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RésistanceS - 29 août 2006

Cordon sanitaire brisé à Schaerbeek, Saint-Josse...

Une version plus courte de cet article a été publiée sous forme de ''Carte blanche'' dans le quotidien Le Soir, le 26 août 2006


Des ''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques


L'extrême droite ? Pas bien ! Oui, mais, il y a extrême droite et extrême droite. Les pas bien : ceux du Vlaams Blok/Belang et du Front national. Les tolérés : ceux issus de partis nationalistes et racistes étrangers présents dans l'immigration. Ainsi à Schaerbeek, sur la liste PS, figure un ''candidat turc'' provenant du MHP, le Front national turc ! Et il n'est pas le seul cas...


Militant des Loups gris, organisation d'extrême droite islamiste et raciste turque, dans les rues de Bruxelles en 2002, après un match de football © Photo : Manuel Abramowicz – RésistanceS.


Face à la montée électorale de l'extrême droite, les partis politiques traditionnels - dits ''démocratiques'' - tentent d’imposer un cordon sanitaire. Isoler et marginaliser le Vlaams Blok/Belang et le Front national est l'objectif de ce ''cordon'' visant à éviter leur arrivée au pouvoir en coalition. En Flandre, l'isolement politique du VB est de plus en plus poreux. Au Parlement fédéral, des projets de loi du parti nationaliste indépendantiste d'extrême droite, par exemple pour organiser la disparition de l'Etat belge, reçoivent le soutien de parlementaires CD&V et VLD. Plusieurs bourgmestres chrétiens-démocrates et libéraux flamands annoncent déjà, avant les élections communales du 8 octobre prochain, qu'il se pourrait fort bien qu'ils s'allient au VB pour gérer ensemble leur commune. Du côté néerlandophone, le cordon sanitaire est en train de se lézarder un peu partout.

Immigrés d'extrême droite : acceptés !
Dans les partis politiques francophones, la ''fibre antifasciste'' reste de mise. ''Non à l'extrême droite'' scandent-ils dans les manifestations organisées par des fronts antifascistes. Le cordon sanitaire est strictement appliqué dans les parlements pour court-circuiter les propositions nauséabondes des députés VBistes et frontistes. Le conseil d'administration de la télévision et de la radio publiques (RTBF), composé des quatre principaux partis politiques (PS, MR, CDH et Ecolo), interdit le passage sur antenne de l'extrême droite. Seulement voilà : il y a extrême droite et extrême droite, nationalistes et nationalistes !

Force est aujourd'hui de constater que le cordon sanitaire cible l'''extrême droite belge'' uniquement. Mais ceux qui se revendiquent d’un corpus dogmatique rétrograde, xénophobe, ultranationaliste et inégalitariste ne sont pas toujours des ''fachos'' belges. Au sein des communautés issues de l'immigration, il s'est toujours trouvé des militants d'extrême droite, nationalistes et/ou racistes. Le Mouvement social italien (MSI, parti fasciste fondé après la Deuxième Guerre mondiale et rebaptisé en 1996 en Alliance nationale) avait une réelle implantation, certes minime par rapport au Parti communiste italien, chez les Italiens de Belgique. Des immigrés espagnols vouaient pour leur part un culte à la personnalité du dictateur Franco. Des candidats d'origine marocaine, pourtant engagés dans le combat pour la libération de la Palestine sous occupation israélienne, sont connus pour leur lobbying favorable aux thèses annexionnistes du Sahara occidental sous occupation marocaine. Les mêmes exploitent un discours anti-algériens, puisqu’Alger soutient le Front Polisario, le mouvement de libération du peuple sahraoui. Le racisme entre Turcs et Kurdes/Arméniens, Marocains et Algériens, Arabes marocains et Berbères marocains, Congolais et Rwandais, immigrés et Belges... est par ailleurs toujours une réalité. Qu'il ne faut pas nier, comme le font les négationnistes turcs et rwandais des génocides arménien de 1915 et tutsi de 1994.


Et pourtant, ils l'avaient affirmé

Par le monde politique, de belles déclarations de principe sont souvent formulées en direction de l'opinion publique. Hélas, elles ne s'appliquent pas toujours dans la réalité. Le Mouvement réformateur (MR, fédération libérale francophone) s'est par exemple – dans un petit jeu de rivalité électorale avec son partenaire fédéral, le Parti socialiste - ouvertement prononcé contre les négateurs du génocide arménien. Cependant, plusieurs candidats d'origine turque connus pour leur appartenance au lobby négationniste anti-arméniens sont aujourd'hui sur des listes électorales du MR. Comme du PS et du CDH également. Rappel de deux déclarations publiques :


''Les partis ne doivent pas devenir des conglomérats de revendications communautaristes''.
Rachid Madrane, conseiller communal PS à Etterbeek, député régional bruxellois proche du président de la fédération bruxelloise du Parti socialiste, dans feu le quotidien ''Le Matin'' du 28 novembre 2000.

"Il faut reconnaître que nous avons tous, dans nos formations politiques respectives, des personnes qui posent problème par leur attitude à l'égard des Arméniens. Pour ma part, je saisis le Conseil d'arbitrage du MR. Je ne peux pas imaginer que des militants ou des mandataires tiennent des propos ou diffusent des écrits qui soient clairement négationnistes. Et je n'ai pas besoin du droit pénal, en tant que président, pour faire le ménage".
Didier Reynders, vice-premier ministre fédéral et président du Mouvement réformateur (MR), dans le quotidien ''Le Soir'' du 11 juin 2006.

 

Un discours politico-religieux aux accents nationalistes (en référence à la Nation arabe) est régulièrement tenu dans des mosquées par des imans radicaux. La cible de leurs prêches : la société matérialiste (moderne, laïque, pluraliste...), l'homosexualité, la liberté individuelle, les droits égaux pour les femmes, l'intégration, etc. Une étude universitaire conduite par le Centre d’études en sciences politiques de l’Université libre de Bruxelles (Cevipol) démontre que lors des élections régionales de juin 2004, parmi les électeurs bruxellois du Vlaams Blok/Belang, il se trouvait 4,5 % de musulmans.

Au sein de la communauté juive, la fraction sioniste ouvertement d'extrême droite s'active de plus en plus elle aussi. Dans des manifestations publiques, des propos racistes ou islamophobes circulent ici et là. Une convergence se fait jour entre des publicistes d'opuscules d'extrême droite et des intellectuels juifs de droite. Ces derniers, souvent partisans acharnés de l'économie ultralibérale, développent stratégiquement la même rengaine propagandiste basée sur la théorie du complot, ici en l'occurrence une pseudo alliance généralisée entre l'extrême gauche, l'extrême droite antisémite et les islamistes ! Grâce à la culture de ce spectre inventé, à Anvers, des Juifs votent dorénavant pour le VB, parti pourtant fondé par des néonazis et des antisémites !

PS, MR, CDH... ont brisé aussi le cordon sanitaire
Cette réalité - qui vient d'être résumée ici en quelques lignes – est un sujet tabou, ''politiquement incorrect'' dans notre société toujours basée sur une dynamique manichéenne. Si le racisme et le fascisme des uns sont dénoncés, mis hors-la-loi, et leurs partisans placés sur des piloris modernisés, le racisme, le négationnisme, le nationalisme et le fascisme des autres sont, eux, tolérés et acceptés par des partis politiques se proclamant pourtant toujours ''démocrates''. Pour des raisons électorales, ils ferment les yeux et placent alors sur leurs listes pour les élections communales des candidats d'origine étrangère qui ont bien plus de points communs avec ceux du VB ou du FN qu'avec les candidats socialistes, libéraux et démocrates-humanistes qu'ils côtoient désormais.

En effet, plusieurs candidats ''immigrés'', avec des parcours politiques similaires à nos ''fachos'' locaux, sont présents sur des listes électorales communales du PS, du MR, du FDF et du CDH. Mehmet Koksal et Pierre-Yves Lambert, animateurs notamment du site Internet ''Suffrage Universel'', dénoncent depuis bien longtemps cet état de fait. Leur travail d'investigation a été grandement médiatisé suite à l'''affaire Kir'', du nom du secrétaire d’Etat bruxellois PS, qu'ils avaient dénoncé comme étant un partisan de la négation du génocide arménien (1).

Aujourd'hui, à la veille des élections, de nouveaux lièvres sont levés. En juin dernier, Mehmet Koksal dénonçait la présence d'un candidat turc sur la liste électorale conduite par la ministre fédérale de la Justice, Laurette Onkelinx, à Schaerbeek. Ce candidat fut le président de l'Association culturelle turque dans cette commune bruxelloise. Cette association rassemble en Belgique les sympathisants du Milliyetçi Hareket Partisi (MHP, en français : Parti d'action nationaliste). Le MHP est la principale formation d'extrême droite en Turquie. Les Loups gris, organisation paramilitaire responsable d'actions terroristes et de tueries de groupes ethniques refusant la ''turquisation'', fait partie intégrante de la mouvance du MHP. En Belgique, l'implantation des Loups gris et du MHP au coeur de la population turque a de solides points d'appuis.

Un autre candidat ''socialiste'' de Schaerbeek, Jean-Pierre Van Gorp (ex-disciple de feu le bourgmestre xénophobe Roger Nols) semble avoir joué les bons offices pour séduire l'électorat turc d'extrême droite de la Cité des ânes en faveur du PS. Même s'il s'en défend aujourd'hui et évoque sa méconnaissance de la nature politique de ses amis... Ces derniers, à la biographie proche de celles de candidats figurant sur les listes du FN ou du VB, ne sont pas seuls dans ce cas. D'autres candidats du ''même type'' se retrouvent dans diverses communes sur des listes PS, MR, FDF ou CDH. Avec à chaque fois, pour ces partis, l'objectif opportuniste de s'attirer les voix de leurs compatriotes.

Cette attitude est scandaleuse, mais reste, hélas, de la ''Realpolitik'' pour ceux qui persistent pourtant à scander ''Non à l'extrême droite''. Nous l'aurons compris, il y a extrême droite et extrême droite.

Alexandre VICK

(1) Les poursuivant devant les tribunaux, le secrétaire d’Etat Emir Kir a perdu en première instance contre Mehmet Koksal et Pierre-Yves Lambert. Il a interjeté appel.

A lire encore sur RésistanceS.be
Toujours sur ce sujet :

• Lire notre interview du journaliste Mehmet Koksal :
Une réalité tabouisée : extrême droite chez les ''immigrés''
Les liens de partis démocratiques belges avec l'extrême droite turque

Vendredi 29/09/2006. Le 34e candidat "loup gris" (extrême droite turque) sur la liste PS à Schaerbeek était la star du JT de RTL-TVi à 19h00. A la question de la journaliste : "Vous avez été président d'une association qui est une espère de vitrine des loups gris. Alors c'est vrai ou ce n'est pas vrai ?", Murat Denizli répond honnêtement "Oui, oui !".Voir http://allochtone.blogspot.com

 

© RésistanceS – Belgique – Bruxelles – www.resistances.be – e-mail : info@resistances.be – 29 août 2006

 

Après les élections du 8 octobre 2006


Un dossier de RésistanceS.be coordonné par manuel Abramowicz et mis en ligne le 21 octobre 2006.

Les huit enseignements des élections 2006

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 (Région flamande)

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 ( Région Bruxelles-capitale)

Résultats de l'extrême droite aux élections communales 2006 (Région wallonne)

Résultats de l'extrême droite aux élections provinciales 2006

Rapport de force des extrêmes droites dans les trois régions

VB-Vlott : succès relatif de leur cartel électoraux

Les premiers élus de Force nationale

Echec des Identitaires

Plainte contre Belgique & Chrétienté et Nation

 

Sommaire de notre dossier


Un dossier de RésistanceS coordonné par Manuel ABRAMOWICZ

Dossier mis en ligne le : 29 août 2006
Dossier réactualisé le : 29 août 2006

Introduction à notre dossier: Que va-t-il se passer le 8 octobre prochain ?

Où l’extrême droite sera-t-elle présente aux élections communales du 8 octobre ?

Zizanie facho : enjeux et conflits électoraux inter-nationalistes

La bataille d'Anvers

L’imposture philosémite de Dewinter

Des listes unitaires FNB pour la ''mouvance identitaire''

Who's who de la ''mouvance identitaire''

Après le 8 octobre : la fin du cordon sanitaire ?

Des ''immigrés'' nationalistes sur des listes démocratiques

L'extrême droite pro-intégriste islamique, existe !

Une réalité tabouisée - interview de Mehmet Koksal sur l'extrême droite chez les ''immigrés''

''Ne votez pas extrême droite'' : Appel de la FGTB flamande contre le Vlaams Blok/Belang

Belgique & Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite belge''

Résultats et analyses des précédentes élections communales (2000)

 

Toujours en ligne sur RésistanceS.be


En plus de notre présent dossier, nous vous invitons à consulter nos articles suivants :

Extrême droite et antifascisme en Belgique – Intervention de RésistanceS au Parlement européen sur l’état de la situation - 12 mai 2006

Qui est réellement Philip Dewinter ? Portrait chronologique du véritable patron du Vlaams Blok/Belang

La fin du « féretisme » ?

Portrait politique de Daniel Féret

Antisémitisme : le naturel du Blok/Belang revient au galop

Notre dossier Elections communales 2000