| Dans les coulisses
de lextrême droite francophone
La fin du Bloc Wallon ?
Treize
mois après sa création, les jours du Bloc Wallon sont désormais comptés.
Une crise sans précédent vient de le diviser en deux fractions rivales.
Un scénario déjà joué par les Front National de Le Pen et de Féret.
Au rendez-vous : faux, insultes et plaintes. A lheure actuelle,
il y a deux Bloc Wallon !
En avril 2000, un nouveau venu dans
le paysage politique apparaît : le Bloc Wallon (BW). Il est fondé
par des dissidents de la direction politique du Front National de
Daniel Féret (Georges Hupin, Willy Fréson, Dimitri Seve
), par
des «notables locaux» du Front Nouveau de Belgique (comme Jean-Pierre
Walenne) et par les derniers membres du groupuscule raciste REF (son
«Fondateur» Hubert Defourny par ailleurs ancien membre de la
direction du FNB -, Fabien Limbourg et Christian Nokin). A sa création,
ce nouveau bloc est surtout une réincarnation dAGIR, le «parti
dopposition populaire» qui anima le courant nationaliste wallon
de 1989 à 1995. En effet, une bonne partie de lancienne direction
dAGIR a participé à la création du BW : Willy Fréson (idéologue
et fondateur dAGIR) et Hubert Defourny (vice-président national
et président de la section de Verviers dAGIR).
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Manifestation
du Front Nouveau de Belgique, en 1996. Hubert Defourny, le président
du "Bloc Wallon-bis" (ici avec l'imper beige), provient
aussi de la direction de ce groupuscule d'extrême droite national-libéral,
monarchiste et belgicain |
Le Bloc Wallon se présente en octobre 2000 aux
élections communales. Sans succès. Présent dans sept communes wallonnes,
il nobtiendra aucun élu, malgré une campagne luxueuse de grande
ampleur qui avait débuté dès le mois de mai. Les germes de la division
commenceront à prendre forme. Doucement.
Deux fractions rivales
Comme jadis le Front National, AGIR et le Front Nouveau de Belgique,
après plusieurs coups bas en coulisses et la diffusion de rumeurs
de «putsch à la Mégret», en mai 2001, le Bloc Wallon va finalement
imploser en deux fractions rivales. Une habitude dans cette mouvance
politique. Depuis lors, les frères-ennemis revendiquent le nom de
ce parti. La première fraction est menée par Georges Hupin (son président),
la seconde par Hubert Defourny (son vice-président, mais depuis juin
président du nouveau Bloc Wallon). La «fraction Hupin» est essentiellement
constituée des anciens dissidents du Front National et est basée dans
le Hainaut. La «fraction Defourny» regroupe les derniers activistes
du mouvement REF, dont le fief se trouve à Liège. Outre des problèmes
de personnalité, la base de leur différend réside dans une tentative
orchestrée pour saccaparer les rênes de la direction du BW.
Defourny accuse les «hommes dHupin» davoir organisé un
«complot» pour le compte du FN de Daniel Féret (qui souhaiterait éliminer
tous ses concurrents en vue des prochaines élections, en 2003 et 2004).
Des preuves irréfutables existeraient, selon la «fraction Defourny».
Résultat : le vice-président du BW sera manu militari exclu du
parti par son comité directeur.
Deux Bloc Wallon !
Depuis lors, de son sanctuaire liégeois, Hubert Defourny continue
pourtant à utiliser le label du Bloc Wallon et à distribuer, notamment,
les tracts de sa campagne contre la drogue entamée avant le début
de cette nouvelle zizanie. Plus drôle, deux versions de son bulletin
de liaison («Bloc-notes») sont réalisées par chacune des fractions,
avec la même pagination, une identique mise en page et numérotation.
En mai, un «Bloc-notes», avec pour éditeur responsable Hubert Defourny,
arrivait chez les affiliés pour annoncer que Georges Hupin abandonnait
la présidence du BW. Ce «Bloc-notes» sera directement suivit dun
autre, quelques jours plus tard, qui affirmait que le premier «était
un faux» et quHupin restait le président du parti !
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| Couverture du
numéro 7-8 (mai-juin 2001) du journal du "Bloc Wallon -
canal historique" (GAUCHE). Même titre, même logo et même
mise en page pour celui édité par le "Bloc Wallon - bis"
(A DROITE) |
Le périodique est également utilisé par les deux clans
pour se communiquer des insultes et de graves accusations, dans une
atmosphère de fin de règne digne de la décadence. Pour le «Bloc Wallon-canal
historique» (celui de Georges Hupin), le renégat Hubert Defourny est
responsable de «faits graves» et lauteur dune «supercherie».
Les membres de sa «bande» et lui-même ne seraient que des «ambitieux
peu scrupuleux» («Bloc-notes», mai et juin 2001). Pour le «nouveau»
Bloc Wallon, une «équipe de traîtres» conduite par Georges Hupin est
à lorigine de «cette entreprise délictueuse (
) menée contre
nous par des agents du «FN» belge» («Bloc-notes», juin 2001). Hupin
y est également traité de «monarchiste fransquillon» à la tête dune
«clique de traîtres et dagents de létat belge». Ces partisans
ne seraient que des «félons» (terme par ailleurs utilisé par Jean-Marie
Le Pen pour désigner ceux qui tentèrent de le destituer, en décembre
1998, sous la conduite de Bruno Mégret). Dans un courrier, daté du
10 mai 2001, communiqué à Jean-Pierre Walenne, un ancien du Front
Nouveau de Belgique devenu le trésorier du BW, Hubert Defourny sen
prendra à lun de ses anciens «camarades de combat», Marc Levaux
(désigné désormais comme «limmonde avocat-stagiaire») et à l»avocat
nègre Robert Bouchy».
Parc dattraction pour indics
Pour finir, la perle des arguments : ils saccusent mutuellement
dêtre des agents de la Sûreté de lEtat ayant pour objectif
de diviser le «mouvement nationaliste» francophone. Pour le secrétaire
général du Bloc Wallon-bis, Christian Nokin (ex-FN), la «mission»
de la «fraction Hupin» est la «neutralisation de lopposition
populaire wallonne» pour le compte «des services discrets de létat
belge». Ces affirmations sont une tradition dans ce milieu (auparavant,
AGIR et le FNB avaient déjà accusé Daniel Féret, le président à vie
du FN, dêtre lui aussi un agent des services de renseignements
belges). Le numéro de juin 2001 de «Bloc-notes» (celui édité par le
groupe de Defourny) sen prenait également à dautres représentants
du nationalisme, comme le Parti des Forces Nouvelles, le PCN, Rex
National (un des pilier du groupe néonazi lAssaut dHervé
Van Laethem) et le mouvement Nation. Pour Hubert Defourny, ceux-ci
étaient tous des «épouvantails politiques (
) «fabriqués
par le gouvernement belge» ou «infiltrés, neutralisés et manipulés
par un réseau dindividus putrides recrutés à larmée, dans
le monde juridique et chez les pervers et malfrats de tout acabit».
Defourny semble bien connaître cette nébuleuse. Dans les années 1980,
il fut membre de lancienne gendarmerie belge.
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Couverture
du dernier livre raciste de Philip Dewinter, le numéro deux
du Vlaams Blok et l'un des modèles du Bloc Wallon. |
A la lecture de cette «prose» faite de délations
mutuelles, on pourrait croire que lextrême droite est devenu
un véritable parc dattraction pour indics en tout genre. Cest
normal, les milieux glauques ont toujours attirés détranges
individus, utiles aux services parallèles de lEtat.
Le divorce sera prochainement prononcé
Pour lheure, les deux fractions concurrentes continuent leurs
activités politiques sous le nom de Bloc Wallon. La ligne de partage
se fonde - comme on laura compris - sur une haine réciproque
et un combat pour la prise du contrôle du sigle. Mais également sur
des approches politiques différentes. A sa création, le Bloc Wallon
avait fait, pour la Wallonie et la Belgique, «le choix du régionalisme»
dans une «Europe des Ethnies». Pour sa part, le clan de Hubert Defourny
lié à la tendance radicale du Vlaams Blok - revendique la fin
de la Belgique, le séparatisme et une Wallonie indépendante. Certes,
la fissure est grande dans ce bloc. Toutefois, elle était prévisible,
comme lavait déjà signalé «RésistanceS». En effet, ce BW regroupe,
entre autres, deux individus, Hubert Defourny et Willy Fréson, qui
sétaient déjà entre-déchirés à lépoque dAGIR, de
la même façon quaujourdhui au Bloc Wallon. Lors de laccord
électoral signé entre le Front National et les derniers dirigeants
dAGIR sous la houlette de Willy Fréson, en octobre 1996, le
mouvement REF de Defourny distribua des tracts pour dénoncer ce «mariage
dhomosexuels» (sic). Des actes violents seront ensuite commis.
La «nuit des longs couteaux» sannoncera. LHistoire se
répète donc à nouveau.
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| En 1997, Hubert
Defourny va fonder un "comité de soutien" à Jean-Marie
Le Pen, le leader de l'extrême droite française ici sur cette
photo avec l'ancien président des Etats-Unis, Ronald Reagan.
En septembre 2001, Hubert Defourny sera encore présent à la
fête annuel du Front National français. |
Afin de gagner cette guerre interne au
BW, des plaintes ont été déposées dans tous les sens pour sapproprier
légalement le nom, le sigle (une tête de coq wallon agressif dessinée
par Defourny), le numéro de compte et le matériel de propagande encore
en stock. Le «canal historique» a déposé collectivement plainte pour
faux, usage de faux et détournement contre le BW-bis de Defourny.
Pour sa part, à la demande de celui-ci, la justice de paix de Seneffe
a convoqué, pour le 5 septembre 2001, Jean-Pierre Walenne, le trésorier
du BW hupéniste, pour une réunion conciliatoire. Dautres tribunaux
seront bientôt convoqués pour soccuper de ce nouveau divorce
de lextrême droite. Le feuilleton judiciaire, les concernant,
ne fait que commencer.
Manuel ABRAMOWICZ
RésistanceS, 4
août 2001
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A
lire sur notre site sur le Bloc Wallon :
Bloc
Wallon : un nouveau parti dextrême droite francophone ?
(22/08/00)
La
fin du Bloc Wallon
Chronologie
d'une fin annoncée
Un
leader du Bloc Wallon condamné pour racisme (26/02/01)
Condamnation
d'un dirigeant d'extrême droite pour appartenance à deux organisations
racistes (REF et Bloc Wallon) 28/01/02) |