RésistanceS.be 06-05-2013

Ouverture à Munich du procès de la NSU néonazie


L’extrême droite criminelle devant la justice


Pendant plus de sept ans, le groupe néonazi NSU s'est rendu coupable en Allemagne de dix meurtres et de deux attentats. Sans être soupçonné par les services policiers et de renseignements. Préférant protéger leurs indicateurs dans cette mouvance politique et pourchasser les réseaux terroristes islamistes. Le procès de l'une des fondatrices de la NSU et de quatre complices est aussi celui des dysfonctionnements et des naïfs de ce scandale allemand.


 


Photo : RésistanceS.be


Début, ce lundi 6 mai, d’un procès historique en Allemagne. C’est le plus important impliquant l’extrême droite néonazie depuis 1945. Et le plus vaste procès d’activistes politiques, après ceux qui frappèrent la Rote armee fraktion (RAF) et les autres organisations terroristes d’extrême gauche, dans les années septante et quatre-vingt.

Le procès qui vient de s’ouvrir à Munich est celui de Beate Zschäpe (38 ans), cofondatrice et « survivante » de la Nationalsozialistischer Untergrund (NSU, en français : Clandestinité national-socialiste) et de quatre personnes ayant apporté un soutien possible à cette organisation néonazie criminelle.


Meurtres et attentats
Fondée en 1998, la NSU s’est rendue responsable en Allemagne, entre 2000 et 2007, de l’assassinat de huit commerçants turcs, d’un Grec et d’une policière. A son actif criminel, se rajoute également quinze braquages (pour financer ses activités terroristes) et deux attentats à la bombe commis dans des quartiers immigrés de Cologne. Les attentats de la NSU ont blessés des dizaines de personnes.

L’action de ce groupe terroriste néonazi prit fin en novembre 2011, suite aux suicides de ses deux autres fondateurs, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt. Pour éviter leur arrestation, suite à l’échec d’un hold-up d’une banque, ces dernières mirent fin à leurs jours. Quatre jours après, Beate Zschäpe sera arrêtée.

Ce fut alors le début de la découverte de l’existence de la NSU. Jusqu’alors, la police allemande avait attribué ses assassinats (non revendiqués) à des règlements de compte entre commerçants immigrés, voire commis pour des raisons familiales. 


Dysfonctionnements et fausses pistes
Le procès de Beate Zschäpe et des complices supposés de la NSU est aussi, en quelque sorte, celui de la police, des services de renseignements et de la justice.

Après les révélations en 2011 sur l’existence de ce groupe terroriste d’extrême droite, « l’Allemagne découvre alors avec stupeurs une série de dysfonctionnement policiers sans précédents », rappelle ce lundi, Nathalie Versieux, la correspondante à Berlin du journal français Libération. Elle précise encore : « A aucun moment les enquêteurs, qui recherchaient pourtant le groupe passé en clandestinité en 1998, n’ont été sur leurs traces ».

Comment expliquer les cafouillages, les dysfonctionnements et les fausses pistes des enquêtes sur cette série d’assassinats ? La correspondante en Allemagne de Libération relate que « policiers et magistrats, convaincus d’avoir affaire à des crimes mafieux, n’ont jamais exploré la piste de l’extrême droite, concentrant leur enquête sur le seul entourage des personnes tuées. »

Pour Gideon Bortsch, un chercheur de l’université de Potsdam spécialiste de l’extrême droite, cité par Libération, « il y a eu un aveuglement complet  face au caractère raciste de ces meurtres ».

Parce que la NSU était inconnue des organismes qui ont la charge de la surveillance de ce type de groupes ? Inconnue, parce que ne rassemblant que trois activistes ? Ce qui rendra la tâche encore plus difficile pour les identifier ? Aujourd’hui, il est pourtant acquis que ce groupe « national-socialiste » ne se résumait pas à ce trio terrifiant. Dans un DVD de propagande de la NSU, retrouvé en 2011, ce groupuscule terroriste se présentait comme étant le « noyau dur » d'un « réseau national de camarades répondant au leitmotiv: des actions au lieu des mots », signalait ce dimanche Patrick Saint-Paul, le correspondant à Berlin du journal Le Figaro sur le site Internet de celui-ci.


Néonazis et indics de police
Cette « bande » avait débuté politiquement au sein de la Thüringer Heimatschutz (TH, en français : « Protection de la patrie de Thuringe », le länd où est apparue la NSU). Les quatre complices poursuivis avec Beate Zschäpe devant le tribunal de Munich appartiennent d’ailleurs à la TH. Ce groupe néonazi a rassemblé jusqu’à 170 activistes. Les membres de la NSU eurent aussi des contacts au sein du NPD, le « parti national-démocratique allemand » (sic). Malgré son nom, le NPD est catalogué en Allemagne dans le « rayon » néonazi, mais est aussi le plus important sur le plan électoral des partis d’extrême droite. Maintenant, il est établi par les enquêteurs qu'après sa création, plus de 129 militants néonazis furent pour finir en contacts avec la NSU. La police pouvait-elle dès lors réellement ignorer une telle mouvance ?

Il faut savoir que dans cette nébuleuse d’extrême droite, y compris au sein de la direction du NPD, les indicateurs de police et des services de renseignements sont nombreux. Dès lors, la question de savoir si la Nationalsozialistischer Untergrund était réellement inconnue des services de renseignements et de police demeure. D’autant plus qu’« il semble avéré »  que la Verfassungsschutz (VS), les renseignements généraux de la république allemande en charge de protéger sa constitution, « entretenait des relations dangereuses avec des membres de cette mouvance, rémunérés en échange d’informations », note la journaliste Nathalie Versieux.



Uwe Böhnhardt (à gauche) et Uwe Mundlos en 1996. Ils étaient alors membres de la Thüringer Heimatschutz (TH), un des nombreux groupes néonazis actifs en république allemande – Photo publiée par le Spiegel.


Protégés par le 11-septembre
Pour expliquer le non intérêt des autorités compétentes pour lutter contre l’extrême droite radicale, la correspondante de Libération rapporte la déclaration de Sebastien Edaty, député du SPD (social-démocrate) et président de la commission d’enquête parlementaire sur cette affaire : « La surveillance de l’extrême droite a été négligé après le 11 septembre » (2001). Mobilisant alors les services de renseignements et policiers sur la chasse quasi exclusive des réseaux terroristes intégristes islamistes. « L’extrême droite serait pourtant toujours aussi active et dangereuse », rappelle Nathalie Versieux.

« La série de dix meurtres commis par le groupuscule a révulsé l'Allemagne et provoqué une prise de conscience outre-Rhin sur les violences dont sont capables les cellules de fanatiques du IIIe Reich », précisait Patrick Saint-Paul du Figaro.

Avec ces cinq accusés, septante parties civiles, cinquante avocats et six-cent témoins qui seront appelés à la barre, le procès de la NSU devrait durer deux ans et demi. « Peu, trop peu d’entre nous ont cru possible que [de tels crimes] puissent arriver aujourd’hui en Allemagne », a déclaré récemment Jörg Gelbert, le ministre de l’Intérieur de Thuringe, le länd allemand où s’est rencontré, à la fin des années nonante, le trio fondateur de la Clandestinité national-socialiste.

Le procès de Munich sera aussi indirectement celui des naïfs et de ceux qui affirment de façon dogmatique que l’extrême droite et le racisme n’existe plus.

Simon HARYS



L’extrême droite criminelle allemande en chiffre

« Le potentiel de violence néonazie ne doit pas être sous-estimé», selon Hans-Peter Friedrich, ministre de l’Intérieur allemand.

  • Le groupe terroriste Nationalsozialistischer Untergrund (NSU) fut actif de 1998 à 2011.
  • La NSU aurait été en relation avec 129 militants de la mouvance néonazie.
  • 266 militants néonazis font l’objet de mandats d’arrêt. Cependant, bien que se rapportant à des actes violents, voire même à des meurtres, ces mandats ne sont pas appliqués.
  • 63 meurtres pour motif raciste ont été commis par l’extrême droite, en Allemagne entre 1990 et 2012, selon le ministère de l’Intérieur.
  • En réalité, le nombre serait bien plus élevé selon une recension effectuée par l’hebdomadaire Die Zeit. C’est 152 assassinats xénophobes qui auraient été commis durant la même période, dont plus de 18 autres où le mobile raciste était très probable. Statistiques criminelles confirmées par diverses ONG.
  • Pour l’année 2012, d’après le ministre de l’Intérieur allemand, Hans-Peter Friedrich, la violence d’extrême droite aurait augmenté de 2 %.

Sources : les quotidiens Libération (p. 12) et Le Soir (p. 11) du 6 mai 2013.


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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 mai 2013.

 

 


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