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Dans les coulisses de l’extrême droite francophone

La fin du Bloc Wallon ?

bwlogo2.jpg (2819 bytes)Treize mois après sa création, les jours du Bloc Wallon sont désormais comptés. Une crise sans précédent vient de le diviser en deux fractions rivales. Un scénario déjà joué par les Front National de Le Pen et de Féret. Au rendez-vous : faux, insultes et plaintes. A l’heure actuelle, il y a deux Bloc Wallon !

En avril 2000, un nouveau venu dans le paysage politique apparaît : le Bloc Wallon (BW). Il est fondé par des dissidents de la direction politique du Front National de Daniel Féret (Georges Hupin, Willy Fréson, Dimitri Seve…), par des «notables locaux» du Front Nouveau de Belgique (comme Jean-Pierre Walenne) et par les derniers membres du groupuscule raciste REF (son «Fondateur» Hubert Defourny – par ailleurs ancien membre de la direction du FNB -, Fabien Limbourg et Christian Nokin). A sa création, ce nouveau bloc est surtout une réincarnation d’AGIR, le «parti d’opposition populaire» qui anima le courant nationaliste wallon de 1989 à 1995. En effet, une bonne partie de l’ancienne direction d’AGIR a participé à la création du BW : Willy Fréson (idéologue et fondateur d’AGIR) et Hubert Defourny (vice-président national et président de la section de Verviers d’AGIR).

defoubas.jpg (15969 bytes)  Manifestation du Front Nouveau de Belgique, en 1996. Hubert Defourny, le président du "Bloc Wallon-bis" (ici avec l'imper beige), provient aussi de la direction de ce groupuscule d'extrême droite national-libéral, monarchiste et belgicain

 

Le Bloc Wallon se présente en octobre 2000 aux élections communales. Sans succès. Présent dans sept communes wallonnes, il n’obtiendra aucun élu, malgré une campagne luxueuse de grande ampleur qui avait débuté dès le mois de mai. Les germes de la division commenceront à prendre forme. Doucement.

Deux fractions rivales
Comme jadis le Front National, AGIR et le Front Nouveau de Belgique, après plusieurs coups bas en coulisses et la diffusion de rumeurs de «putsch à la Mégret», en mai 2001, le Bloc Wallon va finalement imploser en deux fractions rivales. Une habitude dans cette mouvance politique. Depuis lors, les frères-ennemis revendiquent le nom de ce parti. La première fraction est menée par Georges Hupin (son président), la seconde par Hubert Defourny (son vice-président, mais depuis juin président du nouveau Bloc Wallon). La «fraction Hupin» est essentiellement constituée des anciens dissidents du Front National et est basée dans le Hainaut. La «fraction Defourny» regroupe les derniers activistes du mouvement REF, dont le fief se trouve à Liège. Outre des problèmes de personnalité, la base de leur différend réside dans une tentative orchestrée pour s’accaparer les rênes de la direction du BW. Defourny accuse les «hommes d’Hupin» d’avoir organisé un «complot» pour le compte du FN de Daniel Féret (qui souhaiterait éliminer tous ses concurrents en vue des prochaines élections, en 2003 et 2004). Des preuves irréfutables existeraient, selon la «fraction Defourny». Résultat : le vice-président du BW sera manu militari exclu du parti par son comité directeur.

 

Deux Bloc Wallon !
Depuis lors, de son sanctuaire liégeois, Hubert Defourny continue pourtant à utiliser le label du Bloc Wallon et à distribuer, notamment, les tracts de sa campagne contre la drogue entamée avant le début de cette nouvelle zizanie. Plus drôle, deux versions de son bulletin de liaison («Bloc-notes») sont réalisées par chacune des fractions, avec la même pagination, une identique mise en page et numérotation. En mai, un «Bloc-notes», avec pour éditeur responsable Hubert Defourny, arrivait chez les affiliés pour annoncer que Georges Hupin abandonnait la présidence du BW. Ce «Bloc-notes» sera directement suivit d’un autre, quelques jours plus tard, qui affirmait que le premier «était un faux» et qu’Hupin restait le président du parti !

bwnoteshu.gif (4395 bytes) bwnotesde.gif (3895 bytes)
Couverture du numéro 7-8 (mai-juin 2001) du journal du "Bloc Wallon - canal historique" (GAUCHE). Même titre, même logo et même mise en page pour celui édité par le "Bloc Wallon - bis" (A DROITE)

Le périodique est également utilisé par les deux clans pour se communiquer des insultes et de graves accusations, dans une atmosphère de fin de règne digne de la décadence. Pour le «Bloc Wallon-canal historique» (celui de Georges Hupin), le renégat Hubert Defourny est responsable de «faits graves» et l’auteur d’une «supercherie». Les membres de sa «bande» et lui-même ne seraient que des «ambitieux peu scrupuleux» («Bloc-notes», mai et juin 2001). Pour le «nouveau» Bloc Wallon, une «équipe de traîtres» conduite par Georges Hupin est à l’origine de «cette entreprise délictueuse (…) menée contre nous par des agents du «FN» belge» («Bloc-notes», juin 2001). Hupin y est également traité de «monarchiste fransquillon» à la tête d’une «clique de traîtres et d’agents de l’état belge». Ces partisans ne seraient que des «félons» (terme par ailleurs utilisé par Jean-Marie Le Pen pour désigner ceux qui tentèrent de le destituer, en décembre 1998, sous la conduite de Bruno Mégret). Dans un courrier, daté du 10 mai 2001, communiqué à Jean-Pierre Walenne, un ancien du Front Nouveau de Belgique devenu le trésorier du BW, Hubert Defourny s’en prendra à l’un de ses anciens «camarades de combat», Marc Levaux (désigné désormais comme «l’immonde avocat-stagiaire») et à l’»avocat nègre Robert Bouchy».

Parc d’attraction pour indics
Pour finir, la perle des arguments : ils s’accusent mutuellement d’être des agents de la Sûreté de l’Etat ayant pour objectif de diviser le «mouvement nationaliste» francophone. Pour le secrétaire général du Bloc Wallon-bis, Christian Nokin (ex-FN), la «mission» de la «fraction Hupin» est la «neutralisation de l’opposition populaire wallonne» pour le compte «des services discrets de l’état belge». Ces affirmations sont une tradition dans ce milieu (auparavant, AGIR et le FNB avaient déjà accusé Daniel Féret, le président à vie du FN, d’être lui aussi un agent des services de renseignements belges). Le numéro de juin 2001 de «Bloc-notes» (celui édité par le groupe de Defourny) s’en prenait également à d’autres représentants du nationalisme, comme le Parti des Forces Nouvelles, le PCN, Rex National (un des pilier du groupe néonazi l’Assaut d’Hervé Van Laethem) et le mouvement Nation. Pour Hubert Defourny, ceux-ci étaient tous des «épouvantails politiques (…) «fabriqués par le gouvernement belge» ou «infiltrés, neutralisés et manipulés par un réseau d’individus putrides recrutés à l’armée, dans le monde juridique et chez les pervers et malfrats de tout acabit». Defourny semble bien connaître cette nébuleuse. Dans les années 1980, il fut membre de l’ancienne gendarmerie belge.

Dewinter.Livre.Couverture.gif (6592 bytes) Couverture du dernier livre raciste de Philip Dewinter, le numéro deux du Vlaams Blok et l'un des modèles du Bloc Wallon.

A la lecture de cette «prose» faite de délations mutuelles, on pourrait croire que l’extrême droite est devenu un véritable parc d’attraction pour indics en tout genre. C’est normal, les milieux glauques ont toujours attirés d’étranges individus, utiles aux services parallèles de l’Etat.

Le divorce sera prochainement prononcé
Pour l’heure, les deux fractions concurrentes continuent leurs activités politiques sous le nom de Bloc Wallon. La ligne de partage se fonde - comme on l’aura compris - sur une haine réciproque et un combat pour la prise du contrôle du sigle. Mais également sur des approches politiques différentes. A sa création, le Bloc Wallon avait fait, pour la Wallonie et la Belgique, «le choix du régionalisme» dans une «Europe des Ethnies». Pour sa part, le clan de Hubert Defourny – lié à la tendance radicale du Vlaams Blok - revendique la fin de la Belgique, le séparatisme et une Wallonie indépendante. Certes, la fissure est grande dans ce bloc. Toutefois, elle était prévisible, comme l’avait déjà signalé «RésistanceS». En effet, ce BW regroupe, entre autres, deux individus, Hubert Defourny et Willy Fréson, qui s’étaient déjà entre-déchirés à l’époque d’AGIR, de la même façon qu’aujourd’hui au Bloc Wallon. Lors de l’accord électoral signé entre le Front National et les derniers dirigeants d’AGIR sous la houlette de Willy Fréson, en octobre 1996, le mouvement REF de Defourny distribua des tracts pour dénoncer ce «mariage d’homosexuels» (sic). Des actes violents seront ensuite commis. La «nuit des longs couteaux» s’annoncera. L’Histoire se répète donc à nouveau.

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En 1997, Hubert Defourny va fonder un "comité de soutien" à Jean-Marie Le Pen, le leader de l'extrême droite française ici sur cette photo avec l'ancien président des Etats-Unis, Ronald Reagan. En septembre 2001, Hubert Defourny sera encore présent à la fête annuel du Front National français.

Afin de gagner cette guerre interne au BW, des plaintes ont été déposées dans tous les sens pour s’approprier légalement le nom, le sigle (une tête de coq wallon agressif dessinée par Defourny), le numéro de compte et le matériel de propagande encore en stock. Le «canal historique» a déposé collectivement plainte pour faux, usage de faux et détournement contre le BW-bis de Defourny. Pour sa part, à la demande de celui-ci, la justice de paix de Seneffe a convoqué, pour le 5 septembre 2001, Jean-Pierre Walenne, le trésorier du BW hupéniste, pour une réunion conciliatoire. D’autres tribunaux seront bientôt convoqués pour s’occuper de ce nouveau divorce de l’extrême droite. Le feuilleton judiciaire, les concernant, ne fait que commencer.

Manuel ABRAMOWICZ

RésistanceS, 4 août 2001

 

 

 

 

 

 

A lire sur notre site sur le Bloc Wallon :

Bloc Wallon : un nouveau parti d’extrême droite francophone ? (22/08/00)

La fin du Bloc Wallon

Chronologie d'une fin annoncée

Un leader du Bloc Wallon condamné pour racisme (26/02/01)

Condamnation d'un dirigeant d'extrême droite pour appartenance à deux organisations racistes (REF et Bloc Wallon) 28/01/02)