RésistanceS.be 29-09-2013

Assassinat du chanteur antifasciste Pavlos Fyssas et arrestation du chef des néonazis d'Aube dorée


La Grèce est-elle au bord de la guerre civile ?


Ce samedi, le dirigeant-fondateur d'Aube dorée a été arrêté. Suite à l'assassinat du chanteur antifasciste Pavlos Fyssas. L'extrême droite identitaire a lâché dans la rue ses voyous pour y faire régner « l'ordre nouveau » autoritaire du fascisme historique. Touchée par des plans européens d'austérité sans pitié et une violence politique quotidienne, la Grèce dérive-t-elle vers une situation de pré-guerre civile ?

PAR MANUEL ABRAMOWICZ

 



L'assassinat de l'antifasciste Pavlos Fyssas, ici à la Une de la presse grecque, a été un nouveau électrochoc dans un pays ravagé par l'austérité et la violence meurtrière de l'extrême droite © Photo : Petros Giannakouris


Le 17 septembre dernier, Pavlos Fyssas, alias Killah P, 34 ans, chanteur de la scène hip-hop rap en Grèce, connu pour son engagement contre l'extrême droite et comme militant anticapitaliste de gauche, passait avec sa compagne et un couple d'amis une soirée tranquille. Ils regardaient une retransmission d'un match de football, dans un café d'un quartier ouvrier d'Athènes. Repérés par des voyous d'extrême droite, ils ont été violemment agressés par ceux-ci.

Les assaillants étaient nombreux, entre quinze et vingt surexcités. Ils seront ensuite rejoints par une dizaine d'autres. Près de trente gros-bras haineux contre quatre antifascistes paisiblement installés dans un café. La lâcheté est une des caractéristiques des troupes d'assaut de l'extrême droite. Pris en tenaille, Pavlos et ses amies n'eurent aucune chance. Un de ces fanatiques « anti-anti-faf », arrivé en voiture sur les lieux de l'agression, sortit de celle-ci et se dirigera vers le chanteur antifasciste. La brute épaisse  nationaliste le poignarda à plusieurs reprises. Pour le tuer.

La scène de crime fut observée par la police, présente sur place. Mais elle n'interviendra qu'après la fin de l'assaut mortel. Les agresseurs prirent la fuite. L'auteur des coups de couteau jettera dans une poubelle sa lame et sa carte d'affiliation à Chrysi Avgi (Aube dorée). Il sera rattrapé et arrêté. La preuve de son appartenance au parti néonazi fut retrouvée.


Extrême droite identitaire
L'annonce de l'assassinat de Pavlos Fyssas a provoqué un choc émotionnel en Grèce. Un de plus. Effectivement, il fait suite à de nombreux faits de violence politique qui se produisent sans discontinuité dans le pays, depuis le déclenchement de la crise de régime qui le dévaste.

L'écroulement du système politique traditionnel, causée par une mal-gouvernance absolue et une gangrène généralisée de la corruption orchestrée par une partie du patronat national et des sociétés commerciales étrangères sévissant en Grèce, a poussé une part importante de la population à voter pour des alternatives politiques. La gauche radicale - revendiquant un changement profond du système économique sur une base égalitaire -  est ainsi devenue la deuxième force électorale du pays. En marge de ce succès, l'extrême droite classique - liée au courant idéologique et stratégique européen dans lequel se sont développés le Front national français et belge, ainsi que le Vlaams Belang - s'est effondrée au profit d'un groupuscule identitaire néonazi, Aube dorée.

Giorgos Roupakias (45 ans), l'assassin de Pavlos Fyssas, en est un de ses responsables de base. Après l'annonce dans les médias de ce meurtre politique, le parti d'extrême droite identitaire a, par réflexe pavlovien, nié toute implication dans ce crime. Sa négation a évidemment bien vite volée en éclat. Des militants antifascistes, luttant au quotidien contre les raids violents d'Aube dorée, ont diffusé sur Internet des photos de Yiorgos Poupakias, le montrant à la tête de manifestations du parti ultra nationaliste. L'enquête démontrera aussi que son épouse est un des permanentes de Chrysi Avgi. Elle avouera même que son mari, juste avant le début de l'agression de Pavlos Fyssas, reçut un sms et directement après l'avoir lu pris sa voiture, pour rejoindre le commando de voyous agressant le chanteur antifasciste et ses amis. C'est peut-être même, l'enquête devra le confirmer, un député d'Aube dorée qui aurait donné directement l'ordre de tuer le leader antifasciste. L'action était donc belle et bien concertée.

 



Giorgos Roupakias, une « bonne tête » de brute d'extrême droite. Il est l'auteur des coups mortels portés contre le leader antifasciste grec Pavlos Fyssas.


Bataillon d'assaut
Juste après l'assassinat de Pavlos Fyssas, un ancien membre du noyau dur d'Aube dorée a révélé au quotidien grec To Ethnos l'existence au sein de ce parti d'une structure clandestine, dénommée « Bataillon d'assaut ». Comme l'étaient les « sections d'assaut » du NSDAP, le parti allemand d'Adolf Hitler (l'une des références majeures d'Aube dorée), ce service interne est notamment en charge des actions musclées. L'enquête démontrera si Giorgos Roupakias en faisait directement partie.

Les révélations sur ce groupe paramilitaire se trouvant au coeur du dispositif organisationnel d'Aube dorée, démontrent, une fois encore, la dangerosité criminelle que représente ce parti identitaire. Une formation responsable de dizaines d'actions commandos contre la gauche radicale, des clandestins et des étrangers vivant de façon totalement légale en Grèce. La violence politique d'Aube dorée s'exprime de la rue jusque sur les plateaux télévisés, comme l'avait montrée, il y a quelques mois, une émission de débat politique. Au cours de cette dernière, un de ses dirigeants, élu tout récemment au parlement, ne sachant plus s'exprimer normalement, avait agressé une parlementaire communiste en la frappant en direct. Pour quelle raison ? Elle avait juste osé le contredire.

Suite à la mort de Pavlos Fyssas, le gouvernement d'Athènes fut sommé de riposter. Dans la rue, des milliers de Grecs manifestaient quotidiennement pour protester contre l'assassinat du jeune chanteur. L'étude de la faisabilité de l'interdiction d'Aube dorée  sera évoquée. Pour cela, le caractère criminel de ce parti devrait être prouvé. Désigné comme  politiquement responsable de l'assassinat de Fyssas, ce 28 septembre, Nikólaos Michaloliákos, le dirigeant-fondateur du parti néonazi, a été arrêté, avec une poignée d'autres chefs d'Aube dorée. Mais l'interdiction possible de ce parti n'empêchera pas l'extrême droite grecque de poursuivre ses méfaits.


Chien de garde du régime
Après le meurtre de Pavlos Fyssas, des médias ont publié de nouvelles preuves accablantes sur les liens entre les néonazis d'Aube dorée et des membres des forces de l'ordre aux sympathies affichées pour l'extrême droite. Y compris, pour la répression de manifestations contre les plans d'austérité qui frappent la population et des manifs antifascistes. Dans l'histoire de la Grèce, comme dans celle de nombreux autres pays, l'extrême droite a régulièrement été utilisée comme « chien de garde » du régime pour réprimer le peuple en colère. Les nationalistes d'ultra droite se retrouvent systématiquement du bon côté des matraques de la police. Ils sont également utilisés par des sociétés de sécurité privées travaillant pour des entreprises commerciales, avec pour mission de casser les piquets de grève de travailleurs défendant leur emploi contre la délocalisation, par exemple, de leur usine.

L'assassinat de l'antifasciste Pavlos Fyssas est un drame humain. Un de plus en Grèce.  Cependant, force est d'observer - au fil des mois - qu'il est aussi devenu une « banalité » dans cet Etat-membre, depuis 1981, de l'Union européenne. Ce meurtre fait suite à une longue série d'agressions violentes et criminelles commises par des nervis d'Aube dorée ou d'autres voyous de l'extrême droite identitaire raciale contre des immigrés, des activistes antifascistes, des militants de gauche, des parlementaires de l'opposition...

Dans ce pays, les actions commandos ultras violentes se répètent à un rythme vertigineux, après le succès électoral d'Aube dorée. En juin 2012, la formation néonazie récoltait 7 % aux élections législatives anticipées. Lui permettant de devenir la cinquième force politique grecque, avec 18 députés (sur 300) au parlement. Depuis, ce groupe d'action nationaliste ouvertement nazi, dès sa fondation en 1981, a tenté de se faire passer pour un « parti nationaliste populaire social ». Ses crânes rasés portent, au parlement, le costume chic et la cravate typique des députés, tout en gardant dans leur placard, au cas où, leur tenue du parfait « petit militant néonazi ».



Hommage antifasciste à Paris à Pavlos Fyssas – Photo : DR


Vers la guerre civile ?
L'ascension électorale exceptionnelle d'Aube dorée s'est produite dans un pays ravagé par des dizaines d'années de corruption politico-industrielle, une faillite complète et une défiance généralisée à l'égard du système de gouvernance, ainsi que par l'écrasement social de sa population par des plans d'austérité inégalitaires imposés par la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). La crise est totale.

L'extrême droite, tels des vautours, en profite au maximum. Comme toujours en pareille situation. L'assassinat de l'antifasciste Pavlos Fyssas, les nombreux autres faits de violence politique, l'arrestation du führer d'Aube dorée, la contre-offensive que va organiser son parti, l'austérité injuste imposée par les autorités politico-économiques européennes et la misère sociale qui règne en Grèce pourront-ils plonger ce pays dans une situation de pré-guerre civile, certes de basse intensité pour l'instant ? La situation sociale, économique et politique actuelle est un terrain favorable à la culture de germes pouvant déboucher sur des affrontements de plus en plus violents. En Grèce, le temps politique y est des plus inquiétants.

 

MANUEL ABRAMOWICZ
Rédacteur en chef de RésistanceS.be, web-journal d'investigation

 

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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – 29 septembre 2013.

 




Nikólaos Michaloliákos (57 ans), fondateur en 1981, et depuis lors toujours chef suprême, d'Aube dorée, lors de son arrestation ce samedi 28 septembre. D'autres responsables de ce parti néonazi ont également été arrêtés. Les preuves sont désormais réunies pour qualifier Aube dorée comme étant une « organisation criminelle » © Photo Angelos Tzortzinis

 

 

GRAND ET GRANDS
HOMMAGE A L'ANTIFASCISTE

PAVLOS FYSSAS


Militant antifasciste et membre de la gauche radicale anticapitaliste, le chanteur de rap Pavlos Fyssas (34 ans) a été lâchement assassiné, le 17 septembre, dans un quartier populaire d'Athènes, par l'extrême droite.

Il fait partie de la longue liste des antifascistes tués par des voyous manipulés par des partis nationalistes et identitaires. En juin dernier, c'est à Paris qu'un jeune antifasciste, Clément Méric (19 ans), qui tombait sous les coups d'une brute nazie. Les crimes de haine sont les passages à l'acte des discours de haine. Les chefs des partis d'extrême droite sont les responsables politiques de ces meurtres.

Pour Clément Méric,
pour Pavlos Fyssas
et tous les autres
Ni oubli ni pardon !

NO PASARAN !

RésistanceS.be



Pavlos Fyssas, militant antifasciste, assassiné par l'extrême droite © AP / John D. Carnessiotis

 


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DOSSIER SPECIAL GRECE
Après le succès électoral du parti néonazi identitaire Aube dorée, en Grèce en 2012, le web-journal RésistanceS.be proposait à ses lecteurs un dossier complet sur l'histoire et la situation actuelle de l'extrême droite dans ce pays du sud de l'Europe.

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L'EXTRÊME DROITE EST CRIMINOGENE
D'ATHENES A PARIS

Le fascisme tue. En juin dernier, c'est Clément Méric (19 ans), un autre militant antifasciste, qui avait été agressé mortellement par une bande de skin-nazis à Paris.

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