| Chili 1973-2003 : un autre 11
septembre Opération Condor, un terrorisme international au service de la dictature chilienne Peu après le coup de force militaire du 11 septembre 1973, cest la DINA, la police politique chilienne, qui prit la tête de lopération Condor. Objectif : supprimer, au moyen dattentats, les opposants du Chili réfugiés hors des frontières. Les meurtres commis sous cette bannière se comptent par dizaines. En Europe, les actions de la DINA furent confiées à lhomme qui orchestrait alors la « stratégie de la tension » secouant lItalie au long des années septante. Lopération Condor démontre une fois encore la part prise par les Etats-Unis dans des complots destinés à déstabiliser des démocraties et à consolider des dictatures. Le tout avec lappui de terroristes dextrême droite. Retour sur la répression et sur les agissements illégaux des hommes de Pinochet. Portés au pouvoir par la force, les nouveaux dirigeants chiliens rassemblés autour dAugusto Pinochet instaurèrent une dictature : fascisante sur le plan politique, gagnée à lultra-libéralisme sur le plan économique. Le coup dEtat chilien porte la date du 11 septembre 1973. Ce jour-là souvrit aussi une vague répressive sans borne, dirigée contre les anciens responsables du gouvernement démocratique de Salvador Allende, mais aussi contre tous ceux que les nouvelles autorités classaient parmi les progressistes, les chrétiens de gauche, les socialistes ou les militants de la gauche radicale.
Dans la capitale du pays, Santiago, le stade de football devint en quelques jours un gigantesque camp où lon parqua les démocrates progressistes. Des centaines de Chiliens et de Chiliennes y subirent la torture et la mort, entre les mains de nervis sadiques héritant sans scrupule des méthodes de la gestapo. Lieu consacré au sport, ce stade allait se muer en zone de mort. Le poète et chanteur Victor Jara compte parmi les victimes emblématiques de la dictature. Police politique contre opposants exilés Composé de barbouzes des Chiliens, mais aussi des étrangers, parmi lesquels des Nord-Américains et des Européens , le réseau Condor allait multiplier les attentats à létranger. Ces opérations dexécution visaient des réfugiés politiques en exil. Le 30 septembre 1974, soit un an après le putsch militaire, Carlos Prats, lancien commandant en chef de létat-major de larmée chilienne et adversaire des militaires insurgés, est assassiné à Buenos Aires en même temps que son épouse. Deux ans plus tard, le 21 septembre 1976, celui que lon présente comme le « tueur de la DINA » (sic), Michael Townley un Américain dorigine chilienne, déjà mêlé à lattentat contre Prats organise lélimination physique dOrlando Letelier. Cet ancien ministre des Affaires étrangères du Chili fut victime de lattentat en pleine capitale des Etats-Unis. Dautres meurtres, ou tentatives de meurtre, survinrent encore. Pour parvenir à leurs fins, les théoriciens de Condor nhésitaient pas non plus à recourir à la manipulation psychologique. Sans doute marqués par la propagande du régime nazi, ils invoquaient à loccasion, pour justifier leur « utilité », la menace dune « conspiration judéo-bolchévique apatride ». USA : complices des tueurs pinochetistes ?
Affiche du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), une formation qui opposa une résistance à la dictature. Selon les sources, le bilan de cette sanglante entreprise ourdie par les amis latino-américains de Washington se situerait entre 12.868 et 35.000 victimes, assassinées ou portées disparues. Dresser la comptabilité macabre de lopération Condor relève de la gageure : laire géographique couverte est vaste, nombreux sont les pays concernés, et les liquidations, souvent perpétrées loin des regards indiscrets, nétaient la plupart du temps revendiquées par personne. Le chef de l« orchestre noir » italien Diverses enquêtes établissent par ailleurs que, pendant les années de lopération Condor, Stefano Delle Chiaie effectua des séjours clandestins au Chili et en Argentine. Il y croisa en particulier Michael Townley, le « serial killer » de la DINA dont il a déjà été question plus haut. Le rôle tenu par Delle Chiaie alias « Alfa » dans la « stratégie de la tension » et dans les milieux troubles des organisations secrètes est bien établi. Cette « stratégie » consistait en un plan élaboré par des services spéciaux doutre-Atlantique, auquel participaient des personnalités de premier plan de la démocratie chrétienne italienne ainsi que des groupes clandestins restés fidèles à lOrdre nouveau. Le quartier général de cette conspiration se trouvait au Collège de lOTAN à Rome. Son but : faire obstacle par tous les moyens à une arrivée au pouvoir, par la voie des urnes, du Parti communiste italien. Nous étions alors en pleine guerre froide, et un spectre continuait de hanter le « monde libre » : celui du communiste. Comme pour lopération Condor, la méthode retenue par cette « stratégie » fut le terrorisme. Il sagissait de soumettre la population à une tension telle quelle en viendrait à accepter un durcissement du régime, et aussi de diaboliser la gauche démocratique dans son ensemble, les communistes en premier lieu. Démocratie pour nous, dictature pour eux ! Dans lhistoire politique, lopération Condor figure comme un cas triste mais éloquent de la collusion entre des services secrets de régimes dictatoriaux, une phalange politique ultra-droitiste nord-américaine celle, en substance, que nous avons retrouvée dernièrement derrière le lobby pro-guerre contre lIrak et des terroristes néonazis. Les noms de la CIA et du FBI, comme celui de lancien secrétaire dEtat nord-américain Henry Kissinger, reviennent sans cesse dans les « dossiers noirs » du Chili. Au nom de certains intérêts (économiques ?), des démocrates se montrent fin prêts à sallier avec le diable ! « Démocrates » dun côté, amis des fascistes et autres intégristes de lautre. Belle morale, vraiment au prix de combien de litres de sang versé ? RésistanceS Sources Plusieurs informations citées dans cet article proviennent de : - LASKE, Karl : « Une police politique relayée en Europe Aux ordres de Pinochet, la Dina frappait hors du Chili », in « Libération », 23 juillet 2001, p. 14. - Le numéro 512 du « Courrier international », daté du 24 au 30 août 2000 (pp. 24 à 29), qui proposait un dossier consacré à lopération Condor, lui-même construit à partir darticles de la presse chilienne (« Qué Pasa » : « De nouvelles révélations sur les dictatures »), de la presse argentine (« Página 12 » : « Pinochet et Videla, les deux ailes du Condor ») et de la presse américaine (« The Nation » : « Le voile se lève sur le rôle des Etats-Unis »), entre autres. |
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