Cordon
sanitaire brisé par le MR...
Les libéraux schaerbeekois liés
à l'extrême droite turque ?
Selon l'hebdomdaire La Tribune de Bruxelles, un échevin
du Mouvement réformateur (MR) de Schaerbeek a participé
à un meeting de l’extrême droite turque. Qu'en
pense la majorité MR-FDF-Ecolo ? Eclairage de RésistanceS
sur cette rupture manifeste du cordon sanitaire.

Bruxelles, après un match victorieux
de l'équipe nationale turque de football. Parmi ses supporters,
des militants des Loups gris s'y trouvaient en bonne place. C'est
aussi au sein des mouvements nationalistes immigrés que les
partis politiques belges vont chercher leurs «nouveaux électeurs»
© Photo : Manuel Abramowicz / RésistanceS-Obed.
L’échevin schaerbeekois Saït Köse (MR-FDF),
en charge de la Jeunesse, des Sports et de la Population s’est
rendu le 2 juin dernier à Genk (capitale de la province flamande
du Limbourg) pour célébrer les dix ans de la Fédération
des associations turques de Belgique. Cette dernière est connue
comme étant liée à l’extrême droite,
notamment au Milliyetçi Hareket Partisi (MHP, Parti d'action
nationaliste) et aux Loups gris, son pseudopode d'action de rue dans
la jeunesse. Il est à signaler que d'autres élus d'origine
turque, membres des partis socialistes, libéraux, chrétiens-humanistes
flamands et francophones étaient également présents
à ce grand rassemblement nationaliste.
Après avoir été
révélée dans La Tribune de Bruxelles
(un hebdo conjointement publié par les quotidiens La Libre
Belgique et La Dernière heure), par Mehmet Koksal,
l'un de ses journalistes, cette information a provoqué, une
fois de plus, un débat polémique au sein de la commune
bruxelloise de Schaerbeek.
Symboles d'extrême droite
Sur le site nationaliste
www.gundem.be - qui couvrait l’évènement -,
des photos mettent en évidence la nature de la réunion
de cette Fédération des associations turques de Belgique.
On y reconnait en effet clairement deux symboles de l’extrême
droite turque :
- «L’appel du loup»,
salut qui se fait bras tendu, l’index et l’auriculaire
dressés vers le haut, le pouce, le majeur et l’annulaire
pointant en avant, symbolisant la tête d’un loup. D’après
les photos, ce salut a été fait tant par des organisateurs
que par des participants. Il ne s’agit donc pas d’un
acte isolé au sein d’une activité culturelle.
- La présence du drapeau à
trois lunes, symbole que le parti extrémiste raciste MHP
a récupéré de l’ancien empire ottoman.
Il s’agit donc d’une organisation qui relève
de ce que l’on peut appeler un meeting politique.
Du débat intra schaerbeekois,
deux déclarations reprises dans un article paru dans le quotidien
La Dernière Heure ce 10 juin méritent une rapide
analyse : celle d’Isabelle Durant (coprésidente d'Ecolo
et élue à Schaerbeek), suivie de celle du principal
intéressé, Saït Kose (MR-FDF).
La dirigeante d’Ecolo estime que
«ce n'est pas la place d'élus locaux d'être
aux premières loges d'organisations relais de mouvements nationalistes»
et demande à son partenaire du MR de vérifier si son
échevin est membre ou non de cette association d'extrême
droite et raciste turque. Cependant, pas question pour Isabelle Durant
de remettre en cause la majorité MR-FDF-Ecolo (voir ci-dessous
son texte).
Selon les informations recueillies par
RésistanceS, la Fédération des associations
turques de Belgique n’est pas que le «relais»
du MHP. Cette fédération fait partie intégrante
de ce parti qui n’est pas que «nationaliste»,
mais qui est également connu pour ses discours et slogans racistes
(contre les Kurdes par exemple) et son négationnisme du génocide
des Arméniens commis par les autorités politiques et
militaires turques en 1915. Ensuite, «vérifier si»
Saït Kose fait ou non partie de cette «fédération»
n’est absolument pas pertinent. Il s’agit d’un échevin
de la jeunesse qui s’exprime en connaissance de cause à
la tribune d’une association extrémiste, qui la légitime
par sa présence auprès de la jeunesse turque et qui
se rallie de ce fait les idées diffusées par celle-ci.
Deux poids et deux mesures ?
Pour rappel, le député régional wallon Marcel
Cheron (Ecolo) au Parlement de la Communauté française
tenait, il y a quelques temps, des propos durs à l’encontre
des parlementaires flamands qui avaient rompu le cordon sanitaire
pour faire passer le projet de loi de scission de BHV. Pour lui, il
était inconcevable qu’une loi soit votée «grâce
à un soutien incontournable des partis extrémistes».
Est-il plus tolérable de rester dans une majorité pour
gérer une commune avec un extrémiste comme échevin
incontournable puisqu’on ne parvient pas à obtenir sa
démission ?
Par ailleurs, les propos de Saït
Kose relayés par La Dernière heure sont sans
ambigüité : il nie le caractère politique du meeting
du 2 juin en prétendant que l’évènement
était uniquement « festif et culturel ».
De plus l'élu MR-FDF affirme que s’il y était
à nouveau invité, il y retournerait. Voilà au
moins une déclaration qui a le mérite d’être
claire pour son parti et pour son partenaire écologiste communal…
Extrême droite immigrée
et realpolitik
On n’attend plus grand-chose du bourgmestre Bernard Clerfayt
(en congé politique) : ce dernier avait déjà
couvert Saït Kose, lors des émeutes racistes d’octobre
2007. Quant à Ecolo, qui a relégué le PS dans
l’opposition suite aux révélations de la présence
d’un militant des Loups gris sur la liste conduite par la ministre
fédérale Laurette Onkelinx lors des dernières
élections communales, on attend de sa part un minimum de cohérence.
Ce dernier épisode politique liant
encore une fois des «partis démocratiques»
à l'extrême droite immigrée turque atteste à
nouveau des dangers que représente pour la démocratie
le «communautarisme électoral», phénomène
désormais exploité par toutes les formations politiques.
Serait-on plus combatif lorsqu'il s'agit des antidémocrates
du Front national et du Vlaams Belang que quand il s'agit de l'extrême
droite raciste issue de l'immigration ? Une fois de plus, le deux
poids et deux mesures est bel et bien de la realpolitik.
Julien Maquestieau

Lors de la campagne électorale pour
les communales d'octobre 2006, les liens entre l'extrême droite
turque immigrée et les partis politiques démocratiques
avaient encore fait la Une de l'actualité. Ici couverture du
quotidien Le Soir du 12 octobre 2006 – Document : RésistanceS
– Observatoire belge de l'extrême droite.
| L'avis
d'Isabelle Durant sur cette « affaire »
Sur son blog, Isabelle
Durant, la coprésidente du parti Ecolo et conseillère
communale à Schaerbeek, s'est exprimée le 10 juin
dernier dans un « édito » sur les liens entre
l'un de ses collègues de la majorité communale
(MR-FDF-Ecolo) et l'extrême droite raciste turque. Son
texte publié et toujours en ligne actuellement (www.isabelledurant.be)
porte le titre « Quand on mélange nationalisme,
extrême droite et action locale : marre du communautarisme
! ». Extraits :
« N’en
déplaise à certains, nous n’avons pas
changé d’avis sur ces questions. Que l’on
soit MR, PS ou CDH, dans la majorité ou dans l’opposition,
c’est une question de principe : LE CORDON SANITAIRE
VAUT AUSSI AVEC LES MOUVEMENTS OU PARTIS DES PAYS D’ORIGINE
DES ELUS (NDLR : en majuscule dans son texte).
La participation
d’un échevin schaerbeekois, mais aussi de députés
et élus locaux de différents partis libéraux,
socialistes ou chrétiens, francophones ou flamands,
au congrès de la Fédération des organisations
turques de Belgique la semaine dernière à Genk,
défraie la chronique.
Et pour cause.
(...)
Le problème c’est que dans ce congrès
s’ajoute au caractère culturel et nationaliste
de ces associations une proximité plus que désagréable
avec des mouvements et partis aux histoires pas spécialement
démocratiques. De quel parti s’agit-il ? Principalement
du MHP (Milliyetçi Hareket Partisi) dont quelques éminents
représentants participaient en bonne place à
la manifestation de dimanche dernier. Certes, il est vrai
que le MHP est un parti représenté au Parlement
turc.
Et alors ? Le Vlaams Belang l’est aussi au Parlement
fédéral et flamand, depuis longtemps et en trop
grand nombre.
Limitons-nous donc à voir ce que dit du MHP le site
de l’Institut européen de recherche sur la coopération
Méditerranéenne et Euro-Arabe (Medea), soutenu
par la Commission européenne et présidé
par... François-Xavier De Donnéa (pas vraiment
une officine de la gauche radicale...).
''Le MHP (Parti de l’Action Nationale) : parti ultra-nationaliste
(également connu sous le nom de "Loups Gris")
fondé en 1969 par feu Arpaslan Türkes. Structuré
comme une organisation para-militaire, le MHP était
largement responsable de l’escalade de la violence à
la fin des années 70 (environ 5.000 victimes. Le MHP
était dissout après le coup d’Etat de
1980 pendant que Türkes et d’autres étaient
emprisonnés au début des années 80 pour
le meurtre de plusieurs personnalités publiques. En
1995, Türkes est autorisé à reconstituer
le MHP et à prendre part aux élections législatives
qui font gagner au parti 8,5% des votes. Les funérailles
de Türkes en avril 1997 ont attiré 300.000 personnes
incluant des figures politiques de tous bord.
Certes, comme le dit le même site, le MHP est devenu,
avec 129 sièges et plus de 18% des voix, le deuxième
parti politique de Turquie après les élections
d’avril 1999.''
Et alors ?
Le fait que le Belang ait "nettoyé" son discours
et son programme et obtienne plus de 20 % des voix ne nous
permet pas plus, en tant que partis démocratiques,
de couper le cordon sanitaire, d’envisager contacts,
collaborations, invitations à des congrès d’associations
culturelles. Et nous sommes les premiers dans les partis démocratiques
à dénoncer les proximités des nationalistes
flamands avec le Belang.
(...)
Mais quand on participe à ce genre d’activités
en dehors de sa fonction d’échevin ou d’élu,
qu’on choisit d’y être, d’y prendre
la parole, c’est pour de toutes autres raisons. C’est
pour caresser dans le sens du poil un électorat, une
communauté, que l’on encourage à n’envisager
son vote que sur base communautaire. Et ce faisant, on alimente
un peu plus encore le repli des communautés sur elles-mêmes.
Est-ce à dire qu’il faut bannir les contacts
avec sa communauté, une part de son électorat,
quand on est élu d’origine étrangère
? Evidemment que non. Les contacts avec eux ou avec les villes
ou régions d’origine sont plus que légitimes.
Ils doivent être encouragés.
Mais dans le contexte d’ici, du mandat que l’on
exerce pour tous les citoyens même si on n’a été
élu que par une partie d’entre eux, en cohérence
avec le parti sur la liste duquel on a été élu
(et aux valeurs duquel, normalement, on adhère), dans
la réalité politique locale, régionale
et/ou fédérale.
Tous l’ont dit d’une même voix lors des
émeutes survenues il y a quelques semaines à
St Josse et à Schaerbeek entre Turcs et Kurdes : les
problèmes et réalités extérieurs
ne doivent pas être importés dans nos quartiers...alors
svp, pas par nos élus !!! ».
Isabelle Durant
Schaerbeek, 10 juin 2008 |
© RésistanceS
– web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite
– www.resistances.be – info@resistances.be – Article
mis en ligne le dimanche 22 juin 2008.
|

Jeune activiste des Loups gris d'extrême
droite turcs dans les rues de Bruxelles © Photo : Manuel Abramowicz
/ RésistanceS
Extrême
droite turque et partis démocratiques
Le
web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite, RésistanceS,
a régulièrement informé son lectorat des liens
existant entre des partis politiques démocratiques et l'extrême
droite d'origine étrangère, implantée dans des
communautés issues de l'immigration. C'est le cas de nationalistes
hutus rwandais et turcs, par exemple. Des liens existent aussi avec
des mouvements politico-religieux hostiles au système démocratique,
comme le sont les Frères musulmans.
Pour plus d'informations
sur l'extrême droite et les intégristes antidémocrates
provenant de populations immigrées, il faut notamment lire
sur RésistanceS :
• Des
«immigrés» nationalistes sur des listes démocratiques
(carte blanche de RésistanceS publiée dans Le Soir du
26 août 2006)
• Une
réalité tabouisée : extrême droite chez
les « immigrés ». Interview de Mehmet Koksal
• Les
liens de partis démocratiques belges avec l'extrême droite
turque
• Les
loups gris responsables d'actions terroristes à Bruxelles
• Les
Loups gris au service du national-islamisme
• Contre
le négationnisme turc du génocide arménien
• Rwanda
: un génocide toujours au cœur de l’actualité
• Idéologie
raciste hutue et génocide des Tutsis du Rwanda
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