Procès
Violence raciale, condamnation d'un inspecteur de police
Le racisme est un phénomène de société. Il se développe dans différents lieux et secteurs. Y compris au sein des forces de l'ordre. Un inspecteur principal de police vient d'être condamné à une peine d’emprisonnement pour des faits racistes. Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme s'était constitué partie civile dans ce dossier. Pour lui, il s'agit d'un « signal fort ». Une étude sur l'ampleur de la présence de policiers racistes et d'extrême droite est nécessaire.

Edouard Delruelle, le directeur adjoint du CECLR - Photo : DR
Ce lundi 22 avril, le tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné un inspecteur principal de la zone de police locale de Bruxelles-Midi. Celui-ci était poursuivi dans deux affaires de violence raciale. Pour le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR), le service public fédéral anti-discriminations, qui s'était constitué partie civile aux côtés des deux victimes, « cette condamnation constitue un signal fort et souligne aussi la nécessité d'une sensibilisation permanente de la police dans leur lutte commune contre la violence raciale ».
C'est le parquet qui poursuivait cet inspecteur principal de police pour coups et blessures avec des motifs racistes dans deux dossiers judiciaires distincts.
Le premier dossier concerne des insultes racistes tenues, dans un commissariat de police, en direction d'un collègue de travail. Le prévenu avait traité ce dernier de «bougnoule», « un terme péjoratif stigmatisant l’origine maghrébine de son collègue », précise le CECLR. Ce policier était aussi poursuivi pour des propos racistes tenus à l’encontre de Nordine Saïdi, le porte-parole d'Egalité, un parti politique d'extrême gauche communautariste, qu'il avait arrêté lors d'une action BDS « Boycott Israël » organisée en 2009 durant le marché d’Anderlecht.
Signal important
Le CECLR en se constituant partie civile auprès des victimes « voulait s'assurer que les motivations racistes dans le chef du prévenu feraient l’objet d’un examen approfondi pendant le procès ». Le tribunal correctionnel de Bruxelles a pour finir condamné l'inspecteur principal à une peine d’emprisonnement avec sursis et à une amende, ainsi qu’à des dommages et intérêts.
A l'issue de ce procès exemplaire, Edouard Delruelle, le directeur francophone du Centre, estime que « par cette condamnation, le tribunal a envoyé un signal important. Les délits de haine violents portent non seulement atteinte à la dignité de la victime, mais peuvent aussi inciter d'autres à adopter le même discours de haine et à commettre des infractions similaires. Un tel comportement est inacceptable, surtout de la police qui doit servir d’exemple dans notre société ».
La police contre le racisme ?
« La police est, depuis plusieurs années, un partenaire dans la lutte contre le racisme, la discrimination et les délits de haine », rappelle Edouard Delruelle. Dans ce cadre, le CECLR a conclu « une convention avec la police afin de sensibiliser le corps de police au racisme et à la discrimination ». Une mission que s'est donné ce service public dès sa création, il y a vingt ans.
Mais concrètement comment lutter contre les « dérives » racistes qui subsistent au sein des services de police ? Pour le CECLR : « l'un des instruments les plus efficaces dans la lutte contre la violence raciale est en effet l'enregistrement des infractions par la police. Mais les policiers eux-mêmes ne peuvent discriminer ou commettre des délits de haine. Ces incidents montrent qu'un changement de mentalité reste d’actualité » pour lutter contre le racisme chez les policiers. Pour Delruelle, les auteurs de faits racistes sont « minoritaires » au sein des forces de l'ordre.
Minoritaires ?
Pour rappel, en 2008, la Cour d’Appel d’Anvers avait déjà condamné un autre policier, le commissaire de police anversois Bart Debie, pour racisme à un an de prison ferme. La cour lui avait aussi retiré ses droits civils et politiques pour une période de cinq ans. Dans ce procès, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme s’était également constitué partie civile. Les faits racistes pour lesquels fut condamnés Bart Debie remontaient à 2003. Il avait ensuite quitté la police pour adhérer au Vlaams Belang. En octobre 2006, il fut élu conseiller communal pour ce parti d'extrême droite et devint même le responsable de son service de sécurité.
La présence de racistes et de sympathisants d'extrême droite chez les policiers ne peut être niée. Dans quelle proportion existe-t-elle cependant ? Une étude du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, par exemple, serait utile pour mesurer l'ampleur de cette réalité.
Simon HARYS
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