| RésistanceS 29-01-2008 |
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Dans les coulisses de l'extrême droite
Par Jean-Yves Camus
Il existait à l'origine du FN, comme auparavant à Ordre nouveau, des militants juifs et des pro-israéliens, convaincus que l'État hébreu était un allié de l'Occident contre les pays arabes soutenus par les pays communistes. Pourtant, dès 1972, les thèses du FN sur l'immigration et sa réévaluation des événements de la Seconde Guerre mondiale lui ont assuré l'opposition unanime des instances juives et d'une communauté forte en France de 700.000 personnes. Les organisations politiques de la communauté juive, notamment le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) sous la présidence de Jean Kahn, puis de Henri Hajdenberg, ont été très actifs dans la lutte contre l'idéologie du FN, tandis que les jeunes d'extrême droite se heurtaient plusieurs fois, dans la rue, aux militants sionistes de droite du Bétar. La création par Charles Pasqua, ministre gaulliste de l'Intérieur, d'un poste de chargé de mission à son cabinet pour les questions de lutte contre le racisme et l'antisémitisme a encore exacerbé la tension entre le FN et la communauté juive, puisque le titulaire du poste, Patrick Gaubert, est une des personnalités les plus connues du judaïsme français. Séduire la diaspora,
via New-York Cette manoeuvre ayant échoué, Jean-Marie Le Pen a cherché à rencontrer des dirigeants juifs de diaspora : ce qu'il a fait en février 1987 à New-York, en s'entretenant avec des dirigeants juifs américains rassemblés par Jack Torczyner, un homme d'affaires d'origine belge qui est vice-président du mouvement sioniste mondial et appartient au Mouvement des sionistes Généraux (1). Cette tentative est restée sans lendemain, tout comme la fondation du Comité national des Français juifs. L'évolution progressive du FN, et surtout des jeunes du Front national de la jeunesse (FNJ), vers une forme sans nuance d'antisionisme, se manifeste non seulement par une hostilité ouverte envers Israël en tant qu'État, mais aussi par un soutien en demi-teinte aux Palestiniens : dans le quotidien Présent par exemple, l'actualité israélienne est traitée dans une rubrique intitulée « territoires occupés ».
Beaucoup de nationalistes considéraient en effet que l'alliance franco-israélienne « paraissait nécessaire face au raz de marée islamique », comme l'écrit Madiran. Ils avaient en outre une admiration certaine pour les israéliens qu'ils imaginaient comme étant des « paysans-soldats », attachés aux valeurs militaires et à leur terre. Madiran considère que « longtemps Le Pen fut l'homme politique français le plus favorable à l'État d'Israël ». Il justifie par contre la rupture de la droite nationale avec Israël par le fait que ce pays s'est « associé aux accusations excessives d'antisémitisme et de racisme » portées contre l'extrême droite française. Il déplore le fait qu'Israël ait « choisi, contre la France française, le camp de la gauche internationale, cosmopolite et subversive, où sa diaspora, il est vrai, occupe d'importantes positions », et pense finalement que « les nationalistes israéliens ne sont nationalistes que pour eux-mêmes et ont rejeté, ont méprisé l'amitié et l'alliance des nationalistes français ». S'il faut admettre que Madiran a quitté, en 1958, le journal Rivarol pour ne pas y côtoyer l'écrivain antisémite Lucien Rebatet, la plupart des cadres du FN n'ont pas poussé la réflexion aussi loin. Purement tactique, leur admiration réelle pour les exploits militaires de Tsahal (l'armée israélienne) se conjuguait avec l'emploi des plus vieux stéréotypes sur la supposée double allé-geance des Juifs français ou la place des Juifs dans la politique française, et cette proposition d'alliance, qui reposait aussi sur le postulat tacite que le sionisme permettait de résoudre la question de la présence juive en France, donc aucune chance de durer. Le Front national possède bien quelques cadres et candidats juifs, mais leur position vis-à-vis d'Israël est souvent, au mieux, a-sioniste : ainsi Pierre Semour, militant FN depuis 1978, membre du Cercle d'amitié juive et chrétienne fondé par Bernard Antony, déclare : « Moi, je suis un français de confession israélite. Je regrette que parmi les séfarades, beaucoup se sentent plus près d'Israël que de la France » (3). Jean-Yves Camus
[ Article extrait du livre de Jean-Yves Camus Le Front national – Histoire et analyse, éditions Laurens, Paris, 1997, p. 224 à 227. Reproduit avec l'autorisation de l'auteur. Titre, chapeau et sous-titres de Résistance ]. © RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 29 janvier 2008. |
Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne. Dans les partis et mouvements d'extrême droite subsistent toujours des courants pro-arabes, antisionistes et antisémites. Un courant pro-israélien existe également... Dossier mis en ligne le 29 janvier 2008 Comme les autres enquêtes et dossiers de RésistanceS, celui-ci sera prochainement « alimenté » de nouveaux articles.
Sommaire • Eclairage sur l'extrême droite pro-israélienne • La « question juive » divise l'extrême droite • Crise identitaire sur le « sioniste » Faye • Au coeur du FN lepéniste, la « question israélienne » en débat • Les frontistes sionistes du Comité national des Français juifs • Des Juifs parmi les électeurs du Vlaams Blok ? PROCHAINEMENT
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