RésistanceS 09-08-2006



Projection sur le FN de demain

Qui va remplacer
Daniel Féret ?


Couverture du journal du FN « Le National », d’avril 2006. Bientôt la fin de Daniel Féret et du culte de sa personnalité ?


Un plan extrêmement bien préparé vise à exclure du parti le président du Front national. De plus en plus nombreux, les opposants internes se sont organisés en tendances et multiplient les opérations de sabotage contre Daniel Féret et son entourage. Leur objectif : prendre le pouvoir du FN et le transformer en un parti de droite nationaliste et populiste. A la tête de ce « nouveau FN » : le sénateur frontiste Michel Delacroix et Patrick Sessler.


Depuis plusieurs mois, un groupe de cadres frontistes (comportant plusieurs élus) complotent contre Daniel Féret dans le but de le dégommer de sa place de « président à vie » du FN. Préconisant un véritable coup d’Etat contre Féret, les putschistes voient, de mois en mois, leurs rangs se grossir. Et leurs espoirs se concrétiser.


Des « réformateurs » très radicaux !
Percevant leur président comme un véritable frein au développement structurel du Front national, remettant en cause sa gestion interne et dénonçant son népotisme, les anti-Féret se présentent comme des « réformateurs » (sic). Ils veulent réformer le FN dans le but de le transformer en un véritable parti digne de ce nom. Sur le fond idéologique, ils continuent à se référer aux grandes lignes programmatiques de la droite nationale, incarnée en France par Jean-Marie Le Pen. Ces « réformateurs » restent en vérité des radicaux purs et durs d'un nationalisme – empreint de poujadisme et de xénophobie – habituel de ces milieux politiques.

Pour mener leur combat au cœur du FN, ils s’organisent depuis février au sein d’une nouvelle structure, le Cercle Droite et Modernité (revoir notre article du 16 février dernier : Le cercle Droite et Modernité, le Front national de demain ? ). Le coordinateur de cette tendance interne se nomme Patrick Sessler. Assistant parlementaire du sénateur et vice-président FN Michel Delacroix, Patrick Sessler est surtout un activiste d’extrême droite de longue date ayant milité dans une myriade de formations politiques (PFN, SOS Identité, Alliance radicale, Vlaams Blok, NOLS, PCN…). Au Parti des forces nouvelles (PFN), il était en charge de l’implantation et de la coordination des sections wallonnes de ce parti néonazi.

Les autres piliers du Cercle Droite et Modernité sont, entre autres, Michel Delacroix et Charles Pire, député régional liégeois. Dans leur tâche de « réformer » le Front, ils se sont adjoints les complicités de plusieurs anciens partisans de Féret : Jean-Marie Borbouse (député régional wallon), Emanuele Licari di Castel Mola (ancien chef du FNJ, les jeunesses frontistes, et proche des intégristes chrétiens de la Fraternité Saint-Pie X), Georges-Pierre Tonnelier (condamné pour racisme en avril dernier, avec Daniel Féret)… Depuis quelques mois, les « rebelles » proposent une publication, dont le titre, « A Droite », ne laisse aucune ambiguïté sur leur axe politique. Ex-président de la section de la ville de Huy du Parti social-chrétien (PSC), Charles Pire s’occupe de la réorientation programmatique du FN pour le compte du Cercle Droite et Modernité. Ce député régional liégeois met pour l’instant la touche finale au futur nouveau programme frontiste.

FN « déféretisé »
Sessler dans le rôle du stratège, Pire dans celui du théoricien, Michel Delcroix devrait lui, après la liquidation politique de Daniel Féret, prendre le poste de président du FN « déféretisé ».

Lorsque ce dernier pourra voir le jour, il aura été transformé en un parti de droite national-populiste, au sein duquel seront placées en première ligne des personnalités sans passé sulfureux. Bien plus malin que les autres ex-PFN passés au FN (Daniel Leskens, Patrick Cocriamont…), Sessler planifie effectivement la transformation du FN sur des bases lui permettant demain de cacher sa face nauséabonde. Et dès lors de le sortir de la diabolisation qui le frappe depuis son apparition en 1985.

Avec pour objectifs successifs de :

1. Ratisser encore plus large dans l’électorat (notamment en direction des déçus du Mouvement réformateur et du Centre démocrate Humaniste).
2. Briser un jour le cordon sanitaire.
3. Constituer ensuite des coalitions pré ou post-électorales avec des hommes politiques provenant d’autres horizons idéologiques.
4. Arriver au pouvoir en coalition, dans l’une ou l’autre commune...



Le futur possible président (à gauche) et l'actuel président du Front national.


Le danger : un nouveau FN
Patrick Sessler et Michel Delacroix sont des adeptes de la stratégie pensée, voici trente ans en France, par les cercles de réflexion politico-stratégique de la Nouvelle Droite (Grece, Club de l’Horloge…). Cette stratégie vise la prise du pouvoir par le rassemblement unitaire de tous les courants de la droite dans une seule formation. Suivant les modèles de l’Alliance nationale italienne et du Parti du Progrès danois, cette « droite plurielle » devrait bien entendu prendre les allures d’une formation politique nationaliste et populiste. Le « centralisme démocratique » y sera de mise pour contrôler ceux voulant s’organiser en tendance et mettre à mal sa direction. Les féretistes seraient alors purgés et le droit d’entrée refusé aux militants nationalistes jugés « politiquement incorrects » (par exemple ceux du mouvement Nation).

Spécialiste de l’organisation, Patrick Sessler mettra à l’ordre du jour l’implantation du FN partout en Wallonie. Notamment avec l’aide d’anciens dissidents qui rejoindront le « nouveau FN ». Des rencontres auraient même déjà eu lieu avec François-Xavier Robert, le leader du Front nouveau de Belgique (FNB). Des signes de rapprochement avec des responsables des mouvements nationaux-chrétiens intégristes qui avaient jadis soutenu le FN (Fraternité Saint-Pie X, Belgique & Chrétienté…) sont encore signalés. Des liens existent également avec les « Bruxellois du Vlaams Blok/Belang », dont beaucoup passèrent au début des années 90 par le FN. Contrairement aux très mauvaises relations du FN féretiste avec le VB, le Cercle Droite et Modernité préconise des alliances objectives avec le parti indépendantiste flamand d’extrême droite. Dans le but, notamment, d'éviter de se faire concurrence dans la région bruxelloise lors des élections. Des listes communes « VB-FN » pourraient même un jour apparaître.

A l’heure actuelle, vu la situation sur le plan judiciaire et interne au FN de Daniel Féret, le plan maléfique de ces comploteurs pourrait très vite réussir. Si cela devait être le cas, le Front national de demain, après la liquidation ou la récupération de ses concurrents (Front nouveau de Belgique, mouvance Identitaire, Force nationale…), pourrait vraiment devenir nocif pour les partis politiques au pouvoir. A suivre…


M.AZ

© RésistanceS – Belgique – Bruxelles – www.resistances.be – e-mail : info@resistances.be – 9 août 2006

REMARQUE REACTUALISATION du 31 novembre 2008 : Georges-Pierre Tonnelier n'est plus d'extrême droite CLIQUEZ

 

Sommaire de notre dossier
Féret : exit !
La fin du « féretisme » ?

Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

- La fin du « féretisme » ?

- Les derniers serviteurs du « président-fondateur » (Cocriamont, Leskens, Hance, Rorive, Petitjean, Verlinden)

- Qui va remplacer Daniel Féret ?

- Document : nouvelles accusations de cadres du FN contre Féret

- Document : « Bande des quatre » et Féret : kif-kif ?


Toujours en ligne sur
RésistanceS.be

Pour comprendre l'histoire du FN belge (fondé en 1985) et les problèmes actuels de son « président-fondateur » Daniel Féret, il est également utile de consulter les articles de RésistanceS suivants :

- Portrait politique de Daniel Féret

- Le président du FN condamné pour racisme

- Le cercle Droite et Modernité, le Front national de demain ?

- La chute de la maison Féret ?

- Daniel Féret et « son FN » : une espèce en voie de disparition ?

- Une rébellion antinazie au FN ?

- Un néonazi du FN désigné député ?

- Plus de trente-trois dissidences au FN depuis sa création