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Chronologie

De la préparation à l'action

Voici quelques dates qui peuvent être considérées comme importantes dans l'histoire des « années de plomb » belges.

Avril 1971
« Le Nouvel Europe magazine » (NEM) publie un « mode d’emploi » pour commettre un « coup d’Etat idéal » (sic). C’est un signal adressé aux laxistes du régime. Le NEM était un journal néofasciste lié au CEPIC, l'aile ultradroite du Parti social-chrétien.

Septembre 1973
La gendarmerie est informée de l'élaboration d'un projet de coup d’Etat pensé au sein du NEM-Club, l'organisation politique du « Nouvel Europe magazine ».

Janvier 1974
Création du Front de la jeunesse (FJ), une organisation d'extrême droite, sous le parrainage du NEM.

Juin 1976
Pierre Carette, récemment, passé à gauche, met sur pied, à Bruxelles, le Comité de soutien aux prisonniers politique de la Fraction Armée Rouge allemande (RAF). La police, la gendarmerie, la Sûreté de l’Etat et d’autres services de sécurité vont directement surveiller de près ce milieu « gauchiste ». Tous ses activistes sont alors fichés.

Juin 1977
L’officier de réserve Paul Latinus rejoint le Front de la jeunesse. Il est également un agent du Public information office (PIO), une structure de l’armée belge de propagande politique anticommuniste liée au NEM.

4 juillet 1979
Paul Latinus est engagé comme informateur de la Sûreté de l’Etat. Son "agent traitant" est le futur commissaire Christian Smets.

27 août 1979
Début de l’ « affaire François ». Elle implique le Bureau national des drogues de la gendarmerie dans un trafic de stupéfiants qui avait officiellement pour but d’infiltrer, selon les méthodes de ses instructeurs américains, une filière internationale.

22 septembre 1979
Début de l’« affaire Pinon ». Cette affaire concerne des partouzes auxquelles aurait participé l’épouse du docteur Pinon en compagnie de hautes personnalités de l’Etat. Des mineurs y auraient également été « livrés ». Plus tard, cette affaire sera souvent évoquée dans le cadre des enquêtes sur les tueries du Brabant, du WNP et d'autres « dossiers chauds ».

15 novembre 1979
Début du procès contre le Front de la jeunesse (FJ).

Cette même année, au sein du FJ, Paul Latinus avait fondé un groupe encore plus radicale, le Westland national socialistische ordnung (WNSO), mieux connu sous le nom de Westland new post (WNP). Ce dernier — comme le FJ auparavant — se mettra au service de certains notables du CEPIC. Pierre Carette pour sa part entre en contact avec Frédéric Oriach, des NAPAP (un groupe terroriste français d’ultragauche) et futur d’Action directe. Les activités « clandestines » de Carette sont parfaitement connues des autorités policières.

23 décembre 1980
Le néonazi Paul Latinus est engagé au cabinet de la secrétaire d’Etat, Cécile Goor (PSC), avec le soutien direct de dirigeants du CEPIC.

15 janvier 1981
Le journal de gauche « Pour » publie un dossier dénonçant les activités d’infiltration au sein d’organisations démocratiques de Paul Latinus. Ce dernier s’exilera ensuite au Chili avec l’aide de la DINA, la police politique de Pinochet.

Fin mars 1981
Retour de Latinus en Belgique.

Avril-mai 1981
Le docteur Pinon rencontre pour la première fois Jean-Claude Garot (rédacteur en chef du journal « Pour »). Il lui fournira son dossier sur les « ballets roses ».

Juin 1981
Premier vol de télex ultrasecrets de l’OTAN, au QG des forces armées belges à Evère, par des militaires membres du WNP.

Juillet 1981
Latinus montre à Christian Smets les documents OTAN volés par son groupe.

4-5 juillet 1981
Les locaux du journal « Pour » sont incendiés par un commando d'extrême droite constitué de nervis du FJ, du WNP ainsi que du VMO, une organisation néonazie flamande.

11 octobre 1981
Attentat à la bombe contre l’adjudant de la BSR Guy Goffinon. Qui enquêtait sur l’« affaire François » (>27/08/79). L’Américain Jean-François Buslik, un ami de longue date du gendarme Madani Bouhouche, est impliqué dans cette action terroriste.

25 octobre 1981
Tentative d’assassinat de Herman Vernaillen, le collègue de Goffinon.

Novembre-décembre 1981
Le commissaire de la Sûreté de l’Etat (SE) Christian Smets donne son « premier cours de filature » aux militants du WNP.

31 décembre 1981
Vol d’armes de l’Escadron spécial d’intervention de la gendarmerie. L'extrême droite est soupçonnée.

18 février 1982
Double meurtre de la rue de la Pastorale (à Anderlecht) par un commando du WNP.

Début avril 1982
Deuxième cours de filature de Smets donné aux membres du WNP.

Mai 1982
Pierre Carette met en place le premier noyau militant qui donnera, quelques mois plus tard, naissance aux Cellules communistes combattantes (CCC).

1er. Juin 1982
Les contacts entre Christian Smets et Paul Latinus prennent officiellement fin, lorsque le premier sera muté au service protection des personnalités de la Sûreté de l'Etat.

Août 1982
Sortie du premier numéro de « Subversion ». Cette publication est éditée par Pierre Carette et Frédéric Oriach (Action directe). Elle propage les idéaux des différents groupes d'ultragauche de « guérilla urbaine ». Cette revue est singularisée par un antisioniste radical.

14 août 1982
Un grand magazin est attaqué à Maubeuge (nord de la France). Un blessé. Cet hold-up aurait été la première action des tueurs du Brabant.

30 septembre 1982
Deuxième action des tueurs : l’armurie Dekaise, à Wavre, est dévalisé. Plusieurs armes sont volées. Un mort et deux blessés.

22 décembre 1982
Elimination, à l’auberge du Chevalier à Beersel, de José Vanden Eynde, un vieux militant fasciste qui en savait déjà sans doute trop sur les opérations de déstabilisation qui venaient de débuter.

12 janvier 1983
Le cadavre du taximan Constantin Angelou est retrouvé. Un lien existe entre cette nouvelle élimination et l’assassinat de José Vanden Eynde, servenu 20 jours plutôt à Beersel.

7 février 1983
Premier rapport à la Sûreté de l'Etat réalisé sur l’existence du WNP. Il fut réalisé par le groupe Massart-Kausse-Estiévenart (hostile au commissaire Christian Smets).

11 février 1983
Attaque de la grande surface Delhaize de Genval. Pas de victime.

25 février 1983
A Uccle, un Delhaize est à son tour attaqué. Un blessé.

3 mars 1983
Attaque de la grande surface Colruyt de Hal. Un mort.

10 mars 1983
Pour la première fois, Christian Smets rédige un rapport sur le WNP, avec lequel il était en contact depuis près de 3 ans.

18 mars 1983
Le journal d'extrême droite « Nouvel Europe magazine » publie l’article : « La Sûreté de l’Etat prépare-t-elle un coup d’Etat d’extrême droite ? ». Début de la croisade d'un certain milieu conservateur contre ce « service secret » belge.

21 avril 1983
Madani Bouhouche et Robert Beijer quittent la gendarmerie et mettent sur pied une agence de détectives privés, l’ARI.

Mai 1983
Fin de l’opération des vols des documents de l’OTAN par le WNP.

16 août 1983
Marcel Barbier (le n°3 du groupe action du WNP) est arrête, à Saint-Gilles (une commune de Bruxelles), suite à une bagarre de rue. Néanmoins, il fait des révélation sur le WNP. Des documents confidentiels de l’OTAN volés par cette organisation sont retrouvés dans son appartement. L’affaire WNP débute.

Septembre 1983
Pierre Carette crée le collectif Ligne rouge, une structure de soutien aux groupes terroristes ouest-européens.

10 septembre 1983
L’usine de tissage Wittock-Van Landeghem, à Tamise, est cambriolée. Sept gilets pare-balles y sont dérobés. Un mort. Cette actions sera mise ensuite à l'actif des tueurs du Brabant.

17 septembre 1983
Cambriolage du Colruyt de Nivelles. L’implication d’une équipe mixte (composée de petits gangsters du Borinage et d’éléments « militaristes ») est évoquée. Les forces de l’ordre tombent dans une véritable embuscade. Trois morts.

2 octobre 1983
Jacques Van Camp, le patron de l’auberge des Trois canards (à Ohain, près de Waterloo), est froidement abattu.

7 octobre 1983
Le Delhaize de Beersel est attaqué. Un mort.

11 octobre 1983
Le procureur du Roi ordonne une instruction à charge de trois dirigeants du WNP (Barbier, Libert et Latinus) du chef de la création d’une association de malfaiteurs et de milices privées. L’instruction est menée par la juge d’instruction de Bruxelles Madame Lyna.

28 octobre 1983
Paul Latinus porte plainte pour menace de mort.

24 avril 1984
Latinus est retrouvé suicidé.

12 mai 1984
Important vol d’armes de guerre à la caserne des chasseurs ardennais de Vielsalm.

17 septembre 1984
En coulisses, le ministre de la Justice Jean Gol ordonne la création d'un Groupe interforce antiterroriste (GIA). Ce GIA va regrouper tous les services de police (gendarmerie et police judiciaire) et les services de renseignements civils (BSR, Sûreté de l'Etat) et militaires.

2 octobre 1984
A point nommé, les Cellules communistes combattantes (CCC) de Pierre Carette rentrent en scène. Dans le cadre d’une "campagne anti-impérialiste" visant l’OTAN (également ciblée récemment par une opération de déstabilisation orchestrée par le WNP), leur première bombe explose. La cible : les installations, à Evère, d’une firme industriel américaine.

19 octobre 1984
Officiellement en vue de mettre la main sur les CCC, le ministre PRL de la Justice, Jean Gol, lance l’« opération Mammouth ». Elle sera un échec concernant l’enquête sur les vrais terroristes. Par contre, elle permettra de réactualiser les fichiers politiques sur l’ensemble de la gauche.

12 décembre 1984
Les CCC font sauter des oléoducs de l’OTAN… sur base d’un propre plan de l’OTAN (en prévision d’une attaque soviétique) ! Suite à l’ensemble des attentats anti-atlantiques des CCC, le gouvernement américain et l’OTAN critiqueront vivement les réactions tièdes des autorités belges.

15 mai 1985
A Overijse, des armes de guerre de collection sont volées chez Juan Mendez. Cet ingénieur commercial de la Fabrique nationale et grand amateur d'armes, était un ami de longue date de l'ex-gendarme d'extrême droite Madani Bouhouche.

27 septembre 1985
Attaque du Delhaize de Braine-l’Alleud (3 morts) et de celui d’Overijse (5 morts).

3 octobre 1985
Mise en place d’une cellule d’information, d’analyse et de coordination « enquête Brabant ». Elle est composée de gendarmes et de membres de la PJ de Nivelles. On met également sur pied une « task force GD-PJ » (gendarmerie-Police judiciaire).

9 novembre 1985
Hold-up au Delhaize à Alost (8 morts). Réaction : création d’une nouvelle « task force » à Termonde.

19 novembre 1985
Le gouvernement fait descendre dans la rue les parachutistes pour venir en aide à la gendarmerie afin de maintenir la sécurité face aux CCC et aux tueurs du Brabant. Deux jours plus tard, le président américain Ronald Reagan arrive en Belgique.

16 décembre 1985
Arrestation à Namur de Pierre Carette et de trois autres militants des CCC. Fin des opérations de ce groupe terroriste. Résultat : les moyens des forces de l’ordre ont considérablement augmenté, le mouvement pacifiste anti-missiles a été discrédité, une tentative de déstabilisation de l’extrême gauche eut lieu et les militants de la gauche politique fichés.

7 janvier 1986
Juan Mendez est assassiné (>15/05/85). Il pensait que certaines de ses armes, qui avaient été volées quelques temps auparavant, auraient été utilisées par les tueurs du Brabant.

26 janvier 1986
Madani Bouhouche est arrêté. Il est soupçonné d’avoir assassiné Mendez.

27 janvier 1986
Jean Bultot; militant bien connu de l'extrême droite bruxelloise et par ailleurs directeur-adjoint de la prison de Saint-Gilles, s’enfuit au Paraguay. Il profita du soutien logistique d'une filière d'évasion organisée par Francis Dossogne (l’ex-dirigeant du Front de la jeunesse).

16 octobre 1986
Le Procureur du Roi du parquet de Nivelles, Jean Deprêtre déclare que la motivation des tueurs du Brabant « c’est l’argent. C’est le mobile, ce sont des gangsters. Ce sont des prédateurs ».

6 novembre 1986
Découverte d’une partie de l’arsenal des tueurs dans le canal Bruxelles-Charleroi, à la hauteur de Ronquières.

Novembre 1986
Découverte dans des box de garages à Woluwé-Saint-Lambert d’armes volées à l’ESI (le 31 décembre 1981) et chez Juan Mendez.

Avril-mai 1986
Procès devant la Cour d’assises de Mons de la bande des Borains. Par manque de preuves, ils seront tous acquittés.

17 novembre 1986
Bouhouche est remis en liberté.

21 Janvier 1987
Le juge d’instruction nivellois Schlicker est dessaisi du dossier des tueries. Celui-ci est cédé à Lacroix du parquet de Charleroi.

4 mai 1987
Début du procès devant la Cour d’assises de la Province du Brabant de Marcel Barbier et Eric Lammers du WNP pour le double meurtre de la rue de la Pastorale (>18/02/82).

25 mai 1987
Barbier est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Eric Lammers est acquitté.

Novembre – Arrestation de Robert Beijer pour des faits de corruption (il avait fait placer une écoute téléphonique). Découverte dans des box de garages à Woluwé-Saint-Lambert d’armes volées à l’ESI et chez Mendez.

Mars 1988
Le député SP Luc Van den Bossche réclame la création d’une commission d’enquête sur les tueries.

21 avril 1988
La première commission parlementaire d’enquête « sur la manière dont la lutte contre le banditisme et le terrorsime est organisée » est mise sur pied. Les débuts des travaux de cette commission débuteront en juin.

Avril-mai 1988
Procès devant la Cour d’assises de Mons de la bande des Borains. Par manque de preuves, ils seront tous aquittés.

17 novembre 1988
Bouhouche est remis en liberté.

2 juin 1989
La Cour d’appel de Bruxelles constate que l’action publique concernant le WNP est éteinte par prescription.

 

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