| L'article
ci-dessous a été publié une première
fois dans Le Journal du Mardi du mois de janvier 2009. Le JDM
est un périodique belge paraissant – pour le moment
- à un rythme mensuel. Il est vendu dans toutes les librairies
de Belgique. Cet article a été écrit à
la fin du mois de décembre 2008, soit au tout début
de l'agression militaire meurtrière isréalienne
contre le territoire palestinien de Gaza et une nouvelle importation
du conflit israélo-palestinien en Belgique. |
Polémique autour de deux
livres
Antisémitisme, deux approches antagonistes
Les Juifs sont à nouveaux la cible d'actes antisémites.
Ce racisme n'est pas mort. Mais est-il plus important que celui qui
s'attaque aux immigrés et à leurs enfants ? Les Belges
juifs doivent-ils s'inquiéter ? L'antisionisme est-il un nouvel
antisémitisme ? Les polémiques se multiplient à
ce sujet. La sortie récente de deux livres sur l'antisémitisme
le démontre une fois de plus. L’un se rapporte à
une approche subjective, l’autre rationnelle.
Manuel Abramowicz

Le livre de la députée belge
Viviane Teitelbaum et celui du sociologue français Michel Wieviorka
traitent un sujet identique. Leur analyse et conclusions sont cependantes
très différentes.
L'antisémitisme existe toujours. Tel est le constat qui peut
être fait lorsque l'on observe l'actualité. Récemment
encore, c'est la télévision publique flamande qui dérapait,
une nouvelle fois, avec la diffusion d'un sketch sensé être
humoristique. Il était digne de ceux du «comique»
français Dieudonné : de mauvais goût et frôlant
l'antisémitisme nazi d'antan. Pendant ce temps, dans certains
établissements scolaires, il n'est plus possible de faire référence
au génocide des Juifs. Des synagogues et des cimetières
israélites sont les cibles de la haine antisémite. Des
Juifs religieux peuvent se faire agresser de façon violente
en rue, comme cela s'est déjà produit à Paris,
Bruxelles ou Anvers.
Racisme anti-Juifs
L'attaque militaire massive de l'armée israélienne
contre le territoire palestinien de Gaza (plus de 400 tués
à cette date), entamée fin décembre, a donné
lieu à des réactions violentes à l'encontre de
«cibles juives» ici en Europe, comme ce fut le cas au
début de la deuxième Intifada palestinienne en 2000.
Signe avant-coureur : le 29 décembre dernier, un cocktail Molotov
est lancé contre la synagogue de Charleroi. D'autres actes
anti-Juifs auront ensuite encore lieu, à Bruxelles, Anvers
et de nouvelles fois à Charleroi. Face à ce constat,
les organisations de la communauté juive s'inquiètent,
d'un retour de l'antisémitisme.
Le racisme à l'égard des
Juifs et la judéophobie sont toujours d'actualité. Tout
le monde en convient. Cependant, l'antisémitisme se trouve
au coeur d'une polémique, suscitant de nombreux débats
passionnés, parfois même fanatiques. S'agit-il vraiment
d'antisémitisme ? Quelles en sont les raisons ? Est-il
différent de celui des nazis ? Qui sont ses responsables ?
L'antisionisme est-il une forme d'antisémitisme ? C'est
à toutes ces questions que tentent de répondre plusieurs
auteurs d'ouvrages consacrés au sujet. L'approche de ceux-ci
bifurque parfois dans deux directions. L'une est politique, voire
propagandiste, donc subjective. L'autre se base sur des études
sociologiques de terrain. Cette dernière est de nature rationnelle.
Deux récents livres illustrent ces approches antagonistes.
Ils ont été écrits juste avant le déclenchement
de l'attaque israélienne contre Gaza.

Manifestation pro-palestinienne,
le 11 janvier dernier dans les rues de Bruxelles. L'Etat israélien
est considéré par certains comme celui des «nouveaux
nazis». Pendant ce temp, d'autres dénoncent les «nazislamistes».
Contre la guerre : la nazification ? © Photo RésistanceS.
Approche subjective
Viviane Teitelbaum, dans son dernier livre, «Salomon,
vous êtes Juif ? L'antisémitisme en Belgique du Moyen-Âge
à Internet» (éditions Luc Pire, novembre 2008),
aborde ce fléau, sur 254 pages, sur un mode alarmiste. Députée
régionale bruxelloise libérale du Mouvement réformateur,
elle propose l'hypothèse de départ suivante : «les
actes agressifs ou blessants à l'égard des Juifs sont
en recrudescence». Pour elle, l'antisémitisme est
une «maladie». Selon elle : «cette maladie s'attaque
d'abord aux organes faibles, elle se propage ensuite dans les autres
parties du corps social qui, finalement, est entièrement touché».
Son livre est un réquisitoire
contre ceux qui «occultent» et «excusent»
carrément le «néo-antisémitisme»,
celui trouvant un fief chez les populations immigrées arabo-musulmanes.
Pour elle, c'est l'exportation en Belgique du conflit israélo-palestinien
qui est à la source des actuels actes anti-Juifs. Viviane Teitelbaum
passe en revue - sur de très nombreuses pages - les différentes
initiatives propalestiniennes organisées ces dernières
années en Belgique, comme si celles-ci suscitaient l'antisémitisme
de certains. La preuve est donc faite : «la ligne qui sépare
l'antisionisme de l'antisémitisme s'avère désormais
fragile». Certes, tous les antisionistes ne sont pas des
antisémites, cependant beaucoup semblent l'être pour
Teitelbaum. Et leurs complices directs se retrouvent dans tous les
partis politiques, de l'extrême gauche aux sociaux-chrétiens,
en passant par Ecolo et le PS bien entendu. Seule exception : le MR.
Comme par hasard. «L'antisionisme, de plus en plus virulent,
s'avère très contagieux au sein de la classe politique
belge», constate la députée libérale. Qui
accuse tous azimuts, mais sans jamais donner de preuves. Ainsi, une
parlementaire écologiste aurait tenu, en 2008, des «propos
antisémites» lors d'une manifestation à Nivelles
dénonçant la Nakba, l'expulsion massive de plus de 700.000
Palestiniens lors de la création d'Israël en 1948. Présent
également à Nivelles, l'ancien ministre PS de la Défense,
André Flahaut, est pour cette raison égratigné
sur plusieurs pages.
Conclusion de Viviane Teitelbaum : le
développement de l'antisémitisme pousserait désormais
«les survivants de la Shoah et leurs petits-enfants [à]
s'interroger sur leur avenir possible en Europe et en particulier
en Belgique». La députée propose un état
des lieux identique pour la France.

La nazification de l'ennemi est une vieille
pratique, comme le montre cette couverture de l'hebdomadaire du Parti
communiste de Belgique prochinois, datant du 14 janvier 1966 ©
Doc. Archives Manuel Abramowicz
Approche rationnelle
Le sociologue français Michel Wieviorka propose lui
une analyse toute différente dans «L'antisémitisme
est-il de retour ?», un petit ouvrage de 127 pages sorti
en septembre dernier chez Larousse. Après avoir analysé
les nouvelles formes de l'antisémitisme contemporain, Wieviorka,
par ailleurs directeur d'Etudes à l'Ecole des Hautes Etudes
en sciences sociales, arrive à une conclusion bien différente
de celle de la députée MR. D'après lui et sur
la base de plusieurs études de terrain, les actes anti-Juifs
sont en nette diminution. De plus, pour le sociologue, il faut relativiser
les explications et les descriptions qui sont faites des «nouveaux
acteurs» de cet antisémitisme (les jeunes issus de l'immigration
arabo-musulmane par exemple). Il conteste aussi les chiffres et les
autres données permettant d'affirmer que ce mal de société
est en forte hausse. Le sociologue pose alors cette question polémique
: «n'existe-t-il pas une tendance, en particulier dans certains
milieux juifs, à verser dans l'excès dès qu'il
s'agit d'établir un diagnostic sur l'état de la question?».
S'attaquant à plusieurs stéréotypes
(présentant l'extrême gauche – alliée aux
islamistes - comme le fer de lance de l’antisémitisme,
la généralisation chez les musulmans de l’antisémitisme,
son développement dans les communautés immigrées
d'Afrique noire...), Michel Wieviorka constate : «l'antisémitisme
ne disparaît certes pas du paysage mais il apparaît comme
singulièrement moins grave que ce que l'on pourrait croire
à la lecture de la presse ou à l'écoute de la
télévision».
Michel
Wieviorka a aussi dit...
Extrait du livre
«L'antisémitisme est-il de retour ?», de
Michel Wieviorka, 127 pages, publié en septembre 2008
aux éditions Larousse.
Le terme «antisémite»
«N'est-ce pas offrir aux Juifs un traitement politique
particulier que de leur reconnaître une spécificité
dans le racisme subi, au point qu'ils peuvent disposer d'un
terme qui leur est propre ? Ne peut-on pas dire que même
victimes, finalement, les Juifs s'en sortent mieux que d'autres,
pour qui n'existe aucun terme, aucun vocabulaire spécifique
pour rendre compte de leur malheur ? Et jusqu'où peut-on
dissocier les Juifs d'autres groupes dans l'action antiraciste,
comme si le combat contre l'antisémitisme devait être
séparé des autres, car fondamentalement distinct
?» (p. 20).
Qui sont les
auteurs des actes antijuifs ?
«J'ai eu entre les mains plusieurs dizaines de dossiers
montrant ques les auteurs de violences antisémites
pouvaient être des jeunes ''issus de l'immigration'',
certes, ce qui à première vue pourrait alimenter
l'hypothèse d'un antisémitisme arabe, ou musulman,
mais en réalité déracinés, non
éduqués, et sous influence plus de l'alcool
que d'un iman et d'une quelconque prise en charge idéologique»
(pp. 29-30).
L'extrême
gauche, antisémite ?
«S'il existe à la base chez certains sympathisants
d'extrême gauche des affects antisémites, et
même si l'antisionisme s'y pervertit parfois en antisémitisme,
il n'y a là aucun phénomène massif. Dans
les universités, par exemple, qui sont traditionnellement
un espace de militantisme politique radical, le thème
ne fait guère recette. Ne faisons pas de l'extrême
gauche le vecteur majeur d'un nouvel antisémitisme» (p.
80).
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Etoile de David et marteau et la faucille contre
la France. Dessin paru, en novembre 2004, dans l'hebdomadaire français
Rivarol : l'antisémitisme et l'anticommunisme traditionnels
sont toujours de nos jours au programme de l'extrême droite
- Doc. Archives RésistanceS.be
Positions non-conformistes
Le constat et les conclusions de Michel Wieviorka ne plairont
certainement pas à ceux qui cultivent, exagèrent et
transforment, à des fins politiques, les délits antisémites
en les associant à l’antisionisme. Avec l'objectif de
pénaliser sur le plan moral et de diaboliser sur la place publique
ceux qui critiquent Israël et dénoncent ses crimes répétés
contre le peuple palestinien. La dédramatisation de la persistance
de l'antisémitisme dans la société est également
portée par des personnalités de la communauté
juive.
En France, ce fut le cas de Théo
Klein, président de 1983 à 1989 du Conseil représentatif
des institutions juives de France (CRIF). En Belgique, Philippe Markiewicz,
l'ancien président du CCOJB, prend également des positions
non-conformistes lorsqu'il s'agit d'expliquer l'antisémitisme
(voir son interview dans ce même dossier de RésistanceS.be).
C'est également le cas de David Susskind, l'un des leaders
les plus charismatiques des Juifs belges, et de l'Union des progressistes
juifs de Belgique, une organisation issue de la Résistance
juive antinazie, laïque, de gauche et nonsioniste.
Manuel Abramowicz

Cet article a été publié
une première fois dans Le Journal du Mardi du mois de janvier
2009. Le JDM est un périodique belge paraissant – pour
le moment - à un rythme mensuel. Il est vendu dans toutes les
librairies de Belgique. Cet article a été écrit
à la fin du mois de décembre 2008, soit au tout début
de l'agression militaire meurtrière isréalienne contre
le territoire palestinien de Gaza et une nouvelle importation en B
du conflit israélo-paléstinien.
© RésistanceS – web-journal
de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 7 février
2009.
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A lire également
:
• Antisémitisme,
deux approches antagonistes
• Ni
exagérer ni dramatiser l'antisémitisme : Interview de
Philippe Markiewicz, ancien président du CCOJB
• Comment
«mesurer» le racisme anti-Juifs ?
• Les
quatre critères pour définir un retour de l'antisémitisme
Pour
plus d'infos encore, consultez la rubrique de RésistanceS.be
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