Projecteurs de RésistanceS.be sur le Taal-Aktie-Komitee (TAK)
Tic TAK, boum !
Le 26 juin dernier, le Taal-Aktie-Komitee (TAK), un groupe d'action nationaliste flamingant, s'est une nouvelle fois rendu responsable de violences. Les incidents se sont produits lors d'un rassemblement organisé par le FDF (parti politique de défense des francophones), à Crainhem, une commune à facilité de la périphérie bruxelloise en Région flamande. La bourgmestre-députée francophone de Rhode-Saint-Genèse, Myriam Delacroix-Rolin (CDH), y a été molestée par des militants du TAK. Pour comprendre les dérives de ce groupe de choc d'extrême droite, mobilisé depuis près de 30 ans contre l'État belge, pour la création d'une république flamande indépendante et l'amnistie des «collabos» pronazis, RésistanceS.be vous propose son portrait.

Manifestation du TAK, groupe nationaliste flamingant d'extrême droite, dans les années 1980 © Photo Van Parys / Télémoustique
Le Taal-Aktie-Komitee (TAK, en français : Comité d'action linguistique) a été fondé au début des années 1970 autour de deux personnages fortement engagées dans le mouvement nationaliste flamand, tendance pure et dure : Roger Van Ransbeeck et Piet De Pauw. Ils ont été particulièrement actifs au sein de la Volksunie (VU, Union populaire) et du Vlaamse militanten orde (VMO, Ordre militant flamand). La VU était alors le plus grand parti nationaliste flamand (depuis sa création en 1954) et le VMO, son service d'ordre historique, connu pour ses actions musclées 
C'est en prison, où Roger Van Ransbeeck séjournait - comme d’ailleurs huit autres activistes flamingants, membres d'une équipe mixte de choc de la Volksunie et du VMO - que l'idée du TAK mûri. Le motif de leur emprisonnement : leur participation à l’attaque, en septembre 1970, de quatre colleurs d'affiches électorales du Front démocratique des francophones (FDF, aujourd'hui : Fédéralistes démocrates francophones, l'une des composantes du Mouvement réformateur, le MR). Jacques Georgin, militant du FDF, décédera d'une crise cardiaque après les coups donnés avec des pieds de tables par les nationalistes flamands (sur cette affaire ). Roger Van Ransbeeck avait pour avocat Piet De Pauw, également membre de la VU et ancien du VMO.
Pour la Flandre indépendante
La mort du militant FDF (considéré par ce parti comme un véritable «crime politique») allait plonger le VMO dans les ennuies financiers et entraînera sa disparition, sous l'égide de son dirigeant historique, Bob Maes. En réaction, Roger Van Ransbeeck et Piet De Pauw planifieront,, pour remplacer cet «Orde militant flamand», la création d'une nouvelle organisation nationaliste d'un «nouveau type». La stratégie sera de regrouper - sous une seule enseigne la plupart des groupes politiques et personnalités engagés dans le combat pour une Flandre indépendante. Une mouvance caractérisée jusque là par sa division, des concurrences tenaces, des rivalités et des opinions idéologiques variées. Le Taal-Aktie-Komitee voit ainsi le jour en 1971.
Les actions du comité seront essentiellement organisées autour d'opérations dans des communes se trouvant sur la frontière linguistique et dans la périphérie bruxelloise. Des entités communales revendiquées comme appartenant entièrement à la Flandre. A plusieurs reprises, les défilés du TAK se déroulent à Enghien. En 1972, une grande marche nationaliste, allant de Gand à Hoppe, un hameau de la commune francophone à facilité de Flobecq (Province du Hainaut), est organisée par le comité d'action linguistique. C'est cet «événement» qui sera ensuite considéré comme étant l'acte officiel de naissance du TAK.
Pour l'amnistie des inciviques
Outre ses «promenades» dans les communes de la périphérie de la capitale belge, pour y harceler les francophones qui y habitent (actuellement plus de 80.000 personnes), à l'agenda du TAK se trouvent aussi des campagnes de propagande revendiquant la création d'une république flamande indépendante et l'amnistie totale des nationalistes flamands qui, durant la Deuxième Guerre mondiale, se sont mis au service des nazis. Ce groupe d'action flamingant exprime ainsi sa compréhension, et même son adhésion, pour l'Ordre nouveau qui régna en Flandre sous l'occupation allemande. Cette nostalgie inconditionnelle de l'engagement criminel des inciviques se poursuivra tout au long du développement des actions du TAK, et des carrières politiques de ses cadres.
En mars 1991, Wim Verreycken, membre historique du Taal-Aktie-Komitee et sénateur du Vlaams Blok (le nom jusqu'en 2004 de l'actuel Vlaams Belang), dépose une proposition de loi «instituant une commission chargée uniquement de préparer des lois portant sur l'amnistie complète et inconditionnelle en faveur des victimes de la répression qui suivit la Seconde Guerre mondiale» (sic). Les «collabos» sont bel et bien considérés comme des «victimes» de la justice de l'État belge, et aucunement coupables d'avoir trahi le pays au profit des nazis. Sa proposition de loi, comme toutes celles qui suivront, n'aura pas de suite (jusqu’au mois de mai 2011 où la dernière proposition du Vlaams Belang a été prise en considération au Sénat, par l'ensemble des formations néerlandophones, à l'exception des écologistes de Groen!). Dans une brochure pour l'amnistie du Vlaams Blok, écrite en 1993, le même Verreycken reprendra les justifications et les propositions de lois de ce parti en faveur de la reconnaissance des combats menés par les nationalistes flamands sous la botte nazie. Positions entièrement partagées avec le TAK.
Parallèlement aux pressions parlementaires et la diffusion d'une propagande à cet effet, le combat pour l'amnistie se poursuit sur le terrain. En février 1996, le TAK organise par exemple, à Oostduinkerke, un hommage à Irma Laplasse, une emblématique collaboratrice flamande exécutée à la Libération, dont le procès en révision s'est ouvert.
Aujourd'hui, la revendication pour une amnistie totale des collaborateurs flamands pronazis figure toujours à l'ordre du jour de l’agenda politique du VB et du TAK.

Autocollants du Taal-Aktie-Komitee reprenant ses slogans en faveur de la fin de l'État belge, de la création d'une république flamande et de l'amnistie des anciens collaborateurs pronazis – Doc. Archives Hugo Gijsels / RésistanceS.be
Dissidents de la VU et républicains flamands
Au début des années 1970, c'est dans l'ombre du parti nationaliste «modéré» Volksunie que le TAK développe ses contacts politiques. A l’instar de leur dirigeant Piet De Pauw, de nombreux TAKistes sont aussi membres de la VU. Avec l'aile droitiste de ce parti, le comité d'action est de plus en plus critique à l'égard de la direction de la VU, jugée comme trop «sociale» et pragmatique à l'égard de l'État belge. La mouvance radicale, dont le TAK est devenu désormais l'un des piliers, se rassemble au sein du Vlaams nationale raad (Conseil national flamand), une plate-forme fédérant la plupart des groupes d'extrême droite flamands : VNJ, VMO, Were Di...
Une autre alternative électorale est alors souhaitée chez les dirigeants du TAK. En septembre 1975, est créé en son sein le Vlaamse republikeinse beweging (VRB, Mouvement républicain flamand) : groupe de pression s'engageant sur la voie de la création d'une république flamande indépendante. Du VRB est très vite né le Vlaamse republikeinse partij (VRP, Parti républicain flamand).
Le VRP et le TAK participent ensuite à des discussions en vue de constituer une nouvelle force politique pour représenter les «vrais nationalistes» mobilisés pour l'indépendance de la Flandre. Cette droite ultra national-flamande est constituée par une majorité de dissidents de la VU. On y retrouve aussi Bert van Boghout, l'une des figures de proue de Were Di, un cercle de réflexion idéologique pan-néerlandais ne cachant pas ses racines nazies en faveur d'une Flandre et d'une Europe «blanches». Durant la Seconde Guerre mondiale, le même van Boghout a combattu, sous l'uniforme de la Waffen-SS nazie, les soviétiques sur le front de l'Est.
Vlaams nationale partij / Vlaams Blok
Les discussions de cette mouvance nationaliste d'extrême droite conduit, en octobre 1977, à la création du Vlaams nationale partij (VNP), que le Vlaamse republikeinse partij va alors intégrer. Quelques mois plus tard, avec le Vlaams volkspartij (VVP), conduit par un parlementaire venant lui aussi de la VU Lode Claes, le VNP sera à la base de la création du Vlaams Blok (VB), l'ancêtre historique de l'actuel Vlaams Belang. L'alliance officielle du TAK à l'extrême droite, par le biais du Vlaamse republikeinse partij est ainsi scellée. Malgré cet état de fait, le TAK s'affirmera cependant encore comme étant un comité pluraliste, regroupant diverses tendances politiques.
Malgré son dynamisme, sa présence régulière sur le terrain et ses actions médiatisées, le Taal-Aktie-Komitee restera un groupe minoritaire, composé de quelques militants. Il devra par ailleurs faire face à des concurrents encore plus radicaux que lui, comme le groupe Voorpost, ou même à des scissions. Ce fut le cas, au milieu des années 1980, avec la création du groupe Uilenspiegel.
Au milieu des années 1990, tout en restant autonome dans le choix de ses actions, il fusionne avec la Vlaamse Volksbeweging (VVB, Mouvement populaire flamand), la plus importante fédération d’organisations nationalistes en Flandre (le VVB est apparu en 1956). TAKtivist, l'organe de presse du TAK, est incorporé, à partir de janvier 1996, dans Doorbraak, le périodique du Mouvement populaire flamand. Plus tard, c'est Roel De Leener, un jeune militant nationaliste flamand qui devient le porte-parole du TAK, tout en montant dans la hiérarchie du VVB. De Leener est aussi connu pour avoir été, à l'Université catholique flamande de Louvain (KU Leuven), le président de la section locale du Nationalistische Studentenvereniging (NSV), un cercle d'étudiants universitaires d'extrême droite d'où sont issus la plupart des chefs du Vlaams Belang (et pas mal de cadres de la N-VA de Bart De Wever). A l'heure actuelle, il n'est pas rare de trouver parmi les manifestants du TAK, des jeunes activistes flamingants portant la penne officielle du NSV.

Les méthodes violentes des flamingants du TAK ont encore fait la Une des médias, le 27 juin dernier – Doc : LLB
Bombe à retardement
En 2011, soit trente ans après sa création, le TAK reste plus présent que jamais sur le «front» linguistique et la défense des intérêts flamands, avec souvent le soutien de parlementaires du Vlaams Belang. Ses actions se distinguent toujours, comme celles de ses débuts, par une expression extrêmement violente.
L'agression de la bourgmestre-députée de Rhodes-Saint-Genèse, le 26 juin dernier, lors d'un rassemblement du FDF, dans la commune de Crainhem, est le dernier exemple en date. Le TAK représente toujours l'une des bombes à retardement du mouvement nationaliste flamand dans son ensemble. Tic TAK, boum...
Alexandre VICK
Sources :
- Sur l'histoire du TAK : «Roger Van Ransbeeck, Takker van het eerste uur», interview de Roger Van Ransbeeck (cofondateur du TAK) par Karl Drabbe, publiée sur le site Internet du Taal-Aktie-Komitee, www.taalaktiekomitee.org/WAT/roger.htm, non datée, consultée en juin 2011.
- Le Vlaams Blok de Hugo Gijsels, éditions Luc Pire, 1994 (pour la traduction française).
- Het Vlaams Blok 1938-1988. Het verdriet van Vlaanderen, Hugo Gijsels et Jos Vander Velpen, éditions Epo, Berchem (Anvers), 1989.
- Les nouveaux élus de l'extrême droite, numéro spécial de la revue antifasciste CelsiuS, décembre 1991.
Note de la rédaction
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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 juillet 2011.
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Au sommaire de ce dossier de RésistanceS.be :
Tic TAK, boum !
Violence mortelle flamingante à la base du TAK
Du TAK au Vlaams Blok/Belang

Le TAK revendique l'amnistie des collaborateurs pronazis.
Lire le dossier de RésistanceS.be sur ce thème
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Le Vlaams Belang, stop ou encore ?
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Dossier sur Were Di, le groupe nationaliste pour une «Flandre blanche» à la base du corpus idéologique du TAK et du Vlaams Blok/Belang
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