L'OTAN
derrière les tueries du Brabant ?
Sur les antennes de la RTBF, le lundi 26 février dernier,
le journaliste d'investigation René Haquin a affirmé qu'il se pourrait
que la Belgique ait été la victime d'un plan de déstabilisation fomenté
par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Les tueries
du Brabant et les actions de "guérilla urbaine" des CCC
auraient été une des phases de ce plan.
Durant le débat de l'"Ecran témoin" (RTBF) consacré aux
assassinats politiques, le 26 février dernier, René Haquin, journaliste
d'investigation bien connu et réputé au quotidien "Le Soir",
a défendu une nouvelle fois l'idée que les tueries du Brabant (1982-1985)
auraient très bien pu avoir été organisées dans le but de discréditer
notre pays et ainsi justifier des mesures de sécurité extrême. Aux
questions de Paul Germain, l'animateur de l'"Ecran témoin",
à ce sujet, René Haquin a notamment répondu :
"Ce que l'on peut dire des tueurs du Brabant, c'est
que pendant 3 ans, les mêmes armes ont été utilisées. Plusieurs
journalistes et d'autres observateurs, dont des policiers enquêtant
sur cette affaire, pensent que ces armes en question furent transmises
d'une bande à l'autre (Ndlr : des bandes de criminels chargées des
tueries du Brabant). On ne sait pas ! s'il y a eu deux bandes, trois
bandes, quatre bandes ou cinq bandes différentes. Les hypothèses
varient. Cependant, dans le cas de l'existence de plusieurs bandes,
il doit y avoir théoriquement un cerveau ! Aujourd'hui, nous ne
savons toujours pas qui a tué. Des suspects ont été arrêtés. C'était
la bande des Borains. Ils seront ensuite tous acquittés. Nous ne
savons pas qui sont les commanditaires. D'ailleurs, nous ne pouvons
toujours pas déterminer pourquoi on a tué (Ndlr : dans les grandes
surfaces des innocents). Cependant, lorsque l'on pose la question
du "mobile", on s'aperçoit que l'organisation de ces massacres
a coûté plus chère que ce que les tueries ont "rapporté".
"
Ce qui met de côté l'hypothèse du banditisme pur et simple pour expliquer
ce qui devrait être considéré comme de véritables attentats. Pourtant,
cette piste fut défendue bec et ongles par Jean Deprêtre. Ce procureur
du Roi du Parquet de Nivelles s'occupa, au début, de l'enquête sur
les premiers méfaits des tueurs du Brabant. Ce magistrat ultraconservateur
proche du "lobby" de la droite chrétienne est aujourd'hui
à la base de l'acharnement judiciaire contre l'ancienne délégation
syndicale des Forges de Clabecq mais également celui qui fut très
laxiste dans le "dossier Riga".
Musculation de l'Etat
A propos des autres hypothèses sur les tueurs du Brabant, René Haquin
poursuivra sur sa lancée : "On se rencontre également que les
tueries du Brabant perpétrées de 1982 à 1985, aboutissent en 1985
à une musculation de l'Etat. Or, cette musculation était demandée
depuis les années septante par nos partenaires étrangers présents
en Belgique, notamment l'OTAN". Le journaliste rappellera alors
la situation politico-économique de l'époque de notre pays. Les institutions
internationales installées à Bruxelles considéraient la Belgique comme
un "ventre mou", c'est-à-dire une zone géostratégique relativement
faible au niveau de sa sécurité. La guerre froide n'était pas encore
finie et les manifestations antinucléaires ainsi qu'un sentiment anti-américain
meublaient alors l'actualité. De plus, depuis 1966, après que le général
De Gaule pria l'OTAN et le SHAPE de quitter la France, l'organisation
militaire atlantique devait trouver un autre sanctuaire. A l'invitation
du ministre belge des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak, l'OTAN
- sous la domination des Etats-Unis - s'installa à Bruxelles et son
état-major près de Mons.
"Quelques années plus tard, au sein du "club atlantiste"
des pressions ont été faites pour que la Belgique soit plus sûre",
témoignera le journaliste du "Soir" sur les antennes de
la RTBF.
René Haquin affirmera aussi que "face à cette situation, l'OTAN
aurait très bien pu agir comme en Italie". Dans ce pays, l'implication
de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord "sur les "années
de plomb" est évidente". Conclusion de René Haquin : "Maintenant,
je me pose la question - et je ne suis pas le seul - de savoir s'il
n'y pas eu aussi la main de l'OTAN sur nos "années de plomb".
D'autant plus que les tueries du Brabant furent entrecoupées d'une
sorte de parenthèse."
Les CCC manipulées ?
"En effet, il y a eu les CCC, les Cellules communistes combattantes,
menées par Pierre Carette et ses acolytes", précise René Haquin.
Pour ce dernier, "Pierre Carette était une sorte de petit frère
d'Andreas Baader", le leader de l'extrême gauche terroriste allemande
à la fin des années soixante. "Seulement voilà, en 1984, quand
les CCC commencèrent à s'agiter, à lancer des bombes et à faire sauter
des casseroles à pression devant des bâtiments de l'OTAN à Bruxelles,
la Guerre du Vietnam était finie depuis longtemps. Je me suis donc
dit : c'est un peu tard pour commencer ! Baader avait pour sa part,
effectivement, débuté son combat à la fin des années soixante. Son
idée était ferme : "Je suis Allemand. Je trouve que ce n'est
pas normal que la RFA - qui fut mise à genoux en 1945 et qui promit
alors de ne plus jamais tremper dans un génocide - accepte que des
B52 viennent charger des bombes au Napalm sur des aéroport en Allemagne"
". Pour Baader et ses compagnons de route, il fallait coûte que
coûte dénoncer cette complicité criminelle allemande et la combattre&
par les armes.
Une politique de l'ombre
Après une analyse de l'engrenage terroriste et le constat que le combat
de CCC, lui, ne pouvait plus s'expliquer de manière idéologique, René
Haquin posera la question : "Est-ce que Carette ne fut pas relié
à une ficelle, comme une marionnette, actionnée par le même cerveau
que celui qui aurait agité les tueurs! du Brabant ? Cela nous remet
dans le miroir italien. On pourrait alors se dire : comme en Italie,
la Belgique a peut-être subi une politique de l'ombre venant du club
atlantique". Cette hypothèse fut par ailleurs abordée au cours
de l'émission "Les Mercredis de l'Histoire", le 7 mars dernier,
sur la chaîne franco-allemande Arte.
Alexandre VICK