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Aginter press et l’agent Guérin-Sérac
au service de l’Occident chrétien

Radioscopie d’une organisation internationale d’extrême droite qui joua un rôle central dans la « Stratégie de la tension ». Et qui bénéficiait en Belgique de plusieurs « correspondants ».

Cette officine internationale d'extrême droite – utilisant également le nom de « Centrale Ordre et Tradition » – avait son quartier général au Portugal durant les dernières années du régime fasciste d'Antonio Salazar. Elle était dirigée par Yves Guillon (alias Guérin-Sérac), un fanatique national-catholique et ancien barbouze de l'OAS (Organisation armée secrète, groupe terroriste partisan de l'Algérie française). Aginter press servit de courroie de transmission entre la police politique portugaise, les groupes néofascistes internationaux et des services parallèles nord-américains. Elle participa à la planification de la « Stratégie de la tension ».

Un agent au service de l’anticommunisme international
Guérin-Sérac est un homme de l’ombre issu des milieux nationaux-catholiques français. Lorsqu’il faisait partie de l’Organisation armée secrète, il s’était spécialisé dans les techniques terroristes. Après la défaite des partisans de l’Algérie française, Guérin-Sérac se réfugia, sous la protection du dictateur Salazar, au Portugal. Il y fondera l’agence Aginter press.

Au nom de la lutte contre le communisme, cette structure internationale avait pour vocation la réalisation d’opérations de déstabilisation, entre autres en collaboration avec des services spéciaux nord-américains. Cette étrange agence orchestra par exemple une partie de la « stratégie de la tension » qui secoua l’Italie à partir de 1969.

Cinq ans plus tard, après la Révolution portugaise, on retrouvera dans les bureaux de Guérin-Sérac une note particulièrement explicite sur ses manœuvres. On y lisait :

« La première phase de notre activité politique consiste à créer le chaos dans toutes les structures du régime. Deux formes de terrorisme peuvent provoquer cette situation: le terrorisme aveugle (commettre des attentats au hasard qui font de nombreuses victimes) et le terrorisme sélectif (éliminer des personnes précises). La destruction de l’Etat démocratique doit s’opérer autant que possible sous le couvert d’activités communistes... Ensuite, nous devons intervenir au sein de l’armée, du pouvoir judiciaire et de l’Eglise, pour travailler l’opinion publique, proposer une solution et faire apparaître clairement l’impuissance de l’appareil légal existant. Cela suppose donc une phase d’infiltration, de récolte des informations et de pression sur les organes vitaux de l’Etat par le biais de nos cadres. La pression psychologique sur nos amis et nos ennemis doit être telle qu’un courant de sympathie se forme à l’égard de notre organe politique et que l’opinion publique soit polarisée de manière à ce qu’on nous présente comme le seul instrument capable de sauver la nation. Il est évident que nous devons disposer de moyens financiers considérables pour pouvoir exercer de telles activités. » 

Un sanctuaire belge
Dans les années septante, en Belgique, via notamment la Ligue mondiale anticommuniste (la WACL), ce théoricien du terrorisme fut mis en contact avec une poignée de Belges acquis à l’idée qu’il fallait, face à la menace soviétique, de toute urgence durcir le régime. La majorité de ceux-ci agissaient à la tête du CEPIC. Emile Lecerf (le rédacteur en chef du « Nouvel Europe magazine ») était l’un des principaux contacts belges d'Yves Guérin-Sérac.

Par la suite, comme par hasard, certains de ceux-ci seront cités dans les dossiers des tueries du Brabant. La trace de cet homme de l’ombre fut retrouvée en Espagne par les auteurs d’un reportage télévisé diffusé sur Arte, le 13 janvier 1998. Repéré, Yves Guérin-Sérac prit rapidement, une nouvelle fois, la fuite.


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