RésistanceS 13-01-2008

Suite de la série « FN contre FN »

Le « nouveau » Front arrive au Parlement bruxellois

Le 18 janvier prochain, un nouveau député régional bruxellois prêtera serment. Il s'agit de Patrick Sessler. Militant de longue date de l'extrême droite belge, il provient de la mouvance « nationaliste-révolutionnaire ». C'est un pur et dur converti – pour des raisons tactiques - au national-libéralisme. Patrick Sessler est également le secrétaire général du « nouveau » Front national et son éminence grise. Du parlement de Bruxelles, il tentera de développer ce parti nationaliste et populiste dans la capitale en vue des prochaines élections.



Article de Patrick Sessler félicitant le travail de trésorie de feu le député régional bruxellois Guy Hance, publié en juin 2005 dans « Le National », le journal du Front national alors unitaire – Document : RésistanceS.


La semaine passée, le Front national présidé par Michel Delacroix a annoncé la décès de Guy Hance (74 ans), un député bruxellois du... FN de Daniel Féret. Egalement trésorier de ce parti d'extrême droite lorsqu'il était encore unitaire, Guy Hance est resté, jusqu'à sa disparition, un des tous derniers fidèles « lieutenants » de l'ex-président-à-vie des frontistes. Il défendait inconditionnellement Daniel Féret. Parlementaire bruxellois de 1999 à 2004, Guy Hance revint au Parlement de la Région de Bruxelles-capitale pour remplacer Daniel Féret, suite à la condamnation de ce dernier en avril 2006 pour racisme. Hance s'est illustré au sein de cette assemblée politique par une discrétion extraordinaire. Résultat : un bilan parlementaire médiocre, comme bien d'autres mandataires FN.

A la date de la publication de cet article, son décès n'avait toujours pas été annoncé sur le site Internet « frontnational.be», l'espace virtuel toujours en ligne du « FN-Féret ». Ni sur celui de son fidèle député fédéral, Patrick Cocriamont (1). Une preuve de plus que ce Front national est devenu à l'heure actuelle une coquille complètement vide, à la différence de celui de Michel Delacroix.

Jeu de chaise musicale
Remettant, via un communiqué de presse, ses condoléances « à sa compagne et lui souhaite beaucoup de courage dans l’épreuve qu’elle traverse », le bureau politique du FN de Michel Delacroix a aussi annoncé que le candidat suppléant qui remplacera Guy Hance est Patrick Sessler, son secrétaire général. Une humiliation de plus pour les derniers féretistes : le FN-Féret perd un de ses élus pour cause de décès, le « FN-Delacroix » en gagne un, par jeu de chaise musicale.

L'extrême droite sera désormais présente au Parlement bruxelloise avec les six actuels députés Vlaams Belang, les deux députés féretistes restant (les compagnes de Daniel Féret et de Guy Hance) et le député du « nouveau » Front national. Un ancien député frontiste, Paul Arku, y siège pour sa part pour le compte de son Front démocratique bruxellois, le FDB, une des nombreuses dissidences du FN.

Le député régional Patrick Sessler – qui prêtera serment le 18 janvier prochain à 9h30 - va certainement profiter de cette aubaine pour propulser son parti dans le parlement bruxellois, assemblée où il n'était pas encore représenté jusqu'à présent. D'autant plus que celui-ci est un professionnel en matière politique (voir notre encadré ci-dessous), à la différence de bien d'autres « cadres » de l'extrême droite.

L'arrivée de Patrick Sessler au coeur de l'hémicyle bruxellois servira donc de nouvelle tribune politique au FN Delacroix, déjà présent au parlement régional wallon (avec quatre députés), au parlement de la communauté française (trois représentants) et au sénat (avec son président Michel Delacroix). Ce nouveau mandat lui permettra maintenant de préparer, dans la Région bruxelloise, les élections régionales de 2009 et les élections communales qui suivront trois plus tard...

Simon HARYS


(1) Suite à un vent favorable reçu à la rédaction de RésistanceS, le 3 janvier dernier, il était annoncé dans un de nos articles que le député fédéral Patrick Cocriamont s'apprêtait à fonder un nouveau parti nationaliste. L'information fut reprise dans le quotidien « Le Soir », le samedi 5 janvier, puis dans son édition du lundi. Le lendemain, Patrick Cocriamont adressait un droit de réponse au « Soir ». Dans celui-ci, il y affirme notamment : « Mes amis et moi n'avons nullement l'intention de fonder "un nouveau" parti. Ni de rejoindre la scission du sénateur Delacroix, depuis peu soutenue par les débris du FNB. Je ne reconnais que le Bureau politique officiel du FN, qui bénéficie du soutien de la quasi-totalité des adhérents du parti ». L'information reçue par RésistanceS reste cependant d'actualité : la perspective de fonder une nouvelle formation a été évoquée par Cocriamont et « ses amis » dans le cas où ladite « scission » devenait la propriétaire légale du sigle « FN ». Ce qui semblerait être le cas... Le député féretiste serait alors dans l'obligation de changer de parti... et d'en fonder un autre.

Portrait


Du nationalisme-révolutionnaire au national-libéralisme


Extrait du tract électoral du Front national pour les élections communales de 1994. Patrick Sessler est alors candidat à Schaerbeek, commune bruxelloise populaire. Il y sera élu d'abord pour le FN, ensuite, en 2000, pour le Vlaams Blok – Document : RésistanceS.

Le nouveau député régional du Front national de Michel Delacroix est un véritable professionnel de la « chose politique ». Dans les années 1980, Patrick Sessler adhère au Front de la jeunesse (FJ), une organisation nationaliste-révolutionaire radicale. Ensuite, il est devenu l'un des cadres du Parti des forces nouvelles (PFN), un groupuscule électoral issu du FJ et singularisé par sa propagande pronégationniste, ainsi que ses liens avec Léon Degrelle, l'ancien général de la SS wallonne.

Rejoignant en 1989 le Front national – fondé quatre ans plutôt par Daniel Féret -, Patrick Sessler accède bien vite à sa direction, pour en devenir son n° 2. Exploité, selon lui par Féret, il claque la porte du Front en 1995. Fondateur d'une éphémère Alliance radicale, l'ex-lieutenant du président-fondateur du FN passe pour finir dans les rangs de l'extrême droite flamande indépendantiste. Elu communal du Vlaams Blok (VB, aujourd'hui Vlaams Belang), en 2000, il s'y occupe de la gestion de la carrière politique de Johan Demol, l'ex-commissaire de police de Schaerbeek passé avec lui au VB.

Sessler profite pour y parfaire sa formation politique. Mais en 2004, réconcilié avec son ancien « patron », il revient au Front national. Très vite, il va mettre sur pied un « Front dans le Front » et convaincre la majorité des élus frontistes de bouter hors du parti Daniel Féret. Ce qui arrivera pour finir, en septembre dernier. Depuis, Patrick Sessler dirige, organise et anime le « nouveau » Front national.

Ne reniant pas son passé politique à « l'extrême de l'extrême droite », Patrick Sessler s'en vante même encore de nos jours sur le site Internet de son parti. Mais pour lui, une page est définitivement tournée avec le « nationalisme-révolutionnaire » : la prise du pouvoir n'aboutira pas par une quelconque « révolution nationaliste », mais par une métamorphose du corpus idéologique de l'ultra droite, ainsi qu'une nouvelle stratégie politique. Ancien partisan de l'ordre nouveau nationaliste, Patrick Sessler est désormais converti au national-libéralisme. Il revendique un ancrage sans tabou « à droite »... Titre également du journal qu'il a fondé avec le sénateur Michel Delacroix, en décembre 2005.

La stratégie du tandem Sessler-Delacroix est subtile. Ils dirigent à deux leur FN, mais se sont entourés de transfuges de partis démocratiques, comme les députés régionaux Charles Petitjean (venant de la direction du Parti réformateur libéral) et Charles Pire (un ancien président de l'arrondissement de Huy du Parti social-chrétien). Pour eux, sur la base des enseignements du Club de l'Horloge (un think tank de la Nouvelle Droite national-libérale française), il faut présenter le FN comme un parti démocratique, populaire, social et de droite.

Dans cette perspective, ils préconisent une large alliance politique (l'adhésion récente du Front nouveau de Belgique en fut la première étape), essentiellement contre la gauche et en direction de l'électorat déçu par le MR et le CDH. Les discours antisociaux, contre l'immigration et le monde politique singularisant l'extrême droite restent pour leur part toujours au programme. Leurs liens directs avec Jean-Marie Le Pen, le président du Front national français, confirment également les options idéologiques inchangées de ce parti. Et de Patrick Sessler...

[M.AZ]


Patrick Sessler et Michel Delacroix, secrétaire général et président du Front national depuis le mois de septembre dernier, refusent le slogan « ni droit ni gauche ». Ils se revendiquent clairement « à droite », comme en témoigne le journal qu'ils réalisent depuis décembre 2005. « A Droite » est désormais l'organe théorique de leur FN – Documents : RésistanceS.

 

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche 13 janvier 2008.



 

 

Célèbre photo de Patrick Sessler (en noir sous la flèche) : bras-tendu lors d'un pèlerinage nationaliste en Espagne au milieu des années 1980, à l'époque du Parti des forces nouvelles, une formation électorale fidèle à Léon Degrelle, l'ex-chef du parti Rex et de la SS wallonne – Photo : «L'Affront National », livre de Gwenaël Bress, éditions Epo, 1991.


Plus d'info


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