|
Le meurtre de Joe
récupéré par l'extrême droite
En dépit de la demande formulée par les parents
et amis de Joe Van Holsbeeck, pour que le meurtre de ce dernier ne
soit pas utilisé à des fins politiques, l’extrême
droite appelle à manifester ce samedi contre le « racisme
anti-blanc ».
Par Nadia Geerts
Chroniqueuse à RésistanceS
Le mercredi 12 avril dernier, Joe Van Holsbeeck, un jeune homme de
17 ans, était poignardé dans le hall de la gare centrale
de Bruxelles par deux malfrats qui voulaient lui voler son MP3. Un
meurtre odieux, nul n’en disconviendra, et qui soulève
une multitude de questions, pour l’heure sans réponse.
Pour certains mouvements extrémistes de droite, en revanche,
les réponses, ou plutôt la réponse à toutes
les questions, tient en trois mots : « racisme anti-blanc ».
Ainsi, le mouvement Nation (rassemblant des ex-activistes
du Front national et du Front nouveau de Belgique) affirme sur son
site internet qu’ « aujourd’hui une partie de la
population Belge est discriminée, agressée par des jeunes
criminels d’origine turque ou marocaine, sur base du simple
fait qu’ils sont blancs et non musulmans ». Quant à
l’association intégriste Belgique & Chrétienté
(de plus en plus soutenue par le mouvement Nation), dont les objectifs
sont « la lutte contre le racisme anti-chrétien et/ou
anti-belge et la promotion de l’identité chrétienne
de notre pays et de notre continent »(1), elle accuse une société
sans dieu d’être responsable de ce tragique fait divers.
Elle poursuit en encourageant « nos concitoyens à participer
à toutes les possibilités qui leur seront offertes de
manifester leur désir urgent de plus de rigueur, de plus d’ordre,
de plus de sécurité ». Enfin, un courageux anonyme,
s'adressant par courrier électronique à RésistanceS,
m’interpelle pour que je donne enfin mon « commentaire
sur un meurtre crapuleux commis contre un jeune belge innocent et
qui avait la vie devant lui ».
En fait de commentaires, ces vautours se ruant
sur le cadavre à peine froid de Joe pour exploiter leur fond
de commerce raciste m’inspirent infiniment plus que le meurtre
lui-même, dont il me semble qu’on sait bien trop peu de
choses à l’heure actuelle pour qu’on puisse s’engouffrer,
sans une bonne dose de malhonnêteté intellectuelle, dans
la thèse du crime raciste.
Est-ce à dire que l’antifascisme
dont RésistanceS se veut un porte-parole n’a que faire
du racisme, dès lors qu’il est anti-blanc ? Est-ce à
dire, plus généralement, que l’antiracisme se
voile la face dès lors que la victime est un « Belge
de souche » et le coupable une personne d'origine étrangère,
préférant se construire un monde naïf dans lequel
tous les méchants sont blancs et tous les étrangers
gentils ?
Le racisme anti-Blanc existe, bien sûr ;
l’intolérance n’a pas de patrie, l’imbécillité,
la haine et le fanatisme non plus. Au « fascisme brun »
répond un « fascisme vert », qui n’est pas
écologiste mais islamiste. Et après ?
A l’heure actuelle, il est prématuré
et indécent de coller une grille de lecture idéologique
sur le meurtre de Joe. Parce que ce n’est pas parce qu’un
jeune de type nord-africain a tué un jeune blanc qu’il
s’agit d’un crime raciste. Pas plus que le crime d’un
Derochette assassinant la petite Loubna Benaïssa n’était
un crime raciste.
Une fois de plus, l’extrême droite
montre son vrai visage. Un visage qui appelle à la haine. Qui
traite les humains en tant que membres d’une catégorie
ethnique et non en tant qu’individus au parcours chaque fois
particulier. Qui recourt à des explications sommaires, à
des jugements expéditifs, à des « solutions »
simplistes. Qui prétend avoir tout compris avant même
que l’enquête judiciaire ait commencé.
Oui, le meurtre de Joe est un acte odieux.
Non, les antifascistes ne cherchent pas d’excuse aux deux agresseurs.
Comment éprouver la moindre empathie pour des voyous prêts
à tuer pour un lecteur de MP3 ? Mais ils refusent de s’engouffrer
dans la brèche du « racisme anti-blanc » voire
« anti-chrétien », comme ils refusent de considérer
que c’est parce qu’ils sont de type maghrébin que
les deux agresseurs ont commis cet acte barbare. Parce que, comme
je l’écrivais dans ces colonnes en 2004, « être
antiraciste, (…) c’est persister à voir avant tout
des hommes et des femmes derrière les catégories ethniques
dans lesquelles l’extrême droite les enferme. C’est
prendre la ferme résolution de juger chacun sur ses actes,
et non en fonction de son appartenance réelle ou supposée
à une communauté. ». 
Nadia GEERTS
Chroniqueuse à RésistanceS
(1) Extrait de l'interview d’Alain Escada,
président de Belgique & Chrétienté, publiée
sur Novopress, un site Internet d’extrême droite, le 23
mars 2006.
© RésistanceS –
Bruxelles – Belgique – 20 avril 2006
Meurtre
de Joe :
Appel de
ses parents contre l'extrême droite !

Dans le quotidien populaire ''La Dernière
Heure'' de ce 20 avril, la maman du jeune Joe dénonce
la récupération raciste du meurtre de son fils.
Comme jadis les parents de Julie
et Mélissa, les parents de Joe s'opposent vigoureusement
à la récupération politique du meurtre
de leur fils. Dans une interview exclusive accordée au
quotidien ''La Dernière Heure'' de ce 20 avril, Françoise
Van Holsbeeck, la maman de Joe, dénonce également
les dérives racistes qui découleraient de ce drame.
L'extrême droite tente en effet de récupérer
ce dernier à des fins politiciennes, comme nous le dénonçons
dans les deux articles ci-dessus et ci-contre.
Extraits de l'interview de Françoise Van Holsbeeck :
« Françoise tient
(...) à préciser que le combat mené pour
son fils ne doit surtout pas servir aux hommes politiques
à l'approche des élections d'octobre prochain.
''Les témoignages des inconnus me touchent profondément.
Tous ces jeunes qui se mobilisent, c'est extraordinaire. Je
suis fier d'eux. Mais qu'on ne vienne pas me dire que les
réactions politiques sont sincères. Si ces gens
voulaient réellement nous témoigner leur tristesse,
ils le feraient dans l'anonymat. Nul besoin de s'afficher
devant les médias pour cela. C'est pour cette raison
que nous avons tenu à ce que les funérailles
aient lieu dans l'intimité. Tout le monde est le bienvenu,
mais pas question de faire entrer les politiques. Ils ne doivent
pas se servir de la mort de Joe pour s'afficher davantage».
La maman refuse également que la mort de son fils profite
aux partis extrémistes. Elle ne veut surtout pas que
tous les jeunes d'origine maghrébine soient victimes
de ce drame. ''Qu'on ne vienne pas me demander de haïr
tous les Arabes. Les jeunes qui ont tué mon fils sont
des racailles. C'est envers ce genre d'individus que j'éprouve
de la haine. Mais qu'on ne vienne pas faire de généralité.
Des racailles, on en trouve partout'' ».
(extrait de l'interview de Françoise
Van Holsbeeck accordée au quotidien La Dernière
Heure, le 20 avril 2006). |
|
Meurtre
de Joe
Extrême droite : ni pudeur ni respect !
Il
fallait s’y attendre : les propagandistes professionnels de
l'extrême droite ont pris immédiatement la balle au bond
pour récupérer à des fins politiciennes le meurtre
du jeune Joe Van Holsbeeck, survenu le 12 avril dernier au coeur de
la gare Centrale de Bruxelles. Et ce malgré la demande formulée
par ses parents et amis en direction du « monde politique »
pour qu'il s'abstienne de toutes réactions publiques. Mais
l'extrême droite n'a ni respect ni pudeur. L'exploitation de
la souffrance des autres est sa grande spécialité, depuis
la nuit des temps.
C'est en
s’appuyant sur cette logique macabre que les organisations et
formations d'extrême droite les plus ultras tentent maintenant
de transformer le meurtre de ce jeune belge en campagne de propagande
contre le « racisme anti-blanc ». Sur des sites Internet
tels que Novopress, Altermédia, Tonnelier.be ou Nation, les
appels dans ce sens se multiplient.
Pour le
samedi 22 avril, une « Journée d’action unitaire
» est même désormais planifiée. Au programme
de celle-ci est prévu un « meeting identitaire »
(qui aura lieu dans un haut lieu historique de rendez-vous du néonazisme
belge) suivi d'un hommage à Joe Van Holsbeeck (sans accord
de ses parents, pour rappel) à la gare centrale à Bruxelles.
Au cours du meeting prendront la parole des responsables du mouvement
Nation, de Belgique & Chrétienté (une association
intégriste de la « droite nationale »), du Front
nouveau de Belgique (dissidence du Front national) et de Terre &
Peuple-Wallonie (un groupuscule néopaïen racialiste).
Soit le « gratin » des ennemis de
la liberté.
Mobilisés
aujourd'hui contre le « racisme anti-blanc », plusieurs
membres de certains de ces dignes représentants de l'extrême
droite ont été ou sont toujours
poursuivis devant les tribunaux pour... racisme. L'extrême
droite : ni pudeur ni respect, beaucoup de culot, de langue de bois
et des tonnes de litres d'huile en réserve à jeter sur
le feu des faits divers. Quant aux solutions de l'extrême droite
pour y remédier... leurs recettes sont bien connues.
Les parents
et les amis de Joe, eux, n'en veulent pas.
Manuel
ABRAMOWICZ
©
RésistanceS – Bruxelles – Belgique – 20 avril
2006
|