RésistanceS.be 04-05-2010

A l'occasion des 50 ans de la fin du Congo belge et de l'indépendance de son peuple, RésistanceS.be vous propose un article de Colette Braeckman, journaliste du quotidien Le Soir, spécialiste de l'Afrique noire. Son article démontre que dans l'ex-colonie belge, un système d'apartheid avait été mis en place. Il est republié sur RésistanceS.be avec son accord (M.AZ).


L’apartheid «soft» des Belges au Congo


Ce n’était pas l’Afrique du Sud… mais les Blancs et les Noirs cohabitaient bien, au temps de la colonie, dans des mondes différents. La ségrégation était bien réelle.

Un article de Colette Braeckman (Le Soir)

 

Sur cette carte-postale, datant du début du XXe siècle, un groupe d'écoliers congolais encadré par un missionnaire belge.


Tout à leur ambition de faire du Congo une «colonie modèle», de déjouer les critiques internationales ou la vigilance des Nations unies, les Belges se gardaient bien de pratiquer explicitement une politique d’apartheid, et se démarquaient soigneusement de l’Afrique du Sud. Cependant Blancs et Noirs évoluaient bien dans des mondes séparés, décrits par l’historien Auguste Maurel :

«La physionomie et l’organisation des villes congolaises obéissent à deux préoccupations essentielles. D’abord la disposition des différents quartiers et le strict contrôle des habitants “indigènes” préserveront la population blanche des contacts inutiles : l’administration protège les maîtres blancs installés dans leurs luxueuses cités-jardins contre la propagation d’épidémies ou d’émeutes venues de la ville noire. Un espace non bâti souvent occupé par un camp de la Force publique sépare la ville blanche des quartiers congolais. Le couvre-feu, l’interdiction faite au Noir de pénétrer dans la cité européenne la nuit complète ces dispositions sanitaires.»


«Brevet de civilisation»
Tous les «Blancs» n’étaient pas égaux. Les Belges, souvent francophones, occupaient le haut du pavé et se distançaient d’autres catégories d’expatriés : les policiers, les petits fonctionnaires – souvent d’origine flamande qui, auprès des Congolais, étaient chargés des «sales besognes» comme infliger des amendes –, les «monpé» c’est-à-dire les missionnaires (souvent venus de Flandre eux aussi) ou ceux que les Congolais appelaient les «mundele ya coto» ou «mundele mateso» - les «Blancs coton» ou les «Blancs haricots» - c’est-à-dire les commerçants d’origine portugaise ou grecque qui sillonnaient les campagnes…

Les Congolais vivant dans les villes, les «centres extracoutumiers» échappaient, en principe, au droit coutumier qui s’appliquait à eux dans les villages. Pour s’établir dans le centre ou le quitter, le Congolais devait posséder outre son livret d’identité, un passeport de mutation délivré par le chef de poste ou l’autorité de tutelle et une autorisation de séjour. Les clandestins pouvaient à tout moment être pris dans des rafles tandis que la «chicotte» était un châtiment souvent utilisé.

Le principe de base qui guidait la colonisation belge était le paternalisme : les Noirs, considérés comme de grands enfants mineurs et sous tutelle, devaient être «guidés» afin qu’un jour, ayant atteint un degré suffisant de ressemblance avec le «modèle blanc», ils puissent se voir décerner le titre d’«évolués». Ce que Jean Stengers appelle le «brevet de civilisation» était concrétisé par la «carte de mérite civique» et surtout par l’«immatriculation». Obtenir cette dernière représentait, pour tout Congolais instruit, un objectif majeur, lui permettant de disposer en principe des mêmes droits civils que les Blancs, d’utiliser les mêmes moyens de transport, les mêmes procédures de justice et, in fine, de jouir de la même considération. Le statut d’«évolué» était obtenu à l’issue d’un véritable parcours du combattant : des inspecteurs venaient s’assurer de la propreté du logement, de l’usage de couverts et de vaisselle, de la composition de la famille (la polygamie était combattue), de l’hygiène de la maison… Le «brevet de civilisation» était délivré au compte-gouttes : en 1959, 1.557 Congolais détenaient la carte du mérite civique et 217 d’entre eux étaient immatriculés !

 


Affiche de propagande en néerlandais pour le Congo belge © CAOM



Revendications sociales des Congolais
Non seulement la procédure était lente, mais elle était inutile, les Blancs ne considéraient jamais les Congolais comme des égaux, ne leur accordaient jamais des salaires équivalents, ne les admettaient pas dans leurs cercles ou leurs magasins. Tous les historiens (Maurel, Stengers, Vanderlinden, Ndaywel) assurent que c’est la frustration des évolués qui, in fine, déboucha sur leur révolte et leur radicalisation. Lassés de ne jamais être considérés comme des égaux, ils finirent par exiger l’indépendance pure et simple. Justin Bomboko, qui fut l’un des premiers universitaires congolais, le reconnaît :

«On en est arrivé à cette revendication de l’indépendance en raison des atermoiements des décideurs politiques à rencontrer les revendications sociales des Congolais. Au lieu de supprimer les lois et statuts discriminatoires, les Belges les ont renforcés. Si on avait rencontré nos revendications de type social, on aurait sans doute retardé d’une voire de deux décennies l’indépendance du Congo belge…».

 

Colette Braeckman
J
ournaliste du quotidien belge Le Soir

 

© Le Soir – www.lesoir.be – Article publié dans le quotidien belge Le Soir, le jeudi 28 avril 2010, page 17. Republié le 4 mai 2010 sur RésistanceS.be – www.resistances.be – info@resistances.be – avec l'aimable autorisation de son auteure, Colette Braeckman. Les sous-titres, les illustrations et leurs légendes ont été rajoutés par RésistanceS.be.


 

APARTHEID
Système raciste de séparation des populations, l'apartheid a été mis en place en Afrique du Sud de 1948 à 1991. Ce pays était alors dirigé par un régime autoritaire d'ultradroite aux mains de sa minorité blanche. Un apartheid «soft» fut également en vigueur au Congo, à l'époque de son occupation, de 1908 à 1960, par le Royaume de Belgique.

De nombreux parlementaires flamands de l'ex-Volksunie (parti nationaliste dissout en 2001), du CVP (l'ancien nom de l'actuel CD&V démocrate-chrétien flamand) et du PVV (l'ancêtre de l'Open VLD libéral) étaient membres, encore dans les années 1980, de Protea, un lobby flamand de soutien à l'apartheid sud africain...
(M.AZ).


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