RésistanceS 09-01-2003

Nouvelles révélations sur les liens du Vlaams Blok et de Were Di avec l’antisémitisme

Le 16 novembre dernier, le quotidien flamand «De Morgen» publiait, en première page, de nouvelles preuves sur les liens du Vlaams Blok avec le discours antisémite historique. Un membre de la direction de ce parti d’extrême droite venait alors de publier un article s’attaquant aux Juifs dans «Dietsland-Europa», la revue du cercle de réflexion Were Di. Titré «Un membre du bureau du Vlaams Blok accuse les Juifs de crime contre l’humanité», voici un résumé de cet article, signé par le journaliste d’investigation Marc Spruyt.

 

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Invitation pour les trente années d’existence de "Dietsland-Europa", avec comme « invités américains » les dirigeants blokkers Gerolf Annemans et Karel Dillen (document : archives RésistanceS).

 


Un membre du bureau du Vlaams Blok accuse les Juifs de crime contre l’humanité

Même si Philip Dewinter (1) remue ciel et terre pour courtiser la Communauté juive et que le Gantois Francis Van den Eynde (1) commémore la Nuit de cristal pour montrer que le Blok n’est pas un parti antisémite, le parti d’extrême droite peut aussi donner un autre son de cloche. Dans «Dietsland-Europa» de novembre 2002, un journal vénéré dans les milieux d’extrême droite, créé par Karel Dillen, un membre du bureau du parti de Gand et ex-conseiller communal a lancé une attaque cinglante contre les juifs. Il prédit ainsi qu’ils porteront le coup de grâce à la Grande-Bretagne en raison du contrôle qu’ils exercent sur les médias. Selon lui, les «juifs» sont en train de commettre un crime contre l’humanité. Il est donc grand temps de secouer le «joug juif».

Dimanche dernier, pour la première fois, le Vlaams Blok a participé à Gand à la commémoration de la Nuit de Cristal. Par cette cérémonie, la Communauté juive se souvient de la nuit du 9 au 10 novembre 1938 en Allemagne, qui donna le coup d’envoi de la campagne de haine antisémite qui allait déboucher sur le génocide. Pendant cette nuit, des nazis en uniforme saccagèrent plus de sept mille magasins juifs, incendièrent des centaines de synagogues et mirent plus de 30.000 juifs dans des camps de concentration. Le parlementaire et conseiller communal Francis Van den Eynde, le porte-parole de la délégation du Blok gantois a déclaré être venu à cette commémoration parce «nous en avons marre d’être pris pour des antisémites».

Au même moment, le numéro de novembre de «Dietsland-Europa», le mensuel de Were Di, décrit comme une publication intellectuelle dans les milieux d’extrême droite, publiait un texte d’un tout autre calibre sous le titre «les Juifs dominent les médias britanniques ». L’auteur de l’article se nomme Oswald Kielemoes, un ancien conseiller communal Vlaams Blok à Gand (1994 – 2000) et toujours membre du bureau local du Blok. Kielemoes, auteur et metteur en scène de théâtre fut par ailleurs le représentant du VB au Conseil néerlandophone d’Art dramatique et au Conseil du théâtre et de la musique.

Dans son article publié dans «Dietsland-Europa», Kielemoes rend les Juifs responsables de la destruction à venir de la Grande-Bretagne : «les Juifs ont en main presque la totalité des médias. Ils imposent leur propagande et leur modèle de manière intense, systématique, permanente à presque toute la population de Grande-Bretagne. Grâce à ces médias, ils encouragent de manière uniforme, délibérée, systématique, intense la destruction de la Grande-Bretagne et la transformation du pays en un Etat multiracial et multiculturel, ils imposent les intérêts d’Israël aux Britanniques, contre la volonté et les intérêts des britanniques autochtones. En outre, l’horrible holocauste contre le pauvre et innocent peuple palestinien est minimisé ou tu. (…) A côté de la nombreuse immigration de couleur, ils encouragent délibérément les mariages interraciaux et le mélange de races avec la conséquence inévitable qu’au bout du compte, ce sera l’extinction de la race autochtone. Il s’agit tout simplement d’un crime contre l’humanité et c’est comparable à l’extermination des Indiens en Amérique au dix-neuvième siècle. Si les Britanniques, tant les Anglais que les Ecossais, les Gallois et les fidèles Irlandais du Nord veulent encore exister, au travers de leur propre culture, de leurs coutumes et habitudes, il est grand temps qu’ils secouent le joug juif.»

Le journal dans lequel ce texte a été publié, «Dietsland-Europa», n’est pas n’importe quel journal, il s’agit d’une publication, créé en 1951 par Karel Dillen et décrit un jour par Philippe Dewinter comme étant «le réservoir de pensées du Vlaams Blok». Il est vrai que le journal n’est pas une publication du parti et est donc publié sans la bénédiction de la fameuse commission de lecture du Blok, mais presque tous les lecteurs et les collaborateurs sont issus de la mouvance du Blok. Dans le noyau dur des rédacteurs, apparaissent les parlementaires Bart Laeremans et Wilfried Aers et quelques collaborateurs du service d’étude du Vlaams Blok. L’éditeur responsable est un membre du conseil provincial anversois.

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Hommage de Were Di à August Borms, un illustre   « collabo » flamand (document : archives RésistanceS).

Oswald Kielemoes, lui-même, n’est pas un collaborateur occasionnel. Il fait partie depuis dix ans de la rédaction du journal et est une des plumes les plus solides. Kielemoes est un officier retraité de la police judiciaire et était interprète-traducteur juré en anglais, allemand, suédois, norvégiens et danois pour la gendarmerie de Gand. Lors de l’été 1998, il démissionna de cette fonction «abasourdi », parce que la gendarmerie s’était excusée pour la mort de Sémira Adamu. «Cette négresse rebelle», l’avait-il nommée dans sa lettre de démission.

Marc Spruyt

In «De Morgen», Bruxelles, 16 novembre 2002. (article traduit par T.W).

Notes de RésistanceS :

(1) Filip Dewinter et Francis Van den Eynde sont respectivement les dirigeants anversois et gantois du Vlaams Blok. Tous deux proviennent de l’aile pure et dure de ce parti néofasciste. Francis Van den Eynde est par exemple un des piliers de Voorpost, un groupe d’action issu des rangs néonazis. Filip Dewinter dirigea pour sa part des associations étudiantes connues pour leur discours racistes et antisémites.

«Incitation à la haine contre des personnes d’origine juive»

Confronté à l’article du «Diestland-Europa», le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme a réagi très vigoureusement. Cet article couvert par des mandataires du Blok et écrit par l’un d’entre eux, incite indubitablement à la haine contre les personnes d’origine juive.

Une fois de plus, le Vlaams Blok montre son vrai visage, c’est ainsi. «Il reste un parti qui prône la haine et la discrimination envers les personnes d’origine juive, marocaine et africaine. La vraie nature du Blok surgit avec la régularité d’une horloge. Tantôt via les sympathisants Voorpost qui ont laissé pour mort un Egyptien à Diksmude, tantôt via «Dietsland-Europa», avec (Bart) Laeremans et (Wilfried) Aers, des parlementaires du Blok comme rédacteurs. Il est bon de s’en rendre compte alors que le procès contre les ASBL qui soutiennent le Blok va bientôt reprendre».

Le Centre mettra aussi sur la table ce torchon lors de la prochaine audience du procès contre le Blok.

Marc Spruyt

In «De Morgen», Bruxelles, 16 novembre 2002. (traduit par T.W).

 

 

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 9 janvier 2003.

Au sommaire
de cette enquête (*)

Were Di, Vlaams Blok, même combat!

Were Di, un cercle d'adeptes de la "Race blanche", à la base du Vlaams Blok…

Un nationalisme biologique pour la "Race blanche" (Were Di, dans le texte).

Were Di - Vlaams Blok : des dirigeants identiques ?

Nouvelles révélations sur les liens du Vlaams Blok et de Were Di avec l’antisémitisme.

Sources utilisées pour ce dossier sur Were Di et le Vlaams Blok.

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Le logo, très païen, de Were Di


(*) Depuis la publication (en janvier 2003) de ce dossier de RésistanceS, le groupe néonazi Were Di s'est auto-dissout, en octobre 2006. La raison : l'impossibilité de la reprise, par de nouveaux militants, de son organisation après les décès successifs de ses derniers responsables. Ce qui n'empêche pas, l'utilisation, toujours de nos jours, de son corpus idéologique d'origine par le groupe Voorpost (fondé en 1976 par certains de ses anciens dirigeants) et le Vlaams Belang (VB, le nouveau nom du Vlaams Blok depuis 2004).

Ce présent dossier reste donc d'actualité pour comprendre le véritable programme politique du VB.

(M.AZ - 31/10/06).