RésistanceS 09-08-2006

Front de la jeunesse et Parti des forces nouvelles recyclés au FN

Plusieurs « cadres » du Front national de Daniel Féret proviennent du Front de la jeunesse (FJ) et du Parti des forces nouvelles (PFN). C'est le cas du député fédéral Patrick Cocriamont et de son assistant parlementaire Daniel Leskens, membres de la direction frontiste et de la « garde rapprochée » de son président. Le corpus doctrinal de ces deux anciennes organisations phares du néonazisme belge, entre 1974 et 1991, a été recyclé au « FN féretiste » par Cocriamont-Leskens. Portrait du FJ et du PFN.

 

Autocollant du Front de la jeunesse, une organisation néonazie des années 70-80 dont sont issus beaucoup de responsables du Front national de Féret (document : Archives-RésistanceS).  

Le Front de la jeunesse (FJ) est fondé en 1974 par des étudiants d'extrême droite de l’Université de Liège, puis essaime des sections à Bruxelles, à Louvain-La-Neuve, à Namur avec le soutien actif du « Nouvel Europe magazine » (Nem). Le FJ devient la structure militante de ce journal. Il est dirigé par Emile Lecerf, un ex-collabo, durant l'occupation nazie, de l'institut politique de la SS. Après la défaite du IIIe Reich, Lecerf va poursuivre le combat à Jeune Europe de Jean Thiriart, dans les groupes Révolution européenne, au Nem et au FJ. Le Nem préconise la création d'un grand parti de « droite nationale », sous l'égide du Centre politique des indépendants et des cadres (Cepic), l'aile ultradroite du Parti social-chrétien menée notamment par Paul Vanden Boeynants. Les activistes du Front de la jeunesse sont alors utilisés comme hommes de main par des dirigeants du Cepic. Organisant des camps d'entraînement à la lutte urbaine, le FJ se spécialise dans les actions commandos violentes contre les « gauchistes », les immigrés, les antiracistes… Plusieurs de ses nervis seront impliqués dans de véritables opérations terroristes : jets de cocktails molotov contre des locaux d'associations étrangères, contre les bureaux du MRAX, du Mouvement chrétien pour la paix, attentat contre le journal de gauche « Pour », enlèvement et séance de torture contre un militant communiste... Ce « Front » défendit également les intérêts de l’ex-dictateur zaïrois Mobutu en intimidant des réfugiés politiques installés en Belgique.

En 1981, son noyau dur est condamné par la justice pour faits de milice privée. Le Front de la jeunesse se transforme alors en Parti des forces nouvelles (PFN), vers 1983. Cette nouvelle formation politique tente, en 1984, de récupérer l’« effet Le Pen » en Belgique. Le PFN est aussi l'un des partisans les plus acharnés du négationnisme, dont le propos est de nier le génocide des Juifs et les autres crimes contre l'Humanité commis par la dictature nazie. En 1989, ce parti tient un stand à la Foire internationale du livre de Bruxelles, où sont mis en vente un ouvrage de peintures d'Adolf Hitler et divers opuscules négationnistes. Avec d'autres dirigeants des « forces nouvelles » et le néonazi français Olivier Mathieu, Patrick Cocriamont est l'un des tenanciers du stand. Le nazisme et le rexisme sont les références historiques du PFN. Léon Degrelle, fondateur-dirigeant du parti Rex et général de la SS wallonne durant la Deuxième Guerre mondiale, est le parrain politique du PFN.

Le PFN préconisait la défense de la « race blanche », comme l'illustre cet autocollant. Un ancien dirigeant de ce parti néonazi, aujourd'hui député fédéral FN, Patrick Cocriamont, est toujours le chantre d’une politique pour les « Blancs d'abord » (document : Archives-RésistanceS).  

Après l'apparition en Belgique, en 1985, du Front national de Daniel Féret, le PFN, menacé sur son propre terrain par ce nouveau concurrent, s'était lancé dans un combat acharné pour le liquider politiquement. Bénéficiant d'un nom plus porteur sur le plan électoral (parce que s'identifiant directement à Jean-Marie Le Pen), le FN va gagner la « guerre inter-nationalistes ». Mis au tapis, le PFN est dissout en 1991 par sa propre direction et s'intègre par opportunisme dans le Front national. Plusieurs dirigeants du PFN néonazi siégeront à la direction du FN, seront élus sur ses listes ou militeront dans ses rangs. Ce fut le cas de Daniel Gilson, Xavier Sandron, Pieter Kersters, Georges Matagne, Christian Denivelle, Roland Pirard, Frédéric Erens.... Aujourd'hui encore, d’ex-cadres du FJ-PFN sont actifs au FN et membres de sa direction, comme Patrick Cocriamont (député fédéral), Daniel Leskens (assistant parlementaire du premier) et Patrick Sessler (assistant du sénateur et vice-président FN Michel Delacroix). Malgré leurs près de trente années de militance commune, ils appartiennent, au FN, à des tendances adverses. Cocriamont et Leskens sont des piliers solides du « clan du président ». Patrick Sessler, pour sa part, est le stratège des « réformateurs » du FN qui a pour objectif d'exclure Daniel Féret et ses adeptes du parti.

(M.AZ)

© RésistanceS – Belgique – Bruxelles – www.resistances.be – e-mail : info@resistances.be – 9 août 2006


Sommaire de notre dossier
Féret : exit !
La fin du « féretisme » ?

Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

- La fin du « féretisme » ?

- Les derniers serviteurs du « président-fondateur » (Cocriamont, Leskens, Hance, Rorive, Petitjean, Verlinden)

- Qui va remplacer Daniel Féret ?

- Document : nouvelles accusations de cadres du FN contre Féret

- Document : « Bande des quatre » et Féret : kif-kif ?


Toujours en ligne sur
RésistanceS.be

Pour comprendre l'histoire du FN belge (fondé en 1985) et les problèmes actuels de son « président-fondateur » Daniel Féret, il est également utile de consulter les articles de RésistanceS suivants :

- Portrait politique de Daniel Féret

- Le président du FN condamné pour racisme

- Le cercle Droite et Modernité, le Front national de demain ?

- La chute de la maison Féret ?

- Daniel Féret et « son FN » : une espèce en voie de disparition ?

- Une rébellion antinazie au FN ?

- Un néonazi du FN désigné député ?

- Plus de trente-trois dissidences au FN depuis sa création