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RésistanceS.be 06-04-2011 |
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Un entretien de Manuel Abramowicz (RésistanceS.be) avec Eric Corijn (VUB)
Face à l'émergence politique et l'omnipuissance électorale de la N-VA (premier parti politique avec 32 % dans le collège néerlandophone aux législatives de juin 2010) de Bart De Wever, le Vlaams Belang (12 %) a-t-il encore une chance de récupérer le leadership du nationalisme radical flamand ? Pour faire le point sur sa situation actuelle et son état de santé politique, RésistanceS.be a rencontré Eric Corijn, sociologue et professeur à l'Université libre flamande de Bruxelles (VUB).
Eric Corijn : Pour décrire la situation de et pour l'extrême droite flamande, il faut évoquer plusieurs éléments. Tout d'abord, nous avons observé, depuis 2004, que le Vlaams Belang est resté la copie conforme du Vlaams Blok, le nom de ce parti de 1978 à 2004. Il n’a pas opéré de réformes internes et garde la même idéologie fondatrice. Nous observons par ailleurs la poursuite des tensions entre ses dirigeants. Tensions qui divisent sérieusement ce parti nationaliste de droite extrême. De plus, la crise interne se prolonge et ceux qui tentent d'y mettre fin ne semblent pas trouver d'antidotes. Les tensions intestines se sont aggravées depuis l'émergence électorale de la N-VA et le reflux significatif de l'électorat VB. C'est dorénavant le parti de Bart De Wever qui occupe l’espace réservé dans le paysage politique à l'expression nationaliste flamand de droite. La N-VA a non seulement réussi à éclipser les positions nationalistes du Vlaams Belang, mais également celles portées par Jean-Marie Dedecker, le dirigeant-fondateur du parti LDD qui représente la droite libérale populiste, ainsi que celles d’une frange non négligeable du parti démocrate chrétien CD&V acquise aux thèses autonomistes. Amputé de son hégémonie sur le discours nationaliste flamand, il reste au Vlaams Belang son vieux fonds de commerce raciste, que Filip Dewinter couve comme un vrai «führer». Pour maintenir le contrôle sur un parti en perte d’influence, le clan des purs et durs du VB, conduit par le tandem constitué de Filip Dewinter et de Gerolf Annemans, a tout fait pour neutraliser leurs adversaires internes. Ainsi, des mandataires apparemment plus «pragmatiques», et tout aussi bien médiatisés, comme Frank Vanhecke - qui fut président du parti de 1996 à 2008 - et feue Marie-Rose Morel, ont été littéralement éliminés par les radicaux. Vanhecke et quelques autres représentent un courant interne, aujourd'hui totalement vaincu, qui plaidait pour un aggiornamento du VB afin de mettre fin au cordon sanitaire qui l'isole politiquement depuis plus de 20 ans sur l'échiquier politique. L'objectif des pragmatiques : garantir à leur parti la possibilité de sceller des accords avec d'autres formations dans le cadre de coalitions, afin de participer au pouvoir, d'abord communal, puis régional. En cela, les «pragmatiques» suivent la stratégie mise en pratique en France par Marine Le Pen et auparavant en Italie, par Gianfranco Fini, dernier dirigeant du parti néofasciste italien, le MSI, refondu en 1995 dans une nouvelle formation de droite populiste, l'Alliance nationale.
Manuel Abramowicz : Que représente le courant radical de Dewinter-Annemans ? Manuel Abramowicz : Le cordon sanitaire a-t-il été efficace pour empêcher le Vlaams Belang de devenir un acteur politique incontournable ? Théorisée par certains milieux de la droite nationale flamande, cette Forza flandria représente les contours d'une sorte de front unique rassemblant, selon ses partisans, les diverses droites flamandes. Ce scénario est également soutenu tant par des responsables du Vlaams Belang que par ceux d'autres partis, notamment d'anciens parlementaires de l'Open VLD, comme Jean-Marie Dedecker ou Hugo Coveliers, les dirigeants de deux dissidences distinctes du parti libéral flamand. Celle de Coveliers, le parti Vlott, est d'ailleurs alliée au VB depuis 2004 (voir à ce sujet l'article de RésistanceS.be «VB-Vlott : succès et échec de leurs cartels électoraux»
Manuel Abramowicz : Pour revenir à la N-VA de Bart De Wever : quelle est la stratégie du Vlaams Belang à son égard ? Eric Corijn : L’avenir du Vlaams Belang en particulier et les frontières de la droite flamande dans son ensemble dépendront fortement de la radicalité et du «succès» institutionnel de Bart De Wever sur le plan fédéral. S’il obtient une victoire à la faveur des revendications flamandes, il est évident alors qu'il gardera le leadership d’un redéploiement politique où le curseur du centre de gravité se retrouverait ouvertement à droite. Et entre ses mains.
Manuel Abramowicz :Quelle est dès lors la marge de manœuvre pour le parti d’extrême droite de Filip Dewinter ? Eric Corijn :Elle dépendra du nombre des laissés-pour-compte de la mise en œuvre d’une politique de droite dirigée par la N-VA. C’est justement le pari de Dewinter. Choisissant la tactique du retrait dans un premier temps, puis de l'embuscade pour finir, le dirigeant du VB postule un retour de son parti sur l'avant-scène politique quand apparaîtront les premiers déçus des mesures de gouvernement prises par la formation de Bart De Wever. Ici, la stratégie est celle du Front national français. Un parti considéré comme cliniquement mort, il y a quelques temps encore, et qui est redevenu maintenant la pire menace pour la droite française, depuis l'effondrement de la cote de popularité du président Nicolas Sarkozy et l'apparition d'un véritable «effet Marine Le Pen». Comme la N-VA en 2010, le chef de la République française avait pu bénéficier, lors de la présidentielle de 2007, d'une émigration d'électeurs protestataires, réfugiés dans le «vote FN», séduits par ses discours musclés en faveur de l'identité nationale et l'immigration, entre autres.
Manuel Abramowicz : C'est-à-dire que le VB reste fidèle à sa spécificité au niveau politique ? Par son profil contestataire et populaire, le VB continuera, même affaibli, a représenter le seul parti qui s'oppose toujours à l'establishment, y compris quand le paysage politique est dominé par la droite. Un positionnement qui concurrence fortement, en Flandre, toute alternative populaire de gauche vu que le Vlaams Belang séduit encore l'électorat ouvrier et une partie de celui des classes moyennes désabusées par l'ensemble du monde politique classique. Propos recueillis par Manuel Abramowicz
Note de la rédaction
© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 avril 2011.
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Eric Corijn : Après le «dimanche noir», lors des législatives du 24 novembre 1991, des élections qui enregistrèrent un succès historique pour l'extrême droite (Vlaams Blok et Front national), Eric Corijn a été l'un des principaux initiateurs du mouvement antifasciste Charta 91, d'abord actif en Flandre, puis également du côté francophone. Eric Corijn est la contre-thèse de l'image, souvent hélas, véhiculée en Wallonie et dans le Bruxelles francophone comme quoi en Flandre, il n'y aurait plus aucune personnalités refusant la «vlaamsfascisation» du Nord du pays. (M.AZ)
Sur le Vlaams Belang, lire sur RésistanceS.be notamment les articles suivants : Marie-Rose Morel (VB) nouvelle icône du populisme flamand ? Reflux électoral du Vlaams Belang aux élections législatives 2010 Frank Vanhecke, ancien président du Vlaams Belang, en correctionnel L'idéologue historique du Vlaams Belang condamné pour négationnisme Qui est réellement Philip Dewinter ? Le Vlaams Belang cultive ses racines nazies ? VB-NSV, des liens pour un Ordre nouveau Les candidats du VB : vieux et cumulards ! Etc. Etc.
Lire les deux précédents GRANDS ENTRETIENS de RésistanceS.be
Le nouveau Front national français est-il arrivé ?
Où en est l'extrême droite francophone ?
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