Tuerie de Liège
Nordine Amrani fut-il un militant d’extrême droite ?
Le 13 décembre 2011 restera en Belgique une date dramatique. A Liège, un « tueur fou » abat à la grenade et au fusil d’assaut des dizaines de passants. Il y aura six morts et des centaines de blessés. Depuis lors, l’extrême droite et la droite populiste tentent de profiter politiquement de ce massacre, dont l’origine de son auteur, Nordine Amrani, put libérer une parole raciste et des pulsions de haine refoulées. Pourtant, l’assassin en question était bien intégré dans les milieux… néofascistes de notre pays. Etat des lieux.

La Belgique, le mardi 13 décembre 2011, fut à son tour, après de nombreux pays (Etats-Unis, Allemagne, Norvège...) frappée par un massacre de masse.
Dès l'annonce de l'identité de l'auteur de la tuerie aveugle (six morts) commise le 13 décembre dernier, place Saint-Lambert à Liège, l'extrême droite, les racistes et les autres obsessionnels des méfaits de l'islam s’en sont donnés à cœur joie. Les délires racistes, xénophobes et islamophobes (lire à ce sujet l’article du journaliste Marcel Sel : ) ont trouvé une nouvelle occasion pour se libérer, s'exprimer tous azimuts, souvent sans aucune retenue. Les propos haineux du café du commerce se sont développés sans limites. Une justice trop laxiste à l'égard des criminels d'origine étrangère est évidemment mise en cause. Sur Facebook et ailleurs sur le Net, la vulgate nauséabonde inonde très vite les écrans. Dégoûtés des commentaires immondes, nombreux sont ceux qui suppriment de leurs listes d'« amis facebookiens » les auteurs de ceux-ci.
Après une actualité de faits divers et criminels composée d'assassins en série belgo-belges, de prêtres pédophiles flamands, de tueurs d'enfants au nom bien de chez nous... enfin un horrible criminel de haut niveau d'origine maghrébine a fait son apparition. Du pain béni pour les propagandistes de la droite radicale : du Vlaams Belang aux derniers activistes des divers fronts nationaux belges, en passant par le Parti populaire, le parlementaire libéral Alain Destexhe (MR), quelques élus nationalistes flamands de la N-VA.
Nordine Amrani (qui se suicida après son forfait) pouvait enfin faire oublier les Marc Dutroux, Michel Fourniret, Hans Van Temsche, Ronald Janssen, Kim De Gelder... et bien d'autres assassins nationaux désormais connus pour l'éternité. Ainsi que les « tueurs du Brabant », auteurs de massacres de masse en série (plus de 28 morts) dans les années quatre-vingt ( ).
Ni Marocain ni musulman
Seulement voilà, le tueur de Liège, le désormais internationalement célèbre Nordine Amrani, n'avait pour finir rien à voir avec un « immigré marocain type ». Né dans la commune bruxelloise d'Ixelles en 1978, il a ensuite suivi le parcours classique d'un « ketje » de Bruxelles issu des milieux populaires, d'une famille en difficulté sur le plan affectif et social. Le petit Amrani ne s'est pas intégré à la société belge, il y était entièrement l'un de ses « produits ». Sa langue n'était pas l'arabe ni un quelconque dialecte marocain, mais nos langues nationales. Sur le plan religieux, Amrani ne pratiquait pas du tout le culte musulman. A part son patronyme et son physique, rien ne le rattachait réellement à la communauté marocaine de Belgique (1).
Mieux, sur le plan politique, il semble que ses attaches se situaient à droite, bien à droite d'ailleurs.

Un article du quotidien La Dernière Heure des plus clairs. Il n'empêchera pas les commentaires racistes délirants de se développer...
Le milieu d'extrême droite
Quelques temps après son horrible forfait commis à Liège, plusieurs journalistes recueillirent des informations des plus intéressantes sur les liens de Nordine Amrani avec un milieu politique clairement d'extrême droite, fana comme lui d'armes à feu. Marc Metdepenningen du quotidien Le Soir partagea, quelques jours après le drame de Liège, ses informations avec la rédaction de RésistanceS.be.
Les faits liant le tueur de masse belge avec l'extrême droite feront ensuite l'objet d'une référence dans l'édition du 22 décembre de l'édition belge de l'hebdomadaire Paris Match, dans un article signé par Michel Bouffioux (2). Le journaliste confirma, dans un papier général sur le parcours criminel d'Amrani, les informations de son confrère Marc Metdepenningen.
Les liens de Nordine Amrani avec des personnes clés de l'extrême droite, francophone et néerlandophone, remontent à plusieurs années, dès les années 2000. Et démontrent qu'il était très bien intégré et impliqué dans ce milieu politique extrémiste. Ce sont ses qualités en armurerie qui firent sans doute de Nordine Amrani une personnalité incontournable chez les adeptes d’armes de guerre membres de l'extrême droite.
Il a été en particulier en relation avec un avocat originaire de la région liégeoise connu pour son engagement à « la droite de la droite ». A son sujet, Michel Bouffioux écrit :
« Une personne connue dans le monde judiciaire met formellement Amrani en relation avec un avocat liégeois inquiété dans une affaire de prostitution (traite des êtres humains dont les victimes étaient africaines) et actif politiquement dans les rangs de l'extrême droite » (3).
Sauna flamand et camps d'entrainement
L'article de Michel Bouffioux évoque aussi les liens de Nordine Amrani avec un responsable de l'extrême droite flamande. Le journaliste de Paris Match note à ce propos :
« Un témoin supplémentaire étaye cette piste politique en nous affirmant que le tueur de Liège a été le protégé d'un tenancier de sauna flamand, lui aussi connu comme un soutien actif d'extrémistes de droite néerlandophones. Elément vérifiable par la justice : certains honoraires d'avocat ont été payés par ce personnage trouble au profit d'Amrani dans le courant de la dernière décennie. Une autre source complète le tableau par ces mots : ''C'était un passionné d'armes et de treillis militaire. Il se vantait de faire des camps d'entrainement dans les Ardennes avec son copain flamand et d'autres extrémistes de son bord''. (...). Très habile de ses mains et méticuleux – tous les témoignages concordent sur ce point - , Nordine Amrani était la personne idéale pour nettoyer, assembler et fournir des armes. A qui, si ce n'est à ceux qui en font usage dans le milieu qu'il fréquentait ? » (4).
En complément de ces informations diffusées par Michel Bouffioux, nous avons aussi recueilli un témoignage comme quoi un proche parent de Nordine Amrani s'était distancé de celui-ci à cause justement de ses relations troubles avec l'extrême droite.
L'extrême droite très vite a récupéré à des fins politiques la tuerie liégeoise. Comme le montre ci-dessus un visuel des Vlaams Belang Jongeren (VBJ), le mouvement de jeunesse du parti nationaliste flamand néofasciste, et la couverture du numéro de décembre 2011 du journal du Front national « canal historique », le FN belge d'origine mené aujourd'hui par le conseiller communal Salvatore Nicotra – Doc. RIDAF-RésistanceS.be
Loup solitaire au service de la droite extrême
Les amis politiques d'extrême droite de Nordine Amrani sont bien entendu étrangers à son geste meurtrier du 13 décembre. Cependant, c'est certainement le milieu des fanas - trafiquants et pratiquants - d'armes de guerre qui a permis l'enseignement militaire de celui qui allait devenir un des plus célèbres tueurs de masse belges, après Hans Van Temsche ( ).
Les discours politiques extrémistes, prônant la « loi de la jungle », pourrait aussi avoir permis l’endoctrinement d’Amrani dans sa haine pour les autres. Le poussant à massacrer, à la grenade et au fusil d'assaut, des innocents sous le mode du « loup solitaire », personnage glorifié dans les manuels de terrorisme de la droite subversive ( ). Comme le fut cet été le Norvégien Anders Breivik ( ).
Sur le plan politique, le passage à l'acte de Nordine Amrani est tout bénéfice pour l'extrême droite. Ce n'est pas pour rien que dès le lendemain de ses crimes, plusieurs composantes de la droite pure et dure se sont mobilisées afin de tenter de récupérer l'émotion populaire suscitée par le carnage liégeois. Et la traduire en revendication politique.
C'est grâce à ce massacre de masse commis par un Belge d'origine marocaine, à la montée de la délinquance, à l'augmentation vertigineuse prochaine du chômage et des autres maux sociétaires favorisés par la situation socio-économique inégalitaire, que l'extrême droite belge - en net recul électoral du nord au sud du pays depuis 2006 - espère un retour en force dans le paysage politique, lors des prochaines élections. La droite extrémiste peut, à titre posthume, désormais considérer Nordine Amrani comme ayant été l'un de ses derniers meilleurs agents de promotion.
Alexandre VICK

La haine raciste sur Internet s'est déchainée à nouveau à l'occasion de la tuerie de masse commise à Liège le 13 décembre 2011. Comme en témoigne ce commentaire de haut niveau posté sur Facebook en réaction à l'annonce d'une pseudo « marche blanche » en mémoire de Nordine Amrani, – Doc. Ridaf-RésistanceS.be
Notes :
- (1) Lire à ce sujet « Nordine Amrani ne parlait pas arabe, n’était pas musulman et se sentait Belge », article Gilbert Dupont et Sarah Rasujew paru sur le site du quotidien La Dernière Heure, Bruxelles, le 14 décembre 2011

- (2) « Sur les traces du tueur », Michel Bouffioux, Paris Match (édition belge), du 22 au 28 décembre 2011.
- (3) Idem.
- (4) Idem.
Note de la rédaction
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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche 8 janvier 2012.
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Sur les « massacres de masse », lire sur RésistanceS.be

A lire également, l'enquête de RésistanceS.be :

Ailleurs sur internet
Sur la récupération populiste, islamophobe et raciste de la tuerie de Liège, lire les excellents articles de nos confrères :
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