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Enquête sur les germes
criminogènes de l'extrême droite
«Terrorisme identitaire» : toujours
à l'ordre du jour
Responsable de campagnes de propagande contre les terrorismes
«islamique» et «rouge», l’extrême
droite fait pourtant partie d’un courant politique où
la violence est monnaie courante. Les partis électoraux de
la «droite nationale» ont tous été fondés
par des mouvements ou des personnalités provenant des rangs
néonazis. Un «milieu» constitué de partisans
fanatiques de la lutte armée. Aujourd’hui encore, en
parallèle à la participation électorale, le «terrorisme
identitaire» reste une option. Que certains envisagent toujours…
Par Manuel Abramowicz

Activistes de l'extrême droite française
en action dans les années 1970. La violence est alors quotidienne
entre les «commandos» néofascistes et les mouvements
d'extrême gauche. Les premiers deviennent de véritables
«auxiliaires de police» pour s'opposer aux seconds, de
véritables révolutionnaires anticapitalistes menaçant
directement la «bourgeoisie». Certains de leurs militants
respectifs vont ensuite «tomber» dans la lutte armée,
contre les étrangers pour l'extrême droite, contre le
système capitaliste pour les gauchistes – Document :
Archives Ras l'Front.
Cet été, l'extrême droite belge s'est mobilisée,
une nouvelle fois, contre le terrorisme, à l'occasion de l'opération
policière et judiciaire contre le Secours rouge, une organisation
d'extrême gauche de défense des «prisonniers politiques».
A cette occasion, un «Observatoire européen des terrorismes
et des subversions» a même été mis sur pied
à la hâte, dans la mouvance de Belgique & Chrétienté,
un groupuscule intégriste proche des néofascistes (1).
L'antiterrorisme, version extrême droite, est une posture conservatrice
bien connue de ce milieu politique. La mobilisation de la droite nationaliste
contre le terrorisme est basée sur une peur obsessionnelle
du «rouge» (rouge étant la couleur des communistes,
des socialistes et de la gauche révolutionnaire). Cette «maladie»
politique est apparue dans l'entre-deux-guerres au cœur de la
droite conservatrice, mais a aussi touché les partis sociaux-démocrates
(2).
Le reflexe pavlovien antiterroriste de l'extrême droite est
aussi utile pour redynamiser ses troupes (bien plus maigres que son
électorat) et tenter de lancer des campagnes démagogiques
et populistes, dans le but de se faire passer pour la «solution
politique» au terrorisme. L'extrême droite fait flèche
de tout bois pour faire croire à ses ouailles que le terrorisme
est exclusivement islamique et d'extrême gauche. En oubliant
savamment le terrorisme... d'extrême droite ! Qui existe bel
et bien. De plus, le «terrorisme noir» est bien plus meurtrier
que le «terrorisme rouge». L'histoire de l'Europe et des
Etats-
Unis nous rappelle les nombreux attentats aveugles commis par des
organisations néofascistes. Les attentats de la gare de Bologne
en 1980 (85 tués) ou d'Oklahoma city en 1995 (168 tués)
ne sont que deux exemples parmi tant d'autres.

La gare italienne de Bologne, le 2 août
1980, après l'attentat aveugle (85 innocents assassinés)
commis par l'extrême droite, pour le compte de services secrets
italiens et américains.
Logique guerrière
Force est aussi de constater que le corpus doctrinal, la
«vision du monde» et la stratégie politique de
beaucoup de représentants actuels de l'ultra droite nationaliste
s'arc-boutent sur une «logique de guerre».
«Nous voulons que nos petits-enfants
soient, à leur tour, Gaulois et fiers de l’être.
Que cela plaise ou non aux amateurs de sociétés multicolores,
sans corps et sans âme, contre lesquels nous avons engagé
la résistance. Dans une guerre qu’il faut appeler par
son nom : une guerre de libération nationale».
Tels étaient les propos tenus
en 1998 par Pierre Vial (3). Ancien membre de la direction du Front
national français, celui-ci est toujours l'actuel dirigeant-fondateur
de Terre & Peuple. Ce mouvement racialiste, païen et revendiquant
un véritable «apartheid racial» exerce une forte
influence sur l'extrême droite d'outre-Quiévrain, mais
également chez nous en Belgique. En effet, Pierre Vial est
une référence pour les radicaux du Vlaams Belang. Il
est aussi en contact avec le mouvement «identitaire» Nation.
Au Front national de Daniel Féret, son actuel président
ff Patrick Cocriamont est un fidèle des théories idéologiques
de Terre & Peuple. Rien d'étonnant, il milite au sein de
la «bannière wallonne» de ce mouvement communautariste
ethnique nationaliste-européen. Pierre Vial a aussi précisé
un jour au sujet des «cadres du mouvement national» (décrits
comme des «intellectuels organiques») :
«La mission de l’intellectuel
organique (est d’)armer mentalement les militants pour leur
permettre, ensuite, d’être physiquement efficaces. L’intellectuel
organique définit les enjeux, éclaire et instruit,
trace la voie. Puis il applique les principes qu’il a enseignés
en prenant la tête de sa section pour conduire la vague d’assaut
(…)» (4).
Cette logique guerrière reste
d'actualité au sein de l'extrême droite. Notamment en
renforçant le souvenir des combats du passé. C'est le
cas de ceux livrés en Italie durant les «années
de plomb» (1968-1982). L'un des acteurs de cette période
terroriste, Gabriele Adinolfi (né en 1954, il était
l'un des leaders de l'organisation Terza Posizione) est devenu une
vedette dans les milieux nationalistes et identitaires, de Rome à
Paris, en passant par Bruxelles. Il est l'auteur du livre «Nos
belles années de plomb – La droite radicale italienne
dans l'orage de la lutte armée et de l'exil», publié
en Italie et édité en français en 2004 par les
éditions néonazies parisiennes L'AEncre. Depuis lors,
Gabriele Adinolfi sillonne les pays européens pour donner des
conférences auprès de ses «camarades politiques».
Le 7 octobre 2004, il était à Bruxelles pour une causerie
tenue à l'occasion du «Second jeudi identitaire»
organisé par l'ex-revue «Devenir» (titre faisant
référence directement à la publication du même
nom de la SS nazie française !), la «bannière
wallonne» de Terre & Peuple et le réseau Synergies
européennes. Selon un compte rendu de ce rendez-vous : «Gabriele
Adinolfi est venu de Rome présenter son ouvrage «Mes
plus belles années de plomb» expliquant la vraie histoire
du combat des nationalistes italiens de la fin des années 60
au début des années 80. Cette guerre civile larvée
fera plus de 30 morts parmi les nationalistes italiens. Adinolfi a
livré un témoignage passionnant et poignant de ces années».

Dans son journal confidentiel
«jusqu'à Nouvel Ordre», le GUD justifiait encore
récemment le passage à la lutte armée pour la
défense de l'«Europe blanche», sous l'exemple du
«terrorisme identitaire». En Belgique, ce groupe néonazi
violent est en contact avec les étudiants pro-Vlaams Belang
du NSV et le mouvement «identitaire» Nation © Documents
: Archives RésistanceS.be.
Guerre civile larvée en Europe
Les références à la violence armée
politique sont des plus nombreuses au sein de cette droite radicale.
Il y a quelques années, un dirigeant du Front national belge
affirmait dans son mensuel «Le National» :
«Les élections ne
sont pour nous, nationalistes, qu'un moyen de sauver le pays. Moyen
légal. Moyen parmi d'autres...».
Depuis lors, rien n'a vraiment changé
chez les radicaux de la «révolution blanche». Sans
cesse, le recours à la lutte armée est évoqué
en filigrane comme un passage incoutournable pour tous les militants
nationalistes et identitaires. L'observation de cette réalité
se fait à la lecture des publications publiques des partis
et mouvements d'extrême droite. A l'abri des regards extérieurs,
lors de réunions internes, des propos plus extrémistes
encore sont tenus au plus disciplinés d'entre eux, comme le
confirment plusieurs témoignages d'ex-militants d'organisations
nationalistes, néonazies et identitaires recueillis par RésistanceS.be.
«Le droit à la résistance
(NDLR : violente), à la défense de sa terre et de
son peuple, est un droit fondamental. Il se peut qu'un jour nous
devrons nous-mêmes faire appel à ce droit. La colère
et le désespoir provoqués par le climat d'une guerre
civile larvée en Europe sont susceptibles de provoquer des
actes de résistance, des sursauts destinés à
réveiller le peuple qui dort. Les Français et les
Européens qui se sentent menacés en tant que communauté
politique seront bientôt traités de terroristes. Il
y a déjà des lois contre eux».
C'est ainsi que se conclut l'éditorial
du journal français d'extrême droite «jusqu'à
Nouvel Ordre» consacré au «terrorisme identitaire»
(5). Ce dernier est réalisé par le Groupe-Union-Défense
(le GUD), une organisation étudiante nationaliste toujours
active aujourd'hui. Le GUD est également connu pour ses actions
commandos violentes contre ses adversaires principaux, les étudiants
syndicalistes de gauche. Dans le numéro spécial «Terrorisme
identitaire» de sa publication confidentielle, il mentionnait
encore au sujet du terme «terroriste» :
«(...) ce qualificatif destiné
à discréditer l'ennemi occupe la deuxième position
sur le Top 50 d'injures politiques, juste après ''fasciste''.
Parfois, cette arme sémantique n'est pas efficace. Les combattants
qu'on en affabule y voient même une certaine marque d'honneur
et de respect. Le terrorisme d'aujourd'hui c'est un peu le hors-la-loi
d'antan» (6).
Parmi le GUD, ses partisans et disciples
contemporains se manifeste même une admiration pour le «terrorisme
identitaire d'extrême gauche» :
«Les terroristes identitaires
se revendiquent souvent à la fois nationalistes et de gauche,
ce qui révolte les gens de notre sensibilité politique.
L'explication de cette contradiction apparente est en réalité
très simple : ils sont de gauche car, à un certain
moment de l'histoire, leurs nations se sont retrouvées en
face d'un ennemi oppresseur qui était de droite.
En s'élevant au-dessus du
clivage gauche/droite, on aperçoit derrière un verbiage
marxiste une vision très saine, celle du sang et de la terre.
(...) Car, pour ces nationalistes en armes, le principe fondateur
de leur combat n'est pas la subversion internationaliste mais l'identité
nationale. Ils entendent défendre le sang et le sol, protéger
la langue et la culture, conserver l'histoire et le patrimoine...
Ces thèmes ne font-ils pas vibrer aussi nos cœurs ?»
(7).
Selon les radicaux du GUD, le recours
électoral n'est pas l'unique voie pour atteindre l’objectif
final (l'édification d'une Nation d'Ordre nouveau). «Le
Pen à 17 %, qualifié pour le 2e tour : nous sommes au
courant, et c'est super ! (C'est d'ailleurs un peu l'approche de ce
séisme qui a incité les Rats Noirs (8) à sortir
de leurs caves.). Mais c'est aussi le moment de rappeler, avec notre
sens excessivement gudesque de l'à-propos, qu'il n'y pas que
les bulletins de vote qui font l'Histoire»... le reste
des déclamations du GUD est ensuite consacré à
la lutte armée identitaire !

Des organisations terroristes d'extrême
droite en Belgique ?
Dans les années 1970 et 1980, plusieurs groupes nationalistes
se sont rendus responsables d'attentats dans notre pays. On observe
à nouveau une radicalisation d'organisations d'extrême
droite. En Flandre, la section «Vlaanderen» de Blood &
Honour, un réseau international de nazi-skins adeptes du terrorisme
contre leurs adversaires, s'est redynamisé récemment
avec l'arrivée de nouvelles jeunes recrues. Du côté
francophone, la «division Belgica» du Front Eolh (ci-dessus
quelques exemples de sa propagande) recrute dans le milieu des «crânes
rasés» wallon et bruxellois. Ouvertement NS («national-socialiste»),
ce Front affirme vouloir défendre la «race blanche»,
y compris les armes à la main. Certains de ses adeptes belges
proviennent de «Konflikto 28» (K28), un groupuscule nazi-skin
actif à Bruxelles et en Wallonie qui était il y a quelques
moins encore lié à un groupe similaire présent
en France. Et qui a été depuis lors démantelé
par la police, suite à une fusillade à l'arme de guerre
© Documents : Archives RésistanceS.be.
Pour un Ordre nouveau
Deux ans avant cette «déclaration» forte
de sens, le GUD était présent à Bruxelles pour
apporter sa vision de la politique à l'occasion d'un meeting
du mouvement «identitaire» Nation. Le titre de ce rassemblement
était «Meeting pour un ORDRE NOUVEAU». L'organisation
admirative du «terrorisme identitaire» est par ailleurs
régulièrement en contact avec le Nationalistische Studentenvereniging
(NSV), l'association des étudiants nationalistes flamands liée
directement à la direction du Vlaams Belang. Filip Dewinter,
ex-dirigeant du NSV et leader charismatique du parti d'extrême
droite flamand, était, en novembre 2006, l'une des vedettes
principales des cérémonies organisées pour le
trentième anniversaire de naissance du NSV (9). Le même
Dewinter recevait en avril 2007 à Bruxelles une délégation
d'extrémistes identitaires français, pour qui le GUD
reste un modèle. Ainsi que son option terroriste ?
Une évidence : la mouvance extrémiste
de droite, adepte des slogans antiterroristes lorsqu’il est
de gauche ou islamique, se tait dans toutes les langues quand la violence
politique provient de son propre camp. Et adopte un reflexe négationniste
sur les nombreuses participations de l’extrême droite
aux diverses «stratégies de la tension». Stratégies
utilisant les méthodes terroristes (attentats aveugles) pour
terrifier la population et justifier l’instauration d’une
dictature d’Ordre nouveau. L'extrême droite compte également
dans ses rangs des individus qui ont du sang sur les mains. Et chaque
jour qui passe endoctrine peut-être encore de futurs assassins.
De futurs Hans Van Temsch. Ce jeune garçon, un peu paumé,
avait été fanatisé par un milieu politico-familial
identitaire. En pleine crise d'adolescence (période psychologique
de recherche de sa propre identité), il passa à l'acte
et se rendit responsable d'un carnage, en mai 2006, dans les rues
d'Anvers. Une jeune africaine et un bébé «blanc»
furent assassinés et une jeune femme d’origine turque
gravement blessée. Le nationalisme finit toujours, un jour
où l'autre, par la mise à mort de ses ennemis. L'extrême
droite porte ainsi en elle des germes criminogènes.
Manuel Abramowicz
Notes :
(1) A ce sujet, lire l'article de RésistanceS.be «L'antiterrorisme,
version extrême droite»
(2) Sur le phénomène de la «peur du rouge»,
il faut consulter le livre «La peur du rouge», coordonné
par les professeurs Pascal Delwit (sciences politiques) et José
Gotovitch (histoire) et publié en 1996 aux éditions
de l'Université de Bruxelles-Institut de Sociologie (ULB),
Bruxelles, 230 p.
(3) Pierre Vial : «Gaulois ? Présents !», in «La
Lettre de Terre et Peuple», janvier-février 1998.
(4) Extrait d’un article de Pierre Vial publié dans «Offensive
pour une nouvelle université» (trimestriel du Renouveau
étudiant, organisation du Front national de Jean-Marie Le Pen),
n° 1, 1er. Trimestre 1997, page 4.
(5) «Jusqu'à Nouvel Ordre», dossier «Terrorisme
identitaire», n°5, 2002, Paris, 42 pages. Toujours vendu,
diffusé et référé en 2008 dans les milieux
d'extrême droite.
(6) «Ils font parler la poudre», premier article, non
signé, du numéro spécial «Terrorisme identitaire»
de la publication «Jusqu'à Nouvel Ordre», n°5,
2002, Paris, p. 1 (en réalité 3).
(7) Idem.
(8) Note de RésistanceS.be : le terme «Rats Noirs»
est utilisé dès les années 1970 par les radicaux
de l'extrême droite pure et dure pour s'auto-désigner.
Au Front national belge, ce terme a aussi été revendiqué
: «Nouvelle Droite ? Droite Nationale ? Royaliste,
etc. ? Qu'importe ! Il y a les rats des villes et les rats des champs...
mais nous sommes tous des RATS NOIRS» explique en janvier
1994 «Jeunes d'Europe», le journal du FNJ, l'organisation
frontiste belge de jeunesse.
(9) Lire au sujet des liens du Vlaams Belang avec le NSV, l'article
de RésistanceS.be : «VB-NSV, des liens pour un Ordre
nouveau» 
| Pourquoi
l’extrême droite est-elle violente ?

Délégation de Blood &
Honour-Vlaanderen (B&H-VL) défilant lors d'une manifestation,
le 5 juillet dernier, à Zoetermeer, en Hollande. Cette
manifestation était organisée par la NSA... National
socialist action ! Sur le calicot de B&H-VL, il est fait
référence à C18 (Combat 18), une organisation
clandestine néonazie terroriste © Photo : Alert
! (revue antifa hollandaise).
L’extrême droite est violente. Partout où
elle a été au pouvoir, elle a instauré
par la force la dictature. Le Vlaams Belang (VB), les deux Front
national belge ou les autres formations politiques d’extrême
droite se revendiquent toutes, d’une façon ou d’une
autre, des dictatures régnant jadis au Portugal, en Espagne,
en Allemagne, au Chili... Aujourd’hui, ces anciens régimes
non démocratiques et violents restent encore des modèles
pour les partis et mouvements de la droite nationaliste.
Autre danger, le
passage à l’acte. En effet, la violence politique
est toujours un des traits communs des formations politiques
néofascistes. Dans l’histoire de l’extrême
droite, on retrouve d’ailleurs souvent la trace de groupements
paramilitaires. Comme dans les années 1970, avec le Vlaamse
militanten orde (VMO) et le Front de la jeunesse (FJ), connus
pour leurs actions commandos et leurs références
au nazisme. La majorité des dirigeants du VMO ont ensuite
rejoint la direction du Vlaams Blok (devenu depuis le Vlaams
Belang). Aujourd’hui encore, cette «milice»
néonazie reste une référence pour le VB
(voir à ce sujet l'article de RésistanceS.be :
«Le VMO, toujours un exemple pour le Vlaams Belang»
). Pour leur part, beaucoup de nervis du FJ se sont recyclés
dans les rangs du Front national (cf. notre article «Front
de la jeunesse et Parti des forces nouvelles recyclés
au FN» l).
La référence
à la violence est régulière dans ce milieu
politique. Elle s'exprime entre les lignes, en filigrane. Des
dirigeants du fascisme d’aujourd’hui se sont en
effet rendus personnellement responsables de menaces de représailles,
formulées publiquement à l’encontre de ceux
osant se trouver sur leur chemin. C’est le cas de Jean-Marie
Le Pen, voici quelques années, qui menaça de représailles,
après son arrivée hypothétique au pouvoir,
un officier des forces de l’ordre lui refusant l’accès
d’une salle d’un meeting interdit par les autorités.
En novembre 2004, Gerolf Annemans, le numéro trois du
Vlaams Belang, s’en prit aux magistrats ayant condamné
son parti pour racisme.
Pour sa part, Daniel
Féret promettait, en janvier 2005, de «faire la
peau» à Jean-Claude Defossé, un journaliste
de la RTBF qui consacrait un reportage télévisé
aux affaires judiciaires dans lesquelles était impliqué
le chef du FN. Lors des meetings de ce Front, il n'est pas rare
encore que des militants et cadres de celui-ci proposent de
loger une «balle dans la tête» de leurs opposants
internes et externes (1).
Force est donc
de constater que le terrorisme n’est pas toujours intégriste
islamiste et d'extrême gauche. Il est aussi d’extrême
droite. Deux ans et demi après les historiques attentats
du 11 septembre à New-York, des bombes ont explosé,
le 11 mars 2004, à Madrid, dans des trains bondés.
Près de 200 innocents ont été lâchement
assassinés. Le 2 août 1980, dans une autre gare,
celle de la ville de Bologne, en Italie, un attentat tuait près
d’une centaine de personnes. Le 19 avril 1995, dix ans
avant Madrid, la ville d’Oklahoma City, aux Etats-Unis,
était secouée par une terrible explosion. Un bâtiment
de l’administration fédérale s’effondra
suite à un attentat aveugle qui fit 168 morts. Furent-ils
assassinés par des terroristes se revendiquant de la
religion musulmane ? Non, les attentats de Bologne et d’Oklahoma
City furent commis par l’extrême droite !
Il y a encore de
nombreux cas qui montrent que l’extrême droite utilise
aussi le terrorisme comme moyen pour terroriser la population.
En septembre 2006, Bloed-Bodem-Eer en Trouw (BBET, en français
: Sang-Terre-Honneur et Fidélité), un groupe néonazi
flamand clandestin constitué de nombreux militaires,
était démantelé par la police. Issu d'une
dissidence de Blood and Honour-Vlaanderen (un autre mouvement
néonazi), BBET s'apprêtait à commettre des
attentats en Belgique. Quelques mois auparavant, Hans Van Temsch,
un jeune néonazi proche des thèses du Vlaams Belang,
assassinait en pleine rue, à Anvers, une jeune africaine
et le bébé «blanc» dont elle avait
la charge.
L’Histoire
le démontre amplement : le racisme et le nationalisme
débouchent toujours sur la violence et le meurtre, à
petite ou grande échelle. Aujourd’hui, la propagande
raciste de l’extrême droite à l’égard
des étrangers est toujours digne de celle qui s’attaquait
aux Juifs dans les années 1930 et 1940. Rien d’étonnant
à cela : les publications d’extrême droite
induisent régulièrement à la violence en
recourant à un langage de guerre et en donnant la parole
à des idéologues néonazis. Leur but officiel
est de préparer leurs militants à la «guerre
ethnique» qui va arriver prochainement, selon eux. Cet
endoctrinement va pousser des activistes d’organisations
populistes de droite nationaliste à passer à l’acte.
Effectivement, au cours de ces dernières années,
des personnes d’origine étrangères furent
violemment agressées et même assassinées
par des militants venant de la droite nationaliste. Y compris
en Belgique. Des actions terroristes ont encore été
perpétrées contre des organisations immigrées,
des mosquées, des mouvements de la gauche radicale ou
des militants antifascistes, après la planification de
campagnes d’intimidation via des lettres de menaces anonymes.
Signalons encore
que dans plusieurs pays européens, des néofascistes,
adeptes de cultes sataniques, se sont rendus responsables de
profanation de tombes chrétiennes, d’incendies
d’églises et même d’assassinats contre
des prêtres catholiques....
Manuel
Abramowicz
[Extrait, revu
et actualisé, du livre «Guide des résistances
à l'extrême droite» de Manuel Abramowicz,
édité en 2005 aux éditions Labor. Prix
Condorcet-Aron du meilleur livre francophone en 2006].
(1) D’après
le livre «Un an au Front national», de Thierry Huart-Eeckhoudt,
publié par le MRAX aux éditions Luc Pire, en septembre
2008.
|
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info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 octobre 2008
à 23 h 39.
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Au sommaire de
ce dossier de RésistanceS.be
NOUVEAU Attentats d'extrême droite d'Oslo : qui sont les responsables ? 24/07/2011
• «Terrorisme
identitaire» : toujours à l'ordre du jour
• Pourquoi l'extrême
droite est-elle violente ?
• L'extrême
droite terroriste aux Etats-Unis
• Le «Manuel»
de survie de la «race blanche»
• L'antiterrorisme,
version extrême droite
• DOSSIER
: les années de plomb belges
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