Extrême droite & violence
Les loups gris responsables d'actions terroristes
à Bruxelles
Ce dimanche 21 octobre, lors d'une manifestation illégale
de l'extrême droite turque dans les rues de Bruxelles, le journaliste
belge Mehmet Koksal (collaborateur du ''Courrier international'',
de ''La Libre Belgique'', du ''Journal du Mardi'', de ''Points Critiques''...
et de RésistanceS) a été lâchement attaqué
par des membres des loups gris. Cette organisation national-fasciste
active en Turquie et dans l'immigration turque est protégée
chez nous grâce à ses liens avec des partis... démocratiques.
Sur cette page, RésistanceS publie
le témoignage de Mehmet Koksal, ainsi que l'appel commun lancé
aux partis démocratiques belges par l'Association des Arméniens
démocrates de Belgique, l'Associations des Assyriens de Belgique,
l'Institut Kurde de Bruxelles et la Fondation Info-Türk. Dans
cet appel, ces organisations rappellent les dernières actions
terroristes commises en Belgique par les loups gris. Et s'inquiètent
de leur protection politique...

Mehmet Koksal interviewé, le 22 octobre,
par RTL-Tvi après son agression par les loups gris ©
Image: RTL-TVi.
Dimanche (21/10/07) - Je reçois un appel
vers 22 h 41 m'informant qu'une "manifestation des loups gris
(militants d'extrême droite turque) vient de commencer dans
les quartiers turcs de Saint-Josse et Schaerbeek. Le cortège
des voitures se dirige vers l'ambassade des Etats-Unis". Le
long de mon trajet vers le Boulevard du Régent, je remarque
qu'il s'agit effectivement d'une grosse manifestation. Les voitures
avec des jeunes turcs défilent, drapeau et symbole de l'extrême
droite turque en main, en direction de l'ambassade des Etats-Unis
en criant des slogans à la mémoire des "soldats
martyrs" (''sehitler'' en turc) tombés récemment
dans la lutte armée turco-kurde à l'est de la Turquie.
Arrivé sur le place, environ
200 personnes manifestent violemment devant la grille de la représentation
américaine à Bruxelles. Des slogans hostiles, des
insultes, beaucoup de drapeaux turcs et du MHP (Parti d'action nationaliste),
je note rapidement dans mon carnet que la plupart des meneurs ont
le visage couvert à l'aide des drapeaux un peu comme des
hooligans lors d'un match de foot. Grimpant l'un sur l'autre, l'un
des jeunes arrive finalement à décrocher le drapeau
américain qui flottait derrière la grille de l'ambassade
et c'est l'extase pour la foule qui quitte rapidement les abords
immédiats du grillage. A 5 mètres, sur la route des
tunnels bloqués, chacun tente d'arracher un morceau du symbole
américain.
Perdu dans la foule, le conseiller
communal schaerbeekois Halis Kökten (cdH) tente d'apaiser les
choses mais sans succès. Déployés en grand
nombre, les services de police essayent surtout d'encercler les
manifestants en évitant soigneusement d'intervenir.
23 h 04, je suis paisiblement
les jeunes loups gris qui s'excitent mutuellement pour mettre le
feu au drapeau américain. Je filme un court extrait qui reflète
assez bien l'engrenage nationaliste turc : "Yak!Yak!Yak!Yak!Yak!"
(Brûle!Brûle!Brûle!Brûle!Brûle!) mais
un jeune loup gris me reconnaît et commence à me crier
dessus sur un ton menaçant : "Sendemi burdasin ?!"
(Toi aussi es-tu là ?!).
Je range rapidement mon appareil et
commence à m'éloigner mais le jeune veut absolument
de faire lyncher par ses camarades. Il crie : "Hé !
Les gars ! C'est Mehmet Koksal, ce fils de pute de journaliste,
ce traître à la patrie, notre ennemi ! Arrêtez
ce connard, on va lui faire la peau !" Il répète
plusieurs fois les mêmes phrases et je sens la tension monter.
Puis, d'un coup, je vois 1, 10, 20, 30 personnes se diriger contre
moi pour clairement me casser la gueule. D'autres jeunes tentent
de les arrêter en expliquant que cela ne servira à
rien mais ils sont rapidement dépassés. Je répète
sans cesse que je n'ai rien fait et que je me contente de suivre
calmement la manifestation mais impossible de placer un moment dans
l'avalanche d'insultes qui pleut contre moi.
On dirait que brûler le drapeau
américain est devenu soudainement secondaire par rapport
à la proie facile que je représente dans cette foule.
Quelques jeunes me conseillent de partir en courant. Volontiers
mais, d'après moi, je risque d'exciter encore plus la foule
et à peine essayé, ma crainte devient réalité
: un gars me bloque le passage et une vingtaine de personnes plonge
sur moi en me rouant de coups de poings et de coups de pieds, essentiellement
sur le visage. Je tombe par terre mais les coups continuent de pleuvoir
jusqu'à ce qu'un autre jeune m'arrache et me pousse vers
un véhicule de police. "Embarquez-le! Embarquez-le!",
demande le jeune en criant à la policière qui refuse
d'ouvrir la porte de son véhicule.
On continue la course vers la rue de
la Loi, j'encaisse encore quelques coups à gauche et à
droite puis c'est la délivrance. Un agent m'embarque et m'éloigne
de la manifestation après avoir pris note de mon identité.
Au final, je m'en sors bien avec quelques coups sur le visage, le
dos et des griffes autour du cou. Heureusement qu'aucun de ces militants
d'extrême droite n'avait sorti un couteau ou une arme à
feu car... je n'aurai pas pu vous relater mon cassage de gueule
devant l'ambassade des Etats-Unis.
Mehmet KOKSAL
Consultez le site de Mehmet Koksal

Supporters de football turcs, en 2002, dans
les rues de Bruxelles. Parmi eux : des loups gris, une organisation
violente d'extrême droite prônant un nationalisme raciste
© Photo : Manuel Abramowicz
| Solidarité
avec le journaliste Mehmet Koksal
Appel urgent aux dirigeants politiques belges (*)
Malgré nos multiples avertissements,
des ultranationalistes turcs en Belgique poursuivent leurs actions
terroristes et criminelles en jouissant d'une totale impunité.
Dimanche 21 octobre en fin de soirée, après une
manifestation non-autorisée devant l'ambassade des Etats-Unis
à Bruxelles, les loups gris ont tabassé le journaliste
indépendant belge d'origine turque Mehmet Koksal alors
qu’il filmait l'évènement.
Le cortège a poursuivi sa
route en hurlant des slogans nationalistes et en portant le
drapeau turc et celui des loups gris (trois croissants) à
travers les quartiers turcs. A leur arrivée dans les
quartiers multi-culturels de Saint-Josse, ils ont d'abord attaqué
un disquaire kurde situé rue de Liedekerke, puis ils
ont complètement saccagé un café de la
chaussée de Louvain, tenu par un Arménien.
Depuis la reconnaissance du génocide
arménien par la Commission des Affaires étrangères
du Congrès américain et l'intensification des
combats entre l'armée turque et la guérilla kurde
dans le sud-est de la Turquie, les jeunes Turcs de Bruxelles
sont systématiquement provoqués par les sites
turcophones soutenus par l'ambassadeur de Turquie. Dimanche,
des messages agitateurs ont été diffusés
par SMS dans la communauté turque.
Ce qui est scandaleux de la part
des autorités belges, c’est que malgré ces
provocations évidentes, elles n'ont pris aucune mesure
sérieuse pour empêcher des agressions éventuelles.
Or, dans le passé, les forces de sécurité
étaient fort mobilisées en cas d'une manifestation
devant l'ambassade des Etats-Unis. Pour cette manifestation
sauvage, on n'a chargé que quelques policiers, bien trop
peu nombreux pour empêcher ces débordements et
cette agressivité.
Le fait que ces provocations s'effectuent
en langue turque ne constitue pas une excuse de ne pas pouvoir
estimer l'ampleur de cette mobilisation car il y a beaucoup
de personnes d'origine turque se trouvant dans la police, dans
les collèges et conseils communaux voire même dans
les assemblées régionales et fédérales.
Ces personnes ont des relations privilégiées avec
l'ambassade de Turquie ainsi qu’avec les médias
turcs. Donc, elles sont parfaitement au courant de ces provocations.
Qui plus est, il ne s'agit pas
de la première agression ultranationaliste turque commise
à Bruxelles. Dans le passé, les communautés
non-turques en provenance de Turquie ont été plusieurs
fois la cible des loups gris. Au début 1994, cent cinquante
Kurdes participant à une marche pacifique ont été
agressés par plusieurs centaines de loups gris quand
ils sont arrivé à Saint-Josse.
Cinq ans plus tard, le 17 novembre
1998, l'Institut Kurde de Bruxelles, le Centre Culturel Kurde
et un local assyrien ont été attaqués et
incendiés par les loups gris devant la police. Le 10
décembre 2005, un engin incendiaire a été
lancé dans les locaux du bureau du parti pro-kurde DEP,
détruisant la porte d’entrée.
Le 2 décembre 2006, des
centaines de loups gris s'étaient rassemblés place
Saint-Josse pour attaquer les locaux kurdes après la
distribution d'un appel contre la présence d'une association
kurde située à Saint-Josse-ten-Noode, mais grâce
aux mesures préventives prises par la police, cette tentative
a échoué. Toutefois, dans la nuit du dimanche
1er avril 2007, les locaux de la même association ont
été ravagés par un incendie criminel. A
l'étage, les habitants ont été exposés
au risque de brûler vifs.
Alors que les associations démocratiques,
oeuvrant pour une cohabitation harmonieuse parmi les communautés
en provenance de Turquie, l'ambassadeur turc à Bruxelles,
en réagissant comme un gouverneur colonial, continue
de menacer la paix communautaire dans les communes de Saint-Josse
et Schaerbeek.
Dans une interview qu'il a accordée
au quotidien turc Hürriyet du 21 avril 2007, l'ambassadeur
prend même comme cible le bourgmestre de Saint-Josse,
Jean Demannez, en ces termes: "Hé toi! Qui es-tu?
Qui t'a donné cette mission? Comment se fait-il que tu
puisses qualifier mes compatriotes comme Turcs, Kurdes, Arméniens,
Assyriens? Personne ne peut soumettre mes compatriotes à
une telle division ethnique. Nous ne permettons jamais de diviser
ainsi nos compatriotes !".
Les communautés kurde, arménienne
et assyrienne vivent actuellement dans un trou noir créé
en Belgique par le régime répressif d'Ankara en
raison du laxisme de certains hommes politiques belges; un trou
noir qui peut générer, à n'importe quel
moment, une nuit de crystal, et même une purification
ethnique dans la Commune de Saint-Josse.
Ayant réagi dans le passé
contre toutes les agressions précitées, nos organisations
issues de l'émigration politique en provenance de Turquie
:
- appellent tous les responsables
politiques à assurer la protection des communautés
non-turques et des opposants du régime d'Ankara contre
les agressions criminelles des loups gris, protégés
par l'ambassade de Turquie, par les élus belges d'origine
turque et malheureusement par certains leaders de partis politiques
en quête des votes des électeurs nationalistes
turcs.
- demandent l’ouverture
immédiate d’une enquête afin d’identifier
et punir les agresseurs et surtout les instigateurs de cette
terreur politique.
(*) Appel des Association des Arméniens
démocrates de Belgique, Associations des Assyriens de
Belgique, de l'Institut Kurde de Bruxelles
et de la Fondation Info-Türk 

A la une du quotidien
''Le Soir'', du 12 octobre 2006 : dénonciation de la
présence sur la liste électorale du PS schaerbeekois
d'un dirigeant d'une association culturelle turque directement
liée aux nationaux-fascistes et racistes loups gris.
|
© RésistanceS –
Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 22 octobre
2007.
|
Militant et drapeau
officiel des loup gris, en 2002, dans les rues de Bruxelles, après
un match de football © Photo : Manuel Abramowicz
Les loups
gris
Cette organisation
nationaliste turque, apparue dans les années 1960, prône
un corpus idéologique de type fasciste et raciste. Elle est
directement liée au Milliyetçi hareket partisi (MHP,
en français : Parti d'action nationaliste), une formation politique
d'extrême droite relativement importante en Turquie.
Dans ce
pays, le MHP et ses groupes d'actions paramilitaires, dont les loups
gris, sont responsables de manifestations ultraviolentes visant à
terroriser leurs adversaires : partis politiques de gauche, syndicalistes,
minorités culturelles (arménienne, azéri, chaldéenne...)
... Ils préconisent une véritable idéologie raciste
considérant les Turcs comme étant des êtres supérieurs.
A l'étranger,
les loups gris, le MHP et leurs associations culturelles (dont plusieurs
asbl en Belgique, association loi 1901 en France) sont très
actifs au sein de la diaspora turque. Dans le cadre d'une stratégie
bien huilée, ils infiltrent également des partis démocratiques
(chez nous : le PS, le cdH, le CD&V et le MR). Ce qui leur permet
de poursuivre aisément leurs activités de propagande
qui pourtant sont totalement à l'opposées des principes
démocratiques.
(M.AZ).
Plus d'infos
?
Sur l'organisation national-fasciste turque des Loups gris, vous pouvez
toujours consulter les articles de RésistanceS suivants :
– Interview
de Mehmet Koksal : Une réalité tabouisée - Extrême
droite chez les ''immigrés''
– Les
Loups gris au service du national-islamisme
– Les
liens de partis démocratiques belges avec l'extrême droite
turque
– Des
''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques
– De
Tel Aviv à Schaerbeek, banalisation de l'extrême droite
Vous trouverez également de nombreuses informations
sur les sites suivants :
– Celui animé
par le journaliste Mehmet
Koksal
–Celui de l'agence de presse indépendante Info
turk
Suivez
le Guide...
Pour mieux comprendre
et mieux réagir aux partis et idées d'extrême
droite, il faut lire notre :
Guide des
résistances
à l'extrême droite

'Un
guide sous forme de questions-réponses claires et précises
permettant à chacun d’agir sur le terrain, sans nécessairement
s’engager dans la militance pure et dure.
gras + autre couleur'
Le Vif / L’Express
'Un
vade-mecum très fouillé. A coup sûr, il s'agit
d'un outil de travail indispensable.'
La Libre Match
'Sans blabla,
il décortique au scalpel les partis de la haine. Pose les questions
dérangeantes. Trace des pistes. Pour mettre en échec
l’extrême droite. Sans recette magique. Sans vaine indignation
morale. Rien que des propositions concrètes. Et quelques trouvailles
pour faire des crocs en jambes à ‘’ceux qui veulent
supprimer nos libertés’’.
Un livre à la fois utile et pédagogique – puisse
le corps enseignant en faire le meilleur usage – mais aussi
plaisant – ce n’est pas une tare, même pour un sujet
aussi grave – et impertinent. Il ne passe pas sous silence les
responsabilités des partis démocratiques.
C’est clair, vivant… et sans angélisme.'
Le Journal du Mardi
Un
ouvrage fouillé, très accessible, où il est passé
à la moulinette l'idéologie haineuse et destructrice
des ennemis de la démocratie.
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