| RésistanceS 19-05-2008 |
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Chez les contre-révolutionnaires
Pour Europe magazine et la droite en général (des conservateurs aux néofascistes) Mai 68 – et tout ce qu’il représentera – incarne un ennemi à abattre, au plus vite. Ce n’est donc pas pour rien que dès les premières semaines qui suivirent la révolte étudiante, cet hebdo va se lancer dans la bataille contre 68. Pour Europe magazine, cette «révolution culturelle (…) groupe dans un magma informe et passionnel, des anarchistes, des trotskystes, des castristes, des pékinois, etc. rassemblés par une haine commune de notre société et de ses structures». Selon ce journal droitiste, cette «révolution étudiante» a été «préparée de longue date», dans le cadre d’un véritable complot contre l'Occident chrétien. La rédaction d’Europe magazine y désigne même les comploteurs qui ne seraient rien de moins que «l'appareil de la IVe Internationale trotskyste (sic), dont le théoricien, à l'échelle mondiale, s'appelle Ernest Mandel», par ailleurs professeur d'économie de l'Université libre flamande de Bruxelles. Aujourd'hui, les trotskistes restent encore l'obsession de certains groupes sectaires d'ultra droite, souvent actifs dans la mouvance nationale-catholique fondamentaliste.
Dans la nuit des 1 et 2 juin 1968, un commando d'activistes du mouvement néofasciste Occident (issu de la Jeune garde d'Occident, la JGO, et fondé sur l'exemple du mouvement français du même nom) prévoit d'attaquer l'ULB. Deux tentatives auront lieu, sans jamais atteindre leur objectif. Une humiliation terrible pour l'extrême droite. Humiliation qui restera dans la mémoire collective des nationalistes belges, décennie après décennie. En mars 2002, le dirigeant d'un mouvement identitaire néofasciste belge, dans un opuscule de la même obédience idéologique, l'évoquera encore ainsi (1): «Les événements de Mai 68, qui touchèrent aussi la Belgique, virent l'apparition d'un mouvement Occident, inaugurant cette sale habitude chez les nationalistes de Belgique francophone de copier les noms des groupes qui se sont fait connaitre ailleurs (...). A noter que cet Occident local n'avait effectivement que peu de choses à voir avec son homologue français, au moins au niveau des valeurs guerrières puisque un de ses seuls exploits, de ce mai 68 à la belge, fut l'attaque des bâtiments occupés de l'Université Libre de Bruxelles avec comme résultat d'avoir deux de ses militants... faits prisonniers par les gauchistes. Il parait que l'un des deux maladroits serait aujourd'hui un des responsables de l'hebdomadaire satirique Père Ubu» (2).
Contre 68, la seule «initiative nationaliste» fut un colloque confidentiel proposé, ce 17 mai, par le service d'étude du Vlaams Blok/Belang. Son titre était «40 jaar mei '68...Gezinnen, waarden en normen» (40 ans après Mai 68...Familles, valeurs et normes). Son éminence grise, le numéro trois du VB Gerolf Annemans, déclara au sujet de ce colloque que son but était de proposer un débat à l'ensemble de la «droite conservatrice». Deux pages sur le même thème étaient auparavant parues dans les colonnes du Vlaams Belang magazine du mois d'avril. Leur contenu ? L'habituelle rengaine contre l'esprit et l'héritage de Mai 68. Un événement qui semble donc bien traumatisant pour l'ensemble de l'extrême droite.
Pour l'extrême droite en effet, Mai 68 est un complexe. Celui de ne pas avoir été un acteur digne de ce nom en faisant partie du camp des révoltés contre le système. La seule véritable intervention des nationalistes de droite à l'époque des faits aura été d'être utilisés par le pouvoir pour tenter (et en plus sans aucun succès) de réprimer la révolte étudiante et ouvrière. Une fois de plus, des nervis d'extrême droite servirent de police auxiliaire aux ordres du gouvernement. Un rôle ingrat et gênant pour la droite nationaliste radicale, plus particulièrement pour les dits «identitaires» qui se revendiquent du «nationalisme-révolutionnaire». D'autant plus qu'un des courants internes de cette droite nationaliste opèrent actuellement une «national-gauchisation» pour proposer une nouvelle stratégique de l'action politique. Les discours anticapitalistes, rebelles, révolutionnaires, sociaux, anti-américains... de ces «identitaires» sont mis en avant dans le but de camoufler leurs véritables origines idéologiques. Pour sa part, dans son coin, Alain Escada,
le président de l'association politico-religieuse intégriste
Belgique & Chrétienté (de plus en plus marginalisée
à l'extrême droite, y compris au sein de la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie X, l'organisation phare de la mouvance dont
elle est issue) s'est lancé sur Internet dans une offensive
anti-68. Avec pour angle d'attaque exclusif : la dénonciation
de la supposée propagation de la pédophilie par des
hérauts de 68. Cette attaque relève d'un grand risque...
pour l'extrême droite. Le boomerang qu'elle lance pourrait lui
revenir en plein nez. En effet, au chapitre de la pédophilie,
l'extrême droite n'a pas de leçon à donner : les
dossiers judiciaires impliquant des militants et des cadres de formations
ou mouvements de la droite nationaliste (y compris des curés
traditionalistes) dans des dossiers de mœurs, dont des abus de
mineurs d'âge, sont assez nombreux pour démontrer que
cette criminalité immonde touche aussi la «famille politique»
de ceux qui l'a dénoncent, plus que d'autres... (voir par exemple
à ce sujet notre article : «Réseau pédophile
: Implication d’un intégriste chrétien d’extrême
droite» Mai 68, son héritage, son souvenir et son actuelle commémoration restent bel et bien un véritable complexe pour cette extrême droite déséquilibrée parce que finalement sans réelle identité... Manuel Abramowicz Notes :
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Aujourd'hui, leurs slogans contre l'autoritarisme, le conservatisme, l'ultradroite, le nationalisme raciste... reprennent une certaine jeunesse. Pour sa part, les adeptes de l'Ordre nouveau, l'extrême droite parlementaire ou radicale, restent ringards et toujours complexés d'avoir été, jadis, les nervis du pouvoir et de la «société bourgeoise»...
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Mai 68 : l'inhibition de l'extrême droite • Les
anti-68 de la droite dure belge • L'extrême
droite bientôt battue par la gauche rebelle • La gauche radicale, nouvelle force politique d’opposition ? • Le
national-socialisme contre le socialisme RésistanceS en librairie Le web-journal de l'Observatoire de l'extrême droite, RésistanceS, a collaboré au numéro spécial Mai 68 du Journal du Mardi (JDM). Ce numéro exceptionnel du JDM est en vente depuis le 6 mai dernier et jusqu’au 2 juin 2008 dans les meilleures librairies du pays.
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