RésistanceS.be 29-10-2010


L'envers du décor de l'extrême droite belge francophone


Le FN belge fête ses 25 ans d'âge en espérant se relancer en 2012


Réduit à la marginalité, le Front national se trouve aujourd'hui coupé en deux camps qui s'affrontent. Ce qu'ils se disputent : la propriété du nom et du sigle de ce parti d'extrême droite. Objectif affiché, un retour sur la scène politique en 2012, à l'occasion des prochaines communales, en misant sur le succès que l'on prête déjà à Marine Le Pen à l'élection présidentielle française. Le 30 octobre, l'asbl fondatrice du frontisme en Belgique célébrera près de Charleroi ses 25 années d'existence. Le climat s'annonce très tendu, car ses dissidents se montrent de plus en plus menaçants à son endroit. La guerre de clans risque d'être «sanglante».




Le carton d'invitation officiel de la fête organisée pour le 25e anniversaire du Front national belge. Elle se tiendra chez Salvatore Nicotra, conseiller communal (et de l'action sociale) frontiste à Fleurus, président de l'asbl fondatrice du FN en Belgique, créée en 1985 - Doc. RésistanceS.be


C'est en 1985, à Bruxelles, que l'association sans but lucratif «Front National-Nationaal front» (FN-NF) a vu le jour autour de Daniel Féret. Elle constitue la couverture légale et historique du parti portant le même nom. Après avoir été condamné pour racisme en 2006, puis après l'effondrement du Front national l'année suivante, Féret a quitté la vie politique pour se retirer dans sa luxueuse villa du sud de la France, au Cap d'Agde. Lors d'une assemblée générale tenue en août 2009, Salvatore Nicotra, homme de confiance fidèle de Daniel Féret, a repris le flambeau à la présidence de l'asbl FN-NF. Depuis, ce jeune conseiller communal de Fleurus, petite localité wallonne située à proximité de Charleroi, n'a pas ménagé sa peine pour restructurer un parti d'extrême droite qui, dans la région carolo, a connu ses plus belles heures à plusieurs scrutins.

Une réception est prévue ce samedi 30 octobre pour célébrer les 25 années d'existence de l'asbl FN-NF. Les réjouissances frontistes se tiendront à Fleurus, dans les locaux administratifs de l'association qui gère le parti. Un deuxième rendez-vous, lui aussi organisé pour cet anniversaire, est programmé cette fois à Bruxelles, le 26 novembre prochain, sans doute dans un estaminet de la commune de Saint-Gilles. La fête du FN-NF réunira ce samedi plusieurs personnalités assez marquantes de l'histoire du Front national : on y annonce notamment des transfuges de scissions frontistes et du mouvement néofasciste Nation, à l'image d'Emanuele Licari di Castel Mola (ex-président du Front national des jeunes, le FNJ, rallié ensuite à Nation) ou de la tête de liste bruxelloise des Forces nouvelles belges aux régionales de 2009 (FNB, liste montée sous l'égide de Patrick Cocriamont), avocat de plusieurs justiciables d'extrême droite, ainsi que l'abbé Christian Haudegand, membre de la direction du mouvement «Wallonie d'abord !»... Une soixantaine de personnes devraient répondre présentes samedi pour les 25 ans du parti frontiste.


Le «canal historique» face au FN bis
La tension, elle, devrait elle aussi être de la partie, puisque des dissidents du FN «canal historique» ont annoncé une présence musclée à Fleurus. Des crânes rasés - liés à Nation - pourraient même pousser jusqu'aux portes du siège du FN-NF. Exaspérés par le fait que la structure historique du parti soit maintenue, ses adversaires se sont regroupés dans un autre «clan frontiste», qui se présente sous l'étiquette «FN réunifié». À sa tête, Patrick Cocriamont, député fédéral du parti entre 2004 et 2010. On y croise également les anciens députés régionaux wallons Charles Pire et Charles Petitjean, fondateurs d'une Fédération des nationalistes wallons (FNW) parmi les plus invisibles sur l'échiquier politique, les lieutenants de Michel Delacroix, désormais ex-sénateur, et de l'ancien député régional Daniel Huygens, sans oublier ce qu'il reste du mouvement néofasciste Nation : après plusieurs campagnes électorales catastrophiques, celui-ci s'est résigné à l'idée qu'il n'existait plus, hors du Front national, d'autre alternative ni d'autre opposition nationaliste.

Entre les deux FN, la «guéguerre» ne connaît pas de répit : procès et campagnes peu reluisantes se succèdent. Aujourd'hui encore, tous deux continuent de se disputer la succession du Front national historique. Le 28 octobre, le tribunal de première instance de Liège a tranché en faveur des dissidents du FN «canal historique» : Salvatore Nicotra se voit interdire l'usage, à quelque titre que ce soit, direct ou indirect, de la flamme tricolore - le sigle du FN depuis l'origine - comme du nom «Front national». Nicotra n'entend pourtant pas en rester là : il fera appel de cette décision. Du reste, dès septembre, c'est lui qui avait ouvert les hostilités judiciaires en déposant une plainte au pénal contre ses adversaires auprès de la Procureure du roi de Liège, Danièle Reynders. Cette plainte vise explicitement l'avocat des dissidents frontistes, pour menaces, harcèlement et procédure illégale. À cette action s'ajoute une plainte déposée pour les mêmes motifs auprès du Bâtonnier du Barreau de Liège. Nul doute que cette saga judiciaire entre frontistes connaîtra de nouveaux épisodes dans les mois qui viennent.

En marge de ce volet judiciaire et de sa vie politique, le FN-NF de Nicotra continuera, en attendant un nouveau procès, à se servir de l'appellation Front national. Tout comme, du reste, ses ennemis au sein de sa propre famille politique.


Un chef frontiste pragmatique
Le FN-NF de Nicotra n'a certes pas réussi à reprendre la direction du frontisme lors des législatives de juin, mais il est redevenu, des deux clans, le mieux organisé et le plus actif. Et surtout le plus stable - une anomalie dans les rangs de l'extrême droite francophone. Ce Front publie un mensuel qui touche largement adhérents et sympathisants, là où le FN de Cocriamont n'est plus capable de sortir le sien depuis plus d'une demi-année ! L'asbl FN-NF poursuit par ailleurs ses démarches en vue de relancer le Front national en Belgique pour les prochains scrutins. Des liens ont également été noués à l'étranger, en particulier avec les Sverigedemokraterna (SD), le parti d'extrême droite suédois vainqueur des élections générales de septembre dernier. Les SD bénéficient du reste, depuis les années nonante, du soutien du FN de Jean-Marie Le Pen.

Salvatore Nicotra est un pragmatique, et par conséquent un habile stratège. Depuis qu'il dirige le FN-NF, voici plus d'un an, il s'emploie à ne pas répéter les fautes jadis commises par Daniel Féret - des fautes qui, en 1995 puis en 2007, ont fait imploser le Front à deux reprises. Dans son parti, aucune place ne sera laissée à ceux qui nuisent à la consolidation du développement du parti, ni aux transfuges opportunistes de l'autre clan frontiste, ni à ses «nazebroques» (sic), ces «exclus du Front national pour nazisteries (resic)» que sont par exemple Patrick Cocriamont ou Michel Delacroix.


Fondé à Bruxelles en 1985 par Daniel Féret (à droite sur la photo), le Front national belge a pris la forme légale d'une asbl. Celle-ci est présidée depuis août 2009 par Salvatore Nicotra (à gauche). Conseiller communal à Fleurus et président du FN «canal historique», celui-ci veut écarter les dissidents frontistes avant les communales de 2012 - Doc. RésistanceS.be


Le FN reviendra-t-il en 2012 avec Marine ?
Soucieux de dédiaboliser sa formation, Salvatore Nicotra avait entrepris dès juin dernier, au lendemain des législatives anticipées, de passer «un coup de balai». Il pria l'un des membres de la direction de son asbl, Georges Demoulin, de faire ses valises sur-le-champ. Cet administrateur frontiste était en effet déjà réputé pour être un négationniste invétéré, obsédé par la prétendue présence massive des Juifs dans la société, y compris au sein du FN ! (voir notre article à son propos, «Un (ancien) dirigeant du Front national publie un livre négationniste» ).

Sentant le vent tourner, et sans doute abattu par le Waterloo électoral qu'il venait d'encaisser, le «chef de la campagne» électoral de l'«autre» FN a tenté, peu après, en juillet, de devenir membre de l'asbl FN-NF de Nicotra. En vain : par un courrier daté du 21 juillet, le «comité de gestion du Front national-Nationaal front» lui a fait savoir qu'«un avis défavorable à (son) adhésion à la formation politique» avait été «émis» à son sujet. Les 5 euros de cotisation qu'il avait déjà versés lui ont ensuite été remboursés, avec la mention «adhésion refusée» en communication du virement. Voilà donc cet adhérent éconduit revenu à son point de départ, auprès de ses anciens camarades du FN bis.

Plutôt que de se laisser «nazifier» et paralyser par d'interminables querelles intestines menées par des «nazebroques» et autres «tires-au-flanc», le FN-NF entend faire rebondir le parti d'extrême droite sur des bases national-populistes lors des communales de 2012. Une échéance décisive pour l'avenir - ou la disparition - du frontisme en Belgique. Comme souvent, ses partisans regarderont vers la France, en espérant voir Marine Le Pen, une fois acquise en janvier prochain la présidence du FN de son père, figurer en bonne place au premier tour de la présidentielle de 2012, ainsi que le laissent penser les sondages actuels. Le FN belge a toujours profité des urnes lorsque son modèle français, de l'autre côté de la frontière, remportait des scrutins.

En attendant 2012, l'asbl FN-NF de Salvatore Nicotra relance sa campagne d'adhésions : les cartes de membre de l'exercice 2011 sont d'ores et déjà proposées à la vente, bien avant que le FN bis n'en fasse autant. Dans cette guerre des chiffres, tout porte donc à croire qu'ici encore, comme cette année, la victoire reviendra au FN «canal historique». De quoi célébrer les 25 ans du «frontisme nationaliste» à la belge, à l'abri des «nazebroques» et autres empêcheurs de «frontiser» en rond...

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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 29 octobre 2010.


En Une du numéro d'octobre 2010 de son mensuel, «Le National», le FN «canal historique» annonce ses 25 ans et convie tous les frontistes à sa fête, à l'exception des «nazebroques» (sic) - Doc. RésistanceS.be



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• etc. etc.


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