La presse menacée au Maroc et ailleurs !
Qui est le journaliste Ali Anouzla et pourquoi a-t-il été arrêté ?
La « démocratisation » en cours du royaume chérifien ne serait-elle qu'une opération cosmétique de relations publiques ? Les actions judiciaires et les intimidations – commises par des barbouzes d'officines d'Etat - qui frappent actuellement des médias et des journalistes marocains démontrent que les années de répression sont de retour. L'arrestation, l'inculpation et l'emprisonnement d'Ali Anouzla, co-directeur du web-journal Lakome, fait partie d'une stratégie globale pour bâillonner la presse d'opposition marocaine.
PAR MANUEL ABRAMOWICZ ET SAM TOUZANI
Membres-fondateurs du Comité belge de soutien à Ali Anouzla

Manifestation au Maroc de soutien à Ali Anouzla © Photo : DR
Ali Anouzla est un journaliste. Il est le directeur de l'édition arabophone de Lakome, un média marocain indépendant. Le 17 septembre dernier, il a été arrêté au Maroc. Sept jours plus tard, Ali Anouzla sera inculpé pour « aide matérielle », « apologie du terrorisme » et « incitation à l'exécution d'actes terroristes » sur la base de la loi antiterroriste de 2003, alors qu’il ne faisait que son travail de journaliste, c'est-à-dire celui d’informer. A l'heure actuelle, le journaliste marocain est toujours en prison.
Museler un média indépendant
La raison officielle de son arrestation, de son emprisonnement et de son inculpation est d'avoir publié le 13 septembre, sur le site Internet de Lakome, un article sur les menaces formulées contre le royaume marocain par l'organisation jihadiste terroriste AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique). L'article d'Ali Anouzla renvoyait par hyperlien au quotidien espagnol El Pais qui proposait sur son site Internet une vidéo d'AQMI dans laquelle les menaces étaient formulées.
A l'observation du dossier judiciaire ouvert contre le journaliste marocain, le sérieux de celui-ci semble des plus douteux. Il s'agirait en réalité d'un prétexte visant à s'attaquer à un média qui déplait au pouvoir marocain ou du moins à l'un de ses courants idéologiques. Il faut effectivement savoir que le web-journal Lakome avait été le premier des médias à investiguer, il y a quelques semaines, sur les raisons réelles de la grâce royale accordée à un pédophile espagnol. Un dossier qui suscita un scandale d'ampleur nationale et de nombreuses manifestations populaires. Il y a quelques années, les dirigeants-fondateurs de Lakome, Aboubakr Jamaï et Ali Anouzla, avaient déjà été fortement inquiétés, lorsqu'ils étaient à la tête de journaux d'opposition. Suite à un acharnement judiciaire, Aboubakr Jamaï a même dût pour finir s'exiler en Espagne (où il vit toujours).
Médias et liberté de la presse menacés
L'« affaire Ali Anouzla » démontre qu'au Maroc, le journalisme n'est toujours pas un métier et un engagement sans risques. Elle rappelle que l'Etat tente encore, comme aux pires heures de la dictature d'Hassan II, de faire taire les médias qui osent critiquer l'actuelle politique du royaume.
Imposée suite aux attentats du 11 septembre dans la plupart des pays occidentaux et leurs alliés dans le monde, l'application d'une législation antiterroriste extrêmement répressive de façon tous azimuts, comme cela est le cas dans le dossier d'Ali Anouzla, peut être utilisée dans le but de faire taire des journalistes et des médias enquêtant sur des sujets sensibles.
C'est dès lors l'ensemble des médias et la liberté de la presse qui sont dans l'« affaire Ali Anouzla » directement menacés. Y compris en Belgique. C'est pour ces raisons qu'un comité belge de soutien au journaliste marocain Ali Anouzla a été mis en place.
Manuel ABRAMOWICZ et Sam TOUZANI
Membres-fondateurs du Comité belge de soutien à Ali Anouzla

Lors de la conférence de presse du Comité belge de soutien au journaliste Ali Anouzla, le mardi 15 octobre 2013, au Parlement fédéral : Sam Touzani, Manuel Abramowicz et Aboubakr Jamaï. Photo extraite du reportage réalisé par Radouane El Baroudi © Photo : Radouane El Baroudi
Note de la rédaction
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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 16 octobre 2013.
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SOLIDARITE AVEC LE JOURNALISTE
ALI ANOUZLA
sur RésistanceS.be
LA PRESSE MENACEE
AU MAROC ET AILLEURS !
Comité belge de soutien au journaliste marocain Ali Anouzla
Ce comité a été mis sur pied à l'initiative de :
- Sam Touzani
- Radouane El Baroudi
- Manuel Abramowicz
- Ziad El Baroudi
- Said Karaoui
- Mohamed El Batiui
- Hassan Bousetta
- Mohamed Belmaizi
- Katia Khattabi
- Fouad Lhassaini
Il a été rejoint par :
- Reporters sans frontières (RSF-Belgique)
- la Fédération internationale des journalistes (FIJ)
- le web-journal RésistanceS.be
- la Ligue des droits de l'Homme (section belge francophone)
- le Centre d'action laïque (CAL)
- la sénatrice Fatiha Saïdi (PS)
Le comité belge de soutien a également reçu l'appui :
- du Committee to Protect Journalists (CPJ) de New-York
- de la députée européenne Malika Benarab-Attou (Europe Ecologie Les Verts, EE-LV, France)

Aboubakr Jamaï, directeur-fondateur du journal Lakome © Photo : Ziad El Baroudi

L'artiste Sam Touzani, initiateur du Comité belge de soutien à Ali Anouzla © Photo : Ziad El Baroudi

Le réalisateur Radouane El Baroudi, membre-fondateur du Comité belge de soutien à Ali Anouzla © Photo : Ziad El Baroudi

Olivier Basille, directeur de Reporters sans frontières (RSF-Belgique) © Photo : Ziad El Baroudi

Le journaliste Ernest Sagaga de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) © Photo : Ziad El Baroudi

L'avocat Laurent Arnauts, membre du Comité T (Terrorisme) © Photo : Ziad El Baroudi

La sénatrice Zakia Khattabi (à droite), cheffe de groupe ECOLO au Sénat de Belgique © Photo : Ziad El Baroudi
PLUS D'INFOS SUR
L'AFFAIRE ALI ANOUZLA ?
- Sur le site du média marocain Lakome
- Sur le site de l'hebdomadaire marocain Tel Quel
- Sur le site du quotidien français Le Monde

Récente couverture de l'hebdomadaire indépendant marocain Tel Quel consacré à Ali Anouzal.
A lire sur le
JOURNALISME D'INVESTIGATION
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L'Allemand Günter Wallraff, un modèle dans le domaine du journalisme d'investigation et de l'undercover. Il soutient RésistanceS.be.
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