RésistanceS 03-12-2008

Portrait d'une galaxie sans identité


Alain Soral, chefaillon des «anti-tout»

INFO DE DERNIERE MINUTE
Le frontiste Alain Soral ne viendra pas à Bruxelles !


Ecrivain polémique, il est connu pour son discours anti-féministe et homophobe. Depuis novembre 2007, Alain Soral est membre du comité central du Front national français. Il fait désormais partie de la crème de la crème du « clan Le Pen ». Accompagné de son cercle politique, Egalité & Réconciliation (E&R), Soral est passé avec armes et bagages à l'extrême droite. Portrait d'une mouvance orpheline d'identité.


Sur son site Internet, l'écrivain frontiste s'auto-proclame comme étant un «intellectuel français dissident»...


L'ancien punk (dans les années 1970) Alain Soral (né en 1958) est un prototype particulier. Isolé. Marginal. Perdu. Sans aucune base sociale. Ni famille politique sérieuse. Ex-communiste, il est maintenant passé dans le camp de l'«autre extrême». De la gauche, comme des féministes, des homosexuels et des immigrés, il a la haine. Une haine bien ancrée au plus profond de ses neurones. Elle est obsessionnelle. Maladive. Il réagit au quart de tour, s'agite comme un enfant hyperactif dès qu'il voit un drapeau de couleur rouge. Il fait régulièrement des ulcères verbaux dès qu'il entend le mot «trotskisme» et le nom «Olivier Besancenot» and C°. Soral est malade d'avoir été de gauche. Il se soigne désormais à droite. Avec des médicaments très forts, ceux de l'extrême droite la plus caricaturale. La plus ridicule aussi. Il écrira, un jour, dans un de ses indigestes textes de référence : «je préfère encore un facho à un gauchiste».

Sa direction : «Vers un Front national»
C'est au début des années 1990, alors qu’il est toujours membre du Parti communiste français, que Soral va préconiser, dans un texte collectif intitulé «Vers un Front national», l'alliance entre son PCF et le FN de Jean-Marie Le Pen, un «autre parti du peuple» dixit Soral. Après plusieurs années d'errance, l'individu réapparaît sur la scène médiatique qui le nourrit. En 2002, il publie un nouvel opuscule pamphlétaire, «Jusqu’ou va-t-on descendre ?». L'ancien coco s'affirme dès ce moment, et au grand jour, comme un partisan du «national-populisme». Il ira naturellement frapper à la porte du Front national, le parti qui incarne le mieux cette mouvance politique. Et le FN accueillera à bras ouverts un tel personnage, dans l'unique but opportuniste de créer l'événement et d'apparaître à cette occasion une nouvelle fois dans les médias. Soral au FN, tout comme son pote Dieudonné, fait partie d'une opération de marketing. Qui profite aux deux parties. Etre au centre des projecteurs est leur ambition-obsessionnelle commune. Soral ou Dieudonné sont des tremplins médiatiques pour le FN. Et vice versa.

L'écrivain polémique Alain Soral dira dans une de ses allocutions, prononcées à Vénissieux, en mars 2007 : «le seul homme politique qui peut combattre (le) système ne peut être qu’un nationaliste, indépendant du monde de la finance, de la politique institutionnelle et des médias, et (que) ce seul homme politique au côté duquel il faut combattre est, aujourd’hui en France, quels que soient son passé et le mien, Jean-Marie Le Pen» (extrait de son texte «Du communisme au nationalisme : itinéraire d’un intellectuel français»). En novembre de la même année, le chef du Front national le nommera au comité central de son parti. Depuis, Soral fait partie des intimes de Marine Le Pen, fille du président-fondateur et future présidente selon les volontés de son père... Au «Front», l'ex-national-communiste défend une ligne «nationale-sociale». Addition des orientations travaillistes de la gauche républicaine et des valeurs conservatrices de la droite française nombriliste.


Alain Soral et son amie politique Marine Le Pen, le 12 novembre dernier, sur le plateau de l'émission «Ce soir ou jamais» (France 3). Thème: «Quel avenir pour le Front National ?» © Image: France 3.


Doctrine de supermarché pour gogos et autres zozos
Pour développer ses fumeuses théories anti-gauches, sexistes, anti-féministes, national-sociales, patriotiques républicaines... Soral va se doter en juin 2007 d'un think tank visant à cultiver le culte de sa propre personnalité et la diffusion de sa doctrine de supermarché. Ce cercle de réflexion prendra le nom d'Egalité & Réconciliation (E&R).

Aujourd'hui, sur le site Internet de son mouvement, le visiteur-surfeur peut consulter divers articles, le plus souvent empreints de théories complotistes, fantasmatiques... En général, ces derniers sont piqués d'autres sites. Ainsi, il est loisible de lire des papiers provenant de différentes gazettes et d'auteurs d'extrême droite, comme Marine et Jean-Marie Le Pen ou encore Yvan Benedetti, dirigeant frontiste régional, mais également responsable du journal «Jeune Nation», lié à l'Oeuvre française, un groupuscule national-catholique néofasciste nostalgique des dictatures européennes, en particulier française (sous la botte du Maréchal Pétain) et espagnole (sous le joug du général putschiste Franco). Benedetti est aussi connu pour son soutien officiel au négationniste français Vincent Reynouard, condamné il y a quelques mois en Belgique et depuis lors passé en clandestinité (sur Reynouard ).

Bien «faf» (fasciste) tout cela. Pourtant E&R affirme être membre d'une «gauche nationale», qui reste bien entendu dans les faits introuvable. Alain Soral et son cercle politique se présentent comme un courant idéologique voulant allier «la gauche de Travail» et «la droite des valeurs». Une sorte de pensée «nationale-sociale». Au sein du FN, Soral fait partie du « courant familial » des Le Pen. Un courant conduit par Jean-Marie et sa fille Marine Le Pen et rencontrant de plus en plus d'opposition à l'intérieur même du Front national.

Pour se donner un verni de gauche, E&R publie aussi sur son site des articles d'auteurs progressistes, altermondialistes, libertaires... comme le Belge Jean Bricqmont. Dans la liste des «liens» d'E&R figure encore le site de l'analyste médiatique belge Michel Collon, proche du Parti du Travail de Belgique. Seulement voilà, la «collaboration» de ces personnalités de gauche n'en est pas une. Le procédé des «Soraliens» est simple : pour faire croire que des gens de gauche sont parmi eux, ils repiquent tout simplement des textes sur le Net. Sans l'autorisation de leur auteur. A l'heure actuelle, aucun homme de gauche n'a rejoint le mouvement de Soral. Le dire est de l'intox. Les seuls appuis politiques qu'il reçoit viennent de sa droite. Comme cela peut être démontré en deux temps trois mouvements, l'entreprise politique de Soral est une manipulation. Aujourd'hui, seuls quelques gogos et autres zozos se sont faits prendre au piège.


A ses manifestations, E&R d'Alain Soral rassemble désormais le gratin de l'extrême droite française, comme lors de son université 2008 : le député européen Jean-Claude Martinez, ex-bras droit de Le Pen en matière économique (libérale !), Christian Bouchet, l'ex-Duce d'Unité radicale, un groupe nationaliste pro-intégriste musulman, Franck Timmermans, ancien dirigeant du MNR de Bruno Mégret, aujourd'hui meneur du Parti populitste...


Un flash pour l'extrême droite
En octobre dernier, le même Soral a confirmé son appartenance à l'extrême droite la plus caractéristique. Il a en effet participé au lancement d'un nouveau périodique, «Flash». Avec sa maquette et ses titres racoleurs, ses initiateurs souhaitent s'adresser à un public allant au-delà du ghetto où se concentrent habituellement les lecteurs classiques d'extrême droite. «Flash» a l'ambition de diffuser le venin traditionnel de cette droite pseudo rebelle, voire anarchisante, en direction d'un public jeune et repoussant les conformismes. Avant ce «canard noir», d'autres à l'extrême droite avaient tenté une telle expérience. Sans rencontrer cependant un quelconque succès. Pour l'heure, derrière «Flash» se trouve toujours un beau « kebba de fachos » bien connus : Christian Bouchet, l'ex-Duce d'Unité radicale (un groupuscule néofasciste partisan d'une alliance avec les intégristes islamiques !), Philippe Randa, écrivain et directeur des éditions Dualpha (à ce sujet relire notre article «Philippe Randa, un éditeur au service de l'Ordre nouveau» ), Topoline et Béatrice Péreire, deux anciens de «National Hebdo» (le journal officieux du FN lepéniste), Jean Bourdier, big-boss jadis de «National Hebdo» et d'une autre publication du même style, «Minute». Soral, dis-nous qui sont tes nouveaux camarades, on te dira ce que tu es devenu : un fasciste de la pire espèce !

Quant à son mouvement E&R, les dysfonctionnements liés à une identité morcelée se confirment. Notamment dans les bilans internes réalisés par les chefs de certaines sections. Suite à des discussions en interne organisées par la section « Aquitaine » d'E&R (10 membres actifs sur toute la région !), il était mentionné dans le n°1 (juillet 2008) du «BMI» (Bulletin mensuel d'information), réservé aux membres du mouvement de Soral et que RésistanceS.be a pu néanmoins se procurer, qu'«une clarification du positionnement d'E&R afin de lever toute ambiguïté et tout malentendu quand à nos motivations profondes» devait être réalisée urgemment. Plus loin, Stéphane, le responsable de cette section régionale, précisait dans son rapport qu'il était impératif qu’elle «trouve(r) un ciment pour unifier l'auberge espagnole qu'est E&R».

Pendant ce temps, le pire ennemi du sieur Soral, Olivier Besancenot, participe à l'émergence d'une nouvelle force politique de gauche d'opposition véritablement contestataire. L'écrivain ex-coco devenu facho continuera quant à lui à injecter ses haines multiples dans des salons huppés de communes bourgeoises, bien loin des conflits sociaux. Avec Soral, l'identité idéologique est systématiquement lézardée. Rien d'étonnant, le «front» qu'il incarne est celui des «anti-tout», des «jamais contents» et des «toujours contre».


Le frontiste Soral en Tintin à la Une du journal d'extrême droite «Flash» de novembre 2008.



Le bloc des bloqués
Avec ses propos populo-slogandisés, il attire à lui des émotifs ayant besoin d'un guide. Cet écrivain français aux rictus désagréables rassemble des personnes en recherche d'idéal oppositionnel pour comprendre le monde compliqué dans lequel ils vivent. Il est soutenu par ceux qui râlent de manière pavlovienne. Des robotisés de la contestation, des «anarchistes» de droite, des extrêmes rigides et des hyper-conservateurs. Soral en attire par le biais de ses attaques violentes contre l'«establishment» et en se présentant comme «LE» dissident au système.

Cependant, son attitude de rebelle se limite à une posture, sans conséquence dans le concret. Ses diatribes, il les tient dans les salons chics d'hôtels bourgeois ou de châteaux flamands de nantis (voir notre article sur Soral à Bruxelles), pas avec les travailleurs en grève, les exclus du chômage ou les immigrés victimes de l'exploitation orchestrée par la mondialisation. La rébellion de Soral est celle d'un roman, pas de la vraie vie ! Finalement, Alain Soral ne représente que lui-même et ses quelques amis fanatiques. Ensemble, ils forment le bloc des bloqués.

Alexande Vick

Immigration Ce qu'en pense le cercle E&R d'Alain Soral


«Pour ce qui est des étrangers, il faut favoriser leur retour, par exemple en limitant les droits sociaux de ceux qui ne travaillent pas, ou encore en taxant la main d’œuvre étrangère. Exiger également des étrangers qu’ils soient en mesure de se loger correctement, en dehors du logement social, strictement réservé aux français. Il faut systématiquement expulser les étrangers délinquants. Mais le gros de l’immigration est potentiellement devant nous. Pour s’en préserver, il faut des mesures défensives, comme par exemple des délais de carence incompressibles au plan des prestations sociales : celles-ci ne devraient être ouvertes qu’après cinq ans travaillés minimum et être conditionnées par le travail ; le rétablissement des frontières et des contrôles» [extrait d'un dialogue entre le mouvement Egalité & Reconciliation (E&R) et l'organisation néofasciste «Les Identitaires», publié le 22 octobre 2007 sur le site Internet du premier].

Avec une telle approche de l'immigration, il n'y a pas de doute, le cercle politique Egalité & Reconciliation d'Alain Soral fait désormais partie de l'extrême droite raciste.


Affiche de l'université 2007 de l'association E&R d'Alain Soral

 

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 3 décembre 2008.



Enquête de RésistanceS.be
sur la nébuleuse «nationale-sociale» d'Alain Soral



Au sommaire de cette enquête :

Le dirigeant du Front national français Alain Soral à Bruxelles

Alain Soral, chefaillon des «anti-tout» (Portrait de Soral et d'E&R)



Pour affrondir le sujet de cet article,
lisez sur RésistanceS.be,
l'article suivant :

Création d'un mouvement politico-ethno-identitaire panafricain à Bruxelles



Campagne « Extrême droite : ils se trompent de colère ! »

Depuis le mois d'août 2008 et jusqu'aux élections de juin 2009, RésistanceS.be, le web-journal de l'Observatoire de l'extrême droite, anime une campagne d'information pédagogique en direction des électeurs d'extrême droite.

Pour plus d'information et la soutenir CLIQUEZ ICI


Comité de soutien de RésistanceS


POUR BENEFICIER DE NOS SERVICES : QUE FAIRE ?

Soutenez vous aussi RésistanceS...
Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs qui lui font des dons.
Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS !
Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant un don sur son compte bancaire :

n° 310-1618732-82

IBAN : BE25 3101 6187 3282

Avec en communication : « 03-12-2008 »

... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !
Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême droite, le journal RésistanceS et les réactualisations de son site Internet :
=> Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa Newsletter : CLIQUEZ ICI



Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008