RésistanceS 18-03-2007

Jean-Marie Le Pen : influences en Belgique


Les lepénistes belges de 1972 à nos jours


Chez nous, le président-fondateur du Front national français rassemble de nombreux partisans. Plusieurs d'entre-eux bénéficient du soutien de Jean-Marie Le Pen. A l'exception notable du FN de Daniel Féret. Objectif actuel des lepénistes belges : exclure Féret de son parti et fonder un ''nouveau FN''.

Jean-Marie Le Pen à la Une du ''National'' (en 1990), le journal du FN belge, de ''Volonté européenne'' (en 1988), une publication de l'extrême droite ''identitaire'' alors proche du Parti des forces nouvelles), et du ''Bastion'' (en 2002), le mensuel du Front nouveau de Belgique (documents : RésistanceS).


C'est en 1972 que Jean-Marie Le Pen est devenu une véritable référence pour l'extrême droite en dehors des frontières de son pays. Cette année-là, il devient le président du Front national (FN), un cartel électoral d'abord, un parti politique ensuite rassemblant différents courants de l'ultradroite radicale française. A sa base, se trouvent le mouvement ''Ordre Nouveau'' et de nombreux nostalgiques et partisans des régimes hitlérien, mussolinien, franquiste et salazariste. Deux ans après la création du FN, Jean-Marie Le Pen est invité en Belgique, à Liège, par ses premiers partisans locaux.

Il est de retour, en 1977, à l'Université libre de Bruxelles, pour une conférence proposée par le Cercle des étudiants libéraux, alors marqués par un libéralisme musclé et un nationalisme populiste. Ce rendez-vous sera pour finir annulé. Mais le Pen gardera chez nous de nombreux partisans.

1984 : Le Pen débarque à Schaerbeek
Après l'émergence importante du FN sur la scène politique française, à l'occasion des élections municipales de 1984 à Dreux, Jean-Marie Le Pen va à nouveau bénéficier d'un attrait intéressé en Belgique. Le 28 septembre de la même année, il est invité à donner une conférence à Bruxelles. Celle-ci est organisée, dans la commune de Schaerbeek, par une association rassemblant diverses personnalités de l'extrême droite belge, dont des anciens du Cepic, l'aile d'ultradroite du Parti social-chrétien (PSC) de l'époque.

La visite de Le Pen est aussi soutenue par les plus extrémistes des groupuscules néonazis, tels que l'Europese partij-Parti européen (Epe), la revue ''Euro-Forum'' et le Parti des forces nouvelles (PFN). Le PFN va alors tenter de récupérer l'''effet Le Pen'' dans la perspective de récolter ses ondes de choc positives pour les nationalistes lors des prochaines élections en Belgique . ''Forces nouvelles'', le journal du PFN, titre en Une, à l'occasion de la visite schaerbeekoise du président du FN d'outre-Quiévrain : ''Le Pen à Bruxelles. Bienvenue ! DROITE NATIONAL EN AVANT, TOUTE !''. Le Parti des forces nouvelles récupère la flamme tricolore, le symbole du FN, et se revendique, malgré son ancrage dans le néonazisme, de la ''droite nationale''. Mais lors de la conférence de Le Pen à Schaerbeek, c'est Roger Nols, le bourgmestre provocateur de cette commune bruxelloise, qui sera sous les projecteurs des médias, laissant le PFN dans l'ombre.

Roger Nols, le ''Le Pen belge'' ?


Jean-Marie Le Pen et Roger Nols, le 28 septembre 1984 à Schaerbeek.

Provenant du Front démocratique des francophones (FDF), Roger Nols fut bourgmestre de Schaerbeek. Il défraya à plusieurs reprises la chronique sous son règne, de 1970 à 1989, de cette commune bruxelloise. Spécialiste des provocations médiatiques pour que l'on parle de lui, Roger Nols, au début des années 1980, tenta de rassembler autour de sa personne la myriade des formations et groupuscules d'extrême droite de l'époque, dont le Parti des forces nouvelles (PFN, néonazi) et le Front national belge (FN). Dans ce but, il fut l'un des chefs d'orchestre de la venue à Bruxelles de Jean-Marie Le Pen, le 28 septembre 1984. Cependant, Nols n'arrivera pas à ses fins. En 1991, pour les élections législatives, il figurera sur la liste législatives du Parti libéral réformateur (PRL).

Marginalisé au sein de la droite classique, il rejoindra pour finir le Front nouveau de Belgique (FNB), une dissidence du Front national de Daniel Féret conduite par Marguerite Bastien, une ex-magistrate et membre du PRL.

Roger Nols ne deviendra jamais le ''Le Pen belge'', mais fut l'un de ses plus fidèles supporters.

[A.VK]


Roger Nols, lors d'une de ses innombrables provocations xénophobes. Image extraite du document ''Un jour où l'autre...'' réalisé par le Gsara et RésistanceS.

Pour finir, ce n'est ni Roger Nols ni le PFN qui récupéreront en Belgique l'image de Le Pen, mais un inconnu militant, le docteur Daniel Féret. Ce dernier eut l'intelligence de fonder, juste après la venue de Jean-Marie Le Pen à Schaerbeek, un Front national en Belgique, sous la forme d'une association sans but lucrative. Ce qui lui permettra de protéger le sigle et de pouvoir l'utiliser, pour la première fois, lors des élections législatives de 1985. Depuis, le nom et le logo du FN est aux mains de Daniel Féret.

PSC pro-Le Pen
Ce qui n'empêchera par les autres partisans belges de toujours se revendiquer du ''lepénisme''. Au sein du PSC, le parti catholique historique, il en subsistera plusieurs. Actifs dans les années 1970 au sein du Cepic (le courant conservateur officiel du PSC), dans les années 1990, on les retrouve dans le PSC 2000, une structure interne également fréquentée par des dirigeants du Front national. Un des dirigeants de ce PSC 2000 se rendra régulièrement à la fête des Bleus-Blancs-Rouges (BBR), le rendez-vous annuel du FN de Jean-Marie Le Pen. Le même dirigeant se retrouvera parmi les proches de Marguerite Bastien, la présidente-fondatrice, en 1996, du Front nouveau de Belgique (FNB), une dissidence du FN fédérant la plupart des anti-Féret.

Lors de sa création, le FNB recevra l'appui de Le Pen, en conflit ouvert avec Daniel Féret. Effectivement, depuis plusieurs années déjà, la direction du Front national français ne reconnaissait plus au FN belge une quelconque parenté. Il faut dire que l'incompétence politique de Daniel Féret, mais surtout son image désastreuse pour la ''droite nationale'', a très vite exacerbé les frontistes français. Jean-Marie Le Pen en premier lieu.

Aux diverses manifestations du Front national français (congrès, fêtes des BBR, défilé Jeanne d'Arc...), le FN belge et son président sont personna non grata. Mais les Belges n'y sont pas pour autant absents. En 1998, Hubert Defourny, le ''Fondateur'' du mouvement REF (une dissidence d'AGIR, un parti wallon d'extrême droite) aura le privilège d'y rencontrer Jean-Marie Le Pen lors des BBR. En 2000, le même Defourny sera de retour au BBR avec le Bloc wallon (une nouvelle formation rassemblant des ex-AGIR et des dissidents du FN ''féretiste''). Depuis, les principaux participants aux ''festivités'' du FN de Le Pen sont le mouvement Nation et l'association intégriste Belgique & Chrétienté. Henri Laquay, l'avocat de cette dernière, est par ailleurs le seul Belge membre du Comité national de soutien à Jean-Marie Le Pen, mis sur pied à l'occasion des élections présidentielles de cette année. Henri Laquay est également lié à la branche belge de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le courant politico-religieux intégriste fondé par feu monseigneur Marcel Lefebvre. Cette ''Fraternité'' a toujours rassemblé de nombreux lepénistes belges.


Fête des BBR du Front national français en 1998 : Jean-Marie Le Pen avec Hubert Defourny, alors ''Fondateur'' du mouvement REF et partenaire du Front nouveau de Belgique de Marguerite Bastien (document : RésistanceS).


Flamands et lepénistes
Jean-Marie Le Pen va également aissemer en Flandre. En 1983, des dirigeants du NSV (un cercle étudiants d'extrême droite) rejoignent la direction du Vlaams Blok. Parmi ceux-ci, il y a Filip Dewinter et Frank Van Hecke, les actuels chefs du VB. Leur modèle politique du moment : Jean-Marie Le Pen. Avec Dewinter et Van Hecke, le Vlaams Blok va se modeler sur la structuration du Front national lepéniste. Au Parlement européen, les élus VB agissent en étroite collaboration avec ceux du FN. Les contacts deviennent permanents entre les deux partis d'extrême droite, malgré que le VB revendique, dans son projet de création des Grands Pays-Bas, la Flandre française. Le Pen passera plusieurs fois en Flandre, chez ses amis VBistes. Mais pas uniquement.

Le 30 novembre 2005, à Gand, il a en effet été l'invité personnel du Katholiek vlaams hoogstudenten verbond (KVHV). Cette association catholique est composée d'étudiants forts proches des thèses du VB. Thème de l'exposé de Jean-Marie Le Pen pour le KVHV : ''La droite nationale, une idéologie et une vision pour l'Europe''.


Affiche de la conférence de Jean-Marie Le Pen à Gand, en novembre 2005, organisée par un cercle d'étudiants nationalistes-catholiques proche du Vlaams Blok/Belang.


Le Pen pour un ''nouveau FN'' belge
En Belgique, c'est donc l'ensemble de l'extrême droite, francophone comme néerlandophone, qui se revendique de Jean-Marie Le Pen et qui entretient de bonne relation avec lui depuis de très nombreuses années. A la seule exception du Front national de Daniel Féret, qui pourtant - par son nom - fait croire qu'il est la branche belge du ''lepénisme''.

Aujourd'hui pour Jean-Marie Le Pen et son FN, l'enjeu majeur est de se débarrasser au plus vite de l'autoproclamé ''président-à-vie'' du FN belge, Daniel Féret. Pour se faire, une action judiciaire a été entamée afin de récupérer le nom et le sigle du parti. Celle-ci vient d'être cependant conclue devant le tribunal des référés en la faveur de Féret. Ce qui n'empêchera pas les anti-Féret belges et français de poursuivre leur combat. Ayant pour objectif de fonder un ''nouveau FN'', sur le modèle de celui de Jean-Marie Le Pen.

Alexandre VICK

© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 18 mars 2007

 


 

 



Filip Dewinter, chef charismatique du Vlaams Blok/Belang, et Jean-Marie Le Pen, son modèle depuis 1983.


"J’ai personnellement beaucoup de respect pour Le Pen et surtout pour la constance de son action. Il fallait avoir du courage pour aller se battre volontairement en Algérie. Je regrette que la presse ait fait tellement de cas de certaines déclarations du leader du Front national" ("Durafour crématoire" ou autre "détail" de l’histoire).

Filip Dewinter, dans une interview accordée à l'hebdomadaire ''"Parce que !", du 22 février 1990.




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