RésistanceS 02-04-2009

Georges-Pierre Tonnelier

Une mise au point s’impose


Le 30 novembre 2008, RésistanceS.be publiait un article intitulé «Georges-Pierre Tonnelier et l'extrême droite : c’est fini» (voir colonne de droite). Parallèlement, sur toutes les pages du site traitant de cet ancien collaborateur parlementaire du Front national belge (FN), un encart signalait aux lecteurs que Georges-Pierre Tonnelier affirmait avoir quitté les rangs de l’extrême droite. Malgré cela, l’attitude de celui-ci envers RésistanceS.be oscille entre instrumentalisation et accusations. Explication de cette situation par Nadia Geerts, pour RésistanceS.be.


Dans un communiqué de presse du 17 mars dernier, suite au refus du Conseil de Conciliation et d’Arbitrage du Mouvement réformateur (MR) d’accepter l’adhésion de Georges-Pierre Tonnelier, ce dernier annonce d’emblée la couleur par un titre fracassant : «Didier Reynders refuse de suivre Manuel Abramowicz» (le coordinateur de la rédaction de RésistanceS.be). Il poursuit en déplorant que le président du MR soit «resté sourd aux appels de l’Observatoire de l’extrême droite à l’accueillir au sein d’un parti démocratique, ainsi que sa collaboratrice, Mme Nadia Geerts, l’a exposé sur son site internet, en les termes suivants : ''Il est à espérer qu’une fois terminés les divers procès dans lesquels il est impliqué, Georges-Pierre Tonnelier poursuivra le chemin qu’il semble avoir entamé récemment. Si tel était le cas, il va de soi qu’il serait du devoir de tout démocrate de l’aider non pas à effacer, mais à surmonter et dépasser cette longue ''erreur de jeunesse'' ''».

Instrumentalisation
Très actif sur Facebook, Georges-Pierre Tonnelier s’y sert également des articles susmentionnés pour gagner en crédibilité, les transformant en sorte de caution morale que lui aurait donnée l’équipe de RésistanceS.be.

Comme nous le précisions pourtant dans nos articles, Georges-Pierre Tonnelier est encore inculpé dans au moins un procès à venir en rapport avec ses activités durant plus dix ans au sein de l'extrême droite belge francophone. En effet, il fut un membre actif d'abord du FN de Daniel Féret, puis du Front nouveau de Belgique (FNB) de Marguerite Bastien et enfin du Front national rénové. G.-P. Tonnelier y fut tour à tour militant de base, un des responsables des jeunesses frontistes, webmaster, tête de liste aux élections communales de 2000, candidat suppléant lors d'élections, assistant parlementaire, cofondateur du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen en avril 2007, président du service d'Etudes du FN rénové, etc.

Plus de dix ans de militance très active au sein de l'extrême droite ne se rayent pas d’un simple trait de plume, contrairement à ce qu’il semble croire, si l’on en juge par un de ses e-mails, adressé à la députée régionale bruxelloise Viviane Teitelbaum (MR), le 24 mars dernier :

«Je n'ai pas l'intention de m'humilier des années durant à vous lécher les bottes pour me faire "pardonner" d'avoir milité au FN. J'ai tiré un trait là-dessus, une fois pour toutes, à vous également d'en prendre acte. La dignité humaine me pousse à ne pas dépasser certaines limites dans les gestes que je pose dans votre direction.»

L’équipe de RésistanceS.be n’a jamais eu l’intention d’accorder un quelconque certificat de virginité démocratique à G.-P. Tonnelier. A l’époque où nous avons appris sa prise de distance avec le FN, il nous a paru normal d’en informer nos lecteurs. Tout comme il nous semble souhaitable qu’un passé d’extrême droite ne compromette pas indéfiniment l’avenir d’un homme qui aurait, en toute bonne foi, réalisé que son engagement au sein du FN était une erreur de jeunesse.

Mais Georges-Pierre Tonnelier ne semble pas s’accommoder du facteur «temps», et de cette épreuve, que d’aucuns appellent «traversée du désert», qui lui est imposée par les partis démocratiques. Ainsi, suite au refus qui lui a été opposé par le FDF lorsqu'il a voulu s'y affilier, Mr. Tonnelier écrit-il dans un mail du 23 janvier 2009 :

«Autant j'aurais très bien compris un message du genre "Monsieur Tonnelier, nous saluons votre démarche de départ du FN et vous encourageons à poursuivre dans cette direction. Toutefois, étant donné la durée de votre engagement passé, nous désirons vous soumettre à une période d'attente, durant laquelle vous aurez l'occasion de faire vos preuves. Sachez toutefois que nous somme disposés à vous aider durant cette épreuve.", autant je ne comprends pas celui qui m'est adressé par le FDF, à savoir, en gros, "espèce de facho, on ne veut pas te voir, ni maintenant ni jamais". Savez-vous que tant M. de Muelenaere que M. De Patoul m'ont clairement parlé d'une période de traversée du désert qui se compte en années ? M. De Patoul m'a parlé d'au moins CINQ ans ! Alors que l'on passe d'Ecolo ou du PS au MR en cinq minutes !
Comment voulez-vous que je convainque d'autres personnes de quitter le FN si je ne peux rien leur promettre d'autre qu'une longue traversée du désert, un accueil plus qu'aride (c'est le cas de le dire !), un statut de pari, de banni, qui devra démontrer pendant des années sa bonne foi ! Qui voudra quitter le FN pour quémander une adhésion à un autre parti, qui n'en veut clairement pas ?
Vu l'accueil que l'on me fait au MR, je ne conseillerais certainement pas, dans l'état actuel des choses, à quelqu'un qui est au FN d'essayer de rejoindre ce parti ! Tout quitter au FN pour rejoindre quoi ? Un désert ? Pour peu que son adhésion passée soit connue, il va devoir se cacher, s'humilier, supplier, se racheter une bonne conduite durant des années...
Moi-même, j'ai perdu mon emploi au FN, pour avoir quoi en échange ? Du mépris, un rejet...
Si vous appelez ça une manière de combattre d'extrême-droite, je crois qu'il y a comme un problème...
»

Quitter l’extrême droite n’est pas une question de stratégie politique. On ne la quitte pas – ou du moins on ne devrait pas la quitter – pour se refaire une virginité ni pour s’assurer un avenir politique, mais parce qu’on prend conscience des valeurs que cette mouvance politique véhicule. Et on ne peut espérer le soutien des antifascistes que dans cette exacte mesure-là.
La comparaison que fait Georges-Pierre Tonnelier avec les transfuges d’un parti démocratique à un autre sont donc totalement inopportunes, et témoignent de ce qu’il n’a toujours pas pris la mesure du caractère fondamentalement anti-démocratique du FN.

Au sein de RésistanceS.be, nous sommes dans l’impossibilité, à l’heure actuelle, de nous prononcer sur la véritable orientation politique de Georges-Pierre Tonnelier. Nous connaissons son passé, nous avons pris acte de sa prise de distance avec le FN (au sujet duquel les versions divergent d’ailleurs, dès lors qu’alors que lui prétend avoir quitté le FN, ce dernier prétend au contraire l’en avoir exclu, comme en témoigne l’extrait de ce communiqué de presse du Front national à ce sujet :

«Suite à l’arrestation de Monsieur Georges-Pierre Tonnelier, le Bureau Politique du Front National précise que l’intéressé n’occupe plus aucune fonction en son sein depuis février 2008. Monsieur Tonnelier terminait ses obligations contractuelles comme collaborateur parlementaire au moment de son arrestation. Le Bureau Politique du FN condamne son comportement sans la moindre ambiguïté. Une procédure d’exclusion à son encontre sera initiée lors du bureau Politique de ce lundi 30 juin». Et nous en restons là.


Accusations, menaces…
Ce n’est en revanche pas le cas de Georges-Pierre Tonnelier, qui tout en se servant abondamment de nos articles annonçant sa rupture avec le FN, n’en continue pas moins de nous assaillir de demandes diverses.

Manifestement, le simple fait que son nom soit encore mentionné sur le site de RésistanceS.be lui pose problème. Ainsi, suite à un mail que je lui avais adressé après avoir reçu de lui plusieurs sms sur mon gsm privé, en soirée et le week-end compris, voici ce qu’il me répondait le 15 mars 2009 :

«Si ça continue, je vais commencer à appeler M. Cadranel ou M. Lefébure (NDLR : deux autres membres de l'équipe de RésistanceS.be) sur leur lieu de travail aussi (il n'y a pas de raison que vous soyez la seule), jusqu'à ce que j'aie enfin une explication avec M. Abramowicz. Si je le veux vraiment, je pourrais aussi me procurer son numéro de téléphone mobile personnel.
(…)
Après tout, qui est-ce qui parle de moi sur son site internet ? Qui est-ce qui me met en cause publiquement depuis des années ? C'est votre équipe, ce n'est pas moi qui suis venu vers vous.
Est-ce que vous me demandez mon avis avant d'écrire à mon sujet ? Respectez-vous ma vie privée avant de lancer mon nom en pâture sur votre site ? Avouez tout de même que j'ai des raisons de vouloir vous contacter et des raisons également de désirer une réponse rapide. Si vous n'écriviez rien à mon sujet sur votre site, nous n'aurions jamais été en relation.
»

Georges-Pierre Tonnelier ne semble visiblement pas comprendre qu’un engagement politique est un engagement public, et qu’il n’y a donc pas lieu d’en appeler au respect de la vie privée lorsqu’il s’agit de relayer des informations relatives à l’activité politique de personnes engagées au sein d’un parti, quel qu’il soit. Et lorsque nous lui demandons de cesser de nous importuner de ces courriels, sms et autres messages sur Facebook, voici ce qu’il nous répond dans un mail du 13 mars dernier:

«Si vous écrivez quoi que ce soit sur de prétendus harcèlements de ma part sur votre site, moi je vous attaquerai au pénal en calomnie/diffamation, pour l'ensemble de votre site ! Si vous décidez de rentrer dans le jeu des procès pénaux, je pourrais aussi décider de déposer plainte au pénal contre vous pour calomnie/diffamation au sujet du contenu de votre site RésistanceS.be. Je suis en mesure de vous faire autant de procès que vous êtes capable de m'en faire, et il n'est pas certain que vous les gagnerez.»

Une chose est sûre : que ce soit par stratégie ou par maladresse, Georges-Pierre Tonnelier fait preuve d’une attitude qui oscille entre l’instrumentalisation de nos derniers articles à son sujet et les pressions sur l’équipe de RésistanceS.be pour qu’elle aille plus loin encore dans sa collaboration à son insertion dans la vie politique démocratique.
De notre côté, nous n’avons pas l’intention de nous laisser instrumentaliser plus longtemps. Aussi mettons-nous aujourd’hui publiquement les choses au point, comme nous l’avons fait dans un mail adressé personnellement à Georges-Pierre Tonnelier par Manuel Abramowicz le 15 mars dernier :

«Nous avons bien d'autres choses à faire que de nous occuper de votre "réintégration dans la société démocratique". Cette mission n'est pas pour le moment une des missions de l'asbl RésistanceS. De plus, nous n'avons pas les moyens et le temps de nous orienter dans cette voie-là. Malgré ce que nous avions annoncé. Hélas.
Vous concernant, je pense que d'autres organismes, dans d'autres disciplines, vous seront d'une meilleure aide. Ces organismes sont des organismes spécialisés et qui bénéficient de moyens ad hoc et d'un bon personnel pour cela.
• Concernant vos autres demandes, je trouve que nous avons déjà fait beaucoup pour vous. Pour rappel :
Nous avons modifié dans nos articles des aspects que vous jugiez "méchants" à votre égard.
• Ensuite, nous avons publié un article clair et précis expliquant que vous aviez quitté l'extrême droite.
• Des hyperliens vers cet article figurent sur toutes les pages de RésistanceS.be où votre nom est cité.
• Résultat : tout le monde peut désormais prendre connaissance que vous n'êtes plus d'extrême droite !

C'était votre demande initiale : nous y avons répondu positivement.
D'ailleurs, aujourd'hui, vous utilisez allègrement notre article en question comme justificatif auprès des personnes qui vous reprochent votre militance au Front national. Cf. vos dernières interventions sur le forum de LiDé...
(…)
Vous aurez compris, par ce présent message, que l'asbl RésistanceS n'acceptera plus aucun harcèlement de votre part, par aucune voie de communication, à l'égard de ses bénévoles.
Si tel était le cas, l'asbl RésistanceS déposera plainte contre vous. Cette plainte s'allongera à vos dossiers judiciaires, déjà suffisamment lourds, encore à venir devant les tribunaux.
Un article sera publié aussi sur notre site pour dénoncer votre campagne d'intimidation et de harcèlement contre l'asbl RésistanceS
A propos de toutes « relations judiciaires » à venir nous concernant, nous vous demanderons de vous adresser au cabinet d'avocat en charge de la plainte qui nous lie désormais.
Nous ne souhaitons donc plus de relation directe avec vous.
Veuillez en prendre bonne note
».

Nadia Geerts
Pour RésistanceS.be

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 2 avril 2009.

 

 

Sur ce sujet, lire sur RésistanceS.be :

• Georges-Pierre Tonnelier et l'extrême droite : c’est fini


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