Suite
de la série « FN contre FN »
Le « nouveau » Front
arrive au Parlement bruxellois
Le 18 janvier prochain, un nouveau
député régional bruxellois prêtera serment.
Il s'agit de Patrick Sessler. Militant de longue date de l'extrême
droite belge, il provient de la mouvance « nationaliste-révolutionnaire
». C'est un pur et dur converti – pour des raisons tactiques
- au national-libéralisme. Patrick Sessler est également
le secrétaire général du « nouveau »
Front national et son éminence grise. Du parlement de Bruxelles,
il tentera de développer ce parti nationaliste et populiste
dans la capitale en vue des prochaines élections.

Article de Patrick Sessler félicitant
le travail de trésorie de feu le député régional
bruxellois Guy Hance, publié en juin 2005 dans « Le National
», le journal du Front national alors unitaire – Document
: RésistanceS.
La semaine passée, le Front national présidé
par Michel Delacroix a annoncé la décès de Guy
Hance (74 ans), un député bruxellois du... FN de Daniel
Féret. Egalement trésorier de ce parti d'extrême
droite lorsqu'il était encore unitaire, Guy Hance est resté,
jusqu'à sa disparition, un des tous derniers fidèles
« lieutenants » de l'ex-président-à-vie
des frontistes. Il défendait inconditionnellement Daniel Féret.
Parlementaire bruxellois de 1999 à 2004, Guy Hance revint au
Parlement de la Région de Bruxelles-capitale pour remplacer
Daniel Féret, suite à la condamnation de ce dernier
en avril 2006 pour racisme. Hance s'est illustré au sein de
cette assemblée politique par une discrétion extraordinaire.
Résultat : un bilan parlementaire médiocre, comme bien
d'autres mandataires FN.
A la date de la publication de cet article,
son décès n'avait toujours pas été annoncé
sur le site Internet « frontnational.be», l'espace virtuel
toujours en ligne du « FN-Féret ». Ni sur celui
de son fidèle député fédéral, Patrick
Cocriamont (1). Une preuve de plus que ce Front national est devenu
à l'heure actuelle une coquille complètement vide, à
la différence de celui de Michel Delacroix.
Jeu de chaise musicale
Remettant, via un communiqué de presse, ses condoléances
« à sa compagne et lui souhaite beaucoup de courage dans
l’épreuve qu’elle traverse », le bureau politique
du FN de Michel Delacroix a aussi annoncé que le candidat suppléant
qui remplacera Guy Hance est Patrick Sessler, son secrétaire
général. Une humiliation de plus pour les derniers féretistes
: le FN-Féret perd un de ses élus pour cause de décès,
le « FN-Delacroix » en gagne un, par jeu de chaise musicale.
L'extrême droite sera désormais
présente au Parlement bruxelloise avec les six actuels députés
Vlaams Belang, les deux députés féretistes restant
(les compagnes de Daniel Féret et de Guy Hance) et le député
du « nouveau » Front national. Un ancien député
frontiste, Paul Arku, y siège pour sa part pour le compte de
son Front démocratique bruxellois, le FDB, une des nombreuses
dissidences du FN.
Le député régional
Patrick Sessler – qui prêtera serment le 18 janvier prochain
à 9h30 - va certainement profiter de cette aubaine pour propulser
son parti dans le parlement bruxellois, assemblée où
il n'était pas encore représenté jusqu'à
présent. D'autant plus que celui-ci est un professionnel en
matière politique (voir notre encadré ci-dessous), à
la différence de bien d'autres « cadres » de l'extrême
droite.
L'arrivée de Patrick Sessler au
coeur de l'hémicyle bruxellois servira donc de nouvelle tribune
politique au FN Delacroix, déjà présent au parlement
régional wallon (avec quatre députés), au parlement
de la communauté française (trois représentants)
et au sénat (avec son président Michel Delacroix). Ce
nouveau mandat lui permettra maintenant de préparer, dans la
Région bruxelloise, les élections régionales
de 2009 et les élections communales qui suivront trois plus
tard...
Simon HARYS
(1) Suite à un vent favorable reçu à
la rédaction de RésistanceS, le 3 janvier dernier, il
était annoncé dans un de nos articles que le député
fédéral Patrick Cocriamont s'apprêtait à
fonder un nouveau parti nationaliste. L'information fut reprise dans
le quotidien « Le Soir », le samedi 5 janvier, puis dans
son édition du lundi. Le lendemain, Patrick Cocriamont adressait
un droit de réponse au « Soir ». Dans celui-ci,
il y affirme notamment : « Mes amis et moi n'avons nullement
l'intention de fonder "un nouveau" parti. Ni de rejoindre
la scission du sénateur Delacroix, depuis peu soutenue par
les débris du FNB. Je ne reconnais que le Bureau politique
officiel du FN, qui bénéficie du soutien de la quasi-totalité
des adhérents du parti ». L'information reçue
par RésistanceS reste cependant d'actualité : la perspective
de fonder une nouvelle formation a été évoquée
par Cocriamont et « ses amis » dans le cas où ladite
« scission » devenait la propriétaire légale
du sigle « FN ». Ce qui semblerait être le cas...
Le député féretiste serait alors dans l'obligation
de changer de parti... et d'en fonder un autre.
Portrait
Du nationalisme-révolutionnaire au national-libéralisme

Extrait du tract électoral du
Front national pour les élections communales de 1994.
Patrick Sessler est alors candidat à Schaerbeek, commune
bruxelloise populaire. Il y sera élu d'abord pour le
FN, ensuite, en 2000, pour le Vlaams Blok – Document :
RésistanceS.
Le nouveau député
régional du Front national de Michel Delacroix est un
véritable professionnel de la « chose politique
». Dans les années 1980, Patrick Sessler adhère
au Front de la jeunesse (FJ), une organisation nationaliste-révolutionaire
radicale. Ensuite, il est devenu l'un des cadres du Parti des
forces nouvelles (PFN), un groupuscule électoral issu
du FJ et singularisé par sa propagande pronégationniste,
ainsi que ses liens avec Léon Degrelle, l'ancien général
de la SS wallonne.
Rejoignant en 1989
le Front national – fondé quatre ans plutôt
par Daniel Féret -, Patrick Sessler accède bien
vite à sa direction, pour en devenir son n° 2. Exploité,
selon lui par Féret, il claque la porte du Front en 1995.
Fondateur d'une éphémère Alliance radicale,
l'ex-lieutenant du président-fondateur du FN passe pour
finir dans les rangs de l'extrême droite flamande indépendantiste.
Elu communal du Vlaams Blok (VB, aujourd'hui Vlaams Belang),
en 2000, il s'y occupe de la gestion de la carrière politique
de Johan Demol, l'ex-commissaire de police de Schaerbeek passé
avec lui au VB.
Sessler profite
pour y parfaire sa formation politique. Mais en 2004, réconcilié
avec son ancien « patron », il revient au Front
national. Très vite, il va mettre sur pied un «
Front dans le Front » et convaincre la majorité
des élus frontistes de bouter hors du parti Daniel Féret.
Ce qui arrivera pour finir, en septembre dernier. Depuis, Patrick
Sessler dirige, organise et anime le « nouveau »
Front national.
Ne reniant pas son passé
politique à « l'extrême de l'extrême
droite », Patrick Sessler s'en vante même encore
de nos jours sur le site Internet de son parti. Mais pour lui,
une page est définitivement tournée avec le «
nationalisme-révolutionnaire » : la prise du pouvoir
n'aboutira pas par une quelconque « révolution
nationaliste », mais par une métamorphose du corpus
idéologique de l'ultra droite, ainsi qu'une nouvelle
stratégie politique. Ancien partisan de l'ordre nouveau
nationaliste, Patrick Sessler est désormais converti
au national-libéralisme. Il revendique un ancrage sans
tabou « à droite »... Titre également
du journal qu'il a fondé avec le sénateur Michel
Delacroix, en décembre 2005.
La stratégie
du tandem Sessler-Delacroix est subtile. Ils dirigent à
deux leur FN, mais se sont entourés de transfuges de
partis démocratiques, comme les députés
régionaux Charles Petitjean (venant de la direction du
Parti réformateur libéral) et Charles Pire (un
ancien président de l'arrondissement de Huy du Parti
social-chrétien). Pour eux, sur la base des enseignements
du Club de l'Horloge (un think tank de la Nouvelle Droite national-libérale
française), il faut présenter le FN comme un parti
démocratique, populaire, social et de droite.
Dans cette perspective,
ils préconisent une large alliance politique (l'adhésion
récente du Front nouveau de Belgique en fut la première
étape), essentiellement contre la gauche et en direction
de l'électorat déçu par le MR et le CDH.
Les discours antisociaux, contre l'immigration et le monde politique
singularisant l'extrême droite restent pour leur part
toujours au programme. Leurs liens directs avec Jean-Marie Le
Pen, le président du Front national français,
confirment également les options idéologiques
inchangées de ce parti. Et de Patrick Sessler...
[M.AZ]

Patrick Sessler et Michel Delacroix,
secrétaire général et président
du Front national depuis le mois de septembre dernier, refusent
le slogan « ni droit ni gauche ». Ils se revendiquent
clairement « à droite », comme en témoigne
le journal qu'ils réalisent depuis décembre 2005.
« A Droite » est désormais l'organe théorique
de leur FN – Documents : RésistanceS.
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© RésistanceS –
Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche
13 janvier 2008.
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Célèbre
photo de Patrick Sessler (en noir sous la flèche) : bras-tendu
lors d'un pèlerinage nationaliste en Espagne au milieu des
années 1980, à l'époque du Parti des forces nouvelles,
une formation électorale fidèle à Léon
Degrelle, l'ex-chef du parti Rex et de la SS wallonne – Photo
: «L'Affront National », livre de Gwenaël Bress,
éditions Epo, 1991.
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