RésistanceS.be 28-02-2012

Malgré l’échec de l’extrême droite belge


Succès de Marine Le Pen en Wallonie et à Bruxelles


Un récent sondage montre que l’extrême droite en Belgique francophone n’est pas morte. Malgré ses échecs aux dernières élections et l’analyse de certains observateurs politiques, son potentiel électoral subsisterait. Il augmentrait même grâce au succès de la présidente du Front national français dans les régions bruxelloise (10 %) et wallonne (12 %). Analyse.

 




Dans les années 1980, Jean-Marie Le Pen en compagnie de Daniel Féret, le président-fondateur du Front national belge © DR


Le 13 février dernier, le quotidien La Libre Belgique publiait dans le cadre de son «Baromètre politique» (réalisé avec la RTBF par Dedicated research) un sondage sur les intentions de vote des électeurs belges à l’élection  présidentielle en France. L’étude se rapporte à l’ensemble de la Belgique et ensuite se subdivise entre ses trois régions : Wallonie, Flandre et Bruxelles-capitale.

Contrairement à la situation en France, c’est l’actuel président français, Nicolas Sarkozy, qui remporterait les suffrages avec 39 % de votes favorables sur l’ensemble du territoire avec 28 % à Bruxelles, 31 % en Wallonie et 45 % en Flandre. Son «électorat belge» est constitué, pour la grande majorité, de votants provenant des rangs libéraux : 59 % d’électeurs bruxellois du Mouvement réformateur (MR), 64 % d’électeurs wallons du même MR et 56 % d’électeurs flamands de l’Open VLD. C’est dans l’électorat des démocrates chrétiens et humanistes que Sarkozy est ensuite le plus populaire : 28 % et 53 % des électeurs wallons et bruxellois du Centre démocrate humaniste (CDH) et 55 % de ceux du CD&V, en Flandre. Le reste de l’électorat belge flamand pro-sarko se compose de 54 % d’électeurs de la N-VA (nationaliste ultra-libéral), 55 % du Vlaams Belang (séparatiste d’extrême droite) et seulement 12 % du SP.A (socialiste social-démocrate).

François Hollande, le candidat socialiste arriverait en deuxième position dans les trois régions.


L’extrême droite en Wallonie : 12 %
La droitisation de l’électorat belge se confirme encore par les scores relativement élevés obtenus par Marine Le Pen, présidente du Front national français. Plus de 8 % des Belges en âge de voter pourraient voter en faveur de la candidate d’extrême droite. C’est en Flandre qu’elle obtiendrait son plus petit score, avec tout de même un bon 6 % des suffrages, suivi par la région bruxelloise, où Marine Le Pen arriverait à 10 %, et enfin en Wallonie avec 12 %. Ces deux derniers chiffres sont inédits

En détail l’électorat belge pour la dirigeante frontiste est essentiellement constitué en région flamande de 10 % de votants provenant de la N-VA de Bart De Wever et de 24 % du Vlaams Belang, l’ancien partenaire flamand du FN d’outre-Quiévrain. A Bruxelles, c’est 14 % d’électeurs du FDF, 8 % de MR, 3 % d’ECOLO et 1 % de CDH qui seraient en faveur d’un vote Marine Le Pen. Aucun électeur bruxellois du PS ne lui accorderait une voix. En Wallonie, les potentiels électeurs de la présidente du FN français se trouvent au MR (11 % de votants), au PS et au CDH (systématiquement avec 5 % de leur électorat respectif).


La fin du FN belge ?
Les résultats de Marine Le Pen en Wallonie et dans la région bruxelloise sont non seulement importants, ils sont surtout inquiétants. Parce qu’ils confirment que l’électorat d’extrême droite dans la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex-Communauté française de Belgique) subsiste, mais surtout pourrait grossir encore plus (voir notre tableau ci-dessous) avec la présence d’un/e leader charismatique de la trempe de la présidente frontiste. C’est une réponse à la thèse douteuse de ceux qui assènent de façon répétée que l’extrême droite francophone dans notre pays est devenue «fantomatique», depuis ses Waterloo électoraux aux élections de 2009 et 2010.

Résultats de l’extrême droite et popularité de Marine Le Pen en Belgique


Elections régionales 2009

Elections fédérales
2010

Sondage Décembre 2011

Sondage Février
2012

Popularité de Marine Le Pen 02/2012

Flandre

VB 15,3 %

VB 12,3 %

VB 8,4 %

VB 11,1 %

6 %

Bruxelles

VB  2 %
FN 1,7 %

VB 1,7 %
FN 1 %

VB 1,8 %
FN 1,6 %

VB 2,7 %
FN 1,6 %

10 %

Wallonie

FN  2,9 %

FN 1,4 %

FN 3,5 %

FN 3,6 %

12 %

Légende : VB (Vlaams Belang) et FN (Front national). Source : La Libre Belgique, 11,12 et 13 février 2012.

 

Avec une Marine Le Pen à sa tête, l’extrême droite francophone en Wallonie et à Bruxelles pourrait devenir une force politique incontournable. Mais ses représentants ont toujours été caractérisées par leurs querelles de clans, leurs divisions, leurs scissions et leurs incapacités à se structurer pour s’incruster durablement dans le paysage politique. Résultat : le Front national et ses divers « acteurs » se sont totalement marginalisés. De plus, en janvier dernier, Marine Le Pen a rompu la convention qui la liait à un des FN belges francophones. Par cette rupture, le nom de son parti, son sigle et son image ne peuvent plus être utilisés en Belgique ().

Pour arriver définitivement à ce résultat, un arrêt de la Cour d’Appel de Liège doit néanmoins encore être rendu (ce 1er mars) en faveur du FN français. Si tel n’était pas le cas, un Front national belge pourrait reprendre le flambeau du combat nationaliste frontiste dans notre pays. En cas d’arrêt en faveur à Marine Le Pen, ces disciples seront condamnés à rejoindre les oubliettes de l’Histoire politique belge et dire adieu au 12 % de wallons et 10 % de bruxellois marinistes.

Manuel ABRAMOWICZ

 

L’extrême droite francophone plus forte que la flamande et la musulmane !




Le racisme et l’islamophobie permettent à l’extrême droite de se maintenir plus que jamais dans le paysage politique. Récente affiche du Front national français.

Comme le démontre le baromètre politique de La Libre Belgique du 13 février dernier (et évoqué dans l’article ci-dessus), le vote favorable à l’extrême droite populiste, xénophobe et anti-musulmane reste une réalité dans l’électorat belge francophone. Plus de 10 % des Bruxellois (très majoritairement francophones) et 12 % des Wallons pourraient apporter leurs voix à Marine Le Pen, s’ils pouvaient voter en France à la prochaine élection présidentielle.


Moins de lepenistes flamands !
La cote de popularité de la présidente du FN français est bien moins élevée en Flandre avec 6 % de votes qui lui seraient favorables, contre 45 % pour  Nicolas Sarkozy (UMP) et 26 % pour François Hollande (PS). La droitisation extrême, certes sur l’exemple français, s’enregistre donc essentiellement chez les francophones.

Depuis la fin des deux Guerres Mondiales, la vision francophone décrivant une Flandre plus encline au fascisme et au racisme est ici bien mise à mal. Parce que la Wallonie et Bruxelles peuvent aussi devenir des bastions pour l’extrême droite. Des villes comme Charleroi ou La Louvière l’ont déjà été, tout comme les communes bruxelloises d’Anderlecht, Molenbeek et Schaerbeek. Avec des scores oscillant entre 15 et 20 %.


L’extrême droite musulmane : 0,05 % ?
Les résultats élevés favorables en Belgique à Marine Le Pen contredisent également la thèse sur le danger de l’«islamisme radical», présenté comme étant la «nouvelle extrême droite musulmane» par des intellectuels néoconservateurs néfastes au débat politique.

Selon une étude de deux sociologues des universités catholiques de Louvain-la-Neuve et de Leuven, seulement 5 % de la populaition belge seraient de confession musulmane *. Parmi eux, les islamistes resteraient minoritaires, c’est-à-dire que sur l’ensemble du pays ils ne représenteraient qu’un chiffre extrêmement bas, bien en-dessous de la barre des 0,05 % de l’ensemble de la population de Belgique.

Avec environ 0,05 % d’islamistes contre 8 % de Belges pro-lepénistes (dont, pour rappel 10 % de Bruxellois et 12 % de Wallons), il est simple d’identifier qui incarne réellement une force «fantomatique» et où se localise le danger antidémocratique dans le paysage politique belge.

Manuel ABRAMOWICZ

* Liliane Voyé (UCL) et Karel Dobbelaere (KUL), in Autres temps, éditions Racine-Campus, 2012.

 

 

Note de la rédaction
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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 28 février 2012.

 

 

 



Si le(s) FN belge(s) ne représente(nt) plus personnes en Belgique francophone, Marine Le Pen à, elle, un avenir dans notre pays.


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