| Vie et mort de Paul Latinus
« RésistanceS » publie ici le portrait, établi par le mensuel « Avancées », en février 1999, du fondateur et « führer » du groupe secret néonazi belge Westland new post (WNP), Paul Latinus. Disparu étrangement en 1985, cet homme de lombre joua un rôle important durant les « années de plomb » belges. Il est évident que Latinus est lune des pièces les plus intéressantes du puzzle pour essayer de comprendre les mystères politico-judiciaires des années quatre-vingt Ce personnage énigmatique en connaissait un fameux bout sur les coulisses des affaires politico-judiciaires belges. Mais, le 24 avril 1985, officiellement, il se suicida à Court-Saint-Etienne, dans le Brabant wallon. A lépoque où des opérations de subversion déstabilisaient la Belgique et dautres "disparitions" étranges furent ou seront signalées. En effet, des individus liés aux mêmes milieux politiques (et certains aux mêmes dossiers) avaient déjà auparavant été assassinés (comme par exemple José Vanden Eynden ou le taximan Constantin Angelou). Quelques mois après le suicide de Paul Latinus, le 7 janvier 1986, cest lingénieur commercial de la FN Juan Mendez qui sera liquidé... sans doute parce que lui aussi en savait trop, comme le rappelait Sergio Carrozzo dans « Avancées » du mois janvier 2000. Maintenant encore, des enquêteurs se posent toujours la question de savoir si ces disparitions sont à mettre à lactif des tueurs du Brabant. En tout cas, Paul Latinus et Juan Mendez avaient des connaissances communes apparaissant dans le dossier des tueries du Brabant. Il est évident que Latinus est lune des pièces les plus intéressantes du puzzle pour essayer de comprendre les mystères politico-judiciaires des années quatre-vingt. Et notamment, les connexions entre lextrême droite, la droite classique et des services secrets belges et étrangers. Indic, néonazi et... Vers 1978, lofficier de réserve Latinus adhéra au Front de la jeunesse, une organisations dextrême droite groupusculaire impliquée dans des actions ultraviolentes, mais, « parrainée » par le CEPIC. Latinus affirmait avoir milité auparavant à la World union of national-socialists (WUNS), un réseau international fondé, en 1962, par des néonazis anglais et américains. Au FJ, très vite, il fit partie du noyau dirigeant et fut chargé du « CODO », son service de renseignements politiques. Au même moment où le Groupe M et le Groupe G se structuraient. Ces deux derniers, véritables cellules clandestins du Front de la jeunesse, regroupaient respectivement les militants membres des forces armées et ceux de la gendarmerie. Par la suite, on apprendra que le FJ avait été utilisé (manipulé?) pour des missions de fichage, à la fois par des structures paramilitaires, policières, la gendarmerie et des personnalités liées au CEPIC. Un an après son arrivée au Front, Latinus mit sur pied Delta Nord, qui donnera ensuite naissance au Westland new post (WNP). Dirigée notamment avec Jean-Marie Paul et Béatrice Bosquet, cette organisation clandestine sera présentée comme étant une dissidence du FJ. Au même moment, par le biais de personnalités importantes du CEPIC, Latinus devint successivement fonctionnaire à l'ONEM (le service chômage belge), conseiller-adjoint au ministère de lEmploi et du Travail et conseiller au cabinet politique de la secrétaire dEtat Cécile Goor (PSC). Grâce à ces postes, il infiltra plusieurs organisations démocratiques et des associations de jeunes en vue dy ficher les affiliés. En janvier 1981, lorsque lhebdomadaire de gauche « Pour » révéla au grand public les activités politiques de Paul Latinus, celui-ci prit directement la fuite pour le Chili. Jean-Francis-Ferrari Calmette (un instructeur du FJ et du WNP, mais aussi de lEscadron spécial dintervention de la gendarmerie) serait intervenu dans la fuite de Latinus, tout comme le bureau bruxellois de liaison de la DINA, la police politique chilienne. Ici, une parenthèse simpose. Dans le cadre de son « opération Condor » qui visait depuis 1975 à éliminer physiquement des opposants installés à létranger la DINA avait recruté partout en Europe des activistes dextrême droite. Le responsable de ces barbouzes était Stefano Delle Chiaie, un terroriste italien ayant joué un rôle clé dans la stratégie de la tension en Italie. Quant à limplication de la CIA dans lopération Condor, elle est aujourdhui une évidence (1). De retour en Belgique, après un mois et demi passé au Chili, Paul Latinus (dont le nom de code était « Orf ») reprit en main léquipe du WNP. Cest lui qui supervisa personnellement les missions dinfiltration au cur du dispositif de larmée belge et au siège bruxellois de lOTAN. Des filatures et diverses missions furent encore organisées par le WNP pour le compte de commanditaires restés jusquà présent inconnus. Dans les médias, il refera parler de lui en septembre 1983 quand il dénoncera à la police judiciaire son « lieutenant » Marcel Barbier et Eric Lammers comme étant les assassins du couple Vandermeulen-Arcoulin. Un mois plus tard, selon un article du journaliste flamand Jan Capelle publié dans le numéro de juillet 1987 de la revue dinvestigation « Article 31 », Latinus transmettait à la justice le fichier du WNP sur lextrême gauche belge constitué en collaboration avec des membres de la BSR et des fonctionnaires de la Sûreté de lEtat. En mars 1986, la BSR aurait repris possession de ce fichier alors entreposé au palais de justice de Bruxelles. ... agent américain? Le journaliste René Haquin écrira dans son livre sur le WNP que Latinus lui avait déclaré: « Jai été recruté en 1967, à lâge de 17 ans, par une organisation étrangère dont le but est de lutter par tous les moyens contre le communisme soviétique. Jai été initié en 1973 au contre-espionnage et aux techniques de renseignement par un officier OTAN, à Tongres, pendant mon service militaire. En 1977 (...), jai reçu ordre, par lorganisation à laquelle jappartiens (...), de mintroduire dans la sphère du Front de la jeunesse (...). Ma nouvelle mission, en 1980, fut alors de créer en Belgique un groupe revanchard nazi calqué sur la Waffen-SS (ndlr: cest-à-dire le WNP) ». Par la suite, au cours dune instruction judiciaire dont il était lobjet, Latinus désignera cette organisation étrangère: il sagissait de la Défense intelligence agency (DIA), léquivalent militaire de la CIA (2). Tueur du Brabant? A notre connaissance, les résultats de ces tests nont toujours pas été communiqués. A cette occasion, Georges Marnette, lancien patron du GRB (Groupe de répression du banditisme), qui avait bien connu Paul Latinus, déclara le 22 septembre de la même année à « La Dernière Heure » quil ne voyait pas en Latinus un tueur, mais quil était fort probable que ce dernier détenait dimportantes informations sur les carnages des années quatre-vingt. Une chose est sûre, près de quinze ans après sa mort, Paul Latinus reste lune des énigmes importantes des années de plomb. Notes :
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