Dans
les coulisses des adeptes de l'Ordre nouveau
Eclairage sur l'extrême
droite pro-israélienne
L'antisémitisme fait partie intégrante de l'histoire
de l'extrême droite. Les discours et les pratiques contre les
Juifs ont été nombreuses. Durant la Seconde Guerre mondiale,
le régime nazi a exterminé plus de six millions de Juifs,
avec la complicité de mouvements collaborateurs d'ultra-droite
français, belges, hollandais...
Depuis lors, un courant pro-israélien est apparu chez les partisans
de l'Ordre nouveau. Les raisons étaient géostratégiques
- pour la défense de l'Occident chrétien contre l'Islam
- et désormais électorales. Cela n'empêche la
présence des courants pro-arabes, antisionistes et antisémites.
Eclairage sur les identités multiples – et antagonistes
- de l'extrême droite...

Quelques documents traditionnels de l'extrême
droite antisioniste et antisémite © Archives Observatoire
de l'extrême droite – RésistanceS.
Le mensuel confidentiel du Front nouveau de Belgique (FNB), Le
Bastion, en décembre dernier, publiait un article pouvant
être considéré comme énigmatique (1). Son
sujet : une défense de La nouvelle question juive,
le dernier livre de Guillaume Faye, publié en octobre 2007
par un éditeur-diffuseur d’extrême droite d’outre-Quiévrain.
La thèse du brulot de ce publiciste français d'extrême
droite : face à la « menace islamiste », les nationalistes
européens doivent s'allier avec Israël, les organisations
sionistes et les communautés juives de la diaspora. L'idée
n'est pas neuve, cependant à chaque fois qu'elle s'est exprimée,
elle a suscité, logiquement, au sein de l'extrême droite
de vibrantes polémiques (2).
Le dernier ouvrage de Faye, «
au titre un brin provocateur, est loin d'avoir fait l'unanimité.
C'est le moins qu'on puisse dire ! Même des fidèles de
Guillaume se sont désolidarisés de ses thèses
», écrivait l'auteur de l'article du « Bastion
». Il précisait d'ailleurs : « contrairement
à une partie de la mouvance identitaire (3), qui se laisse
aveugler par des considérations irrationnelles, nous sommes
assez d'accord avec les conclusions de Guillaume Faye ».
Ce papier publié par le FNB confirme
la subsistance d'un courant prosioniste dans l'extrême droite
en Europe (et aussi aux États-Unis, bien entendu). Ce courant
ne s'arc-boute pas sur une sympathie particulière pour Israël,
le sionisme ou le peuple juif. Il se base sur une vision purement
stratégique se développant dans le cadre de la «
nouvelle guerre mondiale » contre l'Islam, selon les idéologues
actuels de l'extrême droit (4).

Article contre le « sioniste »
Guillaume Faye paru en mars 2006 dans un opuscule nationaliste-révolutionnaire
français. Cet idéologue de l'extrême droite identitaire
est la cible des radicaux de sa « famille politique »
d'origine depuis qu'il préconise une alliance avec l'Etat d'Israël
et les organisations sionistes – Document : Archives de l'Observatoire
de l'extrême droite – RésistanceS.
Persistance antisémite
L'une des caractéristiques de l'extrême droite
en général reste sa connexion directe avec l'antisémtisme.
Une bonne partie de ses idéologues historiques (Charles Maurras,
par exemple), de ses propagandistes (tel qu’Henry Coston) et
de ses dirigeants actuels (comme Jean-Marie Le Pen) sont connus pour
leurs corpus, pamphlets ou déclarations publiques ciblant clairement
les Juifs. Juifs qui – désignés par des noms codés
: les « mondialistes », le « cosmopolitisme
», la « haute finance vagabonde et anonyme »...
- restent les ennemis n°1 du « camp national ».
Si l'extrême droite est toujours singularisée par une
persistance antisémite (avouée, détournée,
camouflée ou mise entre-parenthèse), une fraction de
celle-ci est immunisée contre la « haine des Juifs ».
Elle est certes minoritaire, mais pas moins silencieuse.Cette
fraction s'exprimera au gré de l'actualité liée
aux Juifs, de la diaspora et d'Israël, ou au monde arabe.
Durant la guerre d'Algérie, parmi
les anti-indépendantistes, y compris ceux de l'OAS fascisante,
Israël est considéré comme un allié objectif
contre le nationalisme arabe. L'époque annonce la « Défense
de l'Occident » chrétien contre ses nouveaux ennemis.
Lors de la guerre des six jours, en juin 1967, « on voit
(...) un véritable clivage s'opérer au sein de l'extrême
droite : d'un côté, les notables (...), prennent parti
pour Israël ''bastion avancé de l'Occident contre le communisme''
et, de l'autre, les néofascistes qui soutiennent le camp arabe
», écrivait en 1983 le journaliste belge Serge Dumont
(5).
Ce clivage entre pro-israéliens
et pro-arabes va produire de nombreuses altercations. Pour décrier
des adversaires internes, suite à des bisbilles développées
en intra muros, l'insulte suprême de « sioniste »
sera régulièrement usitée. Pierre Sidos, dirigeant
de l'Œuvre française, un groupuscule antisémite,
affirme ainsi, au début des années 1970, que des dirigeants
d'Ordre nouveau (l'organisation qui donna naissance au Front national
de Jean-Marie Le Pen) sont « vendus
aux Juifs ». Dix ans plus tard, c'est Le Pen en personne
qui est dénoncé par l'aile néonazie du FN comme
étant devenu « un jouet entre les mains des sionistes
» et victime de « manigances talmudiques
».
Malgré les insultes et accusations
diverses de connexions avec les Juifs, les pro-Israël de l'extrême
droite vont continuer à agir. Aussi pour des raisons électorales,
comme le laissent supposer les déclarations pro-israéliennes
de Filip Dewinter. L’objectif de ce chef de file du Vlaams Belang
serait double :
1. Attirer une partie de l’«
électorat juif » d’Anvers, ce qui permettrait
d’augmenter (légèrement) les scores électoraux
du VB.
2. Le soutien de Juifs au VB permettrait de dédiaboliser
son parti, dont les racines néonazies sont pourtant nombreuses.
De plus, la prise de positions pro-israéliennes
ne risque pas de s’aliéner son électorat de base
: conservateur, xénophobe, islamophobe et certainement plus
favorable à l’Etat d’Israël qu’au combat
des Palestiniens, si souvent amalgamés de façon générale
au terrorisme international.
Etrange cocktail
La thèse d'une alliance euro-israélienne contre
les Arabes et/ou l'Islam, évoquée à nouveau de
nos jours par Guillaume Faye dans son dernier livre, n'est donc pas
neuve. Après les attentats du 11 septembre, un autre publiciste
français venant lui aussi de l'extrême droite, Alexandre
Del Valle, l'avait déjà préconisée dans
ses nombreux écrits sur le sujet.
Les prises de positions favorables à
Israël de Delle Valle lui avait ouvert en France les portes d'organisations
juives sionistes. En avril 2001, il avait été l'invité
d'un meeting organisé par divers mouvements d'extrême
droite radicale belge – comptant également dans leurs
rangs d’anciens propagandistes du négationnisme antisémite
- pour évoquer les dangers de l'islamisation de l’Europe.
En octobre 2006, le même Alexandre Del Valle donnait, à
Bruxelles, une conférence sur « Le péril
islamiste ». Cette dernière était proposée
par le Cercle Ben Gourion...

Encart de promotion de la revue juive bruxelloise
Contact J (du Cercle Ben Gourion) pour une conférence
d'Alexandre Del Valle à Bruxelles - Archive Observatoire de
l'extrême droite – RésistanceS.
Comme
il est constaté, la réaction à l'Islam peut donner
lieu à la constitution d'un étrange cocktail politique,
mélangeant ici-même des activistes de l'extrême
droite radicale et des ultras du sionisme.
Manuel Abramowicz
Notes :
1. Depuis lors, le FNB a fusionné avec le Front
national (FN) de Michel Delacroix. En mars prochain, Le Bastion
deviendra l'organe de presse officiel du FN.
2. A ce sujet, lire sur le site de RésistanceS l'article publié
le 3 janvier dernier : « La ''question juive'' divise l'extrême
droite ». 
3. Ladite « mouvance identitaire » regroupe l'extrême
droite alliant un combat pour la Nation, l'héritage culturel
et le patrimoine ethnique des différentes régions d'Europe.
Elle préconise la séparation des cultures communautaires
et la création d'États composés exclusivement
de leurs peuples primitifs. En Belgique, cette mouvance regroupe le
mouvement Nation, Terre & Peuple et Belgique & Chrétienté.
Le FNB faisait partie de celle-ci jusqu'à sa fusion dans le
Front national.
4. La thèse de l'existence de signes avant coureurs annonçant
une « nouvelle guerre mondiale » opposant l'Occident à
l'Islam n'est pas que partagée par l'extrême droite.
En effet, plusieurs intellectuels de renoms sont les auteurs d'écrits
évoquant une vision géostratégique identique.
Certains d'entre-eux décrivent alors un combat contre le «
nazi-islamisme ». Dans ce cadre, après avoir résisté
au nazisme et au communisme, le monde occidental (moderne) devra s'opposer
à l'Islam pour sauver la démocratie... d'après
eux.
5. Dans son livre Les brigades noires, éditions Epo,
p. 111

[ Une version –
sans le chapeau et les illustrations - de cet article est également
parue, sous le titre de « L'extrême droite pro-israélienne
contre l'Islam » dans le numéro de février 2008
du mensuel Points Critiques, le journal – papier –
de l'Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB), organisation
juive de gauche non-sioniste (www.upjb.be) ].
© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême
droite – www.resistances.be – info@resistances.be –
Article mis en ligne le 29 janvier 2008.
|

Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne. Dans
les partis et mouvements d'extrême droite subsistent toujours
des courants pro-arabes, antisionistes et antisémites. Un courant
pro-israélien existe également...
Dossier mis en
ligne le 29 janvier 2008
Comme les autres enquêtes
et dossiers de RésistanceS, celui-ci sera prochainement «
alimenté » de nouveaux articles.
Sommaire
•
Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne
• La
« question juive » divise l'extrême droite
• Crise
identitaire sur le « sioniste » Faye
• Au
coeur du FN lepéniste, la « question israélienne
» en débat
• Les
frontistes sionistes du Comité national des Français
juifs
• Des
Juifs parmi les électeurs du Vlaams Blok ?
PROCHAINEMENT
:
• Galarie des pro-israéliens de la droite dure : Soustelle,
Faye, Dewinter, Fini, Del Valle...
Lire
également nos dossiers 

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la dernière enquête exclusive de l'Observatoire de l'extrême
droite
•
La Fnac au service de l'extrême droite
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Avec en communication
: « 29-01-2008 »
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