Recomposition
de l'extrême droite belge francophone
Un Front national à plusieurs branches
Touchée de plein fouet par un échec électoral
total, la «scène frontiste» est plus éclatée
que jamais. Le Front national belge d’origine – fondé
en 1985 - a donné naissance à des triplés portant
le même nom. Il y a le FN du trio Sessler-Huygens-Delacroix,
le FN Cocriamont et le FN Nicotra-Féret. Une Fédération
des nationalistes wallons (FN-Wallonie) et une Fédération
des nationalistes bruxellois (FN-Bruxelles) viennent également
d’apparaître à la base du FN Cocriamont. Pour comprendre
la pagaille généralisée qui règne à
l'extrême droite francophone, RésistanceS.be a fait son
état des lieux et présente le bulletin de santé
des différents «clans frontistes».

Pour agrandir CLIQUEZ sur l'image ou
© RésistanceS.be
Le 7 juin dernier, l'extrême droite belge francophone est tombée
bien bas aux élections régionales : elle a perdu tous
ses députés régionaux ! Son crédit auprès
d'un électorat aimant les discours populistes a pris un sérieux
coup. Sa déroute politique est considérable.
Rétroactes : la droite radicale
s'était présentée en ordre dispersé au
scrutin régional. On assista, ici et là, à une
multiplication des «étiquettes» : Front national
(celui dit «rénové», conduit par Patrick
Sessler, Daniel Huygens et Michel Delacroix), FN Plus (initié
par les députés wallons frontistes sortants Charles
Petitjean et Charles Pire), Forces nouvelles belges (dans la Région
bruxelloise, label du FN présidé par le député
fédéral Patrick Cocriamont), Wallonie d'abord (des anciens
parlementaires frontistes Juan Lemmens et Francis Detraux, et constitué
aussi d'anciens candidats du mouvement Nation), Front démocratique
bruxellois (mené par l'ancien député régional
FN Paul Arku), Nation et Forces démocrates wallonnes.
Le FN rénové perd
son pari
Cela faisait bien longtemps que la droite extrême nationaliste
n'avait plus été aussi divisée. Cette implosion
de ses structures explique en partie ses très mauvais scores
électoraux enregistrés le soir du 7 juin. Plusieurs
autres facteurs peuvent encore expliquer le reflux électoral
considérable des FN et autres mouvements d'extrême droite
: lassitude de leurs électeurs, maintien de leur diabolisation
dans le champ politique, image écornée par leurs éternels
«guerres de clans» et les magouilles qui les éclaboussent
également, mauvaise santé politique du Front national
français qui a servi de référence positive -
depuis le milieu des années quatre-vingt - à ses disciples
belges...
Les ridicules résultats de l'extrême
droite le 7 juin dernier ont entraîné les conséquences
suivantes :
• l'extrême droite francophone
en Wallonie et à Bruxelles reste éclatée,
• une de ses factions a perdu le leadership de la droite nationaliste
populiste (le FN rénové)
• une majorité tente une recomposition (autour du FN
d'origine !),
• d'autres poursuivent leur groupusculisation sectaire (le
mouvement Nation et les Forces démocrates wallonnes),
• d’autres encore ont battu en retraite en retournant
dans leur bastion communal (Front démocratique bruxellois,
qui s'est rebaptisé en Front démocratique belge !),
• d’autres enfin sont repartis en hibernation (Wallonie
d'abord).

Affiche électorale du Front national
pour les élections législatives de 2007. A l'époque,
le parti d'extrême droite était encore unitaire. De gauche
à droite : Salvatore Nicotra, Michel Delacroix et Charles Petitjean.
Aujourd'hui, ces dirigeants frontistes font partie de «branches
FN» opposées – Doc. RésistanceS.be
Résumons
la situation. Le Front national rénové, issu en septembre
2007 de la majorité du bureau politique du FN de Daniel Féret
et conduit par tous les députés régionaux de
l'époque et son sénateur (Michel Delacroix), semblait
pouvoir gagner le combat interne que se livraient les multiples clans
frontistes depuis belle lurette. L'enjeu : représenter légalement
le FN en Belgique. Le FN rénové devait, selon ses pronostics,
éliminer définitivement ceux qui se revendiquaient toujours
du même front (Féret, Cocriamont, Rorive...). Les autorités
judiciaires chargées de faire le ménage dans la gestion
financière de ce parti avaient données raisons aux réformateurs.
Ils pouvaient dès lors profiter de la dotation publique allouée
au parti depuis 2003.
Seulement voilà, à la veille
des élections, deux de ses dirigeants, les députés
régionaux wallons sortants Charles Petitjean et Charles Pire,
sont repartis au FN féretiste. Lui permettant d'être
présent aux élections du 7 juin, dans plusieurs arrondissements
électoraux en Wallonie (sous l'étiquette «FN Plus»).
L'échec électorat a été
fatal pour la poursuite du développement du FN rénové.
Il a perdu son pari de devenir le numéro un au hit-parade du
frontisme. Dès lors, il s'est vidé de l'intérieur
avec le départ de la majorité de ses responsables. Aujourd'hui,
ce front ne reste en vie qu'autour de Patrick Sessler, Daniel Huygens
et Michel Delacroix. Ses semaines sont comptées, même
s'il a proclamé récemment, haut et fort, qu'il n'était
pas mort.

Michel Delacroix et Patrick Sessler (à
droite) au moment où leur Front national se portait bien –
Doc. RésistanceS.be
Retour au bercail
Du côté de l'autre Front national, celui présidé
ad intérim par Patrick Cocriamont en remplacement, depuis juin
2008, de Daniel Féret (mobilisant son temps pour organiser
sa défense dans le cadre des multiples dossiers judiciaires
le concernant), l'espoir est de retour. Pour deux raisons.
Premièrement, la débâcle
des «frontistes réformistes» représente
une excellente nouvelle pour le FN de Cocriamont, bien que lui aussi
ait été fortement touché par l'échec électoral
général de la droite radicale en juin dernier. Deuxièmement,
la quasi faillite du FN rénové a déclenché
un mouvement de regroupement autour du FN de Cocriamont. En effet,
le clan frontiste qui était resté loyal à Daniel
Féret se voit désormais officiellement renforcé
par les anciens dissidents (et ennemis) conduits par Charles Petitjean
et Charles Pire. De plus, ces derniers ne reviennent pas seul au bercail.
Ils sont accompagnés de plusieurs dizaines de militants, conseillers
communaux et provinciaux frontistes. Ce cas de figure bénéfique
au FN d'origine constitue la suite de l'alliance électorale
scellée, à la dernière minute, avant le scrutin
régional, entre Petitjean-Pire et Cocriamont. Cette alliance
vient de donner naissance à la constitution d'une Fédération
des nationalistes wallons qui utilise le sigle «FN-Wallonie».
Cette fédération compose l'aile wallonne du Front national.
Peu de temps après, une Fédération des nationalistes
bruxellois (FN-Bruxelles) a été mise sur pied. Depuis
lors, le FN est organisé par deux pôles interdépendants,
mais pouvant agir séparément le cas échéant.
Une tactique pour éviter des prochains putschs internes.
Ce nouveau soubresaut déplace
le centre de gravité du frontisme autour du FN présidé
par Patrick Cocriamont. Désormais, c'est lui qui reprend la
main et donc le leadership de l'extrême droite en Wallonie et
à Bruxelles. Mais pour combien de temps ? Pour rappel, les
alliances et les regroupements sont de nature éphémère
chez les radicaux francophones du nationalisme populiste, xénophobe
et poujadiste. A la fin de cette année, le mandat de président
de Patrick Cocriamont se termine. Un nouveau chef devrait être
élu pour le début de 2010 à la tête du
Front national. Cet épisode prochain pourrait déboucher
sur le réveil de tensions endogènes. Charles Petitjean
et Charles Pire, catalogués comme des frontistes de tendance
nationaliste-libérale, ne partageant aucunement les orientations
idéologiques de base de Cocriamont et de son bras-droit, Daniel
Leskens, connues pour leur extrémisme. Ces deux responsables
frontistes de longue date (ils ont adhéré au FN il y
a environ 20 ans) restent effectivement liés à une mouvance
où se déploient toujours des néonazis, des disciples
de Léon Degrelle et d'autres partisans d'un nouvel ordre européen
constitué par la «race blanche». L'alliance actuelle
entre Petitjean-Pire et Cocriamont-Leskens est circonstancielle et
opportuniste. Donc fragile. Et pourrait un jour ou l'autre voler en
éclat.
Pour l'heure, leur regroupement s'arcboute
sur la nécessité urgente de recomposer et de renforcer
un Front national solide et uni en perspective des prochaines échéances
électorales.
Féret créé
un nouveau FN !
Le retour au Front national d'origine des désormais
ex-députés wallons Charles Petitjean et Charles Pire,
ainsi que d'autres ex-dissidents, fut suivi du départ immédiat
de Salvatore Nicotra. Roulant depuis de nombreuses années pour
le compte de Daniel Féret, ce conseiller communal (à
Fleurus) affirme maintenant que le seul vrai Front national est celui
qu'il dirige avec le soutien direct de... Féret !
A la fin du mois dernier, Salvatore Nicotra
a envoyé, grâce à une copie du fichier des membres
du FN toujours en sa possession, un nouveau numéro du «National»,
le mensuel officiel du parti. Revendiquant la propriété
du titre de son journal et du label du Front national, Daniel Féret,
dans le numéro de septembre de ce «National», s'attaque
à ses amis d’hier. Il s'en prend directement à
l'avocat Michel Delacroix (qui fut le président ff du FN rénové
de Patrick Sessler). Daniel Féret écrit aussi que Patrick
Cocriamont et Daniel Leskens accumulent «les bourdes en
violant systématiquement les statuts du Front National».
Le président-fondateur du FN dénonce encore leurs «déclarations
négationnistes», le site Internet qu'ils animent
(«digne d'un atelier protégé»,
dixit Féret) et conclut en mentionnant que ces constats «enlèvent
définitivement tout espoir de survie à cette branche
du FN».
Pour Daniel Féret, de retour sur
la «scène frontiste», «fort heureusement,
Salvatore Nicotra relève la tête et (incarne) le défi
de continuer le combat nécessaire». Regonflé
à bloc contre ses adversaires internes, Daniel Féret
annonce encore dans «Le National» que «dans
peu de temps, un nouveau site, digne de notre parti, sera sur la toile
et il sera possible, enfin, d'adhérer au véritable FN,
animé par Salvatore et tous ceux que j'engage à le suivre».
Le «vieux leader» d'extrême droite ne semble pas
avoir dit son dernier mot. Mais, ses déclarations combattantes
pourraient, une fois encore, ne constituer que du bla-bla interne
pour faire croire qu'il compte toujours dans la «galaxie frontiste».
Pour leur part, la majorité des
frontistes rassemblés désormais au FN Cocriamont ont
définitivement tourné le dos à leur ancien président-fondateur.
L'«ère Féret» est une histoire désormais
close. Comme en témoigne un article publié dans le dernier
numéro sorti du journal du FN Cocriamont, avec l'aval des fédérations
des nationalistes wallons et bruxellois :
«L'ancien président
du FN, réfugié dans le Midi de la France, et dont
les mensonges ont provoqué une suite de scissions et d'exclusions,
publie depuis peu une pauvre feuille dans laquelle il développe
ses haines et ses rancunes (...). Le FN ne réagira pas à
ces bassesses, à ces délires. Féret a été
le ''plus grand diviseur commun" de la mouvance identitaire.
Isolé, vieilli, diminué intellectuellement, il appartient
à un passé révolu».
Telle est la réponse à
la création du Front National de Nicotra pour le compte de
Daniel Féret.

«Le National» est le journal du
Front national. Son premier numéro date du mois d'octobre 1989
(en haut à gauche sur ce document). Ce titre est aujourd'hui
utilisé à la fois par le FN Cocriamont (au centre) et
le FN Nicotra-Féret (à droite) © Doc. RésistanceS.be
Pagaille, amateurisme et galère
En dehors de la galaxie frontiste atomisée, les partis
et autres mouvements qui l'ont quittée il y a plusieurs années
continuent quant à eux difficilement à exister. Souvent
recroquevillés autour de leurs leaders et leurs terroirs, le
Front démocratique belge, le mouvement Nation, Wallonie d'abord
et les Forces démocrates wallonnes gardent, de manière
utopique, un espoir de pouvoir jouer, un jour ou l'autre, un premier
rôle dans le paysage politique de l'extrême droite.
L'espoir fait vivre les derniers frontistes
et antifrontistes de la droite extrême. La réalité
est, elle, bien différente. La pagaille, l’amateurisme
et les luttes intestines resteront les caractéristiques de
ce milieu politique. Aucune de ses composantes ne sortira indemne
de cette galère. Et leur traversée du désert
sera des plus longues.
Manuel Abramowicz
Bulletin
de santé des «clans frontistes»
Dans la «galaxie FN», ils sont plusieurs
à revendiquer le statut du «vrai Front national».
Au fur et à mesure que les «guerres de clans»
déchirent le frontisme, il est de plus en plus difficile
de savoir qui est le propriétaire légal du parti,
de son nom, de son logo et à qui doit être versée
la dotation publique qui lui est allouée depuis les élections
législatives de 2003. RésistanceS.be fait le point
sur la santé des différents FN.
Front national
rénové (Sessler-Huygens-Delacroix)
• Année
de fondation : 2007, mais affirme être la continuation
directe du FN fondé en 1985 par Daniel Féret.
• Dirigeants : Patrick Sessler (vice-président,
secrétaire général et véritable
chef du FN rénové, ancien du Parti des forces
nouvelles, PFN, néonazi, et du Vlaams Belang), Daniel
Huygens (président) et l'avocat Michel Delacroix (ancien
président ff de ce FN au moment de sa mise en place).
• Représentativité : un
sénateur (Michel Delacroix). A notre connaissance, plus
aucun conseiller communal ni provincial.
• Implantations militantes : Bruxelles,
Frameries, Charleroi et Waterloo.
• Moyens de communication : un site portail,
trois blogs et le journal «Le Bastion» (qui fut
le mensuel du Front nouveau de Belgique de 1996 à 2008,
avant sa fusion dans le FN rénové).
• Etat de santé politique : présentant
un bon bilan entre septembre 2007 et mai 2009, il est cliniquement
mort depuis son échec le 7 juin dernier aux élections
régionales et européennes et le départ
de la majorité de ses membres, responsables et élus.
Recentré autour du trio Sessler-Huygens-Delacroix, ce
FN n'a que peu de chances de rebondir.
Front national
(Cocriamont-Leskens-Petitjean-Pire)
Fédération des nationalistes wallons (FN-Wallonie)
Fédération des nationalistes bruxellois (FN-Bruxelles)
• Année
de fondation : 1985, autour de Daniel Féret.
• Dirigeants actuels : Patrick Cocriamont
(président f.f. jusque fin 2009, ancien cadre du Parti
des forces nouvelles, PFN, néonazi), Daniel Leskens (rédacteur
en chef de son journal, également ex-cadre du PFN), Joseph
Frérard (trésorier et conseiller communal à
Liège depuis 2006), Charles Petitjean (sénateur
honoraire, ancien bourgmestre de Pont-à-Celles, ancien
membre de la direction du Parti libéral réformateur-PRL,
député régional du Front national de 2004
à 2009, cofondateur du FN rénové et président-fondateur
du FN-Wallonie), Charles Pire (ancien responsable wallon du
Parti social-chrétien-PSC, député régional
du Front national de 2004 à 2009, cofondateur du FN rénové
et secrétaire général du FN-Wallonie) et
Jean-Claude Goblet (avocat, tête de liste du FN aux élections
communales de 2006 dans la commune bruxelloise de Schaerbeek
et actuel dirigeant du FN-Bruxelles).
• Composition : depuis la fin du mois
de septembre 2009, ce Front national est structuré sous
une forme fédérale avec une Fédération
des nationalistes wallons (FN-Wallonie) et une Fédération
des nationalistes bruxellois (FN-Bruxelles). La première
est conduite par Charles Petitjean (président), Jeanne
Poncin-Szklarwyk (vice-présidente) et Charles Pire (secrétaire
général et politique). La fédération
bruxelloise est dirigée par l'avocat Jean-Claude Goblet.
• Représentativité : un
député fédéral (Patrick Cocriamont),
plus de dix conseillers communaux et deux conseillers provinciaux.
• Implantations militantes : Bruxelles,
Charleroi, Pont-à-Celles, Huy, Liège...
• Moyens de communication : trois sites
Internet (celui du parti et ceux de Patrick Cocriamont et de
Charles Petitjean), le blog du «FN-Wallonie» (celui
de Charles Pire n'est plus en ligne) et le journal «Le
National».
• Etat de santé politique : remis
en forme depuis son alliance préélectorale en
mai 2009 avec les députés wallons sortants Charles
Petitjean et Charles Pire (transfuges du FN rénové)
et sa restructuration sur un modèle fédéral
(revoir «composition»). Il a aussi réussi
à se débarrasser de Daniel Féret. Depuis,
il reçoit le soutien d'anciens frontistes qui l'avaient
quitté à cause du népotisme de son président-fondateur.
C'est le cas de Pieter Kerstens, ex-dirigeant du Parti des forces
nouvelles, responsable de l'ABCD, groupe francophone d'extrême
droite pro-Vlaams Belang. Via sa fédération wallonne,
le FN Cocriamont est encore renforcé par les conseils
de l'avocat Ghislain Dubois. Ancien responsable liégeois
des jeunes du Parti social chrétien (l'ancêtre
du Centre démocrate Humaniste), il est le cofondateur
de l'ASBL Belgique & Chrétienté, a été
très proche du FN rénové en 2007 et reste
le contact belge privilégié de la direction actuelle
du Front national français de Jean-Marie Le Pen. Grâce
à ses nouveaux compagnons de route et ses fédérations
wallonne et bruxelloise, le FN Cocriamont a repris la main du
frontisme en Belgique. Mais pour combien de temps ?
Front national
(Nicotra-Féret)
• Date
d'apparition : en été 2009.
• Dirigeants : Salvatore Nicotra (en
première ligne, ancien responsable du Front national
des jeunes et conseiller communal à Saint-Gilles de 1994
à 2000) et Daniel Féret (en deuxième ligne,
président-fondateur du FN en 1985, il a été
ensuite élu conseiller communal, député
européen et député régional bruxellois).
• Représentativité : un
conseiller communal (Salvatore Nicotra à Fleurus).
• Implantations militantes : Fleurus
• Moyens de communication : le blog de
Salvatore Nicotra (qui n'est plus actualisé depuis plus
de six mois) et le mensuel «Le National» (titre
du mensuel du FN unitaire et celui également utilisé
par le FN présidé par Cocriamont).
• Etat de santé politique : d'apparition
toute récente, ce FN a des allures d'un groupuscule de
plus. Centré autour d'une seule personne, Salvatore Nicotra,
il ne pourra certainement pas se développer comme il
l'espère. Ce front restera dès lors actif uniquement
dans son fief, à Fleurus.
|
Fédération
des nationalistes wallons, le FN-Wallonie
RésistanceS.be a pu se procurer les statuts de
fondation de cette nouvelle structure de l'extrême droite
belge francophone qui constitue désormais la branche
wallonne du Front national présidé par le député
fédéral Patrick Cocriamont. La Fédération
des nationalistes wallons (FN-Wallonie) a été
mise sur pied à Gilly le 26 septembre dernier à
l'initiative des anciens députés régionaux
frontistes Charles Petitjean et Charles Pire.

Affiches du «FN Plus» pour
les élections régionales du 7 juin dernier. Ce
FN vient de donner naissance à la Fédération
des nationalistes wallons, le FN-Wallonie © Photo Tractothèque
/ PYL.
Le 26 septembre dernier, ils étaient plus de septante
militants et petits chefs locaux frontistes, dont onze conseillers
communaux et deux conseillers provinciaux, à se réunir
à Gilly, quartier populaire de Charleroi (Province du
Hainaut oriental). La majorité d'entre eux avaient auparavant
adhéré au FN rénové de Sessler,
Huygens et Delacroix. Après plusieurs mois de zizanie
sans fins, ces militants et élus frontistes ont finalement
choisi de dénoncer la «féretisation»
(l'adoption des attitudes autocratiques de Daniel Féret,
l'ancien président-fondateur du FN aujourd'hui totalement
marginalisé) de la direction du FN rénové.
L'objectif de la réunion
de Gilly avait pour but de rassembler ceux qui voulaient poursuivre
le combat autour du sigle Front national, malgré l'échec
électoral de l'extrême droite francophone subi
trois mois plus tôt et les dérives du FN Sessler-Huygens-Delacroix.
Le rassemblement du 26 septembre
a accouché d'une nouvelle structure : la Fédération
des nationalistes wallons (FN-Wallonie). Sa direction fut directement
désignée : Charles Petitjean au poste de président
(sénateur honoraire, ancien bourgmestre de Pont-à-Celles,
ancien membre de la direction du Parti libéral réformateur-PRL
et député régional du Front national de
2004 à 2009), Jeanne Poncin-Szklarwyk comme vice-présidente
(deuxième de la liste déposée dans la circonscription
de Dinant-Philippeville du «FN Plus» aux élections
régionales de juin 2009) et Charles Pire au poste de
secrétaire général et politique de la fédération
(ancien responsable wallon du Parti social-chrétien-PSC
et député régional du Front national de
2004 à 2009).
Branche wallonne du Front national
Selon ses statuts de fondation, en possession de RésistanceS.be,
l'objectif de la Fédération des nationalistes
wallons est «l’organisation et le développement
d’une formation politique structurée à chaque
niveau de la vie institutionnelle en Wallonie, de la commune
à la Région. Pour ce faire, la Fédération
agira politiquement dans le cadre du Front national, avec comme
partenaire la Fédération des Nationalistes Bruxellois
et en bonnes relations avec le Front National français».
Dans l'article premier de ses statuts,
il est précisé que «la Fédération
des Nationalistes Wallons (regroupe) ceux et celles qui (...)
sont fermement attachés à leur identité
wallonne, aux valeurs de spiritualité, d’humanité
et de solidarité de la civilisation chrétienne,
ainsi qu’aux lumières de la raison et de la science».
Les membres du FN-Wallonie «dénoncent
toute culture, religion, philosophie ou doctrine politique qui
n’établit pas que la femme est l’égale
de l’homme, qui déclasse certaines catégories
d’être humains, qui appelle à la destruction
ou au remplacement des valeurs qu’ils défendent
et au communautarisme».
Le FN-Wallonie sera composé
d'une structure d'organisations (à encore mettre en place)
hyper-hiérarchisée. Son organigramme a été
proposé par l'ancien député régional
Charles Pire. Il a été approuvé lors de
sa mise sur pied, le 26 septembre 2009. Cet organigramme mentionne,
notamment, que les différents présidents (président
wallon, provinciaux, d’arrondissement, locaux et président
germanophone) du FN-Wallonie seront élus par un «collège
électoral». La direction de cette fédération
est également composée de vice-présidents,
d'un secrétaire politique, d'un secrétaire général,
de secrétaires provinciaux, d’arrondissement et
locaux. La base militante se retrouvera au sein d'une «
Assemblée wallonne ». C'est elle qui élit
les vice-présidents wallons. Cette assemblée wallonne
aura également le pouvoir de destituer le président
wallon, les vice-présidents wallons, les membres des
différents organes de direction de la fédération
(Comité wallon, Bureau permanent...).
Mesures de sécurité «antimainmise»
(sic)
Pour éviter toute déstabilisation interne
et toute tentative de prise de contrôle de ses organes
dirigeants, le FN-Wallonie a mis en place des «règlements
de sécurité» et des «dispositions
antimainmise» (chapitre VI de ses statuts de fondation).
Il est mentionné que «toutes les publications ou
annonces (papier, informatique, médias), y compris les
images, relatives au positionnement politique d’une instance
ou d’une personne dans l’exercice de ses fonctions
dans la Fédération, à quelque niveau que
se soit, ou exprimant des critiques, des commentaires, des félicitations
ou des adhésions à propos d’institutions,
d’organisations ou de personnes doit être approuvée»
par les responsables en charge du contrôle du respect
des règles de sécurité.
Ces règles concernent également
la propriété des sites et des blogs qui seront
mis en ligne. Il est précisé : «l’affichage
de textes ou d’images sur ces sites et blogs n’a
lieu qu’après visa favorable» des instances
dirigeantes.
Les élections : objectif prioritaire
La Fédération des nationalistes wallons
a pour projet de fonder des ASBL (notamment dans le cadre de
la dotation publique réservée aux partis représentés
à la Chambre et au Sénat, dans les parlements
régionaux), des associations juridiques ou de fait et
surtout de se présenter à toutes les prochaines
élections.
Le 26 septembre dernier, lors de
sa création, les fondateurs de cette fédération
ont désigné les membres de ses différentes
instances dirigeantes (comité wallon, bureau permanent,
délégations provinciales, d’arrondissement
et locales), ainsi que son premier président. Ils siègeront
à leur poste jusqu'en septembre 2011.
Le pouvoir de cette fédération
est donc déjà bien cadenassé.
M.AZ
|
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de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 17 octobre
2009.
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