le fief de l'électorat frontiste depuis les années 1990.



TABLEAU 2 : Nombreux de candidats effectifs de listes d'extrême droite dans la Région de Bruxelles-capitale

Liste >
Circonscriptions

FN rénové

FNB

NATION

FDB

VB

TOTAL

Région de Bruxelles-Capitale

19

11

7

66

17

120

© Tableau RésistanceS.be

A Bruxelles, c'est le Front démocratique bruxellois (FDB) qui présente le plus de candidats, ce qui démontre qu'il possède une réelle implantation locale. Dissidence du Front national, le FDB adopte un style plus éloigné de celui de l'extrême droite classique. Il se définit comme étant le représentant d'une «droite populaire et nationaliste». Le FN rénové aligne dix-neuf candidats sur sa liste, suivi par le Vlaams Belang dont l'influence à Bruxelles est en déclin. La liste Forces Nouvells Belges (FNB), liste de circonstance proposée par les derniers «féretiste», a pu trouver onze candidats pour constituer sa liste. Le mouvement Nation semble quant à lui avoir eu beaucoup de difficultés pour dénicher des candidats.

 


En 2008, le Front national féretiste et le Front démocratique bruxellois (FDB) s'étaient rapprochés en vue de présenter des listes communes aux élections régionales et européennes, comme le montre notre document ci-dessus, un extrait du mensuel du FN de Daniel Féret. Mais, juste avant le dépôt officiel des listes électorales, le FDB a décidé de casser son alliance électorale avec les «frontistes féretistes». CLIQUEZ sur l'image pour l'agrandir.




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© Affiche de RésistanceS – 2008-2009


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 22 mai 2009.

 

Nota bene - Ce dossier a été ouvert le 8 avril 2009 par RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite. Il sera régulièrement réactualisé.

Déjà au sommaire de ce dossier :

Le Front national organise sa survie politique

L'extrême droite électorale en décroissance généralisée

Extrême droite: qui sera présent le 7 juin prochain?

«Wallonie d'abord !» , l'extrême droite régionaliste aux élections de 2009

Les enjeux des élections 2009

Etat des lieux de l'extrême droite francophone pré-élections

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Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008