Assassinat
de Julien Lahaut
Le gouvernement fédéral
dit stop ! Le Palais royal impliqué ?
• En 1950, Julien Lahaut, le président du Parti
communiste en Belgique, fut assassiné. Ses meurtriers et leurs
commanditaires n'ont jamais été retrouvés.
• Le gouvernement fédéral vient de stopper l'ouverture
d'une enquête d'historiens pour tenter de découvrir la
vérité.
• Cet assassinat politique reste l'une des plus grandes énigmes
politico-judiciaires de notre pays, avec entre autres les «tueries
du Brabant wallon».
• «Le Palais» fut-il impliqué dans l'assassinat
de Julien Lahaut, selon l’hypothèse que rappelle le quotidien
La Libre Belgique ?
• Le journaliste Jean-Marie Chauvier fait le point, pour RésistanceS.be,
sur cette affaire.
• Et le Parti socialiste propose une alternative pour rouvrir
le «dossier Lahaut».

Anvers, 2006 : autocollant en l'honneur de
Julien Lahaut © Photo Manuel Abramowicz / RésistanceS.be
Le 18 août 1950 fut assassiné à Seraing, dans
la région liégeoise, le président du Parti Communiste
de Belgique (PCB), Julien Lahaut. Ce dernier était également
une figure importante du mouvement ouvrier et de la Résistance.
Ayant joué un rôle de premier ordre dans la lutte antinazie,
le PCB devint après la Deuxième Guerre mondiale la troisième
force politique en Belgique, après les partis catholique et
socialiste, et avant le parti libéral de l'époque (voir
notre deuxième encadré ci-dessous).
L'assassinat de Julien Lahaut survient
quelques temps après l’abdication du roi Léopold
III, dans un climat insurrectionnel, et la prestation de serment comme
Prince Royal de son fils, le futur roi Beaudouin. On avait attribué
à Julien Lahaut le cri poussé au cours de cette cérémonie:
«Vive la République». Slogan qui devait initialement
être entonné par l'ensemble du groupe parlementaire communiste,
mais qui ne le fut que par un seul de ses députés, Glineur,
de Charleroi. Lahaut ne l'avait donc pas scandé, mais murmuré
avec les autres parlementaires du PCB. Néanmoins, c'est lui
qui sera longtemps considéré comme son auteur.
Du même coup, le président
et député communiste devenait l'homme à abattre
pour les nationalistes-monarchistes purs et durs, l'extrême
droite et les autres anticommunistes de l'époque. Pour éviter
une hypothétique insurrection révolutionnaire, ces derniers
étaient prêts à tout. Y compris à l'élaboration
d'une stratégie de la tension visant à susciter une
première révolte communiste, provoquée par l'assassinat
de Lahaut par exemple, dont la répression aurait ensuite été
justifiée. Le Parti communiste aurait dès lors pu être
interdit, comme des députés libéraux et catholiques
de l'avant-Guerre l'avaient déjà tenté de faire.

Prestation de serment du Prince Baudouin devant les parlementaires.
Au cours de celle-ci, un député communiste va crier
«Vive la république». Quelques jours après,
Julien Lahaut sera assassiné.
Gouvernement d'Ordre nouveau...
Julien Lahaut, en tant que leader des communistes belges,
fut un des acteurs de ladite «Question royale». Dans l'Après-Guerre,
cette «question» divisera la Belgique entre la gauche
et la droite politique, les Wallons et les Flamands. Elle avait pour
fond historique le rôle controversé du roi Léopold
III sous l’occupation allemande.
Avant la Deuxième Guerre mondiale,
le souverain était déjà connu pour ses opinions
antiparlementaristes et sa séduction pour une forme de pouvoir
autoritariste. Au début de l'occupation allemande, plusieurs
personnalités belges, dont Henri De Man, l'ancien président
du Parti ouvrier belge singularisé par son antimarxisme et
connu comme leader du courant socialiste national (contre le courant
socialiste internationaliste), se rapprochèrent du Palais royal.
Dans l'objectif de mettre en place un gouvernement d'Ordre nouveau,
sous l'autorisation des nazis. Une bonne partie du staff du roi Léopold
III, issu des rangs de l'ultradroite monarchiste, antisocialistes,
anticommunistes et antidémocratiques, favorisait cette solution.
Léon Degrelle, le chef du Mouvement
rexiste, souhaitait lui aussi jouer un rôle clé dans
ce plan, qui finalement n'aboutira pas. Néanmoins, De Man,
Degrelle et d'autres personnalités proches du Palais royal
se mirent au service des nazis dans la perspective de reconstruire
une nouvelle Belgique sous leur conduite.
La lutte contre le bolchévisme
se conjuguait alors au pluriel et était partagée par
différents courants politiques, des royalistes nationalistes
aux socialistes nationaux antimarxistes, en passant par l'extrême
droite francophone (Rex, la Légion nationale...) et flamande
(Verdinaso, VNV...).
Le Palais royal impliqué ?
Récemment, le Sénat a approuvé à
l’unanimité la mise en route d’une enquête
scientifique sur l'assassinat de Julien Lahaut. Or, le gouvernement
belge vient de bloquer cette enquête, sous prétexte de
problèmes budgétaires.
Personne n’est dupe de cette énième
tentative d’étouffer la recherche de la vérité.
Des historiens qui ont déjà travaillé sur le
sujet affirment connaître les noms des assassins et leurs commanditaires.
On pouvait lire dans le quotidien catholique
«La Libre Belgique», de ce 24 septembre, cette phrase
surprenante :
«Près de 60 ans après
les événements, le dossier Lahaut reste sensible,
d’aucuns se demandant si les milieux ultra-conservateurs,
voire le Palais [royal] n’ont pas été mêlés
à ce dossier».
Pour rappel, «La Libre Belgique»
était en 1950 l’un des journaux de l'époque les
plus engagés en faveur de Léopold III. L'évocation
d'une implication possible des milieux monarchistes dans l'assassinat
de Julien Lahaut par ce journal n'a encore suscité aucune vague.
A une autre époque, les réactions outragées auraient
été nombreuses. Etrange pays....
Jean-Marie Chauvier
(avev M.AZ)
| Pour
ne pas tuer Julien Lahaut une deuxième fois
Le
chef du groupe du Parti socialiste au Sénat de Belgique,
Philippe Mahoux, a appris que la ministre fédérale
de la Politique scientifique ne débloquerait pas les
fonds nécessaires à la réalisation de l’enquête
sur l’assassinat de Julien Lahaut.
Le 18 août 1950, Julien Lahaut,
député et président du Parti communiste
belge, était assassiné devant chez lui. Cet assassinat
politique n’a jamais fait l’objet d’une recherche
approfondie et n’a jamais été complètement
élucidé. Les questions restent très nombreuses.
En 2008, le Sénat réclamait
à l’unanimité de ses membres la réalisation
d’une étude scientifique à ce sujet.
Prenant acte de la décision
du gouvernement fédéral, Philippe Mahoux proposera
au Bureau du Sénat la prise en charge - sur le budget
du Sénat lui-même - de tout ou de partie des coûts
de cette recherche.
Pour le président du groupe
PS au Sénat, il est du devoir d’un pays démocratique
comme la Belgique de faire toute la lumière sur l’assassinat
d’un représentant du peuple belge. La question
budgétaire ne peut pas être un frein.
[communiqué de presse du
Groupe PS du Sénat, 24 septembre 2009].
|
|
Quand
le parti de Julien Lahaut faisait peur...

Liège, juillet 1950, scène
d'insurrection durant la «Question royale» ©
Photo Coll. ILHS
Fondé en 1921, le Parti communiste de Belgique (PCB)
a été jadis une force politique importante. Populaire
dans le mouvement ouvrier, il concurrence le Parti ouvrier belge
(POB, l'ancêtre du parti socialiste d'aujourd'hui) et
dans une moindre mesure le parti catholique de l'époque,
auprès des ouvriers chrétiens. Le PCB est à
l’époque à 100 % marxiste, fidèle
à Moscou et prône la «Révolution prolétarienne»
contre la bourgeoisie et ses forces de répression. Durant
l'occupation nazie, il entre en clandestinité et organise
la résistance armée communiste dans le Front de
l'Indépendance. Les communistes joueront un rôle
de premier plan dans la lutte contre les Allemands. Plusieurs
de leurs dirigeants sont arrêtés, emprisonnés,
déportés (c'est le cas de Julien Lahaut) et assassinés.
Après la guerre, le Parti
communiste accède (sous les ordres de Joseph Staline
!) au gouvernement de salut national en vue de reconstruire
le pays. Aux premières élections après
la Libération, en 1946, ce parti révolutionnaire
marxiste arrive en troisième position dans le classement
des partis les plus importants du pays. Le premier est celui
des catholiques monarchistes, le deuxième celui des socialistes,
le troisième celui des communistes et le quatrième
celui des libéraux.
Pour l'ultradroite, les monarchistes
nationalistes et l'extrême droite, la présence
au pouvoir des «rouges» représente un danger
immédiat pour la Belgique. L'anticommunisme reprend son
allure de combat, celle qu’il avait déjà
dans l'entre-deux-Guerres. L'Union soviétique est le
nouvel ennemi de l'Occident. Les partisans de l'URSS en Europe
de l'Ouest le sont également. La mobilisation contre
les communistes est généralisée : des nationaux-monarchistes
aux socialistes démocrates (qui les considèrent
plus comme des concurrents que comme de véritables ennemis),
en passant par les autorités religieuses catholiques
et l'extrême droite contre-révolutionnaire.
Deux mois avant l'assassinat de
Julien Lahaut, aux élections législatives du 4
juin 1950 pour la Chambre des députés, le PCB
rassemble 234.541 électeurs, soit près de 5 %
de l'électorat belge. Il fait élire sept députés.
A regarder de plus près, les communistes sont encore
plus populaires dans des régions et communes ouvrières
: dans la Province du Hainaut, ils arrivent à près
de 10 %, dans celle de Liège à 8,46 %. Dans le
canton électoral de Seraing, la commune de Julien Lahaut,
le PCB gagne 21,32 % des voix. Le communisme démocratique
(électoral) ou/et révolutionnaire est une réalité
politique qui reste une phobie pour beaucoup. L'assassinat de
Julien Lahaut devait sans doute faire office de signal pour
enrayer le «spectre communiste».
M.AZ
|
© RésistanceS – web-journal
de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 27 septembre
2009.
|
© Photo Maz/RésistanceS.be
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