RésistanceS 29-01-2008

Les « collabos » juifs sionistes du lepénisme


Les frontistes sionistes du Comité national des Français juifs


Au sein du Front national français en 1986 une « organisation juive » interne a vu le jour. But : dédiaboliser le parti d'extrême droite présidé par Jean-Marie le Pen. Les frontistes pro-israéliens vont se limiter à faire croire – sans succès - à l'absence de racisme et d'antisémitisme au FN. Zig-zaguant entre les nombreux antisémites et les antisonistes du parti, leur Comité national des Français juifs ne regroupera qu'une poignée de militants, totalement isolés dans les rangs lépenistes. Aujourd'hui, ce comité n'existe plus... faute d'adhérents.

Par Jean-Yves Camus
Correspondant à Paris de RésistanceS



Si l'extrême droite a regroupé une poignée de militants juifs (ainsi que des affiliés nord-africains, africains, asiatiques...), elle a surtout séduit des nationalistes antisémites, racistes, antisionistes, voire même pro-palestiniens, comme ce leader local du Vlaams Blok / Belang.


Pour se dédouaner des accusations d'antisémitisme portées contre lui, le Front national français a fondé le 1er octobre 1986 un Comité national des Français juifs (CNFJ), dirigé par un océanographe retraité habitant Monaco, Jean-Charles Bloch, avec l'aide du docteur Wolf, qui fut candidat FN à Sarcelles (banlieue populaire parisienne) et un petit patron parisien du textile, Robert Hemmerdinger (1918-2004), adhérent du FN depuis 1985.

Conseiller régional frontiste d'Île de France (de 1992 à 1998), Hemmerdinger est un ancien combattant des Forces françaises libres engagé dès 1940, compagnon d'armes de Me Biaggi. Il fut de 1944 à 1945 responsable de la Sécurité militaire à Siegmaringen, affecté à la recherche des criminels de guerre. Puis il s'engagea en 1946 dans l'Irgoun (mouvement de libération nationale juif en Palestine sous mandat britannique), avant de militer pour l'Organisation armée secrète (OAS, luttant par des actions terroristes contre l'indépendance de l'Algérie française). Il fut incarcéré pour cette raison en 1962.


Anticommuniste et pro-israélien
Juif pratiquant dont les deux enfants vivent en Israël, Hemmerdinger fonde ses convictions sur le fait que les ennemis prioritaires des Juifs comme d'Israël sont les pays arabes et leurs ressortissants, ainsi que l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

C'est donc parce que « Le Pen n'a pas reconnu le terroriste Arafat » (le chef de l'OLP) que Robert Hemmerdinger cautionne le FN. Il dit avoir été ami avec Menahem Begin, Premier ministre israélien de 1977 à 1983 (1). Par ailleurs très anticommuniste à cause de la persécution subie par les juifs dans les pays du bloc soviétique, il pousse aussi jusqu'à l'aveuglement l'attitude patriote très répandue chez les juifs de l'Est, région d'où il est originaire. Sans activité réelle, le CNFJ subit la concurrence du Cercle d'amitié juive et chrétienne (2), fondé dans une optique catholique par Bernard Antony (meneur du courant traditionaliste national-catholique du Front national), Alain Sanders (rédacteur en chef du quotidien national-catholique Présent) et le journaliste Serge de Beketch (3).

Lors des élections européennes de 1999, Robert Hemmerdinger figurait encore sur la liste déposée par le Front national.

Jean-Yves Camus
Correspondant à Paris de RésistanceS


Notes :
(1) Interview à l'Événement du jeudi, 15 février 1990.
(2) Les membres juifs de la direction de ce cercle sont : Denise Rheims, Charles Gutterman, Pierre Seymour, Jean-Pierre Cohen, journaliste au journal Minute, et Fernand Teboul, membre du comité central du FN, adhérent de Chrétienté- Solidarité, association dirigée par Bernard Antony.
(3) Serge de Beketch est décédé le 6 octobre 2007. Journaliste, il est passé de l'ultradroite pro-israélienne à l'extrême droite pure et dure. En 1967, lors de la guerre des Six jours, Serge de Beketch tenta de s'engager dans l'armée israélienne. Il a ensuite dirigé plusieurs grands titres de la presse d'extrême droite française : Minute (en 1979, puis à nouveau en 1990), National-Hebdo (après 1986)... En 1987, il fait partie des fondateurs de Radio Courtoisie, une radio privée contrôlée par l'extrême droite. En 1993, Serge de Beketch crée Le Libre Journal de la France courtoise. Il était un habituel des formules provocatrices. Plusieurs plaintes furent déposées contre lui et il sera à plusieurs reprises condamné. Sur les antennes de Radio Courtoisie, en novembre 1996, Serge de Beketch avait notamment déclaré : « en France, en 1943, on ne traitait pas les Juifs comme on traite aujourd'hui les gens du Front national. Évidemment, on les arrêtait, on les déportait... En Allemagne, il y a eu des choses, mais en France, je n'ai pas souvenir qu'il y ait eu de pogroms comme on en fait actuellement aux gens du FN ». Après l'annonce de sa disparition, la majorité des dirigeants de l'extrême droite française lui rendirent un dernier hommage : Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Bruno Mégret... En Belgique, c'est l'association politico-religieuse Belgique & Chrétienté qui va saluer le parcours politique de Serge de Beketch...


[ Article extrait du livre de Jean-Yves Camus Le Front national – Histoire et analyse, éditions Laurens, Paris, 1997, p. 113 et 114. Reproduit avec l'autorisation de l'auteur. Titre, chapeau, sous-titre, réactualisation et note de bas de page n°3 de RésistanceS ].

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 29 janvier 2008.

 

 



Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne. Dans les partis et mouvements d'extrême droite subsistent toujours des courants pro-arabes, antisionistes et antisémites. Un courant pro-israélien existe également...

Dossier mis en ligne le 29 janvier 2008

Comme les autres enquêtes et dossiers de RésistanceS, celui-ci sera prochainement « alimenté » de nouveaux articles.



Sommaire

Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne

La « question juive » divise l'extrême droite

Crise identitaire sur le « sioniste » Faye

Au coeur du FN lepéniste, la « question israélienne » en débat

Les frontistes sionistes du Comité national des Français juifs

Des Juifs parmi les électeurs du Vlaams Blok ?

PROCHAINEMENT :
• Galarie des pro-israéliens de la droite dure : Soustelle, Faye, Dewinter, Fini, Del Valle...




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Avec en communication : « 29-01-2008 »


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