|
RésistanceS 01-06-2009 |
|||
En Ukraine et ailleurs dans l'ex-URSS : honneur aux anciens SS
Aujourd'hui, ces ex-nazis, dont ceux de la SS ukrainienne, sont considérés comme des héros de la «résistance nationale», avec l'aval des nouvelles autorités politiques locales, soutenues par l'Union européenne et les Etats-Unis. Viktor Iouchtchenko, le leader de ladite «Révolution orange», est directement impliqué dans ce révisionnisme historique. Comme le démontre Ilya Peroun, spécialiste de RésistanceS.be pour la Russie et l'ex-URSS.
Le 28 avril dernier, la droite nationaliste ukrainienne a célébré l’anniversaire de la fondation, le 23 avril 1943, de la division Waffen SS «Galizien» (Halitchina, en ukrainien). La principale formation néofasciste locale, «Svoboda» (Liberté), dirigée par Oleh Tiahnibog, a fait installer à Lviv (Lwow), la capitale de la Galicie (Ukraine occidentale), avec l’autorisation de la mairie, de grands panneaux publicitaires en l’honneur de cette «division étrangère» de l'armée de la SS. Le gouvernement ukrainien actuel, par la voix de son ministre de l’Intérieur, a estimé qu’il n’y avait rien d’illégal à cette initiative, la première du genre... par ailleurs. C’est donc officiellement et légalement qu’est installé depuis plusieurs jours dans les rues de Lviv tout un équipement de propagande de la division nazie de Galicie, sous l’appellation «Division ukrainienne Galitchina», avec pour emblème le «lion galicien», et non la croix gammée, qui fut pourtant son drapeau initial. Tout cela accompagné de la mention : «Ils ont combattu pour l’Ukraine» Pour rappel historique, ces combattants nazis ukrainiens étaient sous les ordres directs d'Hitler et d'Himmler, le chef suprême du IIIe Reich nazi et celui de ses SS, l'«élité» du régime nazi (1933-1945).
Ce «scandale» de Lviv est dénoncé par le Parti des régions, mais non par les formations de l’ex-coalition dite «orange», au sein de laquelle militent aussi bien des nationalistes radicaux et des néofascistes que des partisans d'une Ukraine pro-américaine et pro-européenne. «Svoboba» a obtenu 35 % des voix lors des récentes municipales à Ternopol, l’une des grandes villes de Galicie… Ternopol fut aussi l’un des haut-lieux, pendant la Deuxième Guerre mondiale, du génocide nazi, de l’extermination des juifs. Dire que «Svoboba» est «nationaliste» est un euphémisme. Pour sa part, le Parti communiste d’Ukraine, par la voix d’un de ses jeunes dirigeants, Alexandre Goloub, a dénoncé avec virulence la «révision du procès de Nüremberg», dont la principale responsabilité est attribuée au président Viktor Iouchtchenko, accusé de se rapprocher du «national-fascisme». Entre autres preuves citées à l’appui de cette accusation : le fait que le président ne parle plus de «peuple» mais de «nation» et en appelle à «penser ukrainien», dans un pays multinational et multiconfessionnel. Au même moment, un projet de loi nationaliste prévoit de punir les personnes qui persistent à user de la langue russe dans les administrations publiques – alors que l’Ukraine compte une majorité de russophones, principalement à l’Est, au Sud et à Kiev. L'«ukrainisation», avec un discours nationaliste et «crypto-raciste» à l'égard des Ukrainiens russophones, est donc bel et bien en marche sous l'égide de Viktor Iouchtchenko, un démocrate pour la plupart des pays occidentaux. Signalons qu'au moment même de l'émergence de ces discours présidentiels nationalistes, des passages à l'acte visant des «cibles russes» ont été observés en Ukraine.
Les radicaux exigent maintenant officiellement «la purification ethnique» de l’Etat. Des mesures sont déjà prises pour empêcher ou entraver la diffusion en Ukraine de films russes et de programmes de télévision de Russie. La réthorique anti-russe du pouvoir s’inscrit dans la campagne, inspirée par les Etats-Unis, en vue d’une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, refusée selon les sondages par une majorité d’Ukrainiens. Les thèses «révisionnistes» ukrainiennes, présentant les mouvements fascistes et collaborationnistes pronazis durant la guerre 41-45 en Ukraine comme ayant été des mouvements de «résistances nationales» (sic), bénéficient d’un succès croissant dans les médias occidentaux, qui reproduisent volontiers ces thèses. Il est vrai que des travaux d’historiens et des nouvelles recherches historiques sur les lieux du génocide nazi mettent en évidence la réalité des collaborations locales, ce qui provoque en haut-lieu à Kiev une certaine nervosité. La Waffen SS galicienne fut l’une des nombreuses formations ukrainiennes intégrées ou alliées à l’Allemagne nazie. Elle est principalement issue de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN). L'OUN a été officiellement réhabilitée en 2007 par le président Viktor Iouchtchenko. Jusqu’à présent, c’était surtout une dissidence de l’OUN, l’Armée ukrainienne des insurgés (UPA), qui avait bénéficié de cette réhabilitation. Se réclamant de Stepan Bandera, inspirateur en 1940 des bataillons ukrainiens de la Wehrmacht engagés dans l’invasion de l’URSS, les «banderistes» (OUN-Bandera ou «Révolutionnaires») se sont ensuite rebellés contre l’occupant allemand, en juin 1941, tout en poursuivant la lutte armée contre l'Armée rouge soviétique et l'Armée polonaise. Accusés d’actions «génocidaires» contre des populations civiles polonaise, juive et tsigane, les combattants de l’UPA ont aujourd’hui été lavés de ces «calomnies bolchéviques» (sic) et honorés comme ayant fait partie d'une véritable «résistance patriotique», du moins en Ukraine occidentale et dans la mouvance politique engagée dans la «révolution orange» de 2004. Quant à l’autre tendance de l’OUN, dirigée par Andryi Melnik et étroitement liée au Comité central ukrainien, organe coordinateur de la collaboration ukrainienne pronazie, et à l’Eglise gréco-catholique uniate, elle avait, dès 1941, demandé aux Allemands la mise sur pied d'une division ukrainienne de la Waffen SS. Ce n'est qu'en 1943 que les nazis ont finalement accordé cette faveur aux collaborateurs ukrainiens, après la terrible défaite de Stalingrad. L'Allemagne ayant alors besoin de nouveaux combattants.
Un monument à la célèbre division «Galizien», érigé dès 1991 mais aussitôt détruit, devrait maintenant être rétabli dans la région de Lviv. C’est du moins le souhait des organisations «patriotiques». Un projet de loi est par ailleurs à l’examen au parlement ukrainien en vue d’une pleine réhabilitation de l’UPA et de la SS «Halitchina». Ce projet bénéficie de larges faveurs au sein du camp «orange», mais non sans hésitations ou réserves : une majorité se prononce pour la réhabilitation de l’UPA, présentée comme une «résistance nationale», une minorité seulement veut étendre cette faveur à la division SS, en raison notamment de sa mauvaise réputation au niveau international. A l’inverse, le Parti des régions, surtout implanté à l’Est, et bien sûr les partis communiste et socialiste progressiste s’opposent à ces réhabilitations. Ce clivage recoupe celui des opposants et adversaires d’une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Ilya PEROUN
|
A lire encore sur RésistanceS.be • Connexions Europe-Russie : Eurorus, une association d'Indo-européens blancs pour la «Grande Europe» • Pourquoi les nazis sont considérés comme des héros en Lettonie ? • Nationalistes serbes soutenus par l'extrême droite belge... • L'extrême droite du Parlement européen • Au sujet de la guerre du Kosovo A voir sur Internet • Document
vidéo actuel sur les néonazis en Ukraine avec archives
d’époque • Célébrations communes des anciens de la SS et de l’UPA en 2008 à Ivano-Frankovsk (Galicie)
Comité de soutien de RésistanceS POUR
BENEFICIER DE NOS SERVICES : QUE FAIRE ? Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS ! Soutenez financièrement
ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire
: ... et abonnez-vous gratuitement
à sa Newsletter ! Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008
|