LE VLAAMS BLOK ACQUITTE ? Analyse dun jugement très « politique » Le 29 juin 2001, la 46ème Chambre du Tribunal correctionnel de Bruxelles sest déclaré incompétente pour connaître du procès entamé contre le Vlaams Blok. Le juge a assorti cette décision de commentaires politiques plus que discutables. Peut-on pour autant parler dun acquittement ? La Cour dappel doit rendre son verdict dans cette affaire le 26 février 2003. Rétroactes Ce procès pénal fait suite à une plainte déposée par le Centre pour légalité des chances et la Ligue des droits de lhomme contre les trois asbl qui assurent le financement et entourent le parti flamand conformément à la loi du 4 juillet 1989 relative au financement des partis politiques. La plainte se fondait sur une violation de la loi sur 31 juillet 1981 réprimant le racisme et la xénophobie (loi « Moureaux ») notamment par voie de publication et de diffusion décrits, dont le fameux programme en 70 points du Vlaams Blok. Le ministère public avait pour sa part également requis lapplication de la loi réprimant le racisme à lencontre du Vlaams Blok. La décision du Tribunal correctionnel a largement été commentée dans la presse et certains journaux ont évoqué un « acquittement » du Vlaams Blok (1) En lespèce, peut-on réellement parler dacquittement ? Motivation du Tribunal : le caractère politique des délits incriminés Le régime juridique en vigueur pour
les délits de presse et les délits politiques. Cette disposition constitutionnelle poursuit à lorigine un double objectif :
Le 7 juin 1999, larticle 150 de la Constitution a été modifié pour ajouter un deuxième terme à la phrase originale : « à lexception des délits de presse inspirés par le racisme et la xénophobie ». Cette modification trouve son origine dans le fait que la jurisprudence des Cours et Tribunaux a considéré de manière constante que les infractions commises à loccasion de toute publication, notamment un simple tract, constituait un délit de presse au sens de larticle 150 de la Constitution et ressortissait dès lors de la compétence dune Cour dassises. Concrètement, ces infractions nétaient jamais poursuivies en raison de la lourdeur et du coût de la procédure devant une Cour dassises en particulier en raison de la convocation dun jury populaire. Cet état de fait aboutissait à une quasi-inapplicabilité de la loi réprimant le racisme dans la mesure où soit les infractions à celle-ci ne se produisaient pas au moyen dune publication, ce qui rendait ladministration de la preuve extrêmement difficile, soit tombaient dans le champ dapplication de larticle 150 de la Constitution et restaient systématiquement sans suite. Depuis la réforme de 1999, de nombreuses poursuites ont pu être entamées contre des publications à caractère raciste. Laction introduite par le Centre pour légalité des chances et la Ligue des droits de lhomme contre les asbl du Blok en fait précisément partie. En revanche, il nexistait pas de jurisprudence constante concernant les « délits politiques » ni de définition univoque de ceux-ci par la doctrine. La révision de larticle 150 de la Constitution na donc pas abordé cet aspect. Le délit « politique »
selon le jugement du Tribunal correctionnel de Bruxelles du 26 juin
2001 Le Tribunal a fondé son raisonnement sur plusieurs considérations dont une interview donnée à lhebdomadaire « Knack » par Monsieur Paul Paeter, Président de la Ligue flamande des droits de lhomme, dans laquelle celui-ci évoquait la possibilité de priver le Vlaams Blok de son financement public suite à une éventuelle condamnation pénale de celui-ci. Pour le Tribunal, il sagissait là dun objectif politique poursuivi par les auteurs de la plainte. (2) Le Tribunal a également estimé que le programme du Vlaams Blok, principal texte incriminé, invitait à plusieurs reprises les citoyens à désobéir à la loi belge. Le Tribunal pointait en particulier les règles légales et constitutionnelles interdisant toute forme de discrimination et, de manière beaucoup plus marquante, la volonté du Vlaams Blok de supprimer le Royaume de Belgique et de le remplacer par une république flamande indépendante. A nouveau, le Tribunal en a déduit le caractère politique du procès et son incompétence subséquente pour en connaître. Critique du jugement du 29.06.01 Il a dû pour cela créer une définition personnelle du délit politique alors que le cas ne sétait jamais posé jusque là et que lévolution constitutionnelle de 1999 traduisait une volonté manifeste de ne plus laisser impunis les délits à caractère raciste sous prétexte de la protection dont jouissait la presse depuis 1831. De surcroît, un nombre important de considérations du jugement sont totalement superflues et revêtent paradoxalement un caractère exclusivement politique. Parmi les passages les plus choquants du jugement, on peut relever les suivants :
Sur le fond, ces considérations tendent à affirmer que le Vlaams Blok est un parti démocratique (même si le Tribunal reconnaît qu'il fait usage de démagogie et de poujadisme) et que le condamner reviendrait à condamner 600.000 électeurs. Le juge formule également un commentaire personnel très contestable sur les conséquences de l'immigration sur la vie en société. Il adresse même un reproche indirect aux «autres partis démocratiques» (le VB est donc démocratique) qui ne se soucient pas suffisamment des préoccupations des gens. Finalement, le juge attache plus d'importance au fait que le Vlaams Blok s'attaque à l'existence de l'Etat belge et à la famille royale qu'à son hostilité envers les personnes d'origines étrangères. Ces considérations sont d'autant plus déplacées que la citation du Centre pour l'égalité des chances et de la Ligue des droits de l'homme ne concernait en rien les revendications nationalistes du Vlaams Blok. Le juge ne constate même pas l'existence d'un délit de quelque nature, il se borne à estimer que s'il y avait délit, il serait de nature politique et donc de la compétence de la Cour d'assises. Conséquences du jugement Les plaignants ainsi que le ministère public ont interjeté un appel de la décision et il appartiendra à la Cour dappel de statuer sur la question de la compétence avant daborder le fond de laffaire. Larrêt de la Cour est attendu pour la fin du mois de février 2003. Il est probable que la procédure aboutisse en bout de course devant la Cour de cassation qui devra trancher définitivement cette question de droit. En tout état de cause, même si linterprétation de la notion de délit politique donnée par le Tribunal correctionnel devait lemporter, cela néquivaudrait pas à un acquittement. Il appartiendrait alors au ministère public de soumettre le dossier à la Chambre des mises en accusation, préalable obligé au renvoi devant la Cour dassises. Benjamin Cadranel (1) La Dernière Heure, 30.06 & 01.07.2001.
|
La justice belge Le Vlaams Blok acquitté? Analyse d'un jugement très politique (par Benjamin Cadranel, janvier 2003) Pas d'innocence pour le Vlaams Blok ! (Suite au nouvel arrêt, 26 février 2003) Communiqué de presse du MRAX Le Vlaams Blok devant le tribunal à Gand (Communiqué de presse du Centre pour l'Egalité des Chances du 18 novembre 2003) Voir aussi notre dossier actualisé après l'arrêt du 21 avril 2004 qui condamne le Vlaams Blok pour racisme. Victoire historique des antiraciste contre les racistes
|