RésistanceS.be 05-06-2013

ENTRETIEN EXCLUSIF de RésistanceS.be avec le politologue Jean-Yves Camus


Robert Ménard est-il passé à l'extrême droite ?


Fondateur en 1985 de Reporters sans frontières, il est le rédacteur en chef de Boulevard Voltaire, un nouveau site de la mouvance intello-médiatique néoconservatrice en France. Depuis 2011, Robert Ménard se rapproche clairement de l'extrême droite. L'année prochaine, il conduira une liste aux élections municipales à Béziers. Avec le soutien officiel du Front national de Marine Le Pen. Interview de Jean-Yves Camus, politologue et correspondant français de RésistanceS.be, sur ce nouveau transfuge vers les rives frontistes.



Depuis un certain temps déjà, Robert Ménard est devenu un invité de marque à l'extrême droite. Comme le montrent ces visuels de promotion de conférences-débats.


MANUEL ABRAMOWICZ : Robert Ménard est-il devenu un « compagnon de route » de l'extrême droite française ? Comme le furent, dans les années septante, des intellectuels de gauche de partis ou de groupes stalinistes, maoïstes ?
JEAN-YVES CAMUS : Incontestablement oui, et même plus que cela. En effet, quand le Front national décide de soutenir une candidature aux municipales, dans une ville moyenne où il a remporté 25 % des voix aux élections législatives de 2012, il s’assure de la proximité idéologique de celui qu’il investit avec ses idées.

Depuis un an, Robert Ménard a pris la parole à la Fondation Polémia, dirigée par Jean-Yves Le Gallou, au « Local », le QG parisien des nationalistes-révolutionnaires de Troisième Voie, à Riposte laïque (NDLR : un groupuscule ultra laïque désormais associé à l'extrême droite) et prochainement, il parlera devant Jeune Bretagne, un groupe identitaire qui s’est séparé du Bloc identitaire (BI) pour intégrer une autre nébuleuse, le Réseau identités. Enfin, il préside le comité de soutien à quatre militants de Génération identitaire - l'organisation de jeunesse du BI - mis en examen pour l’occupation illégale d'une mosquée à Poitiers.

Sa liste électorale devrait s’intituler « Divers extrême-droite » plutôt que Rassemblement Bleu Marine ! NDLR : ce rassemblement est une structure politique ayant pour but d'accueillir des sympathisants de Marine Le Pen ne souhaitant pas (encore) adhérer directement au Front national.

Sur l'échiquier politique, selon vous, où se situe aujourd'hui Robert Ménard ? Chez les néoconsercateurs ? A la droite radicale ? Auprès des identitaires ? Dans une mouvance informelle d'« anarchistes de droite » ?
Identitaire me semble la définition la plus juste, même si formellement il n’appartient ni au Bloc identitaire ni aux autres groupes de la mouvance. Cela est en phase avec ses déclarations sur l’identité nationale, l’immigration et l’islam. Ceci étant, le site d’information qu’il dirige, Boulevard Voltaire, ouvre ses colonnes à toutes les nuances des droites, depuis Alain de Benoist (animateur historique du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne) jusqu’à Alain Soral (ex-FN, dirigeant du mouvement Egalité & Réconciliation), Christian Vanneste (ex-député exclu de l'UMP, lié à la droite identitaire) et Malika Sorel (nommée en 2009 par Nicolas Sarkozy au Haut conseil à l'intégration). Et aussi à des « plumes » connues de la grande presse, comme Dominique Jamet, Michel Cardoze ou Benoit Rayski.

Chez ces derniers domine la volonté de pouvoir s’exprimer en dehors des media mainstream qu’ils jugent muselés, notamment sur la question de l’islam.

 

Quelles seront les conséquences de l'alliance de fait qu'il vient de faire avec le Front national ? Participera-t-elle à la « dédiabolisation » de ce parti d'extrême droite ?
Cela dépendra de la composition de sa liste électorale. Si elle contient des militants déçus de l’UMP et de la gauche, des souverainistes, des personnalités locales de la société civile oui, cela participera à la « dédiabolisation ». La droite est tellement usée dans son département territorial (l’Hérault), le PS aussi d’ailleurs, que Ménard n’est pas vu là-bas comme un extrémiste.

Après l'adhésion au Rassemblement Bleu Marine, une structure cache-sexe du FN, de l'avocat Gilbert Collard, puis son élection à l'Assemblée nationale en 2012, et le compagnonnage de Ménard, d'autres transfuges vers la formation de Marine Le Pen sont-ils encore possibles ? Si oui, vous pensez à qui ?
Il existe très peu de transfuges. Le FN en a d’ailleurs moins besoin que d’élus UMP qui resteront dans leur parti et accepteront, aux municipales de mars 2014, des alliances de second tour. Si transfuges il y aura, ce seront davantage des cadres locaux de la droite que des personnalités nationales.

Il y aura sans doute des militants de Riposte laïque qui franchiront le Rubicon. Il faudra voir ce que fera Christian Vanneste dans le Nord. Pour l’instant le SIEL (Souveraineté, indépendance et libertés), la structure souverainiste de Paul-Marie Coûteaux (ancien responsable et député européen du Mouvement pour la France) qui agit comme un appendice du FN, n’arrive pas à débaucher des figures connues du souverainisme.

Propos recueillis par Manuel ABRAMOWICZ

 


Manuel Abramowicz de RésistanceS.be avec Jean-Yves Camus lors d'un débat à Lille, en février 2007, à l'occasion de l'élection présidentielle française © Photo Ras l'Front Lille.

Notre source
Jean-Yves Camus

Politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de l’extrême droite française, il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, d'études supérieures d'histoire contemporaine (EHESS) et de science politique (Université Paris I).

Jean-Yves Camus a également dirigé le Centre européen de recherche sur le racisme et l'antisémitisme (CERA). Il est l'auteur de nombreux ouvrages et études sur les mouvements nationalistes, extrémistes, radicaux et subversifs :

«Les droites nationales et radicales en France» (avec René Monzat, aux Presses universitaire de Lyon, en 1991), «Le Front national, histoire et analyse» (éditions Olivier Laurens, 1996), «L'extrême droite aujourd'hui» (éditions Milan, 1997), «Les extrémismes en Europe» (ouvrage collectif, sous sa direction et la participation, entre autre, de Manuel Abramowicz de RésistanceS.be, éditions de l'Aube, 1998), «Extrémismes en France : faut-il en avoir peur ?» (éditions Milan, 2006)...

Depuis plusieurs années, Jean-Yves Camus est également un des correspondants de RésistanceS.be en France.

(S.H).


 

 

Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 5 juin 2013.

 



Montage : RésistanceS.be


Qui est réellement Robert Ménard ?

Dans la version officielle de son parcours, il vient de la gauche. Il fut même anar et trotskiste. Né le 6 juillet 1953 en Algérie, alors toujours française, Robert Ménard provoque une rupture idéologique avec son père, un proche de l'OAS, l'Organisation armée secrète, d'extrême droite, clandestine et terroriste durant la guerre d'Algérie.

En 1985, il fonde, puis dirige (souvent d'une main de fer) Reporters sans frontières (RSF), une association de défense des journalistes exerçant leur métier dans des pays en guerre ou dans des dictatures. Son combat est alors des plus nobles.

Depuis son départ de RSF, en 2008, Robert Ménard s'est radicalisé. A droite toute. Il est désormais bien connu comme étant l'un des piliers les plus actifs d'une mouvance intello-médiatique aux accents néoconservateurs où s'agite également le journaliste Eric Zemmour. Cette mouvance est en « croisade » contre les « tabous » du système, avec systématiquement des leitmotivs identiques et obsessionnels : la dénonciation de la « pensée unique » et du « politiquement correct », de l'immigration et de l'islamisation... et bien d'autres thèmes exploités abondamment aussi – et surtout – par l'extrême droite la plus conformiste.

Actuellement, la mouvance néoconservatrice est active, en partie, au sein de la rédaction du site Boulevard Voltaire, cofondé il y a quelques mois par Ménard. Un site où des intellectuels d'extrême droite sont aussi chez eux.

En 2011, Robert Ménard s'était déjà fait remarqué en publiant « Vive Le Pen », un petit pamphlet défendant une stratégie annonçant son rapprochement idéologique actuel avec les combats frontistes et ceux des identitaires. Pour justifier ses nouvelles fréquentations politiques, Robert Ménard avait déclaré, en septembre 2011, au blog « Droite(s) Extrême(s) », l'un des partenaires français de RésistanceS.be :

« J'aime les débats. Je défendrais la liberté d'expression de gens avec qui je ne partage aucune conviction. J'interviens partout. Je suis allé à l'UOIF  [l'Union des organisations islamiques de France], je m'en fiche ».

Pour l'instant, il n'intervient plus qu'à l'extrême droite !

En mars dernier, il a annoncé qu'il conduira à Béziers (dans le département de l'Hérault) une liste aux élections municipales prévues en mars de l'année prochaine. Annoncée comme pluraliste, la liste de Robert Ménard a reçu le soutien officiel du Front national de Marine Le Pen.

Jusqu'où ira la lepénisation de l'esprit de Ménard ? A suivre, sur RésistanceS.be et ailleurs.

Manuel ABRAMOWICZ



En juin 2012, Robert Ménard en couverture de « Minute », un journal historique de l'extrême droite française. Il y était interviewé pour dénoncer les « mensonges » sur la guerre d'Algérie. Un vieux thème de la droite nationaliste colonialiste.



Sur Robert Ménard, encore !



A lire sur le blog d'information « Droite(s) Extrême(s) », l'un des partenaires français de RésistanceS.be :

 

 



Sur Gilbert Collard, un autre « compagnon de route » du FN, lire sur RésistanceS.be :

 



Toujours sur RésistanceS.be

Lire la précédente interview de Jean-Yves Camus publiée sur le site RésistanceS.Be :

 

 


Pour comprendre les métamorphoses de l'extrême droite actuelle, lire ou relire sur RésistanceS.be, notre dossier :



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