RésistanceS 20-07-2007 [ réactualisé le 01-11-2007 ]

Famille, avortement et homosexualité,
un vieux combat de l'extrême droite


La défense de la famille est un thème coutumier des partis et mouvements liberticides. « La famille est la base de la Nation » proclame l’extrême droite. La conception familiale de cette dernière se base sur une approche conservatrice, voire « raciale », rappelant le slogan « Travail – Famille – Patrie » du Maréchal Pétain, le dictateur de l’Etat français illégal. Dans cette perspective, les ennemis de la famille traditionnelle (Mai 68, la « Haute finance apatride »… ) sont pour leur part désignés comme les responsables d’un « complot » visant à son anéantissement. A des fins de « domination mondiale »…



Une famille « blanche et flamande » envahie par une foule cosmopolite manipulée par la « haute finance vagabonde et anonyme » (représentée par l’homme au chapeau haute forme). Extrait de l'illustration principale d'un tract du Vlaams Blok (aujourd'hui Vlaams Belang) pour les élections communales de 1988 - Document : Archives Hugo Gijsels - RésistanceS.


Le 5 mai dernier, 300 personnes défilaient dans les rues de Bruxelles sous le label de l'« European Family Pride ». Cette manifestation était menée par Alain Escada, président de l'association intégriste Belgique & Chrétienté (B&C), ancien dirigeant du Front nouveau de Belgique au milieu des années 1990, puis partenaire, via son journal Polémique (1995-2003), du Front national de Daniel Féret. Aujourd'hui, Alain Escada et B&C sont liés à Nation (1), un mouvement « identitaire » francophone dont le dirigeant historique est Hervé Van Laethem, leader d'un groupe néonazi, antisémite et négationniste actif dans les années 1980-90.

Le mouvement Nation était l'un des principaux soutiens de la « Pride » du 5 mai 2007. Objectif de cette manifestation : « refuser l’inversion des valeurs et rappeler (l’) attachement aux valeurs traditionnelles » représentées par la famille et « protester contre le lamentable cortège de la Gay Pride » (2), qui devait avoir lieu quelques jours plus tard, le 12 mai, à Bruxelles.

Race, réflexe biologique et complot
La défense des valeurs familiales est un des plus vieux thèmes du combat de l'extrême droite. Nous avons retrouvé, dans les archives de RésistanceS, un article qui illustre parfaitement ce « combat ». Il est extrait du numéro de décembre 1974 du Nouvel Europe magazine, le journal de référence de l'extrême droite belge francophone. Cet article était signé par un dénommé Guy Gauvin, responsable bruxellois du Front de la Jeunesse, un mouvement néofasciste notamment actif sur les campus universitaires jusqu’au milieu des années 1980 et modèle des groupes d’action qui lui succèderont. Extrait de l'article du Nouvel Europe magazine :

« (...) La famille – institution culturelle – repose sur une base biologique évidente : elle est le milieu naturel dans lequel baigne l'enfant d'abord, l'adolescent ensuite; c'est elle qui forge l'homme. En la détruisant, on détruit la société; en la consolidant, en la protégeant, on sauve la civilisation.
Loin de nous l'idée de juger les femmes qui se font avorter. Certaines le font pourtant, les mêmes qui pourrissent la société actuelle avec la pornographie, l'écroulement de toutes les valeurs, la destruction de la famille. Pour nous, ces malheureuses sont les victimes d'une politique, d'un COMPLOT plus général, plus grand dont elles ne sont que les jouets. Il s'agit, en fait, par l'avortement libre, de détruire ce qui reste encore à l'Occident : la vie.
Comme par hasard, c'est la gauche qui réclame cet assassinat collectif car le communisme sait où cela peut nous mener : à l'écroulement de notre démographie avec, comme conséquences, une population active raréfiée (d'où une immigration étrangère accrue), un manque de dynamisme social (d'où une facilité plus grande à accepter la destruction). L'avortement libre est une arme biologique entre les mains de la subversion. Il s'agit de détruire la jeunesse, de la réduire au maximum. Le taux de jeune représente l'avenir d'une race (...).
(...) Nous luttons contre l'avortement par réflexe. Par un réflexe biologique : celui d'une race qui se sent menacée dans ce qu'elle a de plus profond : son droit de vivre. Le Front de la Jeunesse doit refuser le crime qu'on nous prépare. Il ne suffisait pas de vouloir détruire les jeunes par la drogue, la pop, le sexe; il fallait plus criminel encore : l'élimination physique.
Face aux ennemis de l'Europe, il existera toujours une élite, faite de jeunes et d'adultes, qui refuseront le génocide préparé. Ils se battront car ils connaissent la valeur de leur combat ».

 

Le Nouvel Europe magazine reste un modèle pour l'extrême droite d'aujourd'hui © photo RésistanceS – Archives RésistanceS / Centre Guernica.


Toujours les mêmes discours
De nos jours, la ligne idéologique de l'article du Nouvel Europe magazine (connu également sous le nom de ses initiales : NEM) reste toujours en vogue au sein de l'extrême droite. Le NEM fut l'un des modèles du journal Polémique, fondé en 1995 par Alain Escada. Plusieurs rédacteurs du premier se retrouveront dans les colonnes du second. Pour défendre, entre autres choses, les mêmes valeurs. Après avoir soutenu le Front nouveau de Belgique de la députée fédérale Marguerite Bastien, Polémique va devenir vers 1999 l’un des trois partenaires officiels du Front national (FN) de Daniel Féret.

Dès sa création, en 1985, le FN avait lui aussi intégré la thématique de la famille dans son corpus doctrinal. En avril 1990, l’un de ses dirigeants, Patrick Sessler, posa aux lecteurs du « National » (le journal du FN) la question suivante : « Quelles sont les causes de la déliquescence de la famille européenne et belge en particulier ? ». Selon lui, la première cause se rapportait à un état d’esprit singularisé par le « slogan gauchiste de mai 68 : ‘’famille je vous hais’’ ». Résultat : les « propagandistes de l’église du pessimisme », grâce à un « matraquage odieux… pardon… audio-visuel et par une presse assez perverse en l’occurrence, créèrent les conditions de l’avènement du nihilisme génocidaire ». Derrière l’opération, le responsable frontiste identifiait « une stratégie » qu’il qualifiait de « démoniaque » et informait les lecteurs du « National » de l’objectif de « nos ennemis (…) : dominer et asservir les peuples d’Europe, détruire une à une les cellules de nos peuples. Et la famille est la première de ces cellules ». Concernant cette « cellule », Patrick Sessler estimait qu’elle était aussi éclatée par une deuxième cause expliquant « la déliquescence de la famille » : « l’émancipation des femmes ». Pour celui-ci, un travail professionnel simultané pour l’homme et sa femme n’est pas « favorable à l’équilibre du couple ». Contre cela, le dirigeant du FN appelait à un « renouveau de la famille ».

Autocollant des années 1990 pro-'famille nationaliste' du Front national belge - Document : Archives CelsiuS-RésistanceS.

En mars 1998, un article du « National », signé par l’une de ses conseillères communales FN à Bruxelles-ville, Jacqueline Blaimont, reviendra sur le programme frontiste en la matière. « Une nation qui tue ses enfants est une nation qui n’a pas d’avenir – c’est un autogénocide » affirmait-elle. Poursuivant sur sa lancée, elle précisait : « Le programme du FN est le seul qui affirme qui si les familles n’ont pas leur place dans la société et dans l’Etat, notre société et notre pays sont condamnés à mort ».

A l’occasion des dernières élections législatives, du 10 juin 2007, le Front national mit à nouveau en avant la sauvegarde des valeurs familiales, parce que la famille est « le fondement essentiel qui sous-tend l'identité, la vitalité et la pérennité d'un peuple ». Le mouvement Nation, au sujet de la famille, affirmait pour sa part sur son site Internet, le 8 mars de cette année : « Les forces qui continuent à tout faire pour détruire la famille, qu’elles le fassent pour des raisons idéologiques, commerciales (les célibataires et les gays consomment plus...) ou subversives (un peuple sans repère est plus facile à dominer), continuent (…) la guerre qu’elles ont entreprise depuis bien longtemps contre notre Europe... ».

L'« European Family Pride » du 5 mai dernier ne fut donc que la suite logique d'un vieux combat de jadis... seulement remis au goût du jour pour l’occasion.


Manuel ABRAMOWICZ

(1) Les liens entre le mouvement Nation et la mouvance de Belgique & Chrétienté (B&C) d'Alain Escada sont nombreux. Sur le site du premier, le second figure dans les hyperliens à la rubrique « réseau associatif ». Les manifestations et conférences de B&C - ou de ses pseudopodes - sont fréquentées par Nation. Les militants de son organisation de jeunesse, connue sous le nom de « Jeune Nation », constituent souvent les services d'ordres des manifestations de l'association national-catholique, comme le prouve la consultation du blog de Jeune Nation. Sur celui-ci figurait un rapport d'activité au sujet d'une manifestation qui s'est déroulée en juillet 2006. Ce rapport était signé par l'un des responsables du mouvement. Il y était mentionné :

« Service d’ordre du 25 juillet. Ce 25 juillet, le service d’ordre du mouvement a été mis à contribution afin de protéger la manifestation organisée par le collectif ''Papa, maman et moi'' (NDLR : un groupe d'agit-prop mis en place par le président de B&C). Je tiens à remercier les 25 membres de ''Jeune Nation'' qui ont participé au service d’ordre. C’est un boulot ingrat mais vous l’avez accompli avec professionnalisme, discipline et sang froid. Cet exercice grandeur nature a révélé aussi une grande disponibilité de votre part. En effet vous êtes venu de Charleroi, Liège, Bruxelles afin d’assurer ce travail. Il ne faut pas s’endormir sur cette victoire car de minimes erreurs d’organisation se sont produites. Il faut en tenir compte et les corriger. Je n’oublie pas les autres qui sont venus participer à la manifestation et qui, par leurs applaudissements et leurs tenues irréprochables, ont montré notre attachement à ce combat identitaire. Je sais que l’absence de contre-manifestation a été une déception pour beaucoup mais cela ne doit pas être un frein à votre motivation et à votre attention car un jour peut-être nous aurons une confrontation. »


(2) Selon le compte-rendu de cette manifestation, réalisé par le mouvement Nation (daté du 6 mai 2007).

 

 

Pour la défense de la race

 

L'extrême droite d’aujourd’hui défend toujours les mêmes valeurs familiales que celle des années 1970, et pour les mêmes motifs. Les ennemis désignés de la « famille traditionnelle » restent eux aussi les mêmes. Les néonazis iront encore plus loin en se référant officiellement à une « conception raciale » de la famille, comme le prouve la consultation de divers journaux nostalgiques de l'Ordre nouveau ; c’est le cas de Bloed, Boden, Eer & Trouw (BBET) et de Tribune nationaliste (dont deux couvertures sont reproduites ci-dessus). Le premier était le journal du groupe « NS » (national-socialiste) flamand du même nom. Dissidence de Blood and Honour (une organisation néonazie internationale), BBET fut démantelé en septembre 2006 par la justice : constitué de plusieurs militaires de carrière de l'armée belge, il préparait des actions terroristes pour défendre la « race blanche » en péril, selon lui, face à l’« l’invasion étrangère ».

Tribune nationaliste fut quant à lui édité dans les années 1980-90 comme organe de presse du Parti nationaliste français et européen (PNFE), un groupuscule paramilitaire lié en Belgique au groupe L'Assaut d'Hervé Van Laethem (cofondateur en 1999 du mouvement Nation).

Le PNFE revendiquait dans son programme l’« instauration d’une politique démographique et familiale hardie », ainsi que la « défense de l’identité raciale et (la) protection de la santé de notre peuple ». La dirigeante de la branche féminine du PNFE, Combat nationaliste féminin (CNF), Christelle Dugué précisera dans Tribune nationaliste d’avril 1989 : « Défendre notre identité raciale, c’est tout d’abord développer en nous cette conscience de race qui est actuellement refoulée honteusement par une trop grande partie de nos compatriotes ; c’est mettre un terme au métissage, ce crime contre la race, qui favorise la naissance d’être débiles, contrefaits et déracinés que l’on nous impose ensuite comme de nouvelles idoles ».

Elle précisera encore : « (…) la véritable place d’une femme est au foyer, au milieu de ses enfants ».

[M.AZ]

Couverture d'un des numéros de 1993 du journal du groupe l'Assaut. Contact belge du PNFE français (évoqué ci-dessus), ce groupe néonazi francophone défendait une conception raciale de la famille. Le dirigeant-fondateur de l'Assaut est de nos jours toujours actif au sein de l'extrême droite : après un passage au Front nouveau de Belgique (issu de l'aile radicale du Front national belge), il cofonda en 1999 le mouvement Nation, qu'il dirige encore en 2007 tout en participant aux activités organisées par l'association intégriste d'ultradroite Belgique & Chrétienté - Document : Archives CelsiuS-RésistanceS.


© RésistanceS - www.resistances.be - info@resistances.be - Article mis en ligne le 20 juillet 2007- Réactualisé le 1er novembre 2007.





 

A propos de la famille
« (…) Composée d'un homme et d'une femme liés par une promesse de fidélité librement consentie, la famille est la cellule de base, le fondement de la société européenne. Elle est source de vie, condition de l'épanouissement harmonieux de l'être humain. Elle est le lieu premier de l'éducation et de la transmission de la culture. Elle est le fondement essentiel qui sous-tend l'identité, la vitalité et la pérennité d'un peuple.
Or la démographie de la Wallonie et de l'Europe entière, hélas est préoccupante pour tous ceux qui entendent maintenir identité et culture. Le Front National préconise une politique familiale volontariste, davantage tournée vers l'enfant (…) ».
Extrait du programme du Front national belge pour les élections législatives 2007


A propos de la destruction des valeurs familiales

« (…) L'idéologie de gauche (…), surtout depuis 1968, a détruit consciencieusement, et avec le succès que l'on constate aujourd'hui, valeurs familiales et morales. Qui, dans la même logique, a encouragé à fond immigration et islamisation pour mieux faire disparaître nos nations et nos identités. D'ailleurs, gauche, mondialisme et islamisme s'entendent fort bien. Ils sont tous aujourd'hui alliés face à l'ennemi commun à abattre : les peuples enracinés, porteurs de valeurs fortes. Européens de préférence. »
Anne Kling, dirigeante du mouvement d’extrême droite « Alsace d'Abord », présidente des associations « Femmes Pour Strasbourg » et « Défendons notre Identité », interviewée par le site Internet français « Les Identitaires », le 17 décembre 2003

« (…) Les valeurs familiales se sont écroulées, l’école a été sabotée par les idéologues version 68, l’Eglise s’étiole pendant que l’Armée agonise. Les piliers de notre société ont été sciemment détruits par la cohorte des irresponsables qui se sont succédé au pouvoir. N’est-il pas surprenant de voir aujourd’hui les tenants du désordre tenter de fortifier les digues qu’ils ont contribué à fissurer depuis très longtemps ? L’eau monte, la barbarie moderne s’installe et le système est prêt à s’écrouler définitivement. Que de gâchis, que de générations sacrifiées, que de moyens gaspillés, que de temps perdu pour nos jeunes ! Le délabrement n’a pas encore atteint le point de rupture. Patience, nous ne sommes qu’au début de la fin ! (…) »
Jean-Marie Le Pen, président du Front national français, extrait de son discours devant le Conseil National du parti, le 20 septembre 2003


A propos de l’« European Family Pride » du 5 mai 2007
« Cette Family Pride (fierté de la famille) est également utile pour rappeler que défendre son peuple et sa nation, cela passe aussi par la défense du principe de la famille. De plus, si les gays peuvent avoir ‘’leur jour de la fierté’’, nous ne voyons pas pourquoi la famille ne pourrait pas avoir le sien. »
Lu sur le site du mouvement Nation (23 avril 2007)


Affiche de la manifestation pour la défense des valeurs familiales, version « extrême droite ».


Travail - Famille - Patrie
« L'Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle Constitution de l'État français. Cette Constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie. »
Article unique de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 créant l’Etat français

« (…) Malgré d'immenses difficultés, aucun pouvoir n'a plus que le mien honoré la famille et, pour empêcher la lutte des classes, cherché à garantir les conditions du travail à l'usine et à la terre. (...) Je représente une tradition qui est celle de la civilisation française et chrétienne, face aux excès de toutes les tyrannies (...). »
Déclaration du Maréchal Pétain à son procès le 23 juillet 1945

Le régime du Maréchal Pétain, dictateur de l’Etat français illégal mis en place après la défaite face à l’invasion nazie en 1940, a été à la base d’un corpus doctrinal d’essence national-catholique.

Reposant sur le principe des valeurs du travail, de la famille et de la patrie, l’idéologie pétainiste incorpore des références politiques, nationalistes et religieuses. Ce régime, installé dans la ville de Vichy, collabora avec le IIIe Reich hitlérien, notamment dans la déportation des Juifs de France et dans la répression de la résistance antinazie.

Ses principaux dirigeants, dont Philippe Pétain, seront après la chute du nazisme poursuivis devant les tribunaux de la République française, et souvent lourdement condamnés. Aujourd’hui encore, la dictature pétainiste reste une référence positive et un modèle pour l’extrême droite. La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (dissidence intégriste de l’Eglise catholique) revendique souvent dans ses écrits son héritage pétainiste, tout comme l’hebdomadaire Rivarol. Ceux-ci sont, entre autres, liés à l’association Belgique & Chrétienté.

[M.AZ]


Plus d'infos sur cette thématique ?

Lire les articles suivants de RésistanceS :

Danger : homophobie ! Du mépris au fascisme…

Amnésie, bêtise et extrême droite

Sur l’extrême droite contre les femmes
Lire l’ouvrage collectif :
L'extrême droite contre les femmes
sous la direction de Jo De Leeuw et Hedwige Peemans-Poullet
Coédition des éditions Luc Pire, Charte 91 et Université des Femmes Bruxelles, 1995, 239 pp.