| RésistanceS 18-03-2007 |
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Demain un ''nouveau FN'' en Belgique ? Un Belge membre du Comité de soutien à Le Pen
Document officiel reprenant les membres du ''Comité national de soutien à Jean-Marie Le Pen'' pour les élections présidentielles de 2007. Parmi eux : Henri Laquay. En 2002, deux autres Belges y figuraient. Comme Laquay, ils provenaient de la ''droite catholique'' intégriste, l'un des principaux piliers de l'extrême droite belge francophone (Document : RésistanceS)
Ce comité est un des principaux instruments du Front national dans la campagne électorale actuelle. Il a servi de tremplin à son chef absolu pour lui permettre d'affronter au premier tour ses principaux adversaires politiques, le 22 avril prochain. Pour adhérer au CNSLP, il faut impérativement être coopté. Afin de figurer dans sa liste de membres, il faut donc avoir l'aval de la direction frontiste ou de l'un de ses membres influents. Ils sont beaucoup à souhaiter le rejoindre, mais au final une minorité est pour finir acceptée. Ses membres sont donc des privilégiés.
Le responsable du comité de soutien est, une fois de plus, l'incontournable Michel de Rostolan. Militant dans sa jeunesse du mouvement néofasciste ''Occident'' (dissous par les autorités française en 1968), il a fondé en 1970 le cercle Renaissance dans le but de rassembler les diverses forces politiques de la droite française, y compris celles d'extrême droite. ''Compagnon de route'' du Front national depuis les années 1980, il devient le président du Comité national de soutien à Jean-Marie Le Pen à l'occasion des élections présidentielles de 1988. Parmi les membres de ce comité pour le scrutin de cette année, outre des anciens résistants et anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale (permettant au FN de récuser l'accusation d'incarner le fascisme à la française), on y observe des anciens et d'actuels dirigeants d'extrême droite : de l'Alliance populaire, de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'Identité française et chrétienne (Agrif), du mouvement intégriste Chrétienté Solidarité (la branche politico-religieuse de l'Agrif), de l’Association nationale Pétain-Verdun (ANPV, dont l'objectif est la réhabilitation de Philippe Pétain, le dictateur de l'Etat français complice de l'Allemagne nazie)... Certains de ses membres sont par ailleurs issus de structures provanant de la ''galaxie'' de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX, courant intégriste catholique fondé par monseigneur Marcel Lefebvre, excommunié de l'Eglise catholique par le Pape Jean-Paul II en 1988) : Entraide et Tradition, Mouvement de la jeunesse catholique de France... Le comité est aussi constitué de militants et dirigeants d'associations anti-avortement d'essence fondamentaliste : Laissez-les vivre et Ligue pour la vie. D'autres sont des responsables nationaux ou locaux d'organisations frontistes périphériques : SOS Enfants d'Irak (présidée par l'épouse de Jean-Marie Le Pen), Cercle national des Femmes d'Europe, Cercle national des combattants, France Police CRS (ex-syndicat Front national-Police)... Dans ce comité de soutien à Le Pen, il y a aussi plusieurs officiers ou anciens officiers de l'Armée française, des professeurs d'université et quelques hommes d'affaires, démontrant une fois de plus l'appartenance des notables du frontisme à la grande bourgeoisie française.
Comme son père, portant les mêmes prénoms et noms, Henri Laquay (junior donc) provient des rangs du Front national de Daniel Féret. Tous deux appartiennent alors à la tendance nationale-catholique de l'extrême droite proche de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Responsables dans les années 1980-1990 de deux mouvements monarchistes d'ultradroite (Mouvement dynastique puis de sa dissidence, le Rassemblement des patriotes) et du Parti libéral chrétien (l'un des héritiers du Cepic, l'aile conservatrice du Parti social-chrétien de l'époque), Henri Laquay senior est élu, en 1994, conseiller communal pour le FN féretiste, dans la commune bruxelloise de Koekelberg. Il devient par ailleurs le ''conseiller juridique'' de ce parti néofasciste francophone. C'est alors un proche de Daniel Féret, son président-à-vie. Profitant du népotisme régnant chez les frontistes, père et fils tenteront ensemble l'aventure électorale à l'occasion des élections législatives de 1999, dans la circonscription de Bruxelles-Halle-Vilvoorde. L'un (le père) comme tête de liste des candidats effectifs, l'autre à la même place de la liste des candidats suppléants. Grâce à cette position, le fils Laquay avait donc l'éventuelle chance de devenir député fédéral en cas d'élection puis de démission de son père. Ce qui ne sera pas le cas, hélas pour lui.
A l'occasion de ces élections législatives, ''Polémique'', journal confidentiel d'extrême droite dirigé par Alain Escada, leur compagnon politique, appellera à voter pour les Laquay. Quelques mois avant ce scrutin, le 15 janvier 1999, Henri Laquay (jr) avait par ailleurs participé, comme orateur, à une conférence organisée par ''Polémique'' et Belgique & Chrétienté (B&C), l'association nationale-catholique dirigé par le même Escada. Laquay y parlera du ''mythe des réfugiés politiques''. Depuis, la ''camaraderie'' est constante avec B&C. Comme avocat attitré, mais également comme militant. La présence de l'avocat de B&C dans le Comité national de soutien à Jean-Marie Le Pen aurait pu être facilité par la présence dans celui-ci d'un autre avocat, maître Wallerand de Saint Just. Ce dernier est effectivement très proche au niveau politique d'Henri Laquay et est aussi un activiste d'extrême droite de longue date. Avocat à la cour de Paris, pendant ses études de droit à la Faculté d'Assas, Wallerand de Saint Just milita au sein du Groupe-union-défense (le Gud), la célèbre organisation d'étudiants d'extrême droite pure et dure. Aujourd'hui, celui-ci est toujours très actif dans la même mouvance idéologique. Vice-président du mouvement Chrétienté Solidarité (pilier du courant national-catholique du Front national français) et ancien conseiller régional de Picardie pour le FN, Wallerand de Saint Just est conseiller municipal frontiste dans la commune de Soissons. Signalons encore qu'il est le fondateur de Jus et Patria (Droit et Patrie) avec... Henri Laquay en personne. Cette association est ''destinée à regrouper les juristes nationalistes dans le monde. Elle s'est déjà implantée dans la plupart des pays d'Europe et aux Etats-Unis'', précisait à son sujet, en septembre 2001, ''Fais & Documents'', une lettre d'information d'extrême droite de délation liée à ''Polémique'' d'Alain Escada. Le 15 juin de l'année dernière, Jus et Patria, avec Belgique & Chrétienté, organisait à Bruxelles une conférence, intitulée : ''La Laïcité offensive : nouvelle étape de la christianophobie''. Ses orateurs étaient Hugues Petit et Jacques Trémolet de Villers. Le premier est maître de conférences à la Faculté de Droit de Grenoble et conseiller régional Front national de Rhône-Alpes, le second siège comme avocat à la Cour d’appel de Paris. Jacques Trémolet de Villers fut, notamment, l'avocat de l'ex-milicien nazi français Paul Touvier. Il dirigea aussi ''Ictus'', un institut de formation stratégique, politique et religieuse succédant à la Cité catholique, un réseau semi-clandestin d'infiltration de l'Etat fondée par Jean Ousset, idéologue du national-catholicisme qui mis ses ''talents'' au service de l'occupation nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Jean Ousset est notamment l'auteur, en 1949, du livre ''Pour qu’il Règne'', titre de l'actuelle publication de la branche belge de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX)…
La qualité de membre du Comité national de soutien à Le Pen d'Henri Laquay positionne maintenant Belgique & Chrétienté en bonne place dans le combat, que se livrent actuellement plusieurs fractions de l'extrême droite belge francophone, pour exclure du Front national son ''président-à-vie'' autoproclamé, le docteur Daniel Féret. Objectif de ce combat entre nationalistes : la prise de contrôle du ''nouveau FN''. Une formation qui recevrait alors l'aval de Jean-Marie Le Pen et de la plupart des notables du FN d'Outre-Quiévrain. Ce qui permettrait enfin au Front national belge de se développer sous la forme d'un véritable parti de ''droite nationale'' et de capitaliser favorablement ses gains électoraux. Jusqu'à présent, il est vrai que la nature groupusculaire du ''FN à la Belge'' reste une singularité déconcertante pour ses adeptes opportunistes. Le combat pour le contrôle de ce ''nouveau FN'' est des plus rudes. Les concurrents sont nombreux. Des pré-alliances ont été établies, notamment entre Belgique & Chrétienté et le la mouvance ''Identitaire''. Mais celles-ci n'est pas nécessairement du goût de dirigeants de la FSSPX-Belgique. En effet, les Identitaires rassemblent les radicaux de l'extrême droite, entre autres, autour de l'un des ex-leaders du mouvement néonazi dans notre pays. Une mauvaise image pour un parti qui se voudrait respectable. De plus, beaucoup de dissidents du ''féretisme'', actuellement actifs à Force nationale, se positionnent aussi dans les rangs des successeurs à la direction du FN.
Jean-Marie Le Pen à Charleroi
? Jean-Marie Le Pen viendra-t-il à Charleroi ? Tout est possible. Néanmoins, la plupart des manoeuvres des ''Réformateurs'' pour s'accaparer le leadership au FN ont été vouées à l'échec jusqu'à présent. Mais, s'ils arrivent à faire venir Le Pen en Belgique, c'est évident qu'ils auront alors plusieurs courses d'avance sur les autres lepénistes belges. Y compris sur Alain Escada et Henri Laquay. Ces prochaines semaines, la ''guerre de succession'' va donc se poursuivre de plus belle. Manuel ABRAMOWICZ
© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 18 mars 2007
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