RésistanceS 09-08-2006

« Clan Féret » : radioscopie


Les derniers serviteurs du « président-fondateur »


Ils ne sont qu’une petite poignée. Souvent remplacés par de nouvelles recrues plus dociles. Les membres de la garde rapprochée de Daniel Féret lui sont totalement soumis. Mais de plus en plus rares. Portraits des derniers « hommes du président ».


Daniel Féret (4e en partant de droite) avec la plupart des dirigeants frontistes. Depuis, nombre d’entre eux ont déjà rejoint la nouvelle rébellion anti-féretiste.


Pour que son « système » de gestion du FN fonctionne correctement, le président frontiste Daniel Féret s'est toujours entouré de seconds couteaux, de lieutenants ou d'hommes de main. Leur rôle est de protéger leur chef afin qu'il conserve les rênes du pouvoir et leur garantisse, par retour d’ascenseur, une protection. Leur avantage : siéger à la direction du FN et se voir attribuer une bonne place sur les listes électorales, leur permettant de se faire élire.

Les fidèles serviteurs de Féret, dans l'histoire du FN, ont été légion, tout en n’étant jamais plus qu'une petite poignée d'individus en quête de reconnaissance qui se sont succédé.. Daniel Féret a l'habitude de les choisir en fonction de leur profil identique: soumission, manque d’initiative, homme à tout faire, nanisme politique... Cependant, une fois qu’ils ont été suffisamment utilisés ou dès que leur fidélité est remise en cause, les « hommes du président » peuvent être jetés comme de vulgaires mouchoirs en papier. Inventaire des derniers fidèles.


Audrey Rorive : la fidèle compagne

Elle est arrivée au FN dans les années 90 en tant que nouvelle compagne du chef. Après bien d’autres. Plus ambitieuse et stratège que ces dernières, elle va devenir incontournable dans le parti d’extrême droite fondé en 1985 par Daniel Féret. Audrey Rorive a du caractère et sait dominer les « hommes du président » qui lui font de l’ombre. « Touche pas à Daniel ! » pourrait être sa devise. Quant à sa ligne politique, elle se résume aux slogans simplistes du Front national. Contrairement à d’autres frontistes, sa formation politique est totalement nulle, comme le constatent ses collègues du Parlement régional bruxellois. Elle y fut élue en 1999 et à nouveau lors des dernières élections régionales en 2003. Aujourd’hui, Audrey Rorive est directement visée par différents dossiers judiciaires ouverts à l’encontre du président frontiste.

 


Guy Hance : l'homme de confiance du président

Trésorier du parti, il est conseiller communal FN à Molenbeek-Saint-Jean depuis les élections de 2000 et fut député au Parlement de la Région de Bruxelles-capitale (1999-2003). Le bilan parlementaire de Guy Hance est identique à celui de beaucoup d’élus frontistes : catastrophique pour la cause du FN, puisqu’il a brillé par son incapacité politique. Sa seule caractéristique positive pour Féret : sa fidélité indéfectible (jusqu’à présent). La compagne de Hance, Christine Van Nieuwenhoven, est pour sa part toujours députée régionale bruxelloise frontiste. Comme Rorive, Hance est également dans la ligne de mire de la justice, qui s’intéresse au « système Féret ». Selon le site Internet Wikipédia, ce bras droit de Féret « a fait, dans le passé, l'objet d'une condamnation pénale pour malversations ».

 


Patrick Cocriamont : la preuve de la face nauséabonde du FN

Il s’engage en politique très jeune. Au début des années 70, il est membre des Jeunesses belges - Belgische jeugd (JBJ), une organisation d’ultradroite belgicaine et monarchiste agissant dans la mouvance de l’ex-ministre social-chrétien Paul Vanden Boeynants. Il passe ensuite dans les rangs du Front de la Jeunesse (FJ), une organisation néofasciste connue pour ses actions violentes (voir l'encadré ci-dessous). Après la condamnation du « noyau dur » du FJ pour constitution de milice privée, une bonne partie de ce dernier met sur pied le Parti des forces nouvelles (PFN). A sa direction, on retrouve Patrick Cocriamont et son comparse Daniel Leskens (voir portrait suivant). Le PFN deviendra le fer de lance du combat négationniste pour réhabiliter la dictature hitlérienne. Son parrain politique fut Léon Degrelle, l'un des plus importants collaborateurs belges de l'occupant nazi durant la Guerre 39-45. Après l'autodissolution, en 1991, des « forces nouvelles », Patrick Cocriamont et Daniel Leskens passent au Front national. Chefs de la section frontiste d'Anderlecht, en octobre 1994, ils sont élus conseillers communaux dans cette commune populaire bruxelloise. Dix ans plus tard, en remplacement de Daniel Féret, Patrick Cocriamont entre au Parlement comme député fédéral et choisit Daniel Leskens comme assistant parlementaire. Pour les élections communales du 8 octobre prochain, c’est Patrick Cocriamont qui conduira la liste FN à Charleroi, l’Eldorado électoral pour l’extrême droite.
Le 20 juin dernier, sur les antennes de la VRT (la télévision publique flamande), dans un reportage sur l’extrême droite francophone, le député frontiste déclarait que le but du FN serait de « nettoyer Charleroi. Hygiéniquement et politiquement (…). Car Charleroi ce n’est pas seulement la ville de la corruption (…), c’est le trou du cul du monde ! ». Autre extrait du discours très intellectuel de Cocriamont : « Notre programme, c’est d’abord la préférence nationale (…). Il faut donner la préférence aux Blancs, aux Européens, pour l’accès au logement, à la profession (…), aider les immigrés à retourner chez eux… ». Terminons le portrait de ce triste sire par une question simple : à quoi sert Patrick Cocriamont ? Réponse : il sert à démontrer par A+B que le FN reste un repère de fanatiques partisans de l’apartheid, de racistes obsessionnels, de néonazis orphelins d’un néo-NSDAP et d’autres intégristes d’un monde immonde…

Voir aussi notre encadré:

Front de la jeunesse et Parti des forces nouvelles recyclés au FN

 


Daniel Leskens : l'homme du passé révolu


Daniel Leskens (à droite sur la photo) à l’époque où il était membre du bureau politique du Parti des forces nouvelles (PFN), un groupuscule néonazi, antisémite et négationniste.

Il est l’assistant parlementaire de Patrick Cocriamont, son vieux pote de toujours. C’est deux-là se connaissent depuis l'époque du Front de la jeunesse. Cocriamont y était considéré comme un « brave type », un peu limité intellectuellement, comme le rappelle un ancien de ce « Front ». Leskens, lui, y jouait les intellectuels et devint bien vite le mentor de Cocriamont, voire son « nègre » (celui qui écrit ses textes), selon certains ex-militants du FJ. Après la condamnation des principaux dirigeants de cette organisation de jeunesse pour constitution de milice privée, Daniel Leskens participe à la mise en place du Parti des forces nouvelles (PFN). Il siège au bureau politique de ce parti groupusculaire néonazi (revoir notre encadré ci-dessus). Après l'autodissolution du PFN, en 1991, Daniel Leskens passe au Front national. Proche collaborateur de Daniel Féret, il est bombardé responsable de la section FN d'Anderlecht. Lors des élections communales de 1994, avec six autres frontistes (dont son compagnon politique, Patrick Cocriamont), l'ex-dirigeant du PFN est élu au conseil communal de cette commune bruxelloise.
Auteur de plusieurs écrits qu'il affirme être doctrinaux, Daniel Leskens se prenait déjà à l'époque du FJ pour un idéologue. Ce qui faisait beaucoup rire les théoriciens de la « Nouvelle Droite » intellectuelle de l’époque, comme Robert Steuckers par exemple. Spécialiste de la réutilisation depuis près de trente ans de ses mêmes écrits (d'abord pour le Front de la jeunesse, puis pour le PFN et finalement pour le Front national), Leskens a surtout publié des poèmes dans la revue ultra confidentielle « Altaïr » (aujourd'hui proche des intégristes nationaux-chrétiens de la Fraternité Saint-Pie X), à côté de ceux de ses compagnons nostalgiques de l’Europe nazie. Rien d’étonnant à cela, le Leskens en question est depuis toujours un fanatique d'une ère révolue.
Obstiné, Leskens a toujours poursuivi sa croisade en l'honneur des combattants nationalistes de jadis, comme l'avait montré un reportage exclusif de la RTBF (télévision publique belge francophone), diffusé au journal télévisé au lendemain des élections communales de 1994. A l'époque, ce reportage avait scandalisé l’opinion publique. On y voyait Daniel Leskens uriner sur des tombes juives, en marge d'une rencontre internationale d’anciens SS et de néonazis européens dans une ville allemande, rencontre à laquelle avait participé ce dirigeant frontiste. Obligé de se mettre en retrait suite à la diffusion de ses images nauséabondes, Daniel Leskens démissionnera, sous la pression de Patrick Sessler (alors bras-droit de Daniel Féret), de son poste de conseiller communal à Anderlecht, mais réapparaîtra néanmoins très rapidement à la direction du FN féretiste.
A l’heure actuelle, il est toujours l’un des principaux rédacteurs du « National », le mensuel du parti, et s’occupe toujours des destinées de la fantomatique association des Amis de Drieu La Rochelle. Drieu La Rochelle ? L’un des plus illustres écrivains français pronazis durant la Deuxième Guerre mondiale… Et comme par hasard toujours, Daniel Leskens collabore à « Réfléchir & Agir » (1). Cette publication confidentielle néonazie française continue à soutenir le négateur-menteur Olivier Mathieu, jadis protégé en Belgique par le PFN, le parti d'origine de Leskens.
Ce pur et dur fanatique et nostalgique d’un monde désormais éteint fait toujours partie du « clan Féret ». Mais ceux qui s’y attaquent en interne et préparent la relève au féretisme, ne laisseront aucune chance à Leskens et à son « Kamerad » Patrick Cocriamont de continuer à profiter du « système frontiste », façon Daniel Féret. Quand ce dernier chutera pour de bon, ces deux plus dociles serviteurs disparaîtront eux aussi, sans doute, de la « grande » scène politique. L’extrême droite a l’habitude des « nuits des longs couteaux » (2).

Voir aussi notre encadré:

Quand Leskens... écrit!

 


Charles Petitjean : le notable libéral, opportuniste et frontiste


Fils de résistants, l’ex-dirigeant du PRL Charles Petitjean a rejoint un parti rassemblant aussi des néonazis. Sur cette page extraite du journal frontiste « Le National », du mois de février 2006, figurent deux publicités, l’une pour la revue belge « Altaïr », l’autre pour l’hebdomadaire français « Rivarol ». Deux publications nostalgique de l’occupation nazie…
Il vient des rangs libéraux, plus précisément du Parti réformateur libéral de Jean Gol (le PRL). Petitjean est l'exemple type de l'homme politique du passé. De ceux qui ont refusé le tournant des années 90 quand leur parti d'origine s'est adapté aux années 2000. Charles Petitjean est l'un de ces transfuges qui passa d'une formation « traditionnelle » (le PRL pour lui, le PSC pour d'autres) au Front national. Partageant une partie du « corpus doctrinal » du FN, son adhésion à ce dernier est de nature opportuniste, pour continuer à exister politiquement !
Il fut le plus jeune bourgmestre de Belgique, à Pont-à-Celles (petite commune rurale voisine de Charleroi). Dans les années 70, il est le porte-parole du Parti de la liberté et du progrès (PLP), puis du PRL qui lui succédera. Tour à tour député fédéral et sénateur, Charles Petitjean va siéger pendant plus de trente ans au bureau politique du PRL. Candidat en 2000 à sa vice-présidence, il va obtenir 32 % des suffrages libéraux. Bientôt atteint par la limite d'âge, selon les statuts du PRL qui se transforme en Mouvement réformateur (MR), la carrière politique de Charles Petitjean touche à sa fin. Il faut faire la place au plus jeunes. Au MR, il n'y en aura donc plus pour ce vieux dirigeant libéral.
En novembre 2002, Petitjean claque la porte du PRL-MR et met sur pied une formation dissidente qui prend le nom de Défi libéral (DL). Elle revendique un millier de membres cotisants. Aux élections législatives de 2003, DL – officiellement faute de temps, de moyens financiers et logistiques - ne déposera qu'une liste électorale, dans le Hainaut, avec Charles Petitjean comme tête de liste. Son résultat est dérisoire 0,14 %. DL ne survivra pas à son échec électoral et disparaîtra de la circulation. Son président-fondateur rejoindra alors le Front national de Daniel Féret ; provenant également, comme lui, des rangs libéraux. Lors des élections régionales de 2004, Charles Petitjean est élu député au Parlement wallon. Il est membre de la direction frontiste. Malgré des parents résistants durant l'occupation allemande de notre pays, il se caractérise par sa collaboration politique avec d'autres responsables du FN, connus quant à eux pour leur filiation néonazie. Petitjean n'en est plus à une contradiction près.
Depuis son adhésion au parti d'extrême droite, l’ex-notable libéral est resté un indéfectible fidèle de Daniel Féret, à qui il doit la poursuite de sa carrière politique. Néanmoins, prochainement, Charles Petitjean pourrait lui aussi faire défection. Travaillé par les « réformateurs » du Front, il commencerait en effet à douter de plus en plus de l’honnêteté politique de son ami Féret. Si l'ex-dirigeant PRL passe dans le clan adverse, le président du FN perdrait un allié de taille. Un pion qui lui garantissait jusqu’ici une certaine honorabilité.

 


Eduard Verlinden : le « Kamerad » flamand

C'est l'allié flamand du Front national de Daniel Féret. Eduard Verlinden est le président-fondateur du Nieuwe Partij - Fervent nationaal (NP-FN). Ce parti groupusculaire apparu en 2003 est issu d'une scission du Liberaal appel, une formation mort-née qui regroupa des dissidents du VLD, le parti libéral flamand. Le fief du NP-FN se situe à Anvers. Sous le sigle raccourci de « FN » (Fervent nationaal), aux élections régionales de 2004, il n’est présent que dans deux circonscriptions électorales, celle du Brabant flamand et celle d'Anvers. Les scores obtenus sont ridicules : dans la première 0,75 %, dans la seconde 0,22 %.
Concurrençant le Vlaams Blok/Belang (VB) sur son terrain, le NP-FN propose un programme très semblable à celui du Front national belge (à base poujadiste, xénophobe, nationaliste belge unitaire) et réutilise en Flandre la flamme tricolore belgo-frontiste. Présent avec ses maigres troupes à la plupart des activités du FN (fête du vingtième anniversaire du parti, audiences des procès impliquant Féret...), le NP-FN reste totalement marginalisé. Les liens politiques et d'amitié entre Eduard Verlinden et Daniel Féret sont par contre très profonds. Le président du FN belge sait qu'il peut compter sur le soutien de Verlinden.
Sous ses airs de bon père de famille, Eduard Verlinden est par ailleurs connu pour ses discours empreints d'accents radicaux. A l'époque où il avait voulu rejoindre le Vlaams Blok/Belang (avant de fonder le NP-FN), ce dernier aurait refusé son adhésion. Motif ? Le passé « politiquement incorrect » d'Eduard Verlinden ! Depuis, la haine du « patron » du NP-FN est tenace à l'encontre du VB. Le 1er février dernier, il s'est par exemple virulemment attaqué à Filip De Man, responsable bruxellois du Vlaams Blok/Belang et orateur au premier dîner-débat organisé par le Cercle Droite et Modernité, la tendance anti-Féret du Front national. Eduard Verlinden y était venu, sans doute en service commandé pour son ami Féret, pour apporter la controverse et lister les frontistes présents à ce rassemblement. L'incident provoqua la sortie, manu militari, d'Eduard Verlinden de la salle.


Manuel ABRAMOWICZ


(1) Daniel Leskens a publié dans « Réfléchir & Agir », daté de cet été 2006, un article sur la situation des « identitaires » en Belgique. Son titre : « Querelles identitaires au milieu des ruines » . Pour sa part, RésistanceS.be avait consacré un article à cette revue néonazie : Portrait d’une revue néofasciste pure et dure française - Les liens belges de « Réfléchir & Agir » (15/15/2005)
(2) En juin 1934, la SS, l’élite du parti nazi d’Adolf Hitler, fut chargée de liquider la direction des Sections d’assaut (SA), formant les premières troupes para-militaires du NSDAP. Les SA souhaitaient en effet poursuivre la « révolution nationale-socialiste », notamment contre le patronat allemand, dont la majorité s’était pourtant rangée dans le camp des hitlériens. Considérés comme des rivaux et un danger pour le nouveau pouvoir, les principaux dirigeants des SA furent assassinés en une nuit par la SS. Cet événement important de l’histoire du nazisme est connu sous l’expression de la « Nuit des longs couteaux ». Depuis, cette expression est utilisée pour désigner les règlements de compte apparaissant dans l’extrême droite.

© RésistanceS – Belgique – Bruxelles – www.resistances.be – e-mail : info@resistances.be –9 août 2006


Sommaire de notre dossier
Féret : exit !
La fin du « féretisme » ?

Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

- La fin du « féretisme » ?

- Les derniers serviteurs du « président-fondateur » (Cocriamont, Leskens, Hance, Rorive, Petitjean, Verlinden)

- Qui va remplacer Daniel Féret ?

- Document : nouvelles accusations de cadres du FN contre Féret

- Document : « Bande des quatre » et Féret : kif-kif ?


Toujours en ligne sur
RésistanceS.be

Pour comprendre l'histoire du FN belge (fondé en 1985) et les problèmes actuels de son « président-fondateur » Daniel Féret, il est également utile de consulter les articles de RésistanceS suivants :

- Portrait politique de Daniel Féret

- Le président du FN condamné pour racisme

- Le cercle Droite et Modernité, le Front national de demain ?

- La chute de la maison Féret ?

- Daniel Féret et « son FN » : une espèce en voie de disparition ?

- Une rébellion antinazie au FN ?

- Un néonazi du FN désigné député ?

- Plus de trente-trois dissidences au FN depuis sa création