Portrait
d'un dirigeant néonazi
François Duprat,
une référence politique indémodée
Idéologue des néofascistes et autres néonazis
négationnistes européens, François Duprat (1941-1978)
devient dans les années 1970 le «numéro deux»
du Front national français de Jean-Marie Le Pen, mais aussi
le leader de son courant radical. Vingt ans après son assassinat,
il est toujours vénéré par l'extrême droite,
belge comprise....

A gauche, l'affiche d'hommage
du Front national français à son chef. A droite, «
In memoriam » souvenir publié en 2006 dans une revue
nationaliste française également héritière
du «dupratisme» / Document : RésistanceS-Observatoire
de l'extrême droite.
Venant de l'extrême
gauche trotskiste, François Duprat sera, de la fin des années
1950 à la fin des années 1978, de quasi toutes les expériences
politiques de l'extrême droite française. Il collabora
ou milita – comme militant d'abord et surtout comme dirigeant
et théoricien ensuite - dans la plupart des organisations nationalistes,
néonazies, négationnistes, antisémites et racistes
de référence : mouvement Jeune Nation (1957), Parti
nationaliste (1958), Fédération des étudiants
nationalistes (1960), Europe-Action (même époque), mouvance
de soutien à l'Organisation armée secrète (OAS,
mouvement terroriste de défense de l'Algérie française
dans les années 1960), publication «Défense de
l'Occident» (dès 1967), mouvement Occident (1968), Ordre
nouveau (1972), journal «Rivarol» (même décennie),
Front national (1972), journal «Combat européen»
(1973), Fédération d'action nationale européenne
(Fane, 1974)...
François Duprat s'est aussi doté,
dans les années 1970, de ses propres structures militantes
: les Groupes nationalistes-révolutionnaires de base (GNR),
ainsi que de diverses publications : «Les Cahiers européen»,
la «Revue d'histoire du fascisme».... Fort de ce curriculum
vitae, il devient, au début des années 1970, l’un
des piliers du mouvement Ordre nouveau, à la base de la création
en 1972 du Front national français. Duprat fait partie des
véritables fondateurs du FN qui choisiront l'ex-parlementaire
poujadiste Jean-Marie Le Pen pour le présider. Les «lettres
de noblesse» de Duprat le propulsent à la direction du
Front. Véritable «numéro deux» (après
Le Pen), Duprat a été l'artisan de la structuration
et du développement du FN en véritable parti politique
extrêmement bien structuré (1). L’ancienne formation
léniniste-trotskiste (experte en la matière) de Duprat
aurait-elle ainsi porté ses fruits ? Sans doute que oui...
«Dans
les années 1970, le FN apprend à se doter d'une
organisation sans faille. Il doit sa discipline interne à
l'intelligence politique d'un de ses principaux dirigeants,
François Duprat. Personnage haut en couleur, Duprat
anime au sein du Front la principale tendance néofasciste.
Redoutable stratège, il rêve de créer,
à terme, un véritable parti fasciste».
Christophe
Bourseiller
Auteur du livre «Les ennemis du système –
Enquête sur les mouvements extrémistes en France»
(éditions Robert Laffont, Paris, 1989). |
Les «dupratistes» belges
L'influence des idées et du charisme du désormais leader-dirigeant
du Front national va également essaimer à l'étranger.
François Duprat se rend en Espagne. Il y rencontre des «réfugiés
politiques» de l'OAS impliqués dans le «terrorisme
noir», mais aussi le nazi belge Léon Degrelle. En Belgique,
plusieurs organisations d'extrême droite eurent des liens étroits
avec François Duprat. Une édition belge de ses «Cahiers
européens» apparait en 1977. C'est alors un réseau
national-catholique intégriste néonazi qui se charge
de la réalisation des «Cahiers européens-Belgique».
Ce réseau était proche du «Nouvel Europe magazine»
(Nem), le journal de la droite radicale belge francophone de l'époque,
et du «Bulletin indépendant d'information catholique»
(Bidic), à la base de la branche belge de la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie X (mouvement catholique intégriste opposé
au Vatican). La signature de l'un des rédacteurs des «Cahiers
européens-Belgique» réapparaîtra bien plus
tard, au milieu des années 1990, dans le journal «Polémique-hebdo»,
dont le fondateur, Alain Escada, est aujourd'hui encore un proche
politique d'Hervé Van Laethem, un «dupratiste»
belge exemplatif.

Le dirigeant néonazi français
François Duprat dirigeait le journal les «Cahiers européens».
En 1977, une édition belge allait paraître à l'initiative
d'une mouvance national-catholique néonazie / Document : RésistanceS-Observatoire
de l'extrême droite.
Qui a tué Duprat ?
Le 18 mars 1978, François Duprat trouve la mort dans un attentat
à la bombe. Pour l'extrême droite, les coupables sont
alors tout désignés : les militants d'une inexistante
organisation juive révolutionnaire. En réalité,
il serait question d'un règlement de compte interne, orchestrée
par une tendance adversaire de celle de Duprat au sein du Front national
(celle des «solidaristes»). Une autre piste évoque
par ailleurs la main d'un service secret français. François
Duprat - qui voyageait beaucoup à l'étranger - aurait
été un agent de l'un d'eux. Sa disparition violente
reste aujourd’hui l'une des grandes énigmes de l'histoire
criminelle française.
C'est sous le rituel traditionaliste
que les obsèques de François Duprat ont lieu à
l'Eglise Saint-Nicolas-du-Chardonnet (2), le fief parisien de la Fraternité
sacerdotale Saint Pie-X (FSSPX, déjà citée plus
haut dans cet article). Rien d'étonnant à cela : ce
courant catholique est clairement ancré à l'extrême
droite de la droite ultra. Dans sa presse ou ses messes, la FSSPX
se réfère aussi à l'héritage politique
fasciste de la France. Comme Duprat. Quant à l'éloge
funèbre publié en avril 1978 dans «Le National»,
le journal de l'époque du Front national, il est clairement
fait référence à son combat négationniste
contre les «tabous hérités du second conflit mondial».
Il est vrai que Duprat fut aussi un des principaux propagandistes
de la négation des crimes de guerre et du génocide des
Juifs commis par les nazis en Europe durant la Guerre 39-45.
Aujourd'hui encore, en France comme en
Belgique, le souvenir de ce dirigeant néonazi et négationniste
est pourtant évoqué. De manière inconditionnelle
!
Manuel Abramowicz

En Belgique, dans les années 1980, le
Parti des forces nouvelles (PFN), d'obédience néonazie,
rassemblait plusieurs «dupratistes» belges. Plusieurs
de ceux-ci rejoindront, en 1989 puis en 1991, le Front national de
Daniel Féret ou le Vlaams Blok/Belang / Document : RésistanceS-Observatoire
de l'extrême droite.
Notes :
(1) La plupart des informations sur le passé politique de François
Duprat proviennent des livres suivants : «Les droites nationales
et radicales en France» de Jean-Yves Camus et René Monzat
(éditions Presse universitaires de Lyon, 1992), «Les
néo-nazis» de Jean-Marc Théolleyre (éditions
Messidor/Temps Actuels, Paris, 1982) et «Les ennemis du système
– Enquête sur les mouvements extrémistes en France»
de Christophe Bourseiller (éditions Robert Laffont, Paris,
1989).
(2) Dans la même église parisienne de la Fraternité
sacerdotale Saint Pie-X, d'autres messes furent et seront célébrées
à la mémoire d'autres personnalités fascistes
et néofascistes : l'«écrivain fasciste»
(sic) et négationniste Maurice Bardèche, l'antisémite
Henri Coston, l'ex-milicien nazi Paul Touvier... et le 30 novembre
de l'année dernière en l'honneur du fasciste espagnol
José Antonio Primo de Rivera.

Le mouvement d'extrême droite belge Nation
s'inspire toujours de nos jours de l'héritage du français
François Duprat, chef néonazi dans les années
1970. Comme le montre ici une page de son site Internet captée
en mars 2008 / Document : RésistanceS-Observatoire de l'extrême
droite.
«
François Duprat, un des nôtres »
C'est en ces termes que le président de l'asbl belge
Mouvement Nation, Hervé Van Laethem, a rendu hommage
le 18 mars 2004 au dirigeant néofasciste François
Duprat à l'occasion du 26e anniversaire de son assassinat.
Un homme qui avait osé dénoncer, selon le chef
de Nation, «le grand capital apatride et vagabond»
(sic : terme historique désignant les Juifs dans la propagande
de l'extrême droite). Publié (et toujours en ligne
en septembre 2008) sur VoxNR, un site Internet français
d'extrême droite, Hervé Van Laethem écrit
ce qui suit :
«Au
matin du 18 mars 1978, sur une route de Normandie, François
Duprat (37 ans) meurt dans l’explosion de son véhicule
(...). Cet assassinat sera revendiqué par le « Commando
du Souvenir » qui termina son communiqué de revendication
par « N’oublions pas Auschwitz !».
A l’occasion
du 26è anniversaire de la mort de François Duprat,
je pense utile de rappeler qui il fut. Démarche d’autant
plus nécessaire à une époque où
la mouvance nationaliste a la mémoire particulièrement
courte. François Duprat, c’était avant
tout un militant de toujours. D’Occident au Front National,
en passant par le GUD ou Ordre Nouveau (et j’en oublie),
on voyait toujours Duprat là où les choses se
passaient.
Mais François
Duprat était aussi un idéologue, on peut d’ailleurs
le considérer comme le théoricien principal
du nationalisme révolutionnaire moderne. Et à
l’instant où les nationalistes recommencent à
se diviser sur le fait de déterminer qui ''est l’ennemi
principal ou secondaire'', les positions avant-gardistes de
Duprat doivent nous faire réfléchir.
Activiste
anti-gauchiste de premier plan, il est aussi un de ceux qui
poussent, dans les années 70, le FN à se positionner
contre l’immigration. En effet, à l’époque,
le problème de l’immigration, déjà
bien réel, ne se posait pas avec autant d’acuité,
et certains au sein de la droite nationale, par réflexe
colonialiste, ne trouvaient pas utiles de rejeter les populations
originaires des anciennes colonies françaises. Duprat,
avant tout le monde, dénonçait les risques que
faisait peser l’immigration sur l’identité
des peuples européens. On peut donc lui reprocher des
choses mais certainement pas de ne pas avoir vu clair tôt
assez.
Mais ce qui
était remarquable chez Duprat, c’était
cette capacité d’analyser les phénomènes
de société et d’en analyser les causes
profondes. Et pour lui, dénoncer l’immigration
n’était pas suffisant, il voulait aussi dénoncer
les forces qui l’avaient provoquée. Et il n’hésitait
pas à les désigner comme étant les forces
de l’argent cosmopolite : le grand capital apatride
et vagabond... Il avait démonté les rouages
d’un mécanisme qui avait des buts divers : main
d’œuvre à bon marché, métissage
des peuples, destruction des spécificités nationales
et de l’esprit potentiel de résistance qui en
découle, préparation au mondialisme, etc...
Et si Duprat
avait bien conscience de l’intérêt d’une
grande force politique électorale comme le Front National
auquel il participait avec les Groupes Nationalistes Révolutionnaires
en tant que ''tendance'', il n’en négligeait
pas la formation de cadres révolutionnaires. Sa formation
d’historien et les nombreux ouvrages de référence
dont il fut l’auteur l’aidèrent beaucoup
dans cette tâche.
On peut se
demander où en serait la mouvance nationaliste en France
et en Europe, s’il n’avait pas été
assassiné. Et c’est d’ailleurs sans doute
car ses assassins connaissaient sa valeur qu’ils avaient
décidé de l’éliminer lui et non
pas des gens plus médiatiquement connus.
Car il est
indispensable de se le rappeler :
François Duprat était un des nôtres et
il fut assassiné pour cela. François Duprat
était un des nôtres et sans lui, nos idées
seraient toujours figées dans des schémas dépassés.
François Duprat était un des nôtres et
ses assassins ne sont pas de la racaille de banlieue, mais
bien ceux auxquels certains de notre camp essaient de faire
aujourd’hui les yeux doux.
Mais nous
voulons avoir la mémoire longue et la dent dure. Et
nous n’oublions pas qui fut Duprat : anti-impérialiste
mais aussi pionnier de la lutte contre l’immigration.
Et nous n’oublions pas non plus qui l’a assassiné
ni pourquoi.
Une chose
est sûre, en tous les cas : il aura fait école
! Notre existence et notre conception du monde en sont la
preuve ».
A l'occasion
du trentième anniversaire, le 18 mars de cette année,
l'hommage inconditionnel qui sera rendu une nouvelle fois
au promoteur «numéro un» du négationnisme
en France sur le site du mouvement Nation se terminait par
: «Nous n'oublions pas ! Nous ne pardonnons pas !».

Extrait de l'hommage, rendu en mars 2004,
au néonazi français du président de l'asbl
belge Nation sur le site VoxNR. En 2008 : François Duprat
reste un modèle politique pour le mouvement Nation...
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François
Duprat (1940-1978), dirigeant néonazi français.
Sur le négationnisme, lire :
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