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RésistanceS.be 24-01-2010 |
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A l'ombre du tango et de la croix gammée
Par Laurent D’Altoe
D’emblée, comme le font remarquer M. Aarons et J. Lofus : «Il est absurde de croire que 30 000 fugitifs nazis aient pu gagner l’Amérique du Sud à bord de quelques U Boot encore en état de marche à la fin de la guerre ou qu’ils aient pu se lancer seuls dans cette hasardeuse traversée et l’organiser sans aucune aide extérieure » (1). Après la défaite de 1945, les filières d'exfiltration des chefs et autres combattants du IIIe Reich hitlérien furent donc nombreuses. Parmi les plus connues, on peut citer celle mise en place par Odessa, l'organisation secrète des SS fondée au lendemain de la guerre, ou encore «Die Spinne» et «Ratlines». Mais dans ce que l’on peut appeler la «première vague», les réseaux gravitant autour du Vatican ont joué un rôle central. A la fois par opportunisme ou par anticommunisme viscéral, des personnalités ecclésiastiques telles que monseigneur Aloïs Hudal ou encore le père Krunoslav Draganovic prêteront main forte aux nazis désirant fuir la justice internationale. Ils aideront notamment Franz Stangl et Ante Pavelic. Commandant du camp d’extermination de Treblinka, Stangl trouva refuge au Brésil de 1951 à 1967. Pavelic, le dirigeant de l'État indépendant de Croatie pro-nazi durant la Guerre 40-45, s'exila en Argentine en 1945 et y restera jusqu'en 1957. Autre acteur important des filières d'évasion, les services de renseignements américains (CIC, OSS – l'ancêtre de la CIA actuelle -...). Dans le cadre de la «guerre froide» contre les soviétiques et de la lutte internationale contre le communisme, les États-Unis vont recruter des officiers de la SS et d'autres piliers du régime allemand qui vient d'être vaincu. D’anciens nazis allemands seront utilisés, dès la fin des années 1940, pour apporter leur savoir-faire, sur le continent sud-américain, à des dictatures anticommunistes soutenues par Washington. Le cas le plus illustratif est celui de Klaus Barbie, le chef du Sicherheitsdienst à Lyon, le service de renseignements de la SS, connu également sous le surnom du «boucher de Lyon».
L’Argentine du dictateur Peron ne fut pas en reste puisqu’elle accueillit, après la guerre, le SS-Obersturmbannführer Adolf Eichmann. Cet artisan de la «solution finale» sera aidé en 1950 par le réseau Odessa qui lui permettra, après un périple en Autriche, puis en Italie, de gagner l’Argentine, avant d’être repéré, puis enlevé en 1960 par les Israéliens. Il sera jugé en mai 1960 en Israël et pendu le 31 mai 1962 (2). Autre exemple tristement célèbre : Josef Mengele. Ce médecin sadique pratiquera les expériences les plus horribles sur des prisonniers du camp d'extermination d’Auschwitz. Après le conflit, il s’enfuira lui aussi en Argentine. Les dirigeants argentins de l’époque refuseront d’ailleurs plusieurs demandes d’extradition en provenance d’Allemagne de l’Ouest. Il fuira ensuite au Paraguay puis au Brésil. L’exhumation de son cadavre dans ce pays, en 1985, confirme que ce sordide individu serait mort en 1979. On se doit aussi de rappeler le rôle important d’un homme comme Alfred Stroessner (3). D’origine allemande, il grandira dans la société paraguayenne ouvertement pro-fasciste des années 1930-1940, notamment sous la dictature du général Morinigo. Suite à un coup d'État en 1954, Stroessner instaure sa propre dictature et ce, jusqu’en 1989. Le Paraguay de Stroessner constituera donc un excellent refuge pour les nazis en fuite. Des anciens de la Gestapo (la police politique de l'Allemagne nazie) aideront d’ailleurs la police locale dans ses basses besognes. Parmi les «bouchers» nazis ayant bénéficié de cette protection, citons un cas très connu : Eduard Roshman. Responsable de l’assassinat de 40 000 Juifs en Lettonie, il s'exila d'abord en Argentine, et trouvera finalement un refuge plus sûr à Asuncion, la capitale paraguayenne. Roshman n'y sera jamais inquiété.
Les derniers De son côté, le Hongrois Sandor Kepiro (94 ans) a fui deux condamnations et s’est réfugié en Argentine pendant près de cinquante ans. Ayant le mal du pays et profitant sans doute de la réhabilitation de l'extrême droite dans son pays d'origine, Sandor Kepiro est retourné vivre en 1996 à Budapest. Alors qu’il est actuellement sous le coup d’une nouvelle enquête, la Serbie demande à présent son extradition. Capitaine de gendarmerie, il était, le 23 janvier 1942 à Novi Sad, parmi les responsables du massacre de 1200 Juifs, Serbes et Roms. A l’heure où se déroule en Allemagne l’un des tous derniers procès concernant un criminel nazi, celui d’Ivan Demjanjuk (88 ans), il n’est jamais inutile de rappeler qu’il existera toujours des régimes antidémocratiques de par le monde prêts à accueillir les pires assassins, pour peu que ces derniers puissent servir leurs intérêts. A ce titre, on ne peut que reprendre à notre compte la conclusion émise, il y a plus de dix ans, par Gérard Devienne :
Effectivement, cette partie de l’histoire contemporaine reste encore à écrire… Laurent D’Altoe
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Sur l'auteur de l'article Laurent D'Altoe est né en 1967 à Charleroi. Il est diplômé en journalisme et communication de l'Université libre de Bruxelles (ULB). Chargé de l'actualité internationale, il a travaillé au «Journal de Charleroi-Le Peuple». Après un passage au Commissariat général aux réfugiés et apatrides (CGRA), section Balkans, il est devenu le responsable d'une asbl de valorisation des initiatives économiques en Entre-Sambre et Meuse. Depuis 2007, il coordonne les activités d’éducation permanente du Cepag, un centre de formation de la FGTB. Laurent D'Altoe est encore l'auteur de nombreux articles, de nouvelles littéraires, d'un roman et d'études, dont l'une consacrée au travail obligatoire (STO) dans la région gerpinnoise, publiée en 1992 par le Centre d’études Guerres et Sociétés contemporaines (Ceges). Depuis le début de 2010, il collabore à RésistanceS.be, le webjournal de l'Observatoire de l'extrême droite.
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