Contre l'islamisation de l'Europe, Juifs
ultras sionistes et extrême droite française même
combat !
Des alliances sulfureuses
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, un débat
traverse et divise une partie de l’extrême droite française
: faut-il, dans la perspective d’un front commun contre l’islam,
nouer des alliances avec la communauté juive ? Ce débat
rencontre, en miroir, un écho au sein des franges les plus
à droite de la communauté.
Par Daniel Bensoussan-Bursztein
(Regards / CCLJ)

Affiches nationalistes et anti-islamistes du
Front national français. Marine Le Pen est désormais
soutenue par une fraction radicale, patriote française et ultras
sioniste de la communauté juive – Doc. Archives RésistanceS.be
Au tournant des années 2000-2001, un essayiste issu des milieux
nationaux-souverainistes, Alexandre Del Valle, est accueilli au sein
de certaines associations juives pour des conférences sur l’islamisme.
Dans la mouvance néo-fasciste, les plus formés idéologiquement
hurlent à la manipulation qualifiant Del Valle d’«agent
sioniste», tandis qu’au sein de la communauté juive,
certains à gauche, s’inquiètent d’une possible
instrumentalisation d’une communauté en proie à
une vague de violences antisémites sans précédent
depuis 1945. Des sites internet comme SOS Racailles, animés
par des militants du Front national ou du Mouvement national républicain
de Bruno Maigret, appellent à la guerre civile et tentent de
séduire la communauté juive en l’appelant à
rejoindre l’extrême droite.
Suivant cette logique implicite de rapprochement
entre ennemis communs de l’«islamisation de l’Europe»,
Gilles-William Goldnadel, figure de proue de la droite sioniste en
France (lire notre encadré, ci-dessous), défend gratuitement
Anne Kling, compagne de route du mouvement Alsace d’abord, pour
un tract jugé islamophobe. Responsable pour l’Alsace
de Droit à la sécurité, association fondée
en 1995 par le même Gilles-William Goldnadel suite aux attentats
islamistes, Anne Kling se révèle, après avoir
écrit une lettre ouverte appelant la communauté juive
alsacienne à un rapprochement, une antisémite fanatique
: auteur d’un ouvrage sur La France Licratisée, ses écrits
sur la Toile font, entre autres, la promotion d’Hervé
Lalin/Ryssen, publiciste antisémite qui associe judaïsme
et inceste.
Juifs et nationalistes
Parallèlement, Guillaume Faye, idéologue d’extrême
droite des années 80, se fait le théoricien d’un
discours islamophobe radical, adapté à la nouvelle conjoncture
internationale. Ses écrits, volontiers pamphlétaires
et provocateurs, n’en contiennent pas moins nombre de similitudes
avec ceux de Del Valle ou d’Oriana Fallacci. Il s’agit
d’opposer un monde musulman, dans lequel sont confondus immigrés,
Français d’origine immigrée et Etats étrangers,
à l’Axe du «monde blanc» allant de la Russie
aux Etats-Unis en passant par Israël. Ce projet d’union
entre Juifs et nationalistes européens s’accompagne en
toute logique chez Faye d’une volonté de débarrasser
l’extrême droite de ses oripeaux d’antisémitisme.
Ce credo constitue le cœur de son dernier essai La nouvelle question
juive.
Pour avoir explicitement appelé à
une alliance des mouvements d’extrême droite européens
avec la communauté juive, soutenu l'État d’Israël
en tant que représentant de «l’esprit européen»
en Orient et surtout qualifié le négationnisme d’imposture,
Faye est mis au ban de sa famille politique. De Robert Faurisson à
Jürgen Graf, les réseaux négationnistes se déchaînent.
Pour autant, Faye reçoit, plus discrètement il est vrai,
le soutien de militants ou personnalités de la «famille
nationale» qui, par conviction ou stratégie, militent
pour l’émergence de mouvements nationaux-populistes «modernes».
Carl Lang, à l’époque secrétaire général
du Front national, lui apporte son appui. Cette volonté de
«modernisation» du discours est ouvertement affichée
par Marine Le Pen, fille du président et fondateur du Front
national.
Marine Le Pen
Fin janvier 2006, la presse révèle l’assassinat
d’Ilan Halimi, jeune Français juif séquestré
et torturé trois semaines durant par des ravisseurs qui, s’imaginant
les Juifs tous riches selon le cliché antisémite, attendaient
le paiement d’une forte rançon. Dans la foulée,
une manifestation est organisée. La majorité de la classe
politique française est présente, dont une délégation
du Front national composée de proches de Marine Le Pen. Ils
sont accueillis et protégés par les militants de la
Ligue de défense juive. Cette dernière est à
l’origine une organisation juive américaine fondée
par le rabbin extrémiste Mëir Kahana. Sa branche française
est officiellement créée en 2000 dans le contexte de
la seconde intifada. A sa tête, on trouve Mickaël Carlisle,
militant depuis une trentaine d’années du Bétar,
qu’il a quitté pour diriger l’organisation kahaniste.
Suite, entre autres, à la présence de cadres du Front
national lors de la marche en mémoire d’Ilan Halimi,
une rencontre a lieu entre Marine Le Pen et Mickaël Carlisle.
Ce dernier plaide auprès de la fille de Jean-Marie Le Pen pour
un abandon de l’antisémitisme sur le modèle de
ce que fit plusieurs années auparavant l’ancien leader
néofasciste italien Gianfranco Fini en se rendant en Israël
et en particulier au mémorial de Yad Vashem.
Pour autant, ce qui peut apparaître comme
un début de rapprochement tourne court assez rapidement. Le
samedi 11 novembre 2006 a lieu la traditionnelle «fête
des Bleu Blanc Rouge» du Front national. Aucunement invité,
Mickaël Carlisle y est présent, d’abord par habitude
militante, ayant «suivi» les mouvements d’extrême
droite durant des décennies, et sûrement aussi afin d’y
«tâter» le terrain. Coup de théâtre
: Dieudonné, humoriste spécialisé dans les saillies
antisémites, est accueilli en fanfares, entouré par
les gros bras du service d’ordre du Front national et une foule
d’admirateurs. Se retrouvant nez à nez avec lui, le responsable
de la Ligue de défense juive hurle à son adresse : «Antisémite
! Antisémite !», alors qu’un membre du service
d’ordre du Front national prenant la défense de l’humoriste
lui rétorque : «Retourne en Israël !». Confusion
la plus totale. Mickaël Carlisle retrouve peu après, au
milieu de la fête, Marine Le Pen à qui il fait part de
son écœurement, ne cachant pas qu’il se réjouit
de savoir que le voyage qu’elle projetait de faire en Israël
a été annulé.

Eric Zemmour, journaliste, écrivain
et patriote français issu de l'immigration juive algérienne,
est désormais fortement apprécié - ou suscite
de l'intérêt - dans la presse nationaliste d'extrême
droite, comme en témoignent ces trois couvertures de journaux
– Doc. Archives RésistanceS.be
Stratégie politique
Au-delà de ces démarches, restées néanmoins
circonscrites et dont les derniers rapprochements entre Dieudonné
et le Front national ont fini de montrer l’inanité, un
certain nombre de questions d’ordre politique se posent. La
plus essentielle concerne l’attitude à adopter face aux
organisations qui, sans le condamner formellement (et la nuance mérite
d’être soulignée), prônent par stratégie
politique l’absence de tout discours antisémite. On se
souvient du Bloc identitaire qui entama, sur le fondement de ce postulat,
un dialogue public voici quelques années avec Maurice G. Dantec,
auteur de polars et de science-fiction aux positions pro-israéliennes
et néo-conservatrices affichées.
Si certains s’imaginent que les nouvelles
formes d’antisémitisme doivent amener la communauté
juive à adopter une position de neutralité ou de bienveillance
vis-à-vis de tels mouvements d’extrême droite,
on peut au contraire estimer que le credo d’une France ethniquement
«blanche», au même titre que celui du refus de distinguer
l’islam de l’islamisme, se révèlent à
terme contraires aux intérêts politiques de la communauté
juive.
Daniel Bensoussan-Bursztein
[Article publié une première
fois, en septembre dernier, dans Regards, le mensuel du Centre communautaire
laïc juif (CCLJ, Bruxelles). Republié, avec l'autorisation
de Regards, sur le site RésistanceS.be, le 7 octobre 2010.
Le sur-titre, les illustrations et les légendes ont été
rajoutés par RésistanceS.be].
Portrait
de l'homme passerelle
France-Israël
: à droite toute !
Dans l'article ci-dessous, publié une première
fois dans la revue Regards, en septembre de cette année,
Daniel Bensoussan-Bursztein dénonce - avec preuves à
l'appui - les liens entre l'ultras droite sioniste et l'extrême
droite française, issues des rangs ... antisémites
! L'homme passerelle de cette alliance machiavélique,
notamment avec le Front national de Jean-Marie et Marie Le Pen,
est Gilles-William Goldnadel, avocat et membre de la direction
du Conseil représentatif des institutions juives de France
(M.AZ).

Paris, manifestation du GUD en 1986.
Hier néonazi, disciple de Léon Degrelle et antisémite,
le mouvement d'extrême droite français, aujourd'hui,
tente de recruter des militants sionistes de droite © Photo
: Reflexes/Samizdat
Fin janvier 2010,
Gilles-William Goldnadel est élu «triomphalement»
au comité directeur du CRIF (Conseil représentatif
des institutions juives de France). Un des premiers dans la
communauté juive à avoir rencontré Jean-Marie
Le Pen et sa fille, cet avocat parisien ne cache pas ses sympathies
pour une certaine «droite nationale». Pour preuve,
la création d’une section jeunesse de l’association
France-Israël par un ancien membre du Front national. A
sa tête, il s’emploie à jeter des passerelles
entre «patriotes français» et sionistes de
droite. Benoît Fleury, ancien dirigeant du groupuscule
néo-fasciste estudiantin Groupe Union Défense
(GUD) à la Faculté parisienne d’Assas et
antisémite notoire, a ainsi reçu le soutien de
France-Israël Jeunes lors de la polémique sur sa
nomination à l’université.
Plus récemment, il s’engage
à la reconstitution du GUD, appelant au passage les militants
sionistes de droite à le rejoindre. Le scénario
se reproduit avec le projet de création d’une Ligue
de défense française. Le site internet officieux
de cette mouvance, «Le Lion ardent», qui apporte
son soutien aux candidats du Front national en Ile-de-France,
a fait la promotion de l’apéro «saucisson
pinard» en juin 2010. Cet événement faussement
folklorique est en fait une opération politique du Bloc
identitaire visant à organiser une dégustation
de viande de porc et d’alcool à la Goutte d’Or,
cœur historique du quartier arabe de Paris.
Identifiés comme «sionistes»
par les néo-nazis présents, les quelques sympathisants
de France-Israël Jeunes seront accueillis aux cris de «voici
les rats !» et quitteront précipitamment les lieux
de peur d’un lynchage. Là encore, la même
logique d’alliance contre-politique, effectuée
sur la base de raccourcis idéologiques, conduisant à
absoudre un antisémitisme d’extrême droite
supposé «moins dangereux» que celui tout
aussi réel des islamistes, aboutit à une impasse.
(D.B.-B.)
[Article publié une première
fois dans Regards, le mensuel du Centre communautaire laïc
juif (CCLJ, Bruxelles), en septembre 2010. Republié,
avec l'autorisation de Regards, sur le site RésistanceS.be,
le 5 octobre 2010. Le sur-titre, l'illustration et sa légende
ont été rajoutés par RésistanceS.be].
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© Regards / CCLJ. Article
publié une première fois dans Regards, le mensuel du
Centre communautaire laïc juif (CCLJ, Bruxelles), en septembre
2010. Republié, avec l'autorisation de la direction de Regards,
sur le site RésistanceS.be le 5 octobre 2010.
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Article publié
une première fois dans Regards, le mensuel du Centre
communautaire laïc juif (CCLJ, Bruxelles), en septembre 2010.
Republié, avec l'autorisation de la direction de Regards, sur
le site RésistanceS.be, le 5 octobre 2010.
Sur ce même
thème, lire le dossier spécial de RésistanceS.be
(publié en janvier 2008)

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