| RésistanceS 17-04-2007 |
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Reportage
et photos exclusives : Voyage en 'lepénie'
Par Manuel ABRAMOWICZ
Ce 15 avril, Jean-Marie Le Pen (78 ans), candidat inchangé du Front national depuis plus de trente ans à l’élection présidentielle française, tenait à partir de 15 h 30 un « grand meeting » à Paris. Réuni au Parc des Sports de la Porte de Versailles, dans le Sud de Paris, le « Président Le Pen » s’adressa - à la façon d’un « Duce » en fin de règne - à ses fidèles adeptes. RésistanceS, présent au milieu de la foule, observait le « phénomène lepénien ». La « lepénie » est une réelle maladie. Une maladie qui confirme que la France va mal. La « lepénie » est un univers particulier. En dehors du reste de la société. En marge. Complètement par ailleurs à la masse. Chez les « frontistes », le chic se mélange au mauvais goût. Dans la « galaxie lepénienne », il se retrouve une majorité de laissés-pour-compte, de déçus, de « multiphobes », de réactionnaires, de conservateurs, des « anti-tout »… Cela va des dignes représentants du « lumpenprolétariat » (celui déjà décrit jadis par Karl Marx) jusqu’aux caricatures de la « Vieille France », incarnée par des aristocrates « monarcho-catho-fachos » décadents, en passant par des nostalgiques de l'Europe nazie. Vieux ou jeunes, les (néo)nazis du « Front » circulent dans les rangs « lepéniens » comme chez eux. Ils sont identifiables à leurs signes d’appartenance : pin’s et autres écussons du Front national, croix celtique ou marteau de Thor (un puissant guerrier dans la mythologie païenne nordique) en pendentif, tête de mort des SS nazis ou symboles d’organisations radicales périphériques de l’extrême droite lepéniste, comme Terre et Peuple, le Bloc Identitaire, Blood and Honour... La présence de ces néonazis ne suscite aucune réaction hostile de la part des autres « frontistes ». Parce qu’ils font tous, pour finir, partie de la même « famille ».
Les divers membres de cette particulière « famille politique », outre ses codes, ses uses et coutumes identiques, partagent des valeurs communes et surtout des haines semblables : contre tous les « immigrés », les « gauchistes », les « politicards »… et bien d’autres dont l’évocation du nom relève souvent du tabou. Cette famille vit fermée sur elle-même, sans contact avec l’extérieur. Elle forme, le temps d’un meeting, une mini-société, une « communauté nationale », comme le mentionne souvent « sa presse ». Celle-ci était aussi très bien représentée, ce 15 avril, par ses vendeurs à la crié : « Rivarol », « Terre & Peuple magazine » ou encore « Le Libre journal de la France courtoise » se vendaient comme des petits pains. Parmi les propagandistes du jour, il y avait encore les jeunes militants monarchistes de l’Action française (le mouvement conduit dans les années 1920 par le théoricien antisémite Charles Maurras), ceux du Rassemblement des étudiants de droite (auparavant connu sous le nom de GUD et par ses actions violentes contre les syndicats démocratiques étudiants) ou de l’équipe française de Novopress (un réseau international néonazi actif sur Internet). En gros, il y avait les plus illustratifs représentants de la « Lepenie », le 15 avril dernier au Parc des Sports de Paris. Mais également des nouveaux venus, de nouveaux adeptes : quelques « Black » ou « Beurre » convertis récemment au discours paradoxale du Front national sur l’Identité nationale et sans doute aussi par l'« axe Dieudonné-Le Pen ». Cette présence « étrangère » suscitera cependant quelques remous internes. Les « vrais nationaux » restent effectivement hostiles à ces « nouveaux Français ». Ils dénoncent à demi-mot l’ouverture du parti en direction de cet électorat là, même s’ils savent fort bien qu’il s’agit de pur « marketing » dans l’objectif d’arriver, le 22 avril prochain, au second tour de la Présidentielle. Sionistes et Identitaires :
même combat !
Retour au meeting. Sur la scène, à la tribune, Jean-Marie Le Pen, le guide suprême de la faune hétéroclite frontiste, connectée par le même nationalisme exacerbé, allait éructé les mots qui les font tous vibrer : « insécurité », « politiciens », « immigré », « racaille »… A propos de ce dernier terme, certains lepéniens, comme cet ancien officier sur médaillé de l’Armée française et membre du Cercle national des combattants (CNC, l’organisation militariste du Front national) conseillera à l'un de ses amis : « Il faut faire attention au mot que nous utilisons afin d’éviter la stigmatisation des médias. Au lieu de ''racaille'' ou d’''immigré'', tu dois parler de ''melon'' ou de ''Belge''. L’utilisation de mots codés, nous permet encore de dire tout haut ce que nous pensons sans pour autant crainte la justice inégale de ce pays ».
Les membres du service de sécurité se chargeaient aussi de faire comprendre aux quelques excités de la « lepénie », qui scandaient trop souvent des slogans haineux contre la « racaille immigré » ou la « racaille politique », qu’il fallait éviter d’attirer les regards des médias. Afin d'éviter que ceux-ci vocalisent la couverture médiatique du meeting sur ces images là. Néfastes au FN. Le « peuple frontiste » doit rester sage et doit éviter tout débordement pour démontrer – certes artificiellement – qu’il est le modèle de la « France de demain ». Ainsi, les diverses petites ratonnades qui émailleront le meeting parisien de Le Pen se dérouleront dans ses alentours et loin des caméras de télévision. Comme d'habitude.
La propagande frontiste manipule Par ailleurs, dans cette foule, pour grossir les rangs, les parisiens avaient reçu le renfort de militants FN provenant d’autres départements. Des bus entier étaient par exemple arrivés remplis de Lorrains. Le nombre de participants à ce meeting parisien était donc bien inférieur à celui annoncé par le « service de propagande » du parti d’extrême droite. Ce meeting ne rencontra qu’un succès relatif.
Notre voyage en « lepenie », confirme qu’avec le Front national – et ses avatars en Europe (chez nous, le Front national et le Vlaams Belang) – la haine, la rancœur, la jalousie, le nationalisme, le racisme, la xénophobie, l’anti-politisme… peuvent fédérer les différentes « tribus » sociologiques de nos sociétés se considérant comme déclassées, marginalisées et exclues du système. La « lepénie » est une maladie qui survira demain à son fondateur et actuel agent de transmission, Jean-Marie Le Pen. Ce petit voyage incognito de RésistanceS au cœur des « lignes ennemis » était, une fois de plus, des plus instructifs. Manuel ABRAMOWICZ Les autres photos du reportage de RésistanceS
© RésistanceS – info@resistances.be - www.resistances.be – Article et photos de RésistanceS mis en ligne le 17 avril 2007.
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Des Belges Parmi les 6.500 participants du meeting de Jean-Marie Le Pen, du 15 avril dernier à Paris, il y avait quelques étrangers : des Italiens, des Espagnols, des Anglais et des Belges. Passant le week-end dans la capitale française, certains d’entre eux, militants d’extrême droite dans leur pays d’origine, profitèrent sans doute de l’occasion pour venir écouter la « bête de scène » qu’est Le Pen. Les Belges présents, une minuscule poignée, provenaient du Vlaams Belang (VB). Durant le meeting, le numéro 2 du VB, Filip Dewinter, allait de temps en temps trôner avec le numéro 1 du Front national français. Dans ses parages, circulait également Pieter Kerstens. Ancien dirigeant du Parti des forces nouvelles (PFN), un groupuscule néonazi francophone actif à Bruxelles jusqu’en 1991, ce Kerstens conduit aujourd’hui l’Alliance bruxelloise contre le déclin (ABCD), pour le compte des intérêts électoraux du VB. L’ABCD sert effectivement de lieu d’animation des francophones partisans du Vlaams Blok dans la capitale belge (1). Pieter Kerstens, depuis l’époque du PFN, continue d’entretenir différents bons contacts en France avec plusieurs structures d’extrême droite. C’est le cas du Club Ligne de Droite. Ce réseau politique est animé par Jean-François Touzé, conseiller régional d'Ile-de-France et membre du bureau politique du Front national. Avant le meeting parisien, Touzé, Kerstens et Dewinter avaient déjeuné ensemble, en compagnie de responsables frontistes de la région Haute-Normandie et de Roland Hélie, un ancien du PFN français et actuel animateur de la revue nationaliste « Synthèse nationale ». Si le Vlaams Belang et l’ABCD de Pieter Kerstens figuraient en bonne place parmi les participants du rassemblement électoral de Jean-Marie Le Pen, il faut signaler par contre que de nombreux autres lepénistes belges brillaient par leur absence. Aucun membre du Front national de Daniel Féret, ni d’ailleurs du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen (2) assista au meeting. Autre absent de marque : Alain Escada, le président de l’association intégriste Belgique & Chrétienté, un habitué pourtant des festivités organisées par le parti de Jean-Marie Le Pen (défilé Jeanne d'Arc, Fête des BBR...). Son absence à Paris, le 15 avril dernier, pourrait peut-être s’expliquer par le souhait récent de la direction du FN français de ne plus en entendre parler. Des propos critiques à l'égard de Jean-Marie Le Pen tenus en public par Escada auraient en effet déplus aux frontistes d’outre-Quiévrain. Depuis, ce Belge, lepéniste de longue date, serait persona non grata dans les rangs du FN. Un handicap pour Alain Escada : il pourrait dès lors être exclu du « nouveau FN » belge qui se met en place en coulisses contre celui de « usurpateur Daniel Féret », le « président-à-vie » du premier Front national belge. [M.AZ] (1) Sur l'Alliance bruxelloise contre le déclin, lire notre article : « Une alliance francophone au service du Vlaams Blok / Belang » (2) Sur
le Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen, lire
notre article : « Création en
Belgique d’un comité pro-Le Pen »
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