| Témoignages
& citations Beaucoup de
choses ont été écrites sur les " années de plomb " belges. Des
dizaine de livres. Des milliers d'articles. Ci-dessous, nous avons sélectionné pour vous
quelques citations sur ces " années " de la " Stratégie de
la tension " à la belge.
Le témoignage d'un ancien gendarme néonazi
Martial Lekeu (*)
Pendant les réunions du Front de la jeunesse, un plan fut élaboré pour déstabiliser la
Belgique et préparer un régime autoritaire. Ce plan était divisé en deux parties : une
phase de terrorisme politique et une phase de banditisme. Jai travaillé à la
seconde phase. Jétais lun des spécialistes qui devaient former les jeunes
gens à lidéologie de lextrême droite; il fallait en faire une bande
dindividus prêts à tout. Ensuite, je devais rompre tout contact avec eux, de
manière à ce quils deviennent un groupe totalement indépendant, et quils
commettent des attaques à main armée sans réaliser quils font partie dun
complot parfaitement étudié (in "Panorama", 5 septembre 1989).
(*) Cet ancien gendarme fut membre du Front de la jeunesse
(FJ), une organisation violente d'extrême droite active entre 1974 et 1982. Ce front
"travaillait" alors pour le CEPIC, l'aile droite du Parti social-chrétien
(PSC). Martial Lekeu, comme d'autres membres du FJ, sera cité plus tard dans le dossier
des tueurs du Brabant. Par la suite, il s'exilera aux Etats-Unis. Lekeu était également
membre de la secte de Scientologie. Il est décédé en 1997.
Les " dépositions " d'anciens flics et
gendarmes
Frans Reyniers (ex-commissaire en chef de la police
judiciaire de Bruxelles)
Selon moi, il ne peut sagir de pur banditisme. Tout dabord, le butin est
beaucoup trop maigre. On nassassine pas vingt-huit personnes, on ne prend pas le
risque de se faire abattre soi-même pour quelques centaines de milliers de francs.
Ensuite, les auteurs de ces formes extrêmes de banditisme se font toujours prendre. Tôt
ou tard, les gangsters se disputent. Une putain ou une amie trompée commence à parler,
ou bien les voilà dans un club, après quelques verres de champagne, à se vanter de
leurs actions déclat. En outre, aucune information ne nous est parvenue du milieu
lorsquon a promit une récompense de vingt millions de francs pour tout tuyau utile.
Les gangsters vendraient leur mère pour une telle somme. Autant dindices de
motivations idéologiques. Or, au début des années 80, quelle idéologie était en
faveur dun état fort ? Lextrême droite. Cest tout simple. Il est
naturel, il est même très vraisemblable que lon doive chercher les tueurs parmi
les gangsters ordinaires (
). Mais ceux qui, dans les coulisses, étaient au courant
et manipulaient en réalité les tueurs poursuivaient un but idéologique. Ils voulaient
un état fort, un virage politique à droite. Noubliez pas que le gouvernement
vacillait à lépoque. Les mouvements pacifistes étaient très puissants (
).
Les Américains, disons plutôt la CIA, en étaient abasourdis. Ils voulaient entreposer
(leurs) missiles de croisière en Belgique coûte que coûte. Pas seulement pour faire
peur aux Russes, mais aussi pour des raisons commerciales et économiques. Jimagine
quau cours de nombreuses réunions, on aura chuchoté : " Nous allons
rendre la vie dure à ces vauriens de gauche, et obliger létat, par la terreur, à
prendre des mesures
". En ce sens, les tueurs du Brabant wallon mais aussi
les CCC étaient un cadeau du ciel (in " Reyniers superflic ", de Paul
Koeck, aux éditions la Longues Vue, 1998, p. 46)
François Raes (ex-gendarme)
La mission du gendarme, disait-on, consistait à être au service du citoyen, de tous les
citoyens. Mais au bout dun certain temps, javais compris que la gendarmerie ne
se rangeait quaux côtés de certains groupes, plus précisément des couches
supérieures de la population. Pour les couches inférieures, il ny avait pas de
pardon, et les procès-verbaux nétaient pas annulés (in " Un gendarme
don Quichotte ", éditions EPO, 1983, p. 68).
L'avis d'une certaine justice
Jean Deprêtre (*)
Nous restons à la fois optimistes et dynamiques. Nous devons trouver les coupables et
nous les trouverons. Envers et contre tout ! (in " Pourquoi pas ? ",
14 novembre 1984).
Le même Deprêtre
La motivation, c'est l'argent. C'est le mobile, ce sont des gangsters. Ce sont des
prédateurs (in " Temps présent ", émission de reportage de la
télévision suisse romande, 16 octobre 1986).
(*) Ce Procureur du Roi du parquet de Nivelles fut chargé du
dossier des tueries du Brabant Wallon au début de l'enquête.
Le point de vue de journalistes d'investigation
Jacques Rouergue (Article 31)
Malgré une prime de dix millions de francs belges, aucun indice permettant l'arrestation
de la bande n'est arrivé sur (le) bureau (du Procureur du Roi nivellois Jean Deprêtre).
Le " milieu ", perturbé dans son activité par de multiples
contrôles et perquisitions, s'est coupé en quatre pour aider les policiers dans leurs
recherches" (in " Article 31 ", n° 26, janvier-février 1987).
Serge Dumont (Le Vif/L'Express)
Une justice ridiculisée, une Sûreté de l'Etat salie, une gendarmerie suspecte : les
tueurs du Brabant ont vraiment réussi à déstabiliser le pays (in " Le
Vif/LExpress ", 5 février 1988).
Walter De Bock (De Morgen)
Les Tueurs du Brabant sattaquaient indubitablement à lEtat démocratique
belge, à lEtat de Droit. Il est troublant de constater que la classe politique de
ce pays, comme la magistrature, les ont, jusquà présent, laissé faire (in
" CelsiuS ", avril 1988).
René Haquin (Le Soir)
Près de treize ans après les dernières tueries du Brabant et onze ans après
lacquittement de la filière Boraine, léchec de lenquête reste total.
Non seulement on na jamais identifié les tueurs et encore moins le cerveau, mais,
malgré quatre années de travaux dans deux commissions parlementaires denquête, on
na même pas découvert le mobile réel de ces expéditions meurtrières (in
" Le Soir ", 31 juillet 1998).
A propos du suicide de Paul Latinus, le dirigeant du Westland
New Post (WNP), une organisation secrète néonazie impliquée dans les
" années de plomb " belges :
René Haquin
Dans l'entourage de Paul Latinus, tous ou presque restaient persuadés que le chef du WNP
ne s'était pas suicidé, mais qu'on l'avait liquidé proprement. Deux d'entre eux
faisaient le lien direct entre sa mort et la détention de dossiers explosifs tels que
ceux de l'affaire Pinon et de l'affaire Distrigaz et craignaient que d'autres militants du
WNP qui connaissaient ces dossiers ne soient eux aussi sur la liste noire (in
" Des taupes dans l'extrême droite - La Sûreté de l'Etat et le
WNP ", éditions EPO, 1985).
Maurice Petit (Article 31)
Le chef du WNP avait été retrouvé pendu dans sa cave, avec du fil de téléphone, sans
noeud coulant et les pieds au sol. Chaque fois qu'on a reconstitué le
" suicide ", le fil s'est rompu (in " Article
31 ", mai 1986).
L'opinion d'autres journalistes
Manu Ruys (éditorialiste à De Standaard)
Il est surprenant que les actions des CCC (*) soient entreprises à une période où la
Belgique ne se comporte pas comme l'alliée la plus docile au sein de l'OTAN
Le
terrorisme des CCC affaiblit la position des pacifistes et renforce l'influence des
" vautours ". On pourrait dès lors se demander qui a intérête à
une telle évolution ? (in " De Standaard ", 13 décembre 1984).
(*) Cellules communistes combattantes : organisation
terroriste se revendiquant de l'extrême gauche. Responsable de 27 attentats commis en
Belgique entre octobre 1984 et l'automne 1985. Plusieurs spécialistes pensent que les CCC
étaient soit manipulées soit infiltrées par des organismes policiers de l'Etat où
étranger.
Paul Goossens (ancien rédacteur en chef De Morgen)
On ne peut tolérer plus longtemps que les terroristes soient introuvables et les
soupçons se font de plus en plus forts : à haut niveaux, on pourrait bien jouer double
jeu. On a dû attendre plus de trente ans pour connaître la vérité à propos de
lassassinat de Julien Lahaut. Une mascarade semblable se joue-t-elle autour des CCC
et de la Bande du Brabant wallon ? (in " De Morgen ", 12 novembre
1985).
De Morgen
Une commission denquête devra assurément découvrir si oui ou non des personnages
tels que Carette, Latinus et De Laever ont été ou sont encore des agents des services
officiels de renseignements et dactions. Ce nest quainsi que lon
pourra être sûr que derrière le WNP ou les CCC ne se cache pas en fait un terrorisme
dEtat camouflé (" De Morgen ", 12 décembre 1985).
Père Ubu
Le procureur du Roi de Nivelles Jean Deprêtre met beaucoup plus dénergie pour
poursuivre les syndicalistes de Clabecq que pour traquer les Tueurs du Brabant (18
février 1998).
Olivier Lecomte (Télémoustique)
Le terrorisme est condamnable non pas en soi mais parce quil est
" récupérable " et engendre un contre-terrorisme dEtat encore
plus redoutable (in " Télémoustique ", avril 1998).
Les points sur les " I " d'hommes politiques
Olivier Deleuze (ancien député fédéral Ecolo) (*)
Le premier intérêt supérieur est de savoir qui a tué les 28 personnes. Il ny a
pas dautre intérêt supérieur pour moi. Depuis laffaire François et les
trafics de came à la gendarmerie jusquà la dernière tuerie et même
éventuellement plus tard, il faut quon fasse la lumière sur toutes ces années de
plomb. On a le droit de savoir. Lintérêt supérieur, cest de savoir ! Je ne
suis pas intéressé par lintérêt supérieur de tel ou tel ministre, procureur...
M. Deprêtre (ndlr : le procureur du Roi de Nivelles) a employé ce genre dargument
en parlant du respect de la vie privée des gens mais je ne partage pas cet avis. Je crois
que quand on est un haut personnage, public ou privé, du pays, il y a des choses
quon ne peut pas faire. Ca fait partie des obligations du boulot. On ne peut pas se
mettre dans des situations où un chantage est possible (in
" Télémoustique ", 2 juillet 1997).
(*) Olivier Deleuze fut membre de la deuxièmement commission
denquête parlementaire sur le banditisme et le terrorisme.
Gérard Deprez (ex-président du PSC)
Au PSC, je nai fait quéliminer les éléments malsains du CEPIC, une petite
bande daffairistes et dextrémistes de droite (in " Le Soir
Illustré ", 10 mars 1999).
NDLR : Le CEPIC représentait, dans les années 70, l'aile
droite du Parti social chrétien. Cette organisation conservatrice avait alors tissé des
liens avec des mouvements d'extrême droite. Plusieurs individus du CEPIC seront ensuite
cités dans des dossiers liés aux "années de plomb" belges.
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