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RésistanceS 02-09-2008 |
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Nation : négationniste de son propre passé...
Ce rappel semble désormais poser un problème à Nation. Pourtant caractérisé par son radicalisme orthodoxe, ce mouvement politique belge francophone d'extrême droite souhaite en effet gommer toutes les preuves de ses filiations structurelles avec le néonazisme. Contrairement au Vlaams Blok/Belang qui assume quant à lui les mêmes origines idéologiques... Depuis sa création en septembre 1999, le mouvement Nation fait le ménage dans ses rangs : il écarte systématiquement toutes les références «NS» («national-socialistes» dans le jargon de l'extrême droite) revendiquées par certains de ses jeunes supporters. Pourtant, comme l’affirmera l’un de ses sympathisants - sur un forum Internet voué à la nostalgie du passé nazi de l'Europe - au sujet des cadres de Nation : «pas mal d'entre eux sont NS ou ont un passé NS» (1). Dès lors, dès qu'une publication comme RésistanceS.be évoque les liens historiques et parfois même actuels, de Nation avec le «milieu NS and C°», celui-ci réagit vigoureusement : articles vengeurs sur son site Internet, envoi de droits de réponse, menace de procès... L'artillerie lourde est chaque fois ressortie du placard «Nationiste». Il s'agit, pour ces activistes de l'Europe blanche, d'un véritable conditionnement pavlovien. La honte du passé ? C'est au tout début des années 1980 qu'Hervé Van Laethem, alors adolescent, débute son militantisme dans le rang de l'extrême droite néonazie (3). Il est formé idéologiquement au sein de l'Europese partij-Parti européen (Epe), un groupuscule bruxellois vouant un culte obsessionnel au dictateur allemand Adolf Hitler et au général de la SS wallonne Léon Degrelle. L'Epe est l'allié francophone du Vlaamse militanten orde (VMO), le groupe paramilitaire néonazi de référence du mouvement nationaliste flamand (4). A l'instar de la plupart des groupes d'extrême droite de l'époque, l'Epe et le VMO vont se lancer à fond dans le soutien au négationnisme, ce qui leur permettra de cultiver leur antisémitisme caractérisé. Le jeune militant néonazi va participer, en 1986, à la création d'une section bruxelloise et francophone du VMO. Le VMO-Bruxelles sera actif jusqu'à l'autodissolution du Vlaamse militanten orde, en 1988. Avec des militants néonazis du Parti des forces nouvelles et le chef (et seul militant réel) de Rex National (un groupuscule se revendiquant sans autorisation, depuis sa création au milieu des années 1970, de l'héritage de Degrelle), les ex-VMO de la capitale fondent le groupe l'Assaut. Ce dernier ne cachera jamais son attachement au «national-socialisme», ses liens avec des organisations néonazies étrangères (comme le PNFE), sa défense de l'«Europe blanche» et son soutien inconditionnel au négationnisme. Le journal homonyme du groupe l'Assaut (et reprenant le logo exact de l'un des journaux des SS nazis wallons, malgré l'interdiction écrite de son créateur, le lieutenant SS «wallon» Jean Vermeire !) va alors devenir une tribune médiatique pour les thèses falsificatrices visant à nier le génocide des Juifs européens commis par la dictature hitlérienne. «Holocauste c'est du bidon» sera le titre d'un numéro spécial consacré au «révisionnisme historique» (sic) de «L'Assaut» en janvier 1990. Le groupe dirigé par Hervé Van Laethem va adhérer totalement à cette «autre vision de l'Histoire». Pour l'Assaut, dans l'introduction de ce numéro spécial «révisionnisme», ce dernier «représente une réflexion logique, intellectuelle et dépassionnée des événements qui ont secoué le monde voici plus de quarante ans». L'auteur de cette introduction précisera encore : «(...) le travail fourni par les historiens révisionnistes est exemplaire de sérieux et d'objectivité. Et là est le danger pour les spécialistes du génocide alimentaire, du Shoah Buisness». C'est pour cette raison que l'Assaut va participer à «la lutte pour un révisionnisme historique». Avec cette précision : «Nous le faisons sans haine, sans volonté de faire mal à quiconque, sans anti-sémitisme (sic). Nous voulons seulement qu'un jour, les peuples européens comprennent qu'on leur ment depuis des années; qu'ils n'ont aucun sentiment de culpabilité à avoir d'autant moins que ce fut toujours eux les victimes alors que les bourreaux avaient toujours le masque hideux du sionisme » (5). Par «sionisme», il faut comprendre ici l'«Internationale juive», parfois désignée sous les termes de «cosmopolitisme», de «mondialisme» ou de «haute finance anonyme et vagabonde» dans la «presse nationaliste». Les Juifs restent ainsi l'«ennemi numéro un» légendaire de l'extrême droite radicale.
Plusieurs militants de l'Assaut poursuivront ensemble, et toujours conduits par Van Laethem et Walter D, la lutte pour «l'Europe blanche». Après avoir négocié, sans succès, une alliance électorale avec le Front national de Féret en vue des élections législatives de 1991, le groupe (informel) l'Assaut participera à la création en 1995-1996 du Front nouveau de Belgique (FNB), conduit par des dissidents du FN. L'année précédente, après le décès de Léon Degrelle survenu le 31 mars 1994 en Espagne, Hervé Van Laethem avait en personne organisé une soirée en son honneur (6). Désavouée par les «héritiers légaux» de l'ex-dirigeant nazi belge, celle-ci avait cependant reçu le soutien du Hertog Jan van Brabant (HJVB), une organisation d'anciens SS flamands animant également la Vlaams jeugd (fondée en 1979 sous le nom de Jonge wacht), une organisation regroupant de jeunes militants néonazis. Comme par hasard, le HJVB était alors également connu pour son engagement de longue date en faveur du négationnisme. Avec le groupe l'Assaut, le HJVB avait soutenu les activités de propagande de VHO, le cercle négationniste de Siegfried Verbeke, depuis rejoint par le néonazi français Vincent Reynouard (encore lui !). Pour sa part, Léon Degrelle, de son vivant, n'avait pas été avare de déclarations variées pour nier l'existence des chambres à gaz assassines des nazis. En 1979, il avait même écrit une «lettre au pape» totalement négationniste. «Lettre» qui fut éditée par un futur dirigeant de Nation, comme nous le verrons plus loin...
Les derniers activistes négationnistes,
comme Siegfried Verbeke et Vincent Reynouard, bénéficient
encore ainsi d'une poignée de partisans au sein de la droite
nationaliste, comme en témoignent la création récente
du «Comité de soutien à Vincent Reynouard»
et les articles appelant à la solidarité avec lui publiés
dans «Rivarol». En Belgique, cet hebdomadaire français
pronégationniste est notamment fortement apprécié
par le mouvement Nation de Van Laethem et son partenaire militant,
l'association Belgique & Chrétienté d'Alain Escada
(voir ci-dessous notre encadré). L'appui inconditionnel à
«Rivarol» est donc un soutien, certes indirect mais néanmoins
affiché, au négationnisme (sur les liens entre Nation,
B&C et «Rivarol», lire notre article : «''Rivarol'',
le journal des «révisionnistes» ?
Un des anciens chefs de la section Bruxelles-Brabant Wallon de Nation, Jean-Robert Debbaudt avait été dans les années 1970 en contact direct avec Duprat, notamment dans le cadre du journal «L'Europe Réelle» édité pour le compte du Nouvel Ordre Européen (NOE), une structure européenne dirigée par des nazis qui avaient été actifs durant la Deuxième Guerre mondiale et par de jeunes néonazis les ayant rejoints. Debbaudt était aussi un partisan acharné du négationnisme. C'est pour cette raison qu'il fut entre autres condamné en 1981. Le délit du futur dirigeant bruxellois de Nation : l'édition d'une brochure niant les chambres à gaz criminelles nazies. Brochure dont le texte était de la plume de Léon Degrelle. Décédé en juin 2003, sans jamais avoir renié son adhésion à la négation des crimes des nazis, Debbaudt reste de nos jours encore un modèle militant pour Nation (7) qui, dans plusieurs de ses écrits récemment produits, fait clairement référence au «révisionnisme»... la dénomination officielle dont se servent les négationnistes (et seulement eux !) pour désigner le génocide des Juifs commis par les nazis... Le choix de ce terme, loin d’être innocent, en dit long sur le positionnement partisan du mouvement Nation à l'égard du négationnisme, autant que sur son souci d’éviter de tomber sous le coup de la loi... Simon Harys Notes :
© RésistanceS, web-journal de l'Obed – www.resistances.be – info@resistances.be – le 2 Septembre 2008.
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: la fin de l’Histoire ? Dans cette publication pédagogique de Manuel Abramowicz (auteur de nombreux ouvrages sur l'extrême droite) éditée par l'asbl RésistanceS, l’histoire du négationnisme (la négation des crimes commis par le régime nazi durant la Deuxième guerre mondiale) dans notre pays est relatée de façon claire et concise. Les principaux termes composant cet « univers » (négationnisme, relativisme, révisionnisme) sont définis, comme sont démontrés les liens étroits entre l’extrême droite et la stratégie négationniste visant au blanchiment du nazisme. Cette publication propose pour finir les principales sources bibliographiques concernant ce sujet et le texte complet de la loi anti-négationniste, votée au Parlement en 1995. Pour commander ce document : contactez par e-mail la rédaction de RésistanceS.be (info@resistances.be)
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