|
Jean-Marie Le Pen
: influences en Belgique
Les lepénistes belges de 1972 à
nos jours
Chez nous, le président-fondateur du Front national
français rassemble de nombreux partisans. Plusieurs d'entre-eux
bénéficient du soutien de Jean-Marie Le Pen. A l'exception
notable du FN de Daniel Féret. Objectif actuel des lepénistes
belges : exclure Féret de son parti et fonder un ''nouveau
FN''.
Jean-Marie Le Pen à la
Une du ''National'' (en 1990), le journal du FN belge, de ''Volonté
européenne'' (en 1988), une publication de l'extrême
droite ''identitaire'' alors proche du Parti des forces nouvelles),
et du ''Bastion'' (en 2002), le mensuel du Front nouveau de Belgique
(documents : RésistanceS).
C'est en 1972 que Jean-Marie Le Pen est devenu une véritable
référence pour l'extrême droite en dehors des
frontières de son pays. Cette année-là, il devient
le président du Front national (FN), un cartel électoral
d'abord, un parti politique ensuite rassemblant différents
courants de l'ultradroite radicale française. A sa base, se
trouvent le mouvement ''Ordre Nouveau'' et de nombreux nostalgiques
et partisans des régimes hitlérien, mussolinien, franquiste
et salazariste. Deux ans après la création du FN, Jean-Marie
Le Pen est invité en Belgique, à Liège, par ses
premiers partisans locaux.
Il est de retour, en 1977, à l'Université
libre de Bruxelles, pour une conférence proposée par
le Cercle des étudiants libéraux, alors marqués
par un libéralisme musclé et un nationalisme populiste.
Ce rendez-vous sera pour finir annulé. Mais le Pen gardera
chez nous de nombreux partisans.
1984 : Le Pen débarque
à Schaerbeek
Après l'émergence importante du FN sur la scène
politique française, à l'occasion des élections
municipales de 1984 à Dreux, Jean-Marie Le Pen va à
nouveau bénéficier d'un attrait intéressé
en Belgique. Le 28 septembre de la même année, il est
invité à donner une conférence à Bruxelles.
Celle-ci est organisée, dans la commune de Schaerbeek, par
une association rassemblant diverses personnalités de l'extrême
droite belge, dont des anciens du Cepic, l'aile d'ultradroite du Parti
social-chrétien (PSC) de l'époque.
La visite de Le Pen est aussi soutenue
par les plus extrémistes des groupuscules néonazis,
tels que l'Europese partij-Parti européen (Epe), la revue ''Euro-Forum''
et le Parti des forces nouvelles (PFN). Le PFN va alors tenter de
récupérer l'''effet Le Pen'' dans la perspective de
récolter ses ondes de choc positives pour les nationalistes
lors des prochaines élections en Belgique . ''Forces nouvelles'',
le journal du PFN, titre en Une, à l'occasion de la visite
schaerbeekoise du président du FN d'outre-Quiévrain
: ''Le Pen à Bruxelles. Bienvenue ! DROITE NATIONAL EN AVANT,
TOUTE !''. Le Parti des forces nouvelles récupère la
flamme tricolore, le symbole du FN, et se revendique, malgré
son ancrage dans le néonazisme, de la ''droite nationale''.
Mais lors de la conférence de Le Pen à Schaerbeek, c'est
Roger Nols, le bourgmestre provocateur de cette commune bruxelloise,
qui sera sous les projecteurs des médias, laissant le PFN dans
l'ombre.
Roger Nols, le ''Le Pen
belge'' ?

Jean-Marie Le Pen et Roger Nols, le 28
septembre 1984 à Schaerbeek.
Provenant du Front démocratique
des francophones (FDF), Roger Nols fut bourgmestre de Schaerbeek.
Il défraya à plusieurs reprises la chronique sous
son règne, de 1970 à 1989, de cette commune bruxelloise.
Spécialiste des provocations médiatiques pour
que l'on parle de lui, Roger Nols, au début des années
1980, tenta de rassembler autour de sa personne la myriade des
formations et groupuscules d'extrême droite de l'époque,
dont le Parti des forces nouvelles (PFN, néonazi) et
le Front national belge (FN). Dans ce but, il fut l'un des chefs
d'orchestre de la venue à Bruxelles de Jean-Marie Le
Pen, le 28 septembre 1984. Cependant, Nols n'arrivera pas à
ses fins. En 1991, pour les élections législatives,
il figurera sur la liste législatives du Parti libéral
réformateur (PRL).
Marginalisé au sein de la
droite classique, il rejoindra pour finir le Front nouveau de
Belgique (FNB), une dissidence du Front national de Daniel Féret
conduite par Marguerite Bastien, une ex-magistrate et membre
du PRL.
Roger Nols ne deviendra jamais
le ''Le Pen belge'', mais fut l'un de ses plus fidèles
supporters.
[A.VK]

Roger Nols, lors d'une
de ses innombrables provocations xénophobes. Image extraite
du document ''Un jour où l'autre...'' réalisé
par le Gsara et RésistanceS.
|
Pour finir, ce n'est ni Roger Nols ni
le PFN qui récupéreront en Belgique l'image de Le Pen,
mais un inconnu militant, le docteur Daniel Féret. Ce dernier
eut l'intelligence de fonder, juste après la venue de Jean-Marie
Le Pen à Schaerbeek, un Front national en Belgique, sous la
forme d'une association sans but lucrative. Ce qui lui permettra de
protéger le sigle et de pouvoir l'utiliser, pour la première
fois, lors des élections législatives de 1985. Depuis,
le nom et le logo du FN est aux mains de Daniel Féret.
PSC pro-Le Pen
Ce qui n'empêchera par les autres partisans belges de toujours
se revendiquer du ''lepénisme''. Au sein du PSC, le parti catholique
historique, il en subsistera plusieurs. Actifs dans les années
1970 au sein du Cepic (le courant conservateur officiel du PSC), dans
les années 1990, on les retrouve dans le PSC 2000, une structure
interne également fréquentée par des dirigeants
du Front national. Un des dirigeants de ce PSC 2000 se rendra régulièrement
à la fête des Bleus-Blancs-Rouges (BBR), le rendez-vous
annuel du FN de Jean-Marie Le Pen. Le même dirigeant se retrouvera
parmi les proches de Marguerite Bastien, la présidente-fondatrice,
en 1996, du Front nouveau de Belgique (FNB), une dissidence du FN
fédérant la plupart des anti-Féret.
Lors de sa création, le FNB recevra
l'appui de Le Pen, en conflit ouvert avec Daniel Féret. Effectivement,
depuis plusieurs années déjà, la direction du
Front national français ne reconnaissait plus au FN belge une
quelconque parenté. Il faut dire que l'incompétence
politique de Daniel Féret, mais surtout son image désastreuse
pour la ''droite nationale'', a très vite exacerbé les
frontistes français. Jean-Marie Le Pen en premier lieu.
Aux diverses manifestations du Front
national français (congrès, fêtes des BBR, défilé
Jeanne d'Arc...), le FN belge et son président sont personna
non grata. Mais les Belges n'y sont pas pour autant absents. En 1998,
Hubert Defourny, le ''Fondateur'' du mouvement REF (une dissidence
d'AGIR, un parti wallon d'extrême droite) aura le privilège
d'y rencontrer Jean-Marie Le Pen lors des BBR. En 2000, le même
Defourny sera de retour au BBR avec le Bloc wallon (une nouvelle formation
rassemblant des ex-AGIR et des dissidents du FN ''féretiste'').
Depuis, les principaux participants aux ''festivités'' du FN
de Le Pen sont le mouvement Nation et l'association intégriste
Belgique & Chrétienté. Henri Laquay, l'avocat de
cette dernière, est par ailleurs le seul Belge membre du Comité
national de soutien à Jean-Marie Le Pen, mis sur pied à
l'occasion des élections présidentielles de cette année.
Henri Laquay est également lié à la branche belge
de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, le courant politico-religieux
intégriste fondé par feu monseigneur Marcel Lefebvre.
Cette ''Fraternité'' a toujours rassemblé de nombreux
lepénistes belges.

Fête des BBR du Front national
français en 1998 : Jean-Marie Le Pen avec Hubert Defourny,
alors ''Fondateur'' du mouvement REF et partenaire du Front nouveau
de Belgique de Marguerite Bastien (document : RésistanceS).
Flamands et lepénistes
Jean-Marie Le Pen va également aissemer en Flandre. En 1983,
des dirigeants du NSV (un cercle étudiants d'extrême
droite) rejoignent la direction du Vlaams Blok. Parmi ceux-ci, il
y a Filip Dewinter et Frank Van Hecke, les actuels chefs du VB. Leur
modèle politique du moment : Jean-Marie Le Pen. Avec Dewinter
et Van Hecke, le Vlaams Blok va se modeler sur la structuration du
Front national lepéniste. Au Parlement européen, les
élus VB agissent en étroite collaboration avec ceux
du FN. Les contacts deviennent permanents entre les deux partis d'extrême
droite, malgré que le VB revendique, dans son projet de création
des Grands Pays-Bas, la Flandre française. Le Pen passera plusieurs
fois en Flandre, chez ses amis VBistes. Mais pas uniquement.
Le 30 novembre 2005, à Gand, il
a en effet été l'invité personnel du Katholiek
vlaams hoogstudenten verbond (KVHV). Cette association catholique
est composée d'étudiants forts proches des thèses
du VB. Thème de l'exposé de Jean-Marie Le Pen pour le
KVHV : ''La droite nationale, une idéologie et une vision pour
l'Europe''.

Affiche de la conférence de Jean-Marie
Le Pen à Gand, en novembre 2005, organisée par un cercle
d'étudiants nationalistes-catholiques proche du Vlaams Blok/Belang.
Le Pen pour un ''nouveau FN'' belge
En Belgique, c'est donc l'ensemble de l'extrême droite, francophone
comme néerlandophone, qui se revendique de Jean-Marie Le Pen
et qui entretient de bonne relation avec lui depuis de très
nombreuses années. A la seule exception du Front national de
Daniel Féret, qui pourtant - par son nom - fait croire qu'il
est la branche belge du ''lepénisme''.
Aujourd'hui pour Jean-Marie Le Pen et
son FN, l'enjeu majeur est de se débarrasser au plus vite de
l'autoproclamé ''président-à-vie'' du FN belge,
Daniel Féret. Pour se faire, une action judiciaire a été
entamée afin de récupérer le nom et le sigle
du parti. Celle-ci vient d'être cependant conclue devant le
tribunal des référés en la faveur de Féret.
Ce qui n'empêchera pas les anti-Féret belges et français
de poursuivre leur combat. Ayant pour objectif de fonder un ''nouveau
FN'', sur le modèle de celui de Jean-Marie Le Pen.
Alexandre VICK
© RésistanceS –
www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis
en ligne le 18 mars 2007
|
Filip Dewinter, chef charismatique du Vlaams Blok/Belang,
et Jean-Marie Le Pen, son modèle depuis 1983.
"J’ai personnellement
beaucoup de respect pour Le Pen et surtout pour la constance de son
action. Il fallait avoir du courage pour aller se battre volontairement
en Algérie. Je regrette que la presse ait fait tellement de
cas de certaines déclarations du leader du Front national"
("Durafour crématoire" ou autre "détail"
de l’histoire).
Filip Dewinter,
dans une interview accordée à l'hebdomadaire ''"Parce
que !", du 22 février 1990.
Sur RésistanceS.be
Pour plus d'informations sur le même sujet, lire nos articles
suivants :
• Création
d'un comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen (25/03/2007)
• Un
Belge membre du Comité de soutien à Le Pen
(18/03/2007)
• Le
retour des fous de Dieu… (03/07/2005)
• Belgique
& Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite
belge'' (26/04/2006)
• Des
listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire'' (26/04/2006)
• Plainte
contre Belgique & Chrétienté et Nation (21/10/2006)
• Belgique
& Chrétienté perd contre RésistanceS
(30/01/2007)
|