L'envers du décor de l'extrême
droite belge francophone
Le FN belge fête ses 25 ans d'âge
en espérant se relancer en 2012
Réduit à la marginalité, le Front national
se trouve aujourd'hui coupé en deux camps qui s'affrontent.
Ce qu'ils se disputent : la propriété du nom et du sigle
de ce parti d'extrême droite. Objectif affiché, un retour
sur la scène politique en 2012, à l'occasion des prochaines
communales, en misant sur le succès que l'on prête déjà
à Marine Le Pen à l'élection présidentielle
française. Le 30 octobre, l'asbl fondatrice du frontisme en
Belgique célébrera près de Charleroi ses 25 années
d'existence. Le climat s'annonce très tendu, car ses dissidents
se montrent de plus en plus menaçants à son endroit.
La guerre de clans risque d'être «sanglante».

Le carton d'invitation officiel de la fête
organisée pour le 25e anniversaire du Front national belge.
Elle se tiendra chez Salvatore Nicotra, conseiller communal (et de
l'action sociale) frontiste à Fleurus, président de
l'asbl fondatrice du FN en Belgique, créée en 1985 -
Doc. RésistanceS.be
C'est en 1985, à Bruxelles, que l'association sans but lucratif
«Front National-Nationaal front» (FN-NF) a vu le jour
autour de Daniel Féret. Elle constitue la couverture légale
et historique du parti portant le même nom. Après avoir
été condamné pour racisme en 2006, puis après
l'effondrement du Front national l'année suivante, Féret
a quitté la vie politique pour se retirer dans sa luxueuse
villa du sud de la France, au Cap d'Agde. Lors d'une assemblée
générale tenue en août 2009, Salvatore Nicotra,
homme de confiance fidèle de Daniel Féret, a repris
le flambeau à la présidence de l'asbl FN-NF. Depuis,
ce jeune conseiller communal de Fleurus, petite localité wallonne
située à proximité de Charleroi, n'a pas ménagé
sa peine pour restructurer un parti d'extrême droite qui, dans
la région carolo, a connu ses plus belles heures à plusieurs
scrutins.
Une réception est prévue
ce samedi 30 octobre pour célébrer les 25 années
d'existence de l'asbl FN-NF. Les réjouissances frontistes
se tiendront à Fleurus, dans les locaux administratifs de l'association
qui gère le parti. Un deuxième rendez-vous, lui aussi
organisé pour cet anniversaire, est programmé cette
fois à Bruxelles, le 26 novembre prochain, sans doute dans
un estaminet de la commune de Saint-Gilles. La fête du FN-NF
réunira ce samedi plusieurs personnalités assez marquantes
de l'histoire du Front national : on y annonce notamment des transfuges
de scissions frontistes et du mouvement néofasciste Nation,
à l'image d'Emanuele Licari di Castel Mola (ex-président
du Front national des jeunes, le FNJ, rallié ensuite à
Nation) ou de la tête de liste bruxelloise des Forces nouvelles
belges aux régionales de 2009 (FNB, liste montée sous
l'égide de Patrick Cocriamont), avocat de plusieurs justiciables
d'extrême droite, ainsi que l'abbé Christian Haudegand,
membre de la direction du mouvement «Wallonie d'abord !»...
Une soixantaine de personnes devraient répondre présentes
samedi pour les 25 ans du parti frontiste.
Le «canal historique» face au FN bis
La tension, elle, devrait elle aussi être de la partie,
puisque des dissidents du FN «canal historique» ont annoncé
une présence musclée à Fleurus. Des crânes
rasés - liés à Nation - pourraient même
pousser jusqu'aux portes du siège du FN-NF. Exaspérés
par le fait que la structure historique du parti soit maintenue, ses
adversaires se sont regroupés dans un autre «clan frontiste»,
qui se présente sous l'étiquette «FN réunifié».
À sa tête, Patrick Cocriamont, député fédéral
du parti entre 2004 et 2010. On y croise également les anciens
députés régionaux wallons Charles Pire et Charles
Petitjean, fondateurs d'une Fédération des nationalistes
wallons (FNW) parmi les plus invisibles sur l'échiquier politique,
les lieutenants de Michel Delacroix, désormais ex-sénateur,
et de l'ancien député régional Daniel Huygens,
sans oublier ce qu'il reste du mouvement néofasciste Nation
: après plusieurs campagnes électorales catastrophiques,
celui-ci s'est résigné à l'idée qu'il
n'existait plus, hors du Front national, d'autre alternative ni d'autre
opposition nationaliste.
Entre les deux FN, la «guéguerre»
ne connaît pas de répit : procès et campagnes
peu reluisantes se succèdent. Aujourd'hui encore, tous deux
continuent de se disputer la succession du Front national historique.
Le 28 octobre, le tribunal de première instance de Liège
a tranché en faveur des dissidents du FN «canal historique»
: Salvatore Nicotra se voit interdire l'usage, à quelque titre
que ce soit, direct ou indirect, de la flamme tricolore - le sigle
du FN depuis l'origine - comme du nom «Front national».
Nicotra n'entend pourtant pas en rester là : il fera appel
de cette décision. Du reste, dès septembre, c'est lui
qui avait ouvert les hostilités judiciaires en déposant
une plainte au pénal contre ses adversaires auprès de
la Procureure du roi de Liège, Danièle Reynders. Cette
plainte vise explicitement l'avocat des dissidents frontistes, pour
menaces, harcèlement et procédure illégale. À
cette action s'ajoute une plainte déposée pour les mêmes
motifs auprès du Bâtonnier du Barreau de Liège.
Nul doute que cette saga judiciaire entre frontistes connaîtra
de nouveaux épisodes dans les mois qui viennent.
En marge de ce volet judiciaire et de
sa vie politique, le FN-NF de Nicotra continuera, en attendant un
nouveau procès, à se servir de l'appellation Front national.
Tout comme, du reste, ses ennemis au sein de sa propre famille politique.
Un chef frontiste pragmatique
Le FN-NF de Nicotra n'a certes pas réussi à
reprendre la direction du frontisme lors des législatives de
juin, mais il est redevenu, des deux clans, le mieux organisé
et le plus actif. Et surtout le plus stable - une anomalie dans les
rangs de l'extrême droite francophone. Ce Front publie un mensuel
qui touche largement adhérents et sympathisants, là où
le FN de Cocriamont n'est plus capable de sortir le sien depuis plus
d'une demi-année ! L'asbl FN-NF poursuit par ailleurs ses démarches
en vue de relancer le Front national en Belgique pour les prochains
scrutins. Des liens ont également été noués
à l'étranger, en particulier avec les Sverigedemokraterna
(SD), le parti d'extrême droite suédois vainqueur des
élections générales de septembre dernier. Les
SD bénéficient du reste, depuis les années nonante,
du soutien du FN de Jean-Marie Le Pen.
Salvatore Nicotra est un pragmatique,
et par conséquent un habile stratège. Depuis qu'il dirige
le FN-NF, voici plus d'un an, il s'emploie à ne pas répéter
les fautes jadis commises par Daniel Féret - des fautes qui,
en 1995 puis en 2007, ont fait imploser le Front à deux reprises.
Dans son parti, aucune place ne sera laissée à ceux qui
nuisent à la consolidation du développement du parti,
ni aux transfuges opportunistes de l'autre clan frontiste, ni à
ses «nazebroques» (sic), ces «exclus du Front national
pour nazisteries (resic)» que sont par exemple Patrick Cocriamont
ou Michel Delacroix.

Fondé à Bruxelles en 1985 par
Daniel Féret (à droite sur la photo), le Front national
belge a pris la forme légale d'une asbl. Celle-ci est présidée
depuis août 2009 par Salvatore Nicotra (à gauche). Conseiller
communal à Fleurus et président du FN «canal historique»,
celui-ci veut écarter les dissidents frontistes avant les communales
de 2012 - Doc. RésistanceS.be
Le FN reviendra-t-il en 2012 avec Marine ?
Soucieux de dédiaboliser sa formation, Salvatore Nicotra
avait entrepris dès juin dernier, au lendemain des législatives
anticipées, de passer «un coup de balai». Il pria
l'un des membres de la direction de son asbl, Georges Demoulin, de
faire ses valises sur-le-champ. Cet administrateur frontiste était
en effet déjà réputé pour être un
négationniste invétéré, obsédé
par la prétendue présence massive des Juifs dans la
société, y compris au sein du FN ! (voir notre article
à son propos, «Un (ancien) dirigeant du Front national
publie un livre négationniste» ).
Sentant le vent tourner, et sans doute
abattu par le Waterloo électoral qu'il venait d'encaisser,
le «chef de la campagne» électoral de l'«autre»
FN a tenté, peu après, en juillet, de devenir membre
de l'asbl FN-NF de Nicotra. En vain : par un courrier daté du
21 juillet, le «comité de gestion du Front national-Nationaal
front» lui a fait savoir qu'«un avis défavorable
à (son) adhésion à la formation politique»
avait été «émis» à son sujet.
Les 5 euros de cotisation qu'il avait déjà versés
lui ont ensuite été remboursés, avec la mention
«adhésion refusée» en communication du virement.
Voilà donc cet adhérent éconduit revenu à
son point de départ, auprès de ses anciens camarades
du FN bis.
Plutôt que de se laisser «nazifier»
et paralyser par d'interminables querelles intestines menées
par des «nazebroques» et autres «tires-au-flanc»,
le FN-NF entend faire rebondir le parti d'extrême droite sur
des bases national-populistes lors des communales de 2012. Une échéance
décisive pour l'avenir - ou la disparition - du frontisme en
Belgique. Comme souvent, ses partisans regarderont vers la France,
en espérant voir Marine Le Pen, une fois acquise en janvier
prochain la présidence du FN de son père, figurer en
bonne place au premier tour de la présidentielle de 2012, ainsi
que le laissent penser les sondages actuels. Le FN belge a toujours
profité des urnes lorsque son modèle français,
de l'autre côté de la frontière, remportait des
scrutins.
En attendant 2012, l'asbl FN-NF de Salvatore
Nicotra relance sa campagne d'adhésions : les cartes de membre
de l'exercice 2011 sont d'ores et déjà proposées
à la vente, bien avant que le FN bis n'en fasse autant. Dans
cette guerre des chiffres, tout porte donc à
croire qu'ici encore, comme cette année, la victoire reviendra
au FN «canal historique». De quoi célébrer
les 25 ans du «frontisme nationaliste» à la belge,
à l'abri des «nazebroques» et autres empêcheurs
de «frontiser» en rond...
RésistanceS
Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites.
Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant
clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire
belge de l'extrême droite.
© RésistanceS.be – web-journal
de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 29 octobre
2010.
|

En Une du numéro
d'octobre 2010 de son mensuel, «Le National», le FN «canal
historique» annonce ses 25 ans et convie tous les frontistes
à sa fête, à l'exception des «nazebroques»
(sic) - Doc. RésistanceS.be
Lire
sur RésistanceS.be nos derniers articles sur le Front national
belge :
• Un (ancien) dirigeant du Front national
publie un livre négationniste
•
Percée historique pour la N-VA, le Vlaams Belang sérieusement
saigné électoralement et le FN deviendrait extra-parlementaire...
• Extrême
droite : qui sera présent aux législatives du 13 juin
2010
• Évolution
électorale et rapport de force des partis d'extrême droite
en Belgique (depuis 1989)
• L'extrême
droite belge francophone et les élections anticipées
• etc. etc.
Note
de la rédaction
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